‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 17 sur 38 · DES VEINES · texte numérisé non relu

DES VEINES

Le sang qui a servi à la nutrition dans l’intérieur des organes, et celui qui a été vivifié par le contact médiat de l’air atmosphérique dans les poumons, sont portés dans les deux cavités auriculaires du cœur par des vaisseaux particuliers : ces vaisseaux sont les veines. Cependant les veines pulmonaires , venœ arleriosœ , étant remplies de sang rouge pourraient être rapprochées des artères : toutefois leurs parois ne sont pas denses et résistantes comme celles de ces dernières, le sang ne recevant point dans leur intérieur l’impulsion des ventricules.

Les parois veineuses se composent de trois tuniques : l’externe , la moyenne et l’interne. Celle-ci est la partie essentielle de la veine, celle qui ne manque jamais, dans quelque partie du corps qu’on éludie cet ordre de vaisseaux. La moyenne et l’externe sont remplacées, au contraire , tantôt par du tissu musculaire comme dans l’utérus , tantôt par du tissu fibreux, comme dans les sinus de la dure-mère : d’autres fois c’est du tissu osseux qui la recouvre. L’adhérence de celte tunique aux tissus qui l’engaînent est assez grande pour qu’elle ne revienne pas sur elle-même après une section complète; de là la possibilité de l’introduction de certains éléments étrangers dans la lumière béante de ces veines. On sait encore que si les veines sus-hépatiques ne s’affaissent pas à la surface d’une coupe pratiquée sur le foie, c’est que la membrane interne adhère par sa face externe au parenchyme de la glande.

1° Lisse comme une séreuse sur la face libre , la membrane interne des veines est plus extensible, moins fragile que celle des artères. Mince et transparente, elle n’en

esl pas moins composée d’un enduit épithélial, et d’une couche filamenteuse, striée, formée par des fibres qui s’anastomosent entre elles laissant quelques jours dans leur intervalle. Comme celle des artères, elle se laisse couper sous la constriction d’une ligature; mais il faut que celle-ci soit apposée sur le vaisseau avec une plus grande force. Les irritants mécaniques ne provoquent en elle aucune douleur , ainsi que l’avait indiqué Haller et que l’ont confirmé les expériences de Bichat. Le premier effet de l'inflammation esl de provoquer dans la veine la formation d’un caillot qui lui adhère bien vile par des tractus filamenteux. Bien rarement elle esl soulevée par des productions calcaires , ces productions si fréquentes dans les tuniques artérielles. Cependant Baillie (1) en a rencontré dans la veine-cave inférieure, le DrMacartney dans la veine saphène externe, et M. Gintrac(2) de Bordeaux dans les parois de la veine-porte. Ainsi que Hodgson l’a fait remarquer, les pétrifications des parois veineuses soulevant quelquefois la membrane interne, s’en enveloppent entièrement et ne tiennent plus à la couche moyenne que par une sorte de pédicule filiforme, sorte de mésentère que leur a fourni la tunique interne. Enfin des ulcérations n’ont pas été fréquemment constatées dans celte membrane : on les voit particulièrement chez des phthisiques ou sur des individus atteints de fièvre typhoïde.

La compression peut-elle déterminer une adhésion des parois opposées d’une veine? Je comprends difficilement l’adhésion immédiate et mécanique de celte membrane à elle-même : elle présente un enduit épithélial qui doit s’opposer à ce phénomène. Il esl nécessaire qu’une inflammation détache cette épiderme et donne lieu à la sécrétion d’une couche pseudo-membraneuse unissante.

(1) Transact. of Soc. for ih'e improvemcnt , etc. , t. I , p. 134.

(2) Journal de médecine, t. II, p. 51.

