‹ Traité d'anatomie chirurgicaleChapitre 13 sur 46 · DE L’AVANT-BRAS · texte numérisé non relu

DE L’AVANT-BRAS

L’avant-bras est cette portion du membre thoracique comprise entre le coude et le poignet, c’est-à-dire entre une ligne qui passerait à deux travers de doigt au-dessous de l’épitrochlée , et une ride cutanée qui est située au niveau du bord supérieur de la tête du cubitus. Celle région a donc, comme celle du bras, moins d’étendue en anatomie chirurgicale qu’en anatomie descriptive.

(1) Anatomie descriptive, t. III, p. 65, 3e édit.

La forme de l’avant-bras est celle d’un cône aplati dont la base serait en haut. Tandis que la région du bras nous a présenté des dimensions antéro-postérieures qui l’emportaient sur les latérales, ici ce sont les dimensions latérales qui l’emportent sur les dimensions antéro-postérieures. Celle disposition permet de considérer dans cette région deux faces et deux bords.

La face antérieure ou palmaire regarde en avant , quand l’avant-bras est étendu sur le bras et dans la supination ; dans la pronation, la partie inférieure est tournée en arrière, la supérieure en dedans. Si on la suppose dans la première position, on remarque vers le milieu de l’avant-bras une convexité due aux muscles rond pronateur et grand palmaire, convexité assez uniforme, qui sépare des saillies et des dépressions qui occupent les parties supérieure et inférieure de la région. En haut, une ligne part du sommet de l’angle que dessine le creux du coude , et sépare les reliefs des muscles épitrochléens et épicondyliens. En bas, se remarquent de dedans en dehors une ligne saillante que forme le tendon du cubital antérieur, une dépression qui correspond au trajet de l’artère cubitale, une seconde saillie beaucoup plus large que la première, formée par le tendon du fléchisseur superficiel , une seconde dépression que limite en dehors une autre ligne saillante due aux tendons du petit et du grand palmaire. En dehors de ce dernier est une large gouttière, sur laquelle on sent les battements] de l'artère radiale. Le bord externe du radius! est loul-à-fait sur le bord externe de l’avant-bras. Ajoutez que ces saillies et ces dépressions sont plus prononcées quand les muscles sont contractés et que la main est fléchie sur l’avant-bras. Les tendons soulèvent alors la peau, comme des cordes. Des veines, dont les anastomoses nombreuses offrent un aspect plexiforrne, se dessinent, bleuâtres, sous la peau. Chez les individus maigres et robustes, elles font un relief très-prononcé ;

DU MEMBRE THORACIQUE

nu contraire, chez les personnes qui ont de l’embonpoint, elles sont plus ou moins masquées par la graisse.

La face postérieure ou dorsale de l’avant-bras est plus uniformément convexe que l’antérieure. Cependant des saillies musculaires s’y dessinent encore mieux chez les individus maigres. Ainsi le muscle cubital y est très-distinct. En dehors de lui est une dépression linéaire , limitée de l’autre côté par le muscle extenseur commun, qui, à son tour, est séparé par une dépression analogue des corps charnus des muscles radiaux externes.

Les bords sont remarquables, l’externe par une ligne convexe en haut, due aux muscles précédents , par une légère dépression vers le milieu, et une seconde saillie moins prononcée que forment les muscles long abducteur et court extenseur du pouce ; l’interne , par sa disposition à peu près linéaire et la présence du bord postérieur du cubitus, que l’on peut sentir avec les doigts dans toute l’étendue de l’avant-bras.

A. Couche cutanée. La peau de la région de l’avant-bras est souple, fine, mobile, glabre en avant; en arrière, elle est épaisse, munie de follicules sébacés et pileux.

B. Tissu cellulaire sous-cutané. Il se compose, comme celui du coude, de deux parties très-distinctes : la couche aréolaire cl graisseuse, la couche lamelleuse ou fascia superficialis.

La couche' adipeuse est très-épaisse chez les enfants et les femmes ; c’est elle qui donne à l’avant-bras sa rondeur gracieuse. Comme elle est en dehors des veines , celles-ci sont , chez eux, moins apparentes. La graisse est moins abondante en arrière et sur les bords qu’en avant.

