‹ Traité d'anatomie chirurgicale et de chirurgie expérimentaleChapitre 5 sur 57 · DU RACHIS · texte numérisé non relu

DU RACHIS

glions Intercostaux ; ceux des lombes et du sacrum aux ganglions lombaires et pelviens.

Les nerfs de la région spinale viennent presque exclusivement dès branches postérieures des nerfs cervicaux, dorsaux, lombaires et sacrés, qtii suivent presque absolument le trajet des vaisseaux correspondans. Seulement la région cervicale reçoit en outre quelques filets du plexus cervical superficiel , et le niuscle trapèze en particulier absorbe à lui seul tous les filets de terminaison du nerf spinal.

2° Considérations spéciales,

La région spinale, en la limitant comme je l'ai fait aux parties molles, est une de celles qui offrent le moins d'intérêt au chirurgien. Les plaies qui s'arrêtent au squelette sont des plaies musculaires ; aucun vaisseau, aucun nerf important ne s'y trouve lésé. Il faut en excepter les deux espaces qui se trouvent entre l'occipital et l'atlas, et entre l'atlas et l'axis ; dans le premier, un instrument piquant et tranchant peut léser à la fois l'artère occipitale et l'artère vertébrale ; dans le second , l'artère vertébrale ; par tous les deux , on peut pénétrer dans le canal vertébral et atteindre la moelle , dont la lésion à cette hauteur est presque inévitablement mortelle.

A la région dorsale, l'instrument porté en dehors des gouttières vertébrales potu'rait arriver sans obstacle dans la cavité thoracique; aux lombes dans la cavité abdominale. Enfin à la région sacrée un instrument piquant pourrait aussi arriver par les trous sacrés postérieurs dans la cavité rachidienne, et même traverser les trous sacrés antérieurs et léser les organes contenus dans le bassin. Béclard citait dans ses cours un fait de ce genre.

Dans toute l'étendue de cette région, la peau est dense, épaisse, doublée d'un pannicule graisseux abondant, et par là toute disposée aux inflammations furonculcuses.Yers la partie inférieure du sacrum , elle repose presque directement sur les os; de là la compression qu'elle subit dans le décubitus prolongé et qui peut amener la gangrène. Le voisinage de la cavité rachidienne ajoute à la gravité de cet accident; M. Blandina constaté deux fois à la chute des escarres que la cavité de l'arachnoïde se trouvait ouverte.

On admet entre la peau du cou et du dos, et divers organes, des sympathies qui auraient besoin d'être plus rigoureusement démontrées. Que les exutoires placés au niveau d'une vertèbre malade aient quelque utilité , cela peut s'expliquer par le voisinage. INIais quand on arrête un épistaxis, par^exemple, en appliquant sur le dos une clef ou tout autre corps froid, cela résulte

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uniquement de la sensation générale , et l'etFet est bien plus puissant encore si l'on plonge le scrotum ilaus l'eau froide , ou si l'on administre un lavement à la glace. On attribue généralement une grande efficacité aux exutoires placés à la nuque contre les affections de l'œil. De bons praticiens ont révoqué en doute cette efficacité qui ne s'appuie que sur une sorte de tradition fort peu imposante.

Lorsqu'on applique un selon à la nuque, il faut se garder d'intéresser les muscles ; M. Blandinavu cette lésion amener le tétanos et la mort.

La coucbe celluleuse sous-cutanée est très épaisse et peut être divisée par le scalpel en plusieurs lames ; IM.Yelpeau en distingue expressément les lames d'enveloppe des muscles superficiels , qu'il appelle leurs aponévroses. Je n'admets ni ne rejette cette distinction qui me parait ici , comme en bien d'autres régions , d'une remarquable inutilité. Disons seulement que l'épaisseur de cette couche peut servir à expliquer la facilité avec laquelle les lipomes s'y développent et les abcès s'y étendent.

Le nerf spinal qui se termine dans le trapèze a été nommé par Ch. Bell nerf respiratoire siipcrieiir du tronc, ei doté de fonctions spéciales ; mais l'examen de cette question trouvera mieux sa place après l'étude du muscle sterno-mastoïdien, auquel ce nerf envoie aussi quelques filets.

^ IL De la colonne vertébkale.