La tunique interne des veines présente de nombreux replis qui font l’ofiiee de soupape dans l’intérieur du vaisseau: ils sont désignés sous le nom de valvules. Si l’on se figure une duplicaiurc de la membrane renfermant à sa base quelques fibres qui lui donnent une épaisseur et une résistance plus grandes, on se fera une juste idée de la structure de ces valvules. Elles sont situées, généralement au nombre de deux, sur les parois opposées des veines ; rarement elles se réunissent au nombre de trois ; plus exceptionnellement encore elles sont solitaires : dans ce cas, elles sont disposées d’une manière alterne. Leur bord libre est dirigé du côté du cœur ; celui qui est adhérent à la paroi vasculaire est courbe ei du côté des capillaires, en sorte que, des deux faces, l'une regarde vers l’axe et l’autre vers la paroi de la veine. C’est celle disposition qui inspira au célèbre Harvey la découverte de la circulation. Quand le sang renverse les valvules l’une vers l’autre, elles forment un diaphragme complet dans le vaisseau, ei coupent ainsi la colonne sanguine qui s’y trouve divisée en autant de colonnes secondaires qui ont un point d’appui sur elles. Les valvules sont principalement situées dans les veines des membres, en plus grand nombre dans celles de l’inférieur que dans celles du supérieur. Selon Béclard et Meckel , elles seraient plus abondantes dans les veines souscutanées. Cependant si l’on réfléchit qu’elles ont pour usage d’empêcher le reflux du sang vers les capillaires, il paraîtrait extraordinaire que les veines profondes, qui sont soumises à des compressions si nombreuses et d’une intensité si variée au milieu des muscles qui les environnent, en eussent moins que les précédentes. Aussi Blandin a corrigé par l’examen anatomique la proposition émise avant lui , en démontrant qu’elle était diamétralement en contradiction avec les faits. Tout le monde reconnaît aujourd’hui que les veines profondes sont bien plus riches en valvules que les veines superficielles. La veine-cave, les veines rénales, la plupart

Ides veines rachidiennes , les veines pulmonaires, la veineporte , les veines cérébrales, diploïques , celles du cœur et de l’utérus, en sont dépourvues. On n’en trouve pas non plus .dans les veines communiquantes qui établissent un canal intermédiaire aux veines superficielles et aux veines profondes des membres. Les valvules deviennent rares et sont peu développées dans les veines de la tête et dans celles du cordon spermatique.

L'existence de ces diaphragmes mobiles explique comment l’écoulement du sang veineux s’arrête après l’amputation pratiquée dans certaines régions ; comment aussi, quand la solution de continuité du vaisseau est très-rapprochée du tronc, là où les valvules manquent ou bien sont peu nombreuses, l’hémorrhagie continue. Quand un membre est séparé du tronc, ce ne peut être en effet que par un reflux du sang que ce phénomène peut s’opérer ; dans ces cas, la compression suffit quelquefois pour arrêter l’hémorrhagie : dans des circonstances moins heureuses, surtout si l’on a affaire à des individus déjà affaiblis, une ligature doit être posée sur la veine. De là des chances plus nombreuses de voir se développer la phlébite, accident si redoutable après les grandes opérations.

Au niveau des valvules, les parois veineuses sont dilatées en ampoule, comme l’aorte l’est au niveau des valvules sigmoïdes. Voilà pourquoi les veines remplies par le sang ou des caillots sanguins sont noueuses de distance en distance. La phlébite a quelquefois pour effet de ramollir les valvules, de les détruire même dans les parties qui suppurent. Elles offrent le plus souvent la rougeur, l’épaississement, l’aspect | ridé et chagriné que l’on constate dans les autres points de i: la membrane interne.

L’étendue des valvules est assez grande dans l’étal phyi siologique pour obturer la lumière des canaux veineux; mais quand ceux-ci sont dilatés outre mesure, ainsi que cela arrive

dans les varices , les valvules permettent le reflux du sang vers les capillaires. Celle insuffisance devient dès lors de pins en plus grande, parce que les parois supportent une colonne sanguine bien plus large, et qu’à la longue elles* finissent par perdre leur ressort. Il résulte, en un mot, d’une première insuffisance des valvules dans les veines , que ces dernières se dilatent de plus en plus d’une manière fatale. La lésion peut être telle, que ces replis sont réduits quelquefois à des filaments ou à une légère toile aréolaire.

2° La tunique moyenne, rejetée par M. le professeur Cruveilhier, qui ne reconnaît que deux tuniques dans les parois veineuses, admise cependant par la majorité des anatomistes, consiste dans la présence de fibres qui sont presque toutes longitudinales, plus rougeâtres, plus extensibles, moins consistantes que celles de la membrane moyenne des artères. Elles forment un tissu moins serré, ce qui ne les empêche pas néanmoins d’être aussi difficiles à déchirer par des tractions dans le sens longitudinal. Moins prononcée dans les veines des membres supérieurs que dans celles des inférieurs et du système de la veine-porte, cette tunique moyenne présente encore une épaisseur moindre dans les veines profondes que dans les veines sous-cutanées. Dans les points qui se rapprochent du cœur, elles présentent des fibres circulaires et qui paraissent être de la même nature que la fibre des muscles. Quand l’hypertrophie s’empare d’elle, les fibres longitudinales deviennent très-manifestes : cette tunique est, dans ce cas, tantôt rouge, tantôt grise. Il résulte de l’augmentation d’épaisseur et de densité, que la lumière de la veine reste béante comme celle d’une artère après qu’une section complète a été pratiquée sur elle.

