‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou Anatomie des régions, considérée dans ses rapports avec la chirurgie; ouvrage oneé de quatorze planchesChapitre 11 sur 76 · Le Tissu cellulaire · texte numérisé non relu

Le Tissu cellulaire

Lamelleux, souple, et renfermant des vésicules adipeuses quelquefois très-grosses, entre le péritoine et les muscles, le tissu cellulaire constitue là une couche plus ou moins épaisse , suivant les sujets, et qui s’enflamme assez souvent. Elle se continue, en dedans et supérieurement , d’une part, avec la longue traînée celluleuse qui existe au-devant du rachis, et le tissu sous-séreux du diaphragme ou de la poitrine ; de l’autre, avec celui de la fosse iliaque en bas , et le sous-péritonéal du flanc. Comme ses lamelles sont très-serrées dans ce dernier sens , tandis que, dans tous les autres, elles sont lâches et très-extensibles, il en résulte que, dans les suppurations qui s’établissent dans cette couche, les matières morbides sont, pour ainsi dire, confinées sur les côtés par l’adhérence du péritoine au muscle trans verse ou à son aponévrose, mais quelles peuvent fuser avec la plus grande facilité vers le bassin ou le thorax. Le même élément, considéré dans la gaîne du muscle carré des lombes, ne renferme presque jamais de graisse; il est très-fin, et communique en avant avec la couche précé-

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dente , entre les attaches du muscle , surtout près de la dernière côte ; de telle sorte , que le pus des foyers formés dans l’un de ces points, peut très-bien passer dans l’autre. Celui qui est renfermé dans le canal du sacro-spinal, présente quelquefois des cellules graisseuses au devant du feuillet postérieur de l’aponévrose; plusieurs de ses filamens aussi traversent cette lame, pour se continuer avec la couche sous-cutanée; entre les fibres charnues, il est fin, assez rare, et réunit, près de la côte, toutes les couches, pour les faire communiquer avec la masse celluleuse de l’excavation du flanc.

ïo°. Le Squelette.

Il comprend les cinq vertèbres inférieures et leurs ligamens; cette portion du rachis est remarquable sous plusieurs rapports :

a . Le corps des os devient de plus en plus épais , à mesure qu’on s’approche des derniers; cette épaisseur est surtout plus considérable en avant : ce qui détermine une convexité très-prononcée dans ce sens ;

b . Les cartilages présentent la même disposition, et jouissent d’une force considérable ; leur union aux corps des vertèbres est tellement intime , qu’il est plus facile de rompre les os que d’en détacher les cartilages ;

c. Les apophyses épineuses sont courtes , mais larges et horizontales; ce qui permet de porter très-loin le mouvement de flexion en arrière. Le ligament inter-épineux qui les unit, en remplissant leur intervalle, est quadrilatère, d’un tissu jaune et très-fort; la bandelette sus-épineuse est aussi plus épaisse ici que dans les autres points de la colonne vertébrale; disposition importante à noter, pour expliquer la ten-

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dance du tronc à se redresser , après une flexion antérieure portée très-loin;

d . Les apophyses transverses sont minces, horizontales très-écartées , et permettent une inclinaison latérale trèsprononcée. En somme, ces divers caractères sont tous favorables à la mobilité, qui est en effet beaucoup plus grande dans la région lombaire que dans les autres portions du rachis;

e. Les apophyses articulaires sont placées perpendiculairement; les inférieures regardent en dehors et sont très-rapprochées; les supérieures, plus écartées , regardent en dedans et en arrière, présentent en arrière un tubercule assez saillant, indiqué par Albinus , rappelé par le professeur Béclard , et sur lequel les tendons du muscle transversaire épineux, dans cette portion de sa, longueur, se fixent , au lieu de s’attacher sur les apophyses transverses, comme dans la région dorsale. Il résulte de cette disposition que ces facettes sont encadrées les unes dans les autres , de manière qu’elles ne peuvent glisser dans aucun sens, et que, malgré les grands mouvemens de la colonne vertébrale, leurs luxations sont impossibles, à moins qu’il n’y ait en même tems fracture;