La colonne vertébrale est à la fois la boîte osseuse de la moelle épinière, et la base qui supporte la tête en haut , en devant la poitrine et le ventre. A part sa portion sacrée qui est immobile et dont noiv? n'avons à dire que quelques mots, elle se compose de vinft-quatre anneaux osseux ou vertèbres , réunis de telle sorte que la colonne dans son ensemble peut exécuter des mouvemens considérables et très variés , tandis que celui de chaque vertèbre est si borné que la moelle épinière n'en peut éprouver aucune compression, et que li colonne conserve toute la mobilité qui lui est nécessaire.

On divise généralement la colonne en trois i»-{;ions; la région cervicale formée de .sept vertèbres, la région dorsale de douze, la région lombaire de cinq. Ces tiois portions constituent la tige vertébrale mobile ou la colonne proprement dite ; en général elles égalent ensen>ble à peu près le tiers de la hauteur totale du COI ps ; et les dimensions les plus ordinaires pour la longueur de « bncune sont de qnln/.e centimètres pour la cervicale , trente pour la dorsnle et sri/e pour la lombaire. Mais en la considérant d'im point de vue plus élevé , on y ajoute la région sacrée

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et coccygienne, et même la tête qui n'est eu effet qu'un renflement du canal vertébral. Or il est remarquable que dans sa totalité , la colonne oftre alternativement des portions mobiles et d'autres qui ne le sont pas, ou le sont à peine ; les portions mobiles sont réduites aux seules vertèbips ; le coccyx, la région lombaire, la région cervicale ; l'immobilité des autres vient surtout de l'addition d'arcs osseux formant en avant des cavités importantes, celles de la face, de la poitrine et du bassin (1). La capacité de la poitrine et du bassin se trouve accrue par une disposition particulière. La portion de la colonne qui les regaide est concave en avant, tandisquedans les légions intermédiaires, elleprésen te une concavité postérieure pour loger les massesdes muscles cervicaux et lombaires. La colonnedécritdbnc d'abord deux courbures peu mobiles ou immobiles, à concavité antérieure, et deux courburesmobilesquiontleur concavitéen arrière. Constamment aussi chez l'adulte, la région dorsale oifre une courbure latérale dont la convexité regarde le plus souvent à droite, circonstance attribuée par plusieurs anatomistes à la présence de l'artère aorte, par Bichat à la prédominance d'action du bras droit ; et Béclard avait embrassé cette opinion , ayant vu chez des gauchers la convexité à gauche. ILs avaient pris pour cause ce qui n'est qu'une coincidence , et ce qui est dû, comme la courbure même, au développement originairement plus considérable du côté droit ou du coté gauche. Celte question a été au reste discutée ailleurs.

L'épaisseur de la colonne va généralement en augmentant de bas en haut, mais non d'une manière uniforme ; ainsi la seconde vertèbre lombaire est la plus volumineuse de toutes ; elles vont en diminuant jusqu'à la cinquième vertèbre dorsale , puis elles augmentent jusqu'à la première, et elles diminuent de nouveau jusqu'à l'axis et l'atlas, beaucoup plus larges que les autres vertèbres cervicales.

On considère à la colonne quatre faces , une antérieure , une postérieure et deux latérales.

La face antérieure est constituée, pour les régions lombaire et dorsale, uniquement par la série des corps des vertèbres , limités en arrière par les trous de conjugaison. Il n'en est plus ainsi à la région cervicale. En avant des trous de conjugaison se trouvent les racines antérieures des apophyses transverses, naissant du corps même des vertèbres, et terminées à leur extrémité li-

(1) Weber, Recherches anniomico-physinl. sur quelqties disposilion$ partieulures dans le mtcanismt d« ta col. vtrt. chci rhomme ; Journ. complémenlairt , 1. XXIX. p. 27t.

|# AIfÂTOMIE CHIRURGICALE.

bre par un petit renflement assez sensible. Il y a donc en dehors de la série du corps des vertèbres cervicales, une gouttière longitudinale occupée par le muscle long du cou ; puis la série de ces renflemens des apophyses transverses. Cette série s'arrête brusquement à la sixième vertèbre, l'apophyse transverse de la septième se déjetant en arrière à l'imitation de celles des vertèbres dorsales, en sorte que le renflement de la sixième vertèbre proéminerait plus que les autres, lors même qu'il ne serait pas déjà plus développé. C'est ce renflement que M. Chassaignac a désigné sous le nom de tubercule carotidien ; j'y reviendrai dans la région carotidienne.