3° La tunique externe ou fibro-celluleuse est plus mince, moins serrée que celle des artères, avec laquelle elle présente la plus grande analogie. Elle est aussi moins solide et moins rétractile. Composée de filaments celluleux qui se réunissent

entre eux d’une manière irrégulière, elle a des prolongements dans la membrane moyenne , prolongements qui unissent intimement l’une à l’autre ces deux tuniques. C’est pour cela apparemment que M. Cruveilhier rejette l’existence de la tunique moyenne. Vésale ne pouvant la démontrer dans une leçon, déclara qu’il ne l’avait jamais vue. L’élude des parois veineuses faite avec le microscope, en a constaté l’existence. Comme la tunique externe des artères, celle des veines est la tunique qui résiste le plus à la dilatation et aux tractions qui tendent à produire des solutions de continuité. C’est dans son épaisseur que se ramifient cl s’anastomosent les vasa vasorum, qui s’engorgent de sang dans la phlébite et donnent à l’extérieur de la veine une nuance ro- ^ sée. L’observation microscopique y démontre dans ce cas des capillaires dilatés, gorgés de sang, et s’anastomosant entre eux un nombre infini de fois. La face externe de la tunique fibreuse est en rapport avec le tissu cellulaire interstitiel, qui forme une gaine au vaisseau comme il en forme une aux artères. Cette gaine adventice est aussi le siège d’une injection très-prononcée ; elle est quelquefois même infiltrée de pus, que la phlébite soit externe, c’est-à-dire quelle n’occupe que l’extérieur de la veine , ou que toute l’épaisseur de la paroi soit envahie. La tunique adventice a reçu un nom particulier dans le foie, où elle est appelée capsule de Glisson.

Nées des capillaires, les veines se développent sous la forme de ramuscules, de rameaux et de branches pour former des troncs à la manière des artères, mais d’une manière inverse relativement au sens dans lequel se fait la circulation. Les troncs se réunissent dans les deux veines-caves q pour le système veineux général, dans les quatre veines pulmonaires pour le système veineux des poumons. Les parois sont plus minces, plus transparentes dans les premières ramifications, qui laissent voir la couleur du sang au travers

de leur lissu. La réunion successive des vaisseaux veineux en un seul tronc explique comment une compression sur le tronc amène une stase de sang vers les extrémités et l’hydropisie ; une oblitération peut être suivie d’une sorte de phlegmon œdémateux qui se termine par la gangrène des téguments. J’en ai observé naguère un exemple remarquable chez un homme de 2A ans qui succomba à une inflammation et à une gangrène de la peau et du lissu cellulaire de la jambe et du pied gauches : la cuisse du même côté avait été rouge et fortement tuméfiée. L’autopsie nous fil voir une oblitération par des caillots de la partie supérieure de la veine fémorale, de l’iliaque externe et de l’iliaque primitive correspondantes jusqu’à l’anastomose de cette dernière avec l’iliaque primitive droite. Les effets funestes d’une compression ou d’une oblitération artérielles sont dus à l’interruption de l’abord du sang dans les capillaires; delà une gangrène qui est sèche, la momification des parties,: au contraire, c’est l’arrêt du sang venant des artères , son séjour dans les veinules qui ne le rapportent plus vers le cœur, qui sont la cause des épanchements et de la gangrène humide. C’est pour éviter ces derniers accidents que M. Gensoul , de Lyon, a eu l’idée de pratiquer la ligature de l’artère correspondante à la veine , dans un cas où la veine fémorale avait été ouverte et le col du fémur fracturé par un coup de feu, ce chirurgien posa un fil sur l’artère crurale, le blessé succomba aux suites de sa blessure. La circulation s’était rétablie dans le membre opéré; il n’y avait point eu de gangrène. La ligature de l’artère empêchant le flux du sang, il devait en stagner évidemment une moins grande quantité dans les veines. Comme il faut du temps pour que les capillaires dilatés ramènent le sang en quantité suffisante dans|la région située au-dessous du lieu où a clé pratiquée l’opération, la gangrène due à l’oblitération de la veine pouvait ne pas s’effectuer dans cet intervalle, vu la petite quan-

appareil de la circulation.

tilé de sang veineux. L’observation n’a pas encore démontré quel serait le succès de pareilles tentatives. Dans un cas où le professeur Yen lu roi i, de Bologne, avait obliléié 1 altère et la veine fémorale pour un anévrysme variqueux du pli de l’aine , le malade succomba le treizième jour à une pneumonie. Aucun accident ne s était d’ailleurs développé dans le membre au-dessus des ligatures.

