‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 19 sur 38 · DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

Les vaisseaux lymphatiques sont un système de vaisseaux qui sont destinés à transporter les uns le chyle, les autres, en bien plus grand nombre, une liqueur particulière, la lymphe, dans le système veineux. On distingue donc deux sortes de lymphatiques : les chylifères et les vaisseaux lymphatiques proprement dits. Les premiers sont limités à la surface intestinale qui leur donne naissance, les seconds, au contraire, appartiennent à toutes les régions, du corps. Aucune différence ne les distingue dans leur structure ni leur aspect ; les qualités particulières du liquide que charrient les vaisseaux de l’intestin sont la seule cause de la dénomination qui leur a été attribuée ; ou les a encore désignés sous le nom de vaisseaux lactés parce que le chyle qui les parcourt peu de temps après la digestion stomacale a l’apparence du lait. Dans leur trajet se trouvent des ganglions placés de distance en distance. Nous avons donc à étudier : 1° les vaisseaux ; 2° les ganglions lymphatiques.

1° V i aisseaux. Les mêmes éléments anatomiques que nous avons reconnus dans les artères et les veines se trouvent à peu près constituer les parois des vaisseaux lympalhiques : trois tuniques ou membranes, une moyenne, et deux autres dont lune est externe, et 1 autre interne, telle est leur composition. La texture des vaisseaux lympalhiques se rapproche même beaucoup plus des veines , dans lesquelles quelques auteurs, ainsi qu’il a été dit précédemment, n’ont admis que deux membranes : il en est aussi qui rejettent la tunique cellulaire des vaisseaux lymphatiques.

A. Cette membrane extérieure qui ressemble à une toile

cellulo-fibreuse, ne renferme point d’aréoles (Sappey). Elle est lâchement unie à la membrane moyenne, et présente une minceur extrême. 11 ne faut pas la confondre avec le tissu cellulaire extérieur renfermant de petits pelotons adipeux que l’on est obligé d’enlever après l’injection du vaisseau. Par sa face externe, celle membrane se continue au moyen de filaments cellulaires avec ce tissu cellulo-graisseux ambiant, et reçoit des vaisseaux qui se