La couche lamelleuse renferme des veines nombreuses et des nerfs. Elle est très-lâche, permet des glissements étendus de la peau sur l’aponévrose d’enveloppe , et favorise par conséquent le rapprochement des lèvres d’une plaie, alors

même qu’il existe une perle de substance. Le phlegmon diffus s’y étale avec une très-grande rapidité.

La veine radiale antérieure occupe la partie externe , la veine cubitale antérieure , quelquefois assez volumineuse pour permettre la saignée sur elle , la partie interne de la face antérieure ; la médiane est au milieu. La veine radiale postérieure est dans la partie externe, la veine cubitale postérieure dans la partie interne de la face postérieure. Elles sont rarement le siège de varices.

Les nerfs sous-cutanés de l’avant-bras appartiennent au musculo-culané, au brachial cutané interne, au cubital et au radial. Les fdets du premier côtoient la veine radiale, ceux du second la veine cubitale; ajoutons qu’un rameau du musculo-cutané accompagne la veine médiane. Le troisième envoie un rameau cutané qui perce l’aponévrose antibrachiale à la partie antérieure, interne et inférieure de l’avant-bras, au nerf brachial cutané interne avec lequel il s’anastomosele quatrième envoie des fdets qui gagnent la face postérieure de la région et se perdent dans la peau.

Le fascia superficialis de l’avant-bras renferme aussi une grande quantité de vaisseaux lymphatiques. Ils sont surtout accumulés sur la partie interne et antérieure. Quand ils sont enflammés , ils se dessinent au travers de la peau sous l’aspect de lignes rosées, sensibles sous la pression , et dont le doigt constate le relief.

C. Aponévrose d’enveloppe. L’aponévrose antibrachiale bride les muscles nombreux qui sont accumulés dans cette partie du corps. Constituée par des fibres transversales qui s’entre-croisent , elle présente vers sa partie supérieure de fibres surajoutées qui sont plus ou moins obliques. Nous avons décrit, à l’occasion de la région du coude, les expansions fibreuses qui proviennent des muscles biceps ei brachial antérieur. Celle aponévrose est plus épaisse et plus forte, du double, en arrière qu’en avant. Elle est percée, vers

DU MEMBRE THORACIQUE

la parlie inférieure , antérieure et interne , d’un trou qui donne passage au rameau cutané anastomotique du nerf cubital. Sa résistance établit une barrière qui maintient le pus des abcès sous-aponévrotiques et le force à fuser d’une extrémité à l'autre de la région. Elle se continue, en haut, avec l’aponévrose d’enveloppe du coude, en bas, avec celle du poignet. Dans son trajet circulaire, elle adhère à la crête du cubitus. Mais sa face profonde est loin de présenter la même simplicité. Elle émet des prolongements fibreux qui forment des gaines aux muscles. Nous y reviendrons plus à propos, en étudiant les organes sous-aponévrotiques de l’avanl-bras.

D. A ce niveau , cesse l’uniformité des couches précédentes, qui formaient des circonférences concentriques les unes aux autres. Nous allons étudier les parties sous-jacentes qui sont placées, 1° en avant, 2° en arrière, 3° en dehors, U° en dedans des deux os de l’avant-bras, enfin ces leviers eux-mêmes.

1° En avant du radius et du cubitus , l’aponévrose d’enveloppe enlevée, se présentent à l’œil des muscles nombreux, des cloisons intermusculaires qui donnent aux fibres charnues des insertions. Ce sont, de dehors en dedans , le rond pronaleur, qui ne descend pas plus bas que la partie moyenne de l’avant-bras, le grand palmaire, le petit palmaire et le cubital antérieur. Ce premier plan comprend encore l’artère et les deux veines radiales, que les muscles externes recouvrent en haut, mais non plus dans la moitié inférieure de la région.. Le nerf radial, qui marche parallèlement à l’artère, en est séparé par l’aponévrose qui engaîne les muscles radiaux externes. La direction de l’artère est celle d'une ligne qui, partant du milieu du pli du coude, irait se rendre sur la face antérieure de l’apophyse styloïde du radius. C’est donc sur le trajet de celle ligne que doit être faite l’incision de la peau, dans la ligature de ce vaisseau. Les battements de l’artère qui est superficielle,

excepté en haut, permettent d’ailleurs de constater son trajet.