Les veines affectent des rapports importants à signaler avec les artères, les nerfs et quelquefois des aponévroses, avec les ganglions et les vaisseaux lymphatiques, enfin avec les interstices musculaires, ou avec des espaces celluleux dans les cavités séreuses qu’elles parcourent.

Les artères accompagnent les veines dans les espaces que celles-ci occupent; quelquefois une gaine fibro-celluleuse commune les enveloppe ainsi qu’on le voit au bras et à la cuisse. L’artère est-elle petite ou de moyen calibre, deux veines l’accompagnent, placées sur ses parties latérales: l’artère est-elle volumineuse, il n’existe qu’un tronc veineux qui lui corresponde. Voilà pourquoi la circulation se rétablit si difficilement quand ce tronc veineux est oblitéré près du tronc. Les auteurs se sont efforcés de trouver des lois qui traduisissent les rapports généraux de ces veines satellites avec les artères : ainsi l’on a avancé que dans la moitié supérieure du corps les veines recouvrent, les artères ; tandis que c’est le contraire pour la partie inférieure. S’il en était ainsi la veine jugulaire interne devrait recouvrir l’artère carotide primitive qui est en dedans de celle-ci ; la veine sous-clavière ne devrait pas être en dedans de l’artère correspondante, au-dessous de la clavicule; enfin la veine poplitée est en dehors de l’artère correspondante et fait encore exception à cette loi. Seraitil plus juste de dire avec M. Malgaigne que pour la moitié supérieure les veines sont en avant et en dehors , et que pour la moitié inférieure elles sont en arrière et en dedans? Mais la veine axillaire est en dedans , puis en arrière et

non en dehors de l’artère; la veine poplitée est en dehors et non en dedans de l’artère correspondante.

On ne saurait établir une loi qui embrasse les rapports de chacun de ces vaisseaux, en particulier. C’est à l’occasion de l’anatomie chirurgicale topographique qu’il sera permis seulement de les indiquer d’une manière rigoureuse. La connaissance précise de ces rapports dans telle ou telle région guide l’opérateur dans la ligature des artères, et indique de quel côté doit être glissé le bec de la sonde cannelée.

Les veines superficielles des membres sont placées dans l’épaisseur de la couche lamellée du tissu cellulaire et séparées de la peau par la couche adipeuse ou aréolaire, couche qu’il est nécessaire de traverser pour arriver sur la veine dans l’opération de la phlébotomie. De là la présence de pelotons adipeux qui arrêtent quelquefois le jet du sang, et la nécessité de les saisir avec une pince et de les exciser. Ces veines se dessinent à la surface du corps tantôt par des reliefs très-prononcés, tantôt seulement par des traînées bleuâtres de dimension et d’une intensité de coloration très-variables. L’inflammation les dessine sous la forme d’une corde dure, tendue, et indique leur trajet par des lignes rouges ou brunâtres. Dans les varices, la peau , constamment distendue, s’amincit, finit par se rompre sous l’influence de l’action, même légère, d’un choc extérieur ; de là la formation d’ulcères qui durent longtemps et qui, après la cicatrisation, se reproduisent avec une grande facilité. Des filaments nerveux avoisinent, croisent les veines superficielles; des vaisseaux lymphatiques les accompagnent. La lancette peut intéresser les uns et les autres; voilà pourquoi des douleurs s’irradient vers la périphérie où ces nerfs se distribuent ; voilà pourquoi on a vu, dans quelques cas très-rares (Sœmmering), de la lymphe s'échapper par la plaie en quantité variable.

Les rapports des veines profondes avec les nerfs ne présentent aucune considération qui ne s’applique en même temps aux artères dont elles sont les satellites. Mais près du tronc, les vaisseaux lymphatiques convergent sur elles, les enveloppent par leur nombre et semblent leur former une véritable gaine. Les veines jugulaires internes, les veines sous-clavières, les troncs veineux braeliio-céphaliques, les crurales, les iliaques, en sont couvertes. On y trouve aussi, appliqués par du tissu cellulaire, des ganglions d’un nombre variable.