\jdi face postérieure présente sur la ligne moyenne la série des apophyses épineuses ; de chaque côté les gouttières vertébrales. Les apophyses épineuses sont horizontales dans la région cervicale, inclinées et imbriquées au dos, et de nouveau horizontales aux lombes ; les intervalles qui les séparent sont aussi plus étroits au dos que partout ailleurs. On peut en conclure à priori que la flexion de la colonne en arrière se fait principalement au dos et aux lombes ; cependant les apophyses épineuses des cinq dernières vertèbres dorsales diminuant graduellement de longueur et d'obliquité, donnent à cette partie de la région un peu plus ' fle mobilité.

Bien que les épines vertébrales se suivent généralement sur la ligne médiane, rien de plus commun, comme on sait, que d'en voir une ou plusieurs se diviser à droite ou à gauche. Il n'est pas rare non plus deu voir quelques unes procminer plus que de couttime, et la saillie constante de la septième épine cervicale a même fait donner à sa vertèbre le nom de proéminente. Il sertiblerait superflu d'insister sur ces dispositions , si leur ottbli ri*àvaît donné lieu plus d'une fois dans la pratique à iies erreiirs de diagnostic. M. INIaisonabe a vu deux fois prendre pour la carie vertébrale et traiter en conséquence des douleurs probablement rhumatismales de la colonne épinière. Dans le premier cas, les apophyses épineuses de la septième cervicale et de la première dorsale formaient à gauche une sailiié assez prononcée ; dans l'autre, les épines des deux premières vertèbres lombiires étaient im peu phis longues que d'ordinaire, et l'apophyse transverse de la seconde dti côte gauche était aussi un peu hors de ligne (1).

Les gouttières vertébrales, assez larges à la région cervicale, vfiînt en se rétrécissant jusqu'à la lin de la rc'gion sacrée. On enseigne généralement qu'elles sont limitées en ilchors par les apophyses

(l) Maisonabe, Journal cUnique $ur les difformilé$ , t. I", p. 2tf.

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transversés ; ce qui est inexact , si l'on prend la dénominatibn d'apophyses ti ansverses d ns le sens ordinaire. Dans la régiôh dorsale , cette limite est bien réelle ; mais si l'on suit en liant et êh bas la séiie d'émincnces formée ilar les apophyses* transverseâ du dos, on voit qu'elle se continue dans la régioh lombaire, avec des tubérosités très sensibles , bieil que négli{5écs par la plupart des anatomistes , et que quelques uns ont nommées tubercules apopJiysaires ; on les suit de inèUie dans la région sacrée , où elles solit moins apparentes , mais où elles existent jusqu'à la dernière vertèbre. Dans la région cervicale on retrouve des tubercules analogues, qui figurent d'autant mieux les apophyses ti-ansveises qu'ils donnent réellement attache au muscle trànè^ velsaire épineux (1).

(t) Que représentent alors les apophyses (ransvertetdes anatomistes? Dans un Mémoire lu en 1829 à la Société analomique et sur lequel un rapport fut fait par M. Lenoir, j'avais essayé de déterminer le rapport des divers élémens de la vertèbre humaine. La vertéi)re complète se compose d'un corps ou centre osseux, 6t de deux canaux, l'un postérieur, renfermant les centres nerveux de la vie de relatioli; l'autre antérieur, destiné aux organes de la vie nutritive; et enfin d'apophyses transverses pour les attaches musculaires. Do plus , à chaque vertèbre doit répondre une paire de nerfs avec des racines à ganglions et des racines sans ganglions; en général aussi, à chacune d'elles répond un ganglion du grand sympathique et un cercle veineux ; mais ces deux caractères ne sont pas aussi constans.

Dans la région dorsale tous ces élémens existent ; c'est la que les vertèbres sont le mieux développées, et là aussi que Ion peut le mieux étudier les apophyses transverses. Or, on voit d'abord qu'elles sont tout-à-fait distinctes des côtes, qui te rattachent au corps de l'os , et qu'elles naissent sur les côtés de l'arc vertébral, entre ses lames et le pédicule qui les joint au corps de la vertèbre ; de plus, elles présentent à leur extrémité libre une bifurcation plus ou moins apparente. Tantôt celte bifurcation ne se révèle que par une rainure à la face inférieure; mais sur la douzième vertèbre dorsale, par exemple , il y a réellement deux apophyses au lieu d'une.