Les muscles rond pronaleur, grand palmaire, petit palmaire et cubital antérieur, sont compris dans des ctuis fibreux, particuliers à chacun d’eux.

Sur un second plan, en procédant toujours d’avant en arrière, c’est-à-dire des parties superficielles vers les parties profondes, est le muscle fléchisseur commun superficiel , recouvert par une lame aponévrotique transversale qui le sépare de la couche précédente et limite en avant une cavité osléo-fibreuse bornée en arrière par le radius, le cubitus et le ligament interosseux.

Dans un troisième plan, se trouve renfermé dans l’espace interosseux le fléchisseur commun profond et le fléchisseur propre du pouce.

La quatrième couche musculaire est due au carré pronateur qui occupe le sixième inférieur de l’avant-bras.

Nous avons signalé dans le premier plan l’artère et les veines radiales; entre le second et le troisième, c’est-à-dire, au-dessous du fléchisseur sublime et en avant du fléchisseur profond, se voient le nerf médian et son artère, au milieu, l’artère cubitale et le nerf du même nom, en dedans. Celle-ci a dans son tiers supérieur la direction d’une ligne fictive qui , du milieu de la ligne articulaire du coude, irait vers le bord interne de l’avant-bras, à la réunion du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs ; dans le reste de son étendue, elle a la direction d’une ligne qui irait de l’épitrochlée ïVLapophyse styloïde du cubitus. On le voit, ce vaisseau est profond en haut, puisqu’il est séparé de l’aponévrose d’enveloppe par la masse des muscles épitrochléens ; en bas, . il n’est plus recouvert que par le bord externe du cubital antérieur. C’est dans le sillon cutané situé en dehors du tendon de ce muscle, qu’il faut faire l’incision cutanée en bas pour arriver sur lui ; en haut, on réussit plus facilement en agissant de dedans en dehors, afin de pénétrer entre le second et

DU MEMBRE THORACIQUE

le troisième plan musculaire. Comment donc reconnaître cet interstice? Il correspond au premier feuillet aponévrolique intermusculaire, que l’on voit en partant du bord postérieur du cubitus, feuillet dont le bord interne est très-visible par la ligne blanche qu’il trace , à son union avec l’aponévrose d’enveloppe. C’est donc cette ligne qu’il faut chercher, après l’incision de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané ; c’est sur elle que doit être porté le tranchant de l’instrument. Sans celle précaution, on court le risque de tomber dans l’épaisseur soit du fléchisseur superficiel , soit du fléchisseur profond. Dans le même interstice se voit aussi le nerf cubital , qui, dans le tiers supérieur de l’avant-bras, est éloigné de l’artère et s’en rapproche au commencement du tiers moyen pour l’accompagner dans le reste de son trajet, placé en dedans d’elle. Ce nerf est un point de ralliement certain. On aura d’autant plus de chance de trouver l’artère à côté de lui, dans la ligature de ce vaisseau à son tiers supérieur, que l’on descendra plus bas vers le tiers moyen de la région. Que si le chirurgien ne trouve pas l’artère en dehors du nerf, c’est que bien certainement il existe une anomalie. La déviation de la cubitale lient à une anomalie de la division de l’artère brachiale.

Au-dessous des muscles fléchisseur commun profond et fléchisseur propre du pouce, sont les vaisseaux et le nerf interosseux antérieurs, appliqués sur l’aponévrose interosseuse. Dans l’amputation de l’avant-bras, il faut se rappeler ce rapport, afin d’arriver plus sûrement sur l’artère interosseuse antérieure que l’on veut lier. Le muscle carré pronateur recouvre ces vaisseaux en bas.