Les aponévroses d’enveloppe laissent passer au travers des orifices qu’elles présentent de distance en distance, les veines qui établissent une communication entre les veines superficielles et celles qui sont profondes. Du pourtour de ces trous se détache une lamelle cellulo-fibreuse qui engaîne les veines sous-cutanées et se perd insensiblement sur leur tunique fibreuse; mais les parois du vaisseau n’adhèrent pas au pourtour de cet orifice. A la base du cou, au périnée, au contraire, les veines qui traversent les aponévroses de ces régions pour pénétrer dans les cavités du tronc, adhèrent au trou qui les reçoit. Or, ces lames étant bien tendues et la veine étant coupée, sa lumière reste béante et permel l’introduction, dans le système veineux, du pus ou de l’air atmosphérique, accidents également mortels, mais plus rapidement dans le dernier cas que dans le premier. Le voisinage de la poitrine, dont les parois font l’office d’un soufflet dans l’inspiration, explique comment il se fait une véritable aspiration sur la solution de continuité des veines qui affectent avec les aponévroses de pareils rapports.

C’est dans les interstices cellulaires que les veines s’envoient réciproquement des branches anastomotiques. Les anastomoses angulaires sont les plus communes: elles sont abondantes entre les veines d’un petit calibre, car c’est

par elles que les rameaux et les brandies tendent à former les troncs. Un autre genre d’anastomoses, également très-répandu et bien rare dans le système artériel, est celui qui consiste dans la présence d’une branche transversale placée entre deux veines et qui va s’aboucher dans l’une et dans l’autre. Les artères de moyen calibre, qui sont placées entre deux veines satellites, sont entourées par les branches anastomotiques comme dans un réseau veineux : ainsi les tibiales , les veines du bras et de l’avant-bras. La multiplicité de ces anastomoses soit par convergence , soit par communication transversale ou oblique , était nécessaire pour que la circulation, qui n’est plus sous l’influence directe de l’action du cœur et qui est parfois gênée dans quelques branches par les compressions qu’exercent les muscles en se contractant, pût se faire par des voies collatérales. Une veine coupée, le sang n’en circule pas moins avec la même régularité dans les branches voisines; qui plus est, les valvules empêchant le reflux dans le bout supérieur, le chirurgien peut se dispenser d’agir sur lui et ne porter les moyens hémostatiques que sur le bout inférieur. Si abondantes au milieu des rameaux et des branches , les anastomoses manquent entre les troncs, en sorte que l’oblitération de l’un d’eux est suivie des désordres dont il a été déjà question dans toutes les parties d’où vient le sang que celle veine devait rapporter au cœur. Cependant entre les deux veines-caves existe un canal collatéral qui partant de l’une , chemine dans la même direction que ces veines, pour aller s’aboucher dans l’autre ou dans des veines qui y aboutissent; la communication longitudinale ainsi formée par la veine azygos , permet au sang de la partie inférieure du corps de se rendre dans l’oreillette droite par la veine-cave supérieure , lorsque la veine-cave abdominale est oblitérée. Celte variété anastomotique se présente fréquemment dans les veines saphènes. On peut donc, sans

appareil de la circulation.

danger pour la circulation , les oblitérer par des caustiques quand elles sont devenues variqueuses , car elles ne peuvent s’engorger, être le siège d’une stase que tend aussi à prévenir la communication qui existe entre les veines superficielles elles veines profondes. Cette disposition anatomique explique aussi les récidives des varices après la guérison.

Dans les régions où la circulation pourrait encore être plus entravée, soit par la déclivité même des parties, soit par la compression que causent des corps extérieurs ou des substances qui s’accumulent dans les réservoirs naturels comme dans la vessie, dans le rectum, les anastomoses abondent et présentent toutes les variétés mentionnées ; ces anastomoses sont mixtes ou composées. Dans les premières ramifications artérielles ou veineuses , elles ressemblent assez bien à celles des capillaires , mais entre les branches artérielles elles n’existent jamais. Pour les veines, au contraire, le col de la vessie, les bords de l’utérus, les faces dorsales des pieds et des mains , en présentent de beaux exemples. Le cordon spermatique renferme aussi un plexus riche en anastomoses transversales, angulaires, etc. Voyez encore les mailles assez serrées qui environnent le rachis dans toute son étendue. Quand ces plexus deviennent variqueux, ils présentent de grosses masses noueuses dont le volume varie selon la position que vient d’affecter pendant quelque temps la région malade : ainsi le dos du pied , le scrotum, peuvent être atteints de varices qui forment de véritables tumeurs. Habituellement ce sont les veines du cordon spermatique qui les forment; cependant celles du scrotum peuvent acquérir dans une partie délimitée, la partie lapins déclive, un développement tel, que l’extirpation de la tumeur devienne nécessaire. CeLte opération a été pratiquée 1 par M. Robert à l’hôpital Beaujon. La pièce présentée, dans la séance du 6 juin 1851, à la Société anatomique, fit voir que le darios était hypertrophié et cpi’il servait de

