‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 18 sur 38 · DES VAISSEAUX CAPILLAIRES · texte numérisé non relu

DES VAISSEAUX CAPILLAIRES

Entre les dernières ramifications des artères et celles des veines existe un réseau, par lequel le sang des premières est transmis aux secondes. Ent est un des premiers dont les injections aient démontré que ces vaisseaux si ténus, que l’œil nu ne découvre pas, sont la continuation des artères et des veines qui forment ainsi un cercle non interrompu. Les anciens croyaient qu’aux extrémités des artères le sang s’extravasait dans la substance propre des organes ; de là le nom de parenchyme qu’ils leur donnaient. L’habi-

lelé de Ruysch à faire des injections fines renversa à jamais cette erreur, que les observations sur la circulation dans le mésentère et. les membranes interdigilales de la grenouille rendirent encore plus évidentes. Mascagni le premier vit le sang passer des artères dans les veines, sur la queue des têtards et les nageoires des poissons. Ce n’est pas que l’on puisse isoler une membrane bien distincte limitant les cavités où le sang circule au milieu des organes ; la membrane interne des artères et des veines s’y continue tout au plus par sa couche épithéliale, car, au microscope on n’en trouve de vestige que dans les plus gros capillaires. Mais on y constate une paroi hyaline et dépourvue de texture ; pour la voir, on choisit généralement un lambeau de pie-mère, sur lequel on fait tomber un filet d’eau.

On ne saurait établir une limite entre les dernières divisions artérielles et les vaisseaux capillaires. Au contraire, les veines semblent en naître d’une manière brusque ; mais peut-être cette disposition est-elle due aux valvules, qui arrêtent l’injection poussée par les veines.

Les Vaisseaux capillaires s’anastomosent entre eux d’une manière indéfinie et dans une foule de directions. Il en résulte qu’ils circonscrivent des mailles au milieu desquelles est la substance des organes qui reçoit ainsi le suc nourricier. L’hypothèse ingénieuse de Lewenhoeck , qui admettait une série de vaisseaux décroissants, est tombée depuis longtemps dans le domaine de l’histoire ; personne ne songe à réfuter l’existence de ces vaisseaux, admettant les uns les parties les plus grossières, les autres les plus ténues, d’autres enfin la matière nutritive des organes. Il n’en est pas de même des vaisseaux séreux, qui sont encore un sujet de litige entre les anatomistes, malgré les perfections apportées dans l’emploi du microscope. Si quelques capillaires sont transparents, cela ne veut pas dire cependant qu’ils n’admettent que du sérum . car les globules qui circuleraient un à un dans leur

intérieur ne les rendraient pas opaques. Objecter que la conjonctive présente tous les jours des alternatives de transparence et d’opacité dues à des vaisseaux capillaires qui tantôt ne reçoivent que du sérum , tantôt reçoivent en même temps les globules, n’est donc pas un argument sérieux. Quand les tissus sont maintenus au milieu d’un liquide tiède, les injections que pratique l’anatomiste peuvent être assez heureuses pour couvrir toute la surface des organes et des membranes de la teinte qui leur est propre. Le musée de la Faculté renferme des pièces où les capillaires sont parfaitement injectés; les injections admirables de Ruysch lui avaient fait commettre l’erreur de croire que tout dans l’économie n’était que vaisseaux, tant son art l’avait rendu victime d’une illusion qu’expliquerait aisément pour un homme du monde la richesse des capillaires.

Considérés comme un système particulier par Bichat, qui les avait à ton gratifiés de bouches exhalantes, absorbantes, et qui leur avait attribué des propriétés dont ils ne sont point doués, les capillaires jouent un grand rôle dans les phénomènes de la nutrition, de la calorification, de l’absorption et de l’inflammation. C’est de leur intérieur que le plasma, la liqueur du sang suivant l’expression de Muller, transsude au travers de leurs parois pour nourrir les organes ; c’est encore par les porosités de ces mêmes parois que s’engagent dans les voies circulatoires des matériaux, tels que la graisse, les éléments en lesquels se décomposent certaines parties qui disparaissent, comme on dit, par absorption. Aussi le sang, en quittant les capillaires, revient-il au cœur avec des caractères nouveaux, dépouillé des propriétés qu’il possédait dans les artères. De même aussi, dans les poumons, l’action médiate de l’air atmosphérique au travers des parois des vaisseaux, rend au sang les qualités qu’il avait perdues. Celle action, comme celle qui se passe d’une manière intime dans la nutrition des organes, ne peut être mise en jeu sans

qu’il se développe une certaine quantité de calorique ; d’où il résulte qu’il est bien vrai de dire que les capillaires sont le foyer où se développe et s’entretient la chaleur animale.