Si l’on jette un coup d’œil général sur la -disposition des lames fibreuses cl des muscles de la partie antérieure de l’avant-bras, on voit que deux cavités y sont établies. La première est fibreuse , et limitée en avant par l’aponévrose d’enveloppe, en arrière par la cloison qui est tendue dans

celte aponévrose d’enveloppe et placée en avant du muscle fléchisseur superficiel ; la lame transversale est plus forte en haut qu’en bas. Les muscles rond pronatcur, grand palmaire , petit palmaire et cubital antérieur y sont enfermés, ainsi que l’artère radiale. Les phlegmons qui se développent au milieu d’eux s’étalent suivant la longueur du membre, et sont distincts des phlegmons plus profonds situés dans la seconde cavité. Celle-ci est en partie fibreuse, en partie osseuse. En avant, c’est la cloison transversale déjà indiquée qui la limite ; en arrière , c’est le ligament ou aponévrose interosseuse [de l’avant-bras; et sur les côtés, le radius et le cubitus. Elle contient le fléchisseur commun profond, le fléchisseur commun superficiel et, entre eux, le nerf médian et son artère, le nerf cubital et l’artère du même nom , les vaisseaux et nerfs interosseux antérieurs , le long fléchisseur propre du pouce et le carré pronaleur. Les abcès qui occupent ces couches profondes doivent être ouverts de bonne heure , parce qu’ils s’étendent aisément à toute la hauteur de l’avanl-bras ; ils sont accompagnés d’une tension douloureuse de la région, d’un empâtement du tissu cellulaire sous-cutané, indice du travail phlegmasique sousaponévrotique. Comme des vaisseaux et des nerfs importants sont situés entre les diverses couches musculaires, on ne doit procéder à l’ouverture de ces abcès profonds qu’avec une extrême précaution, en suivant les règles indiquées pour la ligature des artères. Il est même prudent d’abandonner le bistouri , quand on est arrivé sur les couches profondes, et de prendre la sonde cannelée, avec le bec de laquelle on pourra , sans danger , déchirer les lamelles cellulaires.

En songeant à la disposition des lames fibreuses, on verra que l’artère radiale est, à la partie inférieure de l’avant-bras, immédiatement au-dessous de l’aponévrose d’enveloppe , et qu’à la même hauteur, la cubitale, appliquée sur le fléchis-

DU MEMBRE THORACIQUE

seur commun profond , doit être recouverte et par celle-ci et par la cloison transversale que nous avons trouvée derrière les muscles du premier plan.

2° En arrière du radius et du cubitus , les organes situés au-dessous de l’aponévrose d’enveloppe forment deux plans distincts. Le superficiel comprend l’extenseur commun des doigts, l’extenseur propre du petit doigt, le cubital postérieur et l’anconé ; le profond se compose du grand abducteur du pouce, des long et court extenseurs de ce doigt , et de l’extenseur du doigt indicateur. Une partie du court supinateur , qui appartient au côté externe de l’avant-bras , se trouve aussi dans la partie postérieure. La branche dorsale du nerf radial qui traverse ce dernier muscle, et l’artère interosseuse postérieure, se placent entre les deux couches précédentes.

De même qu’une cloison transversale séparait le premier plan des muscles delà partie antérieure de l’avant-bras, du second, de même, dans la partie postérieure, une lame cellulo-fibreuse d’une densité variable isole la première couche de la seconde. Comme en avant, des cloisons placées de champ sont situées entre les muscles et complètent ainsi les étuis fibreux qui les enveloppent. Ces gaines sont plus fortes pour ces muscles que pour ceux de la partie antérieure.

Il existe donc ici deux grandes gaines comme précédemment, l’une fibreuse, l’autre ostéO-fib reuse. Les mêmes considérations chirurgicales se rattachent à leur existence. Ajoutons seulement que le chirurgien peut être plus hardi dans l’ouverture des abcès profonds.