charpente à une trame veineuse érectile, due aux veines sous-cutanées richement anastomosées et fort dilatées. Le cordon spermatique était, selon l’observation qui en lut faite pendant l’opération, parfaitement sain. J’ai vu depuis sur la partie antérieure du genou , au niveau du bord supérieur de la rotule droite d'un jeune garçon, une tumeur grosse comme une noix, mollasse, présentant avec la fatigue de la marche une sorte de turgescence, et trois ou quatre points noirs que l’on aurait pu prendre pour l’orifice oblitéré de follicules sébacés. M. Velpeau ayant extirpé cette tumeur, il fut évident qu’elle était formée par un lacis de veines variqueuses soutenues par du tissu cellulaire hypertrophié. J’ai enlevé en 1850 à l’hôpital des Cliniques une tumeur identique à la partie inférieure et externe de l’avant-bras.

Les solutions de continuité des veines sont traumatiques ou spontanées. Ces dernières sont le résultat de l’action ulcérative d’une inflammation qui agit de dehors en dedans, comme dans les phlébites externes ayant donné lieu à des abcès, ou de dedans en dehors, comme dans les cas rares où des ulcérations ont érodé la membrane interne. Les premières sont produites pardes instruments piquants ou tranchants, ou par des corps contondants. Une roue de voiture passant sur l’abdomen a déterminé une solution de continuité de la veineporte, solution nette, à la manière d’un instrument tranchant, sans que les parties intermédiaires aient présenté des traces de contusion. Il me paraît probable que ce n’est point la pression exercée sur la veine, soutenue d’ailleurs par la colonne vertébrale, qui cause dans ces cas la lésion des parois veineuses ; s’il en était ainsi, les intestins, les parois abdominales, l’artère aorte, devraientêtre empreints du passage d’un pareil poids. Mais ce poids applique les parois de la veine les unes sur les autres, oblitère, en un mot, ce vaisseau. D’autre part, le sang afflue dans la partie inférieure comme à l’ordinaire, ou même avec une force plus grande, car l’abdo-

inc», perdant de sa capacité, comprime puissamment tons les organes qui y sont inclus. Il refluerait vers les capillaires, n’étaient les valvules et la résistance à tergo du sang qui vient des artères. Le sang que renferme la veine-porte tend à rouvrir la lumière de cette veine au niveau où elle est aplatie ; de là une rupture, ei non une coupure, causée par l’action directe du corps pesant qui passe sur l’abdomen. C’est encore la pression du sang sur les parois qui amène des ruptures pendant des efforts pour soulever un fardeau, pendant le coït. Hodgson a vu deux fois la rupture des veines sous-cutanées de la jambe pendant des crampes très-violentes, et Bicliat dit que le même accident s’est montré dans les veines des téguments du crâne pendant de violents accès de céphalalgie.

Les piqûres produites par des instruments acérés, tels que des aiguilles, ne sont pas suivies d’accident. Le sang ne s’écoule pas au-dehors ; le peiii trajet disparaît aussitôt que le corps vulnérant est retiré : on serait tenté de dire que les fibres de la veine ont seulement été écariées. Elles sont coupées, quand la pointe va s’élargissant, quand le corps est à la fois tranchant et piquant. Le sang s’écoule en petite quantité et s’arrête bientôt, si la direction de la plaie est longitudinale; les fibres circulaires sont trop faibles pour en écarter les lèvres, qui se rapprochent presque aussitôt après la blessure. Mais si la plaie est oblique ou transversale, les fibres longitudinales ont été coupées, l’orifice devient ovalaire et s’agrandit : l'hémorrhagie peut devenir mortelle. Cest ce qui a lieu quand c’est une grosse veine rapprochée du tronc qui a été intéressée. Plusieurs causes concourent à ce fâcheux effet, et l’abondance du sang qui circule dans le vaisseau, et la tension qu’exercent sur les parois les aponévroses dans certaines régions, et le reflux qui vient du tronc, car ces veines, avons-nous dit, n’ont pas de valvules. Mais dans les veines moyennes, l’hémorrhagie

