DE LA JAMBE
1" Limites.
La jambe, proprement dite, commence an dessous de la tuberosité antérieure du tibia , et se termine immédiatement au dessus de la double saillie des malléoles. Toutefois , ce n'est pas ainsi qu'on la considère généralement ; et les chirurgiens même, suivant en cela l'exemple du vulgaire , ont pour habitude d'évaluer à l'oeil la longueur de la janibe , en avant , depuis la saillie inférieure de la rotule jusqu'au pli du coude -pied ; en arrière, depuis l'origine du mollet jusqu'au talon. De là résulte cette étrange inconséquence dans les termes, lorsque Lassus,par exemple, décrivant une luxation incomplète du tibia en arrière, annonce que la jambe en avant était raccourcie de deux pouces. J'ai dit à quoi tenait ce phénomène en parlant de l'articulation fémoro-tibiale ; et j'ajouterai ici que , pour savoir s'il y a alongement ou raccourcissement de la jambe , il faut la mesurer du condyle interne du fémur au sonunet de la malléole libiale.
La jambe , considérée en masse , forme un cône irrégnlier dont le sonunet tronqué est tourné en bas ; ce qui en rend la compression avec le bandage roulé assez diflicile. La contraction des jumeaux, pendant la marche surtout , tend à distendre les tours de bande supérieurs et à relâcher ceux de la partie moyenne; ceux-ci descendent alors sans aucun obstacle, et entraînent les autres avec eux. Les bas lacés même , qui pioduiraient un étranglement par en haut si on les serrait sufHsammcnt , se plissent presque toujours au dessus des malléoles, au point de fatiguer la peau et même de l'excorier (\elpeau).
La jand)e présente à l'extérieur trois faces : une postérieure, litnitée par le bord interne du tibia et le bord postérieur du péroné ; deux autres regardent en avant , mais elles peuvent plus justement être appelées interne et externe ; elles sont séparées par la crête saillante du tibia. Kulin la face externe comprend d'^ux régions musculaires distinctes : l'une qu'on peut appeler frntêrieurr ; l'autre crtcrnr on pcronirrc ; de U quatre régions secondaires pour la dissectiouTde la jambe.
2° Anatomie des plans.
Dans tout le contour de la jambe , les premières couches , savoir : la peau , le tissu cellulo-adipeux sous-cutané , le fascia superficiel et l'aponévrose, se succèdent régulièrement comme à la cuisse. La région interne ne présente au dessous de ces couches que le périoste et la face interne du tibia. Il ne nous reste donc que trois régions à décrire.
Région antérieure. Elle est constituée par quatre muscles , 1° le jambier antérieur en dedans, près du tibia; puis, en allant de dedans en dehors, 2 > l'extenseur propre du gros orteil ; -3" l'extenseur commun des orteils; et 4" le péronier antérieur. Ces quatre muscles sont enfermés dans une gaine osséo-fibreuse extrêmement forte , formée en avant par l'aponévrose d'enveloppe , adhérente au bord antérieur du tibia et au bord antérieur du péroné ; dans le reste de son contour, par les faces correspondantes des deux os et par le ligament interosseux. Il est à remarquer que les quatre muscles de cette région sont alternativement plus grands et plus petits , plus superficiels et plus profonds ; ainsi le jambier antérieur, très large supérieurement, est partout recouvert par l'aponévrose d'enveloppe , l'extenseur du gros orteil , plus petit , ne monte que jusqu'au tiers supérieur de la jambe , et est caché en graade partie par le précédent et le suivant , excepté en bas où il apparaît un peu à la surface ; l'extenseur commun remonte aussi haut que le jambier antérieur , et est comme lui immédiatement sous l'aponévrose ; le péronier antérieur , qui n'occupe que le tiers inférieur de la région , est caché en partie sous le précédent , et n'est en contact avec l'aponévrose que par une partie de sa face externe.
Région externe ou pcronière. Elle ne se compose que de deux muscles, appelés péroniers latéraux , enfermés dans une gaîne commune assez forte, constituée par l'aponévrose d'une part, et de l'autre par la face externe du péroné. Le court péronier latéral est placé en avant , côte à côte avec l'extenseur commun des orteils et le péronier antérieur ; le long péronier est plus en dehors , en rapport inférieurément avec le précédent , supérieurement avec l'extenseur commun des orteils. Mais , tout-à-fait en bas, les deux muscles de cette région se séparent compléteuïcnt de ceux de la région précédente , et leurs tendons sont enlermés dans une coulisse conunune creusée derrière la uialléolc externe.
/légion postérieure. Les muscles forment ici deux couches bien distinctes , séparées d'abord par les nerfs et les vaisseaux , et de plus , par un feuillet de l'aponévrose qui leur forme deux grandes gaines spéciales.