f. Les lames sont courtes, épaisses et assez larges; néanmoins , celles d’une vertèbre ne s’imbriquent pas sur celles de l’autre. Leur position horizontale donne au ligament jaune une forme carrée, et permet d’en voir à l’extérieur une certaine étendue; en sorte que la pointe d’un instrument, portée transversalement à l’axe du corps, pourrait pénétrer dans le canal de la moelle , sans toucher les os ;

g. Le canal rachidien est plutôt triangulaire qu’arrondi; entre la dure-mère et les vertèbres, le tissu cellulaire et les vésicules graisseuses sont abondans. Les veines rachidiennes ont un volume considérable, à cause des nombreuses branches quelles reçoivent du tissu spongieux des os, et parce

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quelles ont grossi graduellement en descendant; ces veines , mieux connues depuis les travaux de M. Breschet , forment un réseau très-compliqué , et vont se rendre dans les veines lombaires. Dans ce canal, la moelle ne se prolonge que jusqu’au niveau de la seconde vertèbre lombaire; plus bas, on ne trouve que des cordons nerveux enveloppés de leur gaine névrilématique , et formant un faisceau vulgairement connu sous le nom de queue de cheval. Ces nerfs sont les seuls qui aillent aux membres inférieurs; et, comme plusieurs d’entre eux remontent par leur racine jusqu'à la neuvième vertèbre, il pourrait arriver qu’une lésion de la tige rachidienne, dans le haut de la région lombaire, ne fût pas suivie de paraplégie : c'est ce qui permettrait d’expliquer jusqu’à un certain point, par exemple, les observations rapportées par Ferrein dans les Mémoires de V Académie des Sciences , et par Desault , dans son journal; observations, dans lesquelles on voit qu’une blessure grave de la moelle au bas de la région dorsale, n’est pas toujours accompagnée de paralysie des membres pelviens ; mais en relatant ces faits dans les Archives générales de Médecine (i), nous en avons indiqué d’autres qui ne s’accommoderaient pas d’une semblable explication.

D’après ce qui précède, on voit que si la portion du rachis, destinée à protéger le système nerveux, n’est plus abritée par les côtes , elle est , en compensation , soustraite à l’action des corps extérieurs par sa courbure, qui la rend plus profonde, et par la masse épaisse des muscles qui l’ entourent; qu’au reste, les cordons spinaux qui s’y trouvent contenus , étant moins impor tans que dans les régions supérieures, la nature avait besoin de moins de précautions sous ce rapport; tandis que la portion de la tige rachidienne relative à la locomotion exigeait une dis- (*)

(*) Février 1825.

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position particulière , afin de permettre une mobilité trèsgrande, sans rien ôter à la solidité : aussi, nous avons vu que les apophyses épineuses et transverses étaient horizontales, et que le cartilage avait une épaisseur considérable ; cette substance intervertébrale surtout mérite une mention particulière, à l’occasion des mouvemens. Le tissu mou et peu compressible, en effet, qui se remarque au centre de chacun de ces corps, rejette presque en totalité la pression du corps sur l’un des points de la circonférence, dans les diverses inclinaisons du tronc; en sorte que le fibro-cartilage très-élastique, mais beaucoup plus compressible à son pourtour , cède , s’amincit dans le point le plus fortement comprimé, et repousse dans le sens opposé , qui devient plus épais , la portion centrale presque fluide , et qui forme alors , de cette manière, une espèce de pivot mobile , autour duquel s’exécutent tous les mouvemens. Lorsque la courbure lombaire est très-prononcée, ces ligamens intervertébraux doivent nécessairement être distendus, et tirailler plus ou moins les parties fibreuses qui les enveloppent; cette distension a paru devoir être assez forte chez les femmes, au moment de l’accouchement, pour qu’un accoucheur de mérite ait écrit récemment qu’elle était la cause des douleurs de reins qui ont quelquefois lieu pendant le travail; mais cette opinion nous paraît trop peu fondée pour que nous croyions devoir le combattre ici par des raisons anatomiques.