s'arrête, soit à la suite de la formation d’un caillot, soit par l’effet d’une compression légère établie sur le bout inférieur, ou bien encore par suite d’un mouvement dans le membre, lequel a détruit le parallélisme des lèvres de la plaie dans les diverses couches que l’instrument a traversées avant d'arriver sur le vaisseau. Il se forme dans tous ces cas un coagulutn qui s’aplatit vers l’extérieur de la veine, comme le couvercle du bouchon obturateur de J.-L. Petit, pourvu toutefois que l’écartement ne soit pas grand; s’il a, au contraire, une certaine étendue, le caillot qui s’y interpose se condense plus tard, forme une membrane mince qui cède un peu sous l’action du sang, et constitue quelquefois une poche saillante à l’extérieur. Tous ces phénomènes se feraient, selon Travers, sans les apparences d’aucun travail phlegmasique, c’est-àdire sans rougeur, sans épanchement de lymphe plastique. Quelque faible que soit ce travail, il doit cependant exister. Nul point dans l’économie ne se soustrait aux lois générales de la réparation des tissus, réparation qui exige le développement d’une inflammation dont l’intensité varie selon le degré de vitalité dont ils sont doués. Les veines ontelles été coupées en travers dans toute leiendue de leurs parois, la guérison arrive par le même mécanisme que celui qui préside aux phénomènes qui suivent la section complète d’une artère ; c’est-à-dire, que les bouts se rétractent, qu’un caillot se forme, et bouche la cavité du vaisseau. Les déchirures se font par des distensions, soit longitudinales comme dans les arrachements des membres, soit latérales comme cela a lieu quand la tête d’un os luxé violente outre mesure le paquet des vaisseaux qui avoisinent l’articulation.

Indépendamment des rapports dont il a été question plus haut, il en est d’autres qu’affectent certaines veines qui cheminent dans les cavités splanchniques. En général plongées dans du tissu cellulaire lâche et abondant, elles sont en contact d’une manière plus ou moins directe avec des mem-

branes séreuses. Voilà pourquoi les blessures de ces veines splanchniques sont suivies de l’issue d’une quantité de sang assez grande pour s’infiltrer au loin dans les espaces sousséreux, dans le tissu cellulaire extérieur à ces membranes, ou s’épancher dans leurs cavités, quand elles participent à la lésion de la veine. Ainsi le tissu cellulaire sous-arachnoïdien s’infiltre au loin à la suite de certaines fractures et de plaie des sinus ; ainsi les médiastins, le tissu cellulaire du petit bassin et des fosses iliaques, ceux-là dans des plaies du cou ou de la poitrine compliquées de plaies des veines, celui-ci après des ruptures du col de l’utérus pendant la grossesse, ou dans des trombus de la partie supérieure du vagin. Quand les séreuses ont subi des solutions de continuité , le sang qui s’épanche des veines dans leurs cavités s’étale, parce qu’il est moins coagulable que le sang artériel, et forme plus difficilement des dépôts bien limités. Le sang qui vient des artères se condense, au contraire, bien plutôt en caillots, et se trouve ainsi retenu non loin de la plaie. Voilà comment les chirurgiens qui dans le siècle dernier discutaient sur la migration du sang dans les plaies pénétrantes de l’abdomen et son séjour aux alentours de la blessure, se trouvent n’avoir tort ni les uns ni les autres.

Le voisinage des artères et des veines explique comment un même instrument peut blesser ces deux vaisseaux ; le sang qui s’écoule présente à la fois les caractères du sang veineux et du sang artériel , c’est-à-dire que le jet se compose d’une colonne d’un rouge rutilant et d’une autre partie qui est d’un noir bleuâtre. Si l’art n’intervient pour apposer des fils sur l’artère au-dessus et au-dessous de la plaie, la solution de continuité de la peau et des parties sousjacentes %e ferme sous l’influence du travail naturel de la cicatrisation , que favorisent les moyens compressifs habituellement mis en usage, et le sang qui vient de l’artère passe dans la veine et se mêle à celui qui revient par ce