3° En dehors des os de l’avant-bras , il n’existe qu’une gaine qui est ostéo-übreuse , et qui contient de la peau vers le radius, le long supinateur, le premier et le second radial externe, le court supinateur qui enroule, à la manière d’une écharpe, la moitié supérieure de l’os, la branche antérieure du nerf radial, et enfin, vers le milieu du

levier, l’attache du rond pronateur. Dans la moitié inférieure de la région, les muscles long supinateur, premier et second radial , sont croisés par les muscles grand abducteur et court extenseur du pouce, plus superficiels qu’eux. Ces derniers sont contenus dans une gaine fibro-synoviule qui s’enflamme soit dans les mouvements réitérés du pouce, soit à la suite de distensions. Dans les premiers temps de l’inflammation, la surface de la bourse séreuse est sèche, en sorte que le glissement des tendons ne se fait qu’avec un frottement qui donne lieu , sous la main du chirurgien , à une sensation spéciale (voy. t. I , p. 26). Comme la peau est peu éloignée, l’inflammation peut se propager jusqu’à elle ; une tuméfaction avec empâtement et rougeur dessine alors sur le bord externe de l’avant-bras le trajet des muscles long abducteur et court extenseur.

4° En dedans des os de l’avant-bras, il n’y a point de parties sous-aponévrotiques , puisque l’aponévrose d’enveloppe s’insère sur la crête du cubitus. Disons cependant, pour être rigoureux, que la branche dorsale interne du nerf cubital passe, vers le bas, entre le cubitus et l’aponévrose pour gagner les faces dorsales du poignet et de la main.

5° Squelette. Il est formé par les corps du radius et du cubitus. Le premier présente sa plus grande largeur en bas, le second en haut. Il en résulte que, dans les fractures indirectes de l’avant-bras, ces deux os ne se fracturent pas à la même hauteur. Ils présentent dans leur ensemble une courbe à concavité antérieure. Examiné isolément, le cubitus s’infléchit en dehors par ses extrémités, comme pour aller à l’encontre du radius. Celui-ci s’incurve en sens contraire ; c’est ainsi que l’espace , placé entre eux , se trouve élargi. Cet espace est occupé par une aponévrose connue sous le nom impropre de ligament interosseux ; il permet les mouvements de rotation du radius autour du cubitus, et

DU MEMBRE THORACIQUE

par conséquent la pronation et la supination. Dans la pronation forcée, la partie moyenne du premier de ces deux os appuie sur le second, qui lui offre un point d’appui. Si la force qui a produit ce mouvement continue d’agir, elle exerce sa puissance sur l’extrémité inférieure, et pousse la supérieure contre le ligament annulaire radio-cubital. En un mot , le radius joue le rôle d’un levier du premier genre. Aussi est-il imprudent de soulever les enfants , en les prenant par la main pour leur faire franchir un mauvais pas, car on produit ainsi celte pronation forcée ; c’est de la sorte qu’on occasionne des luxations de l’extrémité supérieure du radius en arrière.

Le ligament interosseux donne attache , sur ses faces antérieure et postérieure, à des muscles dont la contraction tonique solliciterait celte membrane vers eux, si elle n’était tendue entre les deux os. Mais, quand une solution de continuité occupe l’un d’eux ou tous les deux à la fois, ce ligament n’est plus fixé ; il se trouve entraîné, entraînant luimême les fragments, c’est-à-dire que l’espace interosseux diminue de largeur. Une consolidation des bouts osseux, dans celte position vicieuse , aurait pour résultat de les souder dans un cal commun , et d’empêcher ainsi , plus lard, les mouvements de pronalion et de supination. C’est pour obvier à cet inconvénient que l’on applique, dans le but de réduire les fragments, des compresses graduées sur les faces antérieure et postérieure de l’avant-bras , de manière à refouler les muscles dans l’espace interosseux , et à écarter les deux os l’un de l’autre. L’appareil doit être appliqué sur l’avant-bras, quand celui-ci a une position intermédiaire à la pronation et à la supination extrêmes ; dans la supination , les malades ressentiraient au bout de quelque temps une fatigue intolérable.