Appliquez ces données à la région lombaire , vous trouverez que les véritables apophyses transverses , nées de l'arc vertébral, limitant les gouttières et servant d'attaches aux muscles, sont représentées par les tubercules apophysaires; et on retrouverait au besoin des traces de leur bifurcation dans les tubercules sout-apophysaires récemment signalés par M. Chassaignac. Les prétendues apophyses transverses sont les rudimens des côtes, naissent comme elles du corps de l'os, et, comme elles , donnent attache au carré des lombes , l'analogue des muscles intercostaux.

Dans les vertèbres cervicales, les apophyses Iransverses sont très bifurquécs, et représentées à la fois par les tubérosités que j'ai indiquées , et par la racine postérieure des prétendues apophyses transverses des anatomistes. Les côtes ont pour rudimens les racines antérieures de ces apophyses ; et l'on sait que celle de la septième vertèbre est assez souvent mobile sur la racine postérieure, comme les vèriiables côtes sur les véritables apophyses iransverses dorsales.

Eu poursuivant ces recherches sur les os de la tète, j'avais été conduit à y admettre cinq vcrlèbros; 1" Voccipitale , ayant pour apophyse transverse l'apophyse mastoïde ; pour arc antérieur les apophyses slyloïdes et l'os hyoïde ; pour nerfs

Les faces latérales sont occupées par les côtes , les apophyses traosverses et les trous de conjugaison.

Étudions niaiutenant la colonne vertébrale mobile , ayant toutes ses pièces osseuses réunies par les fibro-caitilages , les ligamens jaunes , etc. , et par les artluodies des apophyses articulaires. La colonne joftit de quatre niouvemens principaux , la flexion en avant , la flexion en arrière , la flexion latérale , et la rotation ou torsion sur son axe.

Weber a étudié ces mouvemens sur trois sujets vivans et sur trois cadavres; chez ces derniers, les muscles dorsaux avaient été enlevés , et des aiguilles implantées dans les apophyses épineuses et transverses , de telle sorte que leur direction fût dans le sens de ces mêmes apophyses , et que les flexions et torsions fussent rendues plus sensibles par cet alongement des leviers.

Flexion en iwant et en arrière. La seconde vertèbre ne s'inftéchissiit pas du tout ou presque pas sur la troisième ; la troisième s*infléchissait beaucoup sur la quati ième ; la quatrième sur la cinquième ; la cinquième sur la sixième ; la sixième moins sur la septième ; la septième moins encore sur la prenxière dorsale.

Le mouvement était extrêmement faible entre les sept premières vertèbres dorsales ; sur celles qui portent les fausses côtes il reparaissait un peu de mobilité qui, sur les dernières de toutes et les lombaires , devenait très considérable , quoique toujours plus faible qu'au cou.

Au reste, il v a de nombreuses variétés touchant les points où la flexion est la plus forte. Ainsi M. Chassaignac a vu, et j'ai rencontré aussi plusieurs fois le principal mouvement de flexion à la

quatre faisceoux disjoints, dont trois, le pienmccastrlque, le spinal, le glossopharyngien , nés de la partie postérieure de la moelle, se renflent en ganglions; le (luiilrième, l'Iiypoclosse, naît de la partie antérieure; 2" la temporale: corps divisé en masses latérales comme celui do Tatlas et formé par les rochers; apophyses Iransrerses , les apophyses zygomatiques; arc antérieur, la mâchoire inférieure; racines nerveuses, le nerf acousticjuo en arriére, lo facial en avant; 3" la sphénoulnle poUérirurc : apophyse Iransverse , l'aile externe de l'apophyse ptérygoide ;arc antérieur incomplet, l'aile interne de celte mémo apophyse ; nerf très distinct , le Irifacial ; 1" la tphénnidalf antérieure , ayant pour nerf sensitif le nerf optique, e( pour racines motrices les autres nerfs deTorhile; U' enfin l'oZ/arM'ie, aussi peu dislinclc que les vertèbres coccygiennes à l'autre extrémité de la colonne, et n'ayant qu'une seule racine nerveuse , le nerf olfactif.

Dans ce système, je néglij^e les apophyses articulaires. Cesprctcndues apophyses ne sont eneffet(iue des surfaces planes, convexes ou concaves, variahies dans leur forme , dans leur siège , dans leur existence ; tantiU pincées sur les lames vertébrales , comme au dos , tantôt sur les apophyses Iransverses , comme au cou et aux lumtics , sur lo corps mémo de la vertèbre à l'alis, et ne laissant plus de traces à la t(lo et au sacrum.

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