vaisseau des capillaires. Ainsi se produisent les varices anévrysmales. La communication de l’artère et de la veine est quelquefois directe, sans intermédiaire d’aucune partie, c’est-à-dire que les lèvres des solutions de continuité des deux vaisseaux adhèrent entre elles, celles de la plaie artérielle avec celles de la plaie veineuse. Le contact du sang artériel avec les parois de la veine leur imprime une impulsion, des battements isochrones aux battements du cœur et qui retentit plus ou moins loin du siège de la lésion. Le courant du liquide se fait en sens inverse de celui qui entraîne le sang veineux. Les parois de cette veine deviennent, selon Breschet, plus épaisses ; la membrane moyenne, plus dense, leur donnerait une résistance qui maintiendrait béante sa lumière après une section complète ; en un mot, la veine serait artérialisée. D’autres fois une poche existe entre la veine et l’artère, le sang de l’artère la traverse pour arriver dans la veine. Les limites de celle cavité sont formées par du tissu cellulaire condensé, sorte de coque tout à fait analogue à celle des anévrysmes spontanés ; cette variété est connue sous le nom d’ anévrysme variqueux . Tantôt celle tumeur anévrysmale sépare les deux vaisseaux dont les deux ouvertures sont situées aux extrémités de son diamètre ; tantôt elle est appuyée pour ainsi dire par une partie de sa périphérie sur l’un ou sur l’autre, en sorte qu’elle constitue une poche latérale, une espèce de diverticulum. Qu’il existe un anévrysme intermédiaire ou que la communication soit directe, les globules du sang frottent contre l’orifice de communication ; ils produisent un bruit particulier, un susurrus dont l’intensité est d’autant plus prononcée qu’on explore les veines plus près du lieu de la blessure. Les rapports immédiats des artères et des veines expliquent encore comment un corps étranger, une pointe osseuse due à une esquille ou aux fragments d’une fracture, peuvent donner lieu aux mêmes accidents. On comprend encore que la ligature de l’artère doit être double,

posée à la fois au-dessus et au-dessous de l’ouverture artérielle. Une seule, au-dessus de celle ouverture, n’empêcherait pas le sang de revenir par le bout inférieur, et de là de pénétrer dans la veine.

Les parois des veines sont exposées à l’atrophie et à l’hypertrophie. L’atrophie réduit quelquefois les tissus à une minceur extrême ; telles sont les parois de certaines varices qui se rompent pendant un effort, ou sous l’action d’un attouchement même léger. L’hypertrophie qui porte tantôt sur les deux tuniques externes, tantôt sur la moyenne seulement, n’est pas rare, et constitue une variété dans la dilatation morbide et permanente de ces vaisseaux.

Jusqu’à quel point est-il démontré que la tumeur développée sous la membrane interne de*la veine-porte, et dont M. Honoré a communiqué l’observation à l’Académie de médecine en 1823 , était bien une tumeur graisseuse? C’est là un cas unique dans la science, et dans lequel, l’examen microscopique n’ayant pas été fait , il est peut-être permis de conserver quelques doutes.

Le cancer détruit avec une grande facilité les parois des veines; aussi des hémorrhagies sont-elles souvent le résultat du développement de ces masses morbides. Il se développe dans l’épaisseur des parois : Hodgson a rencontré adhérent à la face interne de la veine splénique, une tumeur du volume environ d’une noisette, et qui présentait tous les caractères de l’encéphaloïdo. Il est si fréquent de trouver de la matière cancéreuse dans les veines, que M. le professeur Cruveilhier pense que le cancer a pour point de départ des capillaires veineux, de même que l'inflammation a son siège dans les capillaires. Celle proposition a été attaquée par le Ur Langenbcck de Gottingue, qui professe, au contraire, que la lésion des parois veineuses est toujours consécutive.

INous ne terminerons pas celte partie sans dire quelques

mois des corps étrangers dans l'intérieur des veines. Indépendamment des vers qui ont été trouvés dans le sang des animaux, des douves ont été vues dans la veine-porte de l’homme par M. Duval , professeur d’anatomie à l’école de Rennes, M. Andral a rencontré aussi des acéphalocystes dans les veines pulmonaires d’un homme âgé de cinquantecinq ans, et qui était mort avec des symptômes d’asphyxie. Quant aux corps étrangers inanimés, ils viennent du dehors, et causent dans l’intérieur des veines inévitablement l’inflammation. Les phlébolithes sont formées, au contraire, par le sang même au milieu duquel on les voit plongées. Ce sont des caillots ayant des couches concentriques dont la densité varie, et qui deviennent d’autant plus durs qu’ils sont plus anciens. Leur volume varie depuis celui d’un grain de mil jusqu’à celui d’un pois. Les veines qui en renferment le plus sont celles où le sang tend naturellement à stagner sous l’influence de la pesanteur ; telles sont les saphènes qui sont variqueuses, les plexus utérins, ovariques, vaginaux, rectaux. Elles se développent cependant dans d’autres veines : c’est ainsi que Colombo rapporte qu'il en a trouvé dans la veineporte du célèbre Ignace de Loyola.

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