L’inflammation réside tout entière dans les capillaires. Les observations microscopiques de Wilson Philips, de Thompson, de Charles Hastings, et celles principalement de Kaltenbrunner, nous ont fait connaître les phénomènes qui se développent successivement et dans les parois et dans le cours du sang, comme aussi les modifications physiques qu’il subit. Ces expérimentateurs ont soumis à l’action du chlorhydrate de soude , de l’alcool , la membrane interdigitale des grenouilles ou le mésentère de ces mêmes animaux : ils ont vu que, selon les substances qu’ils employaient, les phénomènes présentaient quelques particularités en rapport avec leur degré d’énergie. Mais ils ont constaté que sous l’influence du contact de l’alcool, par exemple, les capillaires semblaient se crisper, que leur calibre diminuait, et que le courant sanguin était plus rapide dans leur intérieur. Après celle accélération, le sang paraît osciller dans ces canalicules ; il s’arrête enfin , et stagne sur différents points. Ces stases augmentent peu à peu d’étendue et s’emparent des veinules elles-mêmes. L’application nouvelle de l’excitant dissipe ces stases, qui souvent finissent par reparaître ensuite plus consi • dérables qu’auparavant. Enfin Kaltenbrunner a constaté que les globules du sang conservaient leurs caractères, mais que, la coagulation devenue plus grande, ils formaient de petits caillots qui se décomposent de manière à se séparer du liquide séreux qui transsude:

Tous les tissus, a l’exception de la cornée, des poils, des ongles et des cartilages, renferment des capillaires. Les violences qui déterminent en eux des solutions de continuité, amènent nécessairement l’issue d’une certaine quantité de sang-, ainsi l’aiguille acérée dont on se sert pour l’acupuncture ne peut être plongée dans nos organes sans que du sang

s’écoule. Les hémorrhagies en nappe qui succèdent aux vastes plaies viennent des capillaires, et quand ceux-ci sont comprimés par la tuméfaction des parties molles, ils ne laissent échapper qu’une sérosité d’abord sanguinolente, puis de moins en moins colorée. Enfin le gonflement augmentant encore, la surface de la solution de continuité devient aride, et n’est humectée plus lard que par le pus. C’est encore des capillaires que vient la lymphe coagulable qui fait les frais de l’adhésion des tissus.

Quand la lymphe plastique est épanchée à la surface interne d’une membrane séreuse ou entre les lèvres d’une plaie, des vaisseaux capillaires se créent de toutes pièces au milieu d’elle. D’après Kaltenbrunner, des globules de sang tombent d’un capillaire dans la matière amorphe, s’y fraient un chemin et tracent ainsi un canal qui aboutit soit à une artère, soit à une veine. Le même phénomène se produit dans des points circonvoisins ; les canaux de nouvelle formation communiquent tous les uns avec les autres, et ainsi se trouve formé un réseau assez étendu qui met en circulation le sang qui va se jeter dans les vaisseaux circonvoisins. Tel ne serait pas toutefois le mécanisme de celle formation d’après Gruilhisen. Ce seraient d’abord des points rouges qui se développeraient dans l’intérieur de la matière épanchée : ils se diviseraient bientôt en rayons étoilés qui, allant à l’encontre les uns des autres, formeraient des canaux, une sorte de réseau qui se mettrait en rapport avec les autres capillaires. Toujours estil qu’il est facile d’injecter ces vaisseaux nouveaux au milieu des fausses membranes des séreuses, et que le travail pathologique qui leur donne naissance est le même pour toutes les adhésions que le chirurgien cherche à obtenir, soit quand il rapproche les lèvres d’une solution de continuité accidentelle, soit lorsqu’il transplante un lambeau autoplastique qui ne lient 'plus au reste de l’organisme que par un pédicule étroit. En un mol, ces capillaires nouveaux rétablissent la

continuité de la circulation entre les parties où elle a été momentanément interrompue.

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