Remarquons aussi , avant d’abandonner ce point, que • nulle part le corps des vertèbres n’est rempli d’autant de vaisseaux veineux et artériels, ne présente des aréoles aussi larges , un tissu aussi spongieux , n’est entouré d’autant de tissu cellulaire, et de ligamens plus larges, ne nous offre, en un mot, une aussi grande vitalité; joignons ensuite à cela les efforts continuels qui viennent aboutir dans ce segment de

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la tige vertébrale, et nous aurons l’explication assez naturelle de la fréquence de la carie, des inflammations et des altérations de tout genre qu’on y observe.

Nous pouvons voir maintenant quel est l’ordre de superposition des parties qui se rencontrent dans la région lombaire :

Sur la ligne médiane, on trouve : i° la peau, très-dense et très-serrée; 2° la couche sous-cutanée, plutôt fibreuse que celluleuse, ne renfermant jamais de vésicules adipeuses, unissant d’une manière intime les tégumens au ligament surépineux, et ne permettant pas aux infiltrations de passer d’un côté de la ligne médiane sur l’autre ; 3° le ligament surépineux, qui se distingue de l’aponévrose par la direction longitudinale de ses fibres; 4° les apophyses épineuses, les ligamens et les muscles interépineux; 5° les lames des vertèbres et les ligamens jaunes; 6° les apophyses articulaires,, déjetées en arrière, et très-rapprochées de la base des apo physes épineuses; y° le canal vertébral, dans lequel on voit du tissu cellulaire et de la graisse presque fluide, la dure^ mère, l’arachnoïde , la moelle elles nerfs, l’arachnoïde encore, la dure-mère, du tissu cellulaire fin, souple et graisseux, des branches artérielles appliquées sur le corps des vertèbres , les veines du rachis, recouvertes d’espace en espace par le ligament vertébral postérieur ; 8° le corps des vertèbres et les fibr o -cartilages, recouverts immédiatement par le ligament prévertébral et du tissu cellulaire, ensuite par les piliers du diaphragme, les artères et les veines lombaires, le nerf grandsympathique, des ganglions lymphatiques , l origine du canal thoracique, l’aorte, la veine cave, etc.

Sur les côtés, on rencontre : i° la peau, plus épaisse que sur la ligne médiane, mais un peu moins dense; 2° la couche celluleuse, renfermant des filamens nerveux très-distincts, des

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ramuscules vasculaires, et des cellules graisseuses en grand nombre ; 3° une aponévrose épaisse, à fibres entre-croisées, présentant un petit nombre d’ouvertures pour le passage des vaisseaux ; 4° une couche peu épaisse de tissu cellulaire raréfié, renfermant quelquefois de la graisse molle; 5° le faisceau commun des muscles sacro- lombaire, long dorsal et transversaire épineux, dans lequel se voient les divisions principales des artères, des veines et des nerfs; 6° en dedans, les apophyses transverses et les muscles inter -transversaires; en dehors , une autre couche celluleuse et le feuillet moyen de l’aponévrose ; y° le muscle carré des lombes et quelques vaisseaux; 8° l'aponévrose antérieure ; g° enfin, le tissu lamelleux sous -péritonéal, renfermant des cellules adipeuses, les artères et veines lombaires, ainsi que les nerfs du même nom.

Si l’on se rappelle ce qui a été dit à l’occasion des régions postérieures de la poitrine et du cou, on a dû remarquer que le corps des vertèbres se dégage pour ainsi dire des masses apophysaires , à mesure qu’on se rapproche du sacrum : d’où il suit, que le canal vertébral entraîné, par cela même, en avant, est d autant plus difficile à atteindre , que le chirurgien veut le découvrir plus bas; déjà, dans la région dorsale, les apophyses transverses sont fortement déjetées en arrière; mais en même tems, comme ces éminences ont une très-grande longueur, les gouttières vertébrales paraissent plus profondes et plus larges ; de cette manière 1rs lames des os du rachis sont moins apparentes, et semblent être hors de la portée de l’instrument: cependant à Londres, on a osé, il y a deux ans, porter le trépan sur elles, chez un jeune homme, pour relever des pièces d’os enfoncées dans la moelle ; il n’est pas besoin de dire que le sujet est mort à la suite de cette opération. Dans la région lombaire, rien ne pourrait justifier de pareilles tentatives»

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