Nous avons supposé une solution de continuité simultanée des deux os de l’avant-bras ; le déplacement des fragments

se fait encore par la même cause que précédemment , si un seul os est rompu. Dans la fracture du radius , les deux fragments sont portés vers le cubitus, car le Irait est presque toujours oblique. Ce n’est donc que théoriquement qu’on a pu dire que les deux fragments, appliqués l’un sur l’autre , résistaient au déplacement à la manière d’une voûte. Dans la fracture du cubitus , le fragment supérieur reste immobile, à cause de son articulation avec l’humérus ; l’inférieur, au contraire, est porté vers le radius. Les muscles rond pronateur et carré pronateur sont les agents les plus actifs de ces déplacements.

Les deux os de l’avant-bras sont recouverts de parties molles épaisses en avant et en haut, en arrière cl en haut. L’extrémité inférieure de la face antérieure du radius n’est séparée de la peau, dans sa partie externe, que par le carré pronateur et des lames aponévrotiques. L’artère radiale , appliquée sur les attaches radiales de ce muscle, trouve donc en arrière d’elle un point d’appui qui en permet la compression dans les cas de plaie de l’arcade palmaire superficielle, et qui favorise l’exploration du pouls. La cubitale est plus éloignée du cubitus. Cependant la compression sur elle peut être pratiquée avec efficacité. La partie inférieure. du bord externe du radius n’est séparée de la couche cutanée que par les tendons des radiaux, du long supinateur, et par les muscles long abducteur et court extenseur du pouce. Nous savons que le bord postérieur du cubitus est sous-cutané dans toute sa longueur. Il résulte de ces rapports que ces os peuvent être facilement attaqués, dans cette partie de leur étendue, par les instruments du chirurgien ; que, dans les fractures, les fragments aigus déchirent quelquefois la peau, et font saillie au dehors. Les fractures du cubitus sont celles qui donnent le plus souvent lieu à cet accident, non-seulement à cause de la position superficielle de l’os, mais encore parce que, de tous les

DU MEMBRE THORACIQUE-

fragments, le supérieur est le seul qui reste immobile à cause de son articulation trochléenne avec rimmérus, en sorte que les parties molles viennent se déchirer sur lui. J’ai été, récemment, témoin d’un cas de ce genre , qui s’est terminé malheureusement par un tétanos mortel, chez un enfant de quatorze ans. La saillie de l’extrémité inférieure du fragment huméral indique dans quelques cas la résection , opération déjà pratiquée par Marc-Aurèle Séverin. De ce que les parties molles qui recouvrent les bords de l’avant-bras sont peu épaisses, il résulte que l’amputation circulaire est préférable à celle à lambeau : avec cette dernière méthode, on s’exposerait à voir les os saillants dans les angles de la plaie.

Vaisseaux et nerfs. Les vaisseaux qui se ramifient dans la région sont nombreux. Quatre artères, la radiale, la cubitale, les interosseuses antérieure et postérieure, demandent à être liées, dans les amputations de l’avant-bras. Nous connaissons leurs rapports. La radiale donne une artère récurrente radiale antérieure , la cubitale en fournit deux , les récurrentes cubitales antérieure et postérieure ; l’interosseuse postérieure donne naissance à la récurrente radiale postérieure. Nous verrons plus bas comment les deux interosseuses se terminent dans le poignet en s’anastomosant avec les artères transverses antérieure et postérieure du carpe: Une ligature peut donc être posée sur les artères radiale et cubitale dans la région de l’avant-bras , et la circulation ne pas être interrompue à cause de ces communications. Nous aurons l’occasion de dire comment cette circonstance a pu être fatale dans des cas de plaie de l’arcade palmaire superficielle.

Les veines sont superficielles ou profondes. Celles-ci , au nombre de deux pour chaque artère, suivent rigoureusement leur trajet; celles-là sont groupées sur la face antérieure de l’avant-bras : ce sont la médiane , la radiale et la cubitale antérieures. Nous avons vu sur les bords de la face posté-

rieure line radiale et une cubitale postérieures, et nous avons déjà signalé les branches anastomotiques que toutes ces veines s’envoient dans l’épaisseur du fascia superficialis.

Les vaisseaux lymphatiques sont également distingués en superficiels et en profonds. Sous la peau , ils suivent à peu près le trajet des veines; dans là profondeur du membre, ils sont immédiatement accolés sur les vaisseaux sanguins. Des ganglions lymphatiques , très-petits , sont accolés aux artères radiale, cubitale et interosseuse. Leur nombre, qui est fort peu considérable, est encore indéterminé.

Les nerfs, également sous-cutanés ou sous-aponévrotiques, sont : les premiers, le musculo-cutané, le brachial cutané interne, des nerfs cutanés du cubital et du radial ; les seconds, le nerf médian, qui fournit à tous les muscles de l’avanl-bras , excepté au cubital antérieur et à la moitié interne du fléchisseur profond , des rameaux qui naissent tous à la partie supérieure de l’avant-bras , le cubital , qui fournit au muscle du même nom et à la moitié interne du fléchisseur profond , le radial , qui anime tous les muscles postérieurs et externes.

Développement et variétés. L’avant-bras se développe après la main. Jusqu’à l’époque de la puberté, chez l’homme, la graisse abonde dans le tissu cellulaire sous-cutané.

11 n’est pas rare, dit J. -F. Meckel (1) , qu’un des deux os manque, ou même qu’il n’en existe aucun. M. Velpeau (2) rapporte le cas d’une dame qui n’en avait jamais eu que les extrémités, et dont la main était cependant bien conformée. Blandin (3) a vu, à l’hôpital Saint-Antoine, un sujet qui n’avait pas subi d’amputation, et qui n’avait que la partie supérieure du cubitus et du radius dans son moignon. La tête

(1) Mmuel d'anatomie, t. I, p. 717.

(2) Diction, en 30 vol., t. IV, p. 438.

(3j Anatomie des régions, p. 536.

DU MEMBRE THORACIQUE. 309

du radius était déformée.' Tous ces cas sont très-probablement des arrêts de développement.

On distingue, dans l’avant-bras, de nombreuses variétés musculaires et vasculaires.

1° Parmi les muscles , le petit palmaire , le fléchisseur commun , présentent souvent des anomalies. Le premier manque quelquefois , non-seulement d’un côté , mais des deux ; le second se divise d’une manière variable dans ses tendons terminaux. Souvent le long fléchisseur propre du pouce envoie au-devant de l’artère cubitale un faisceau qui gagne l’épitrochlée ou l’apophyse coronoïde. Quelquefois le muscle carré pronateur manque , ainsi que l’a remarqué Meckel , etc. Quant aux lames aponévrotiques , elles sont plus ou moins prononcées, suivant les sujets, et dégénèrent, dans quelques points , en un tissu cellulaire lâche chez les personnes chargées d’embonpoint , et principalement chez les femmes.

2° Les anomalies des vaisseaux dépendent de la division anormale de l’artère brachiale. A la bifurcation prématurée est opposée une disposition contraire , qui consiste dans la continuation de cette artère dans toute l’étendue de l’avantbras. Elle chemine alors le long du nerf médian, comme le fait habituellement l’artère de ce nerf, et, au-dessous du coude , donne naissance à deux artérioles qui représentent d’une manière rudimentaire la radiale et la cubitale. Dans des cas où la bifurcation se fait à la hauteur ordinaire , un petit rameau a pu se détacher de l’humérale, passer en avant des muscles épitrochléens, et plonger plus bas au-dessous d’eux pour s’anastomoser avec la cubitale (Tiedemann , Blandin). Quand celle artère offre un calibre aussi gros que celui de la cubitale , celle-ci paraît naître alors par deux racines.

Si l’humérale s’est bifurquée très-haut, la cubitale continue souvent son trajet superficiel sur l’avant-bras. Elle che-

mine alors dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou au-dessous de l’aponévrose. C’est là qu’elle doit se trouver quand le chirurgien ne la rencontre pas en dehors du nerf cubital , dans la ligature de ce vaisseau. J’ai vu trois fois, en faisant s’exercer des élèves aux manœuvres opératoires, ce vaisseau ainsi dévié. D’autres fois la radiale est superficielle. On l’a vue contourner, dès le milieu de l’avant-bras, le côté externe du radius, et émettre très-haut la radio-palmaire qui continuait son trajet. Si celle dernière est petite , elle pourrait induire en erreur dans l’exploration du pouls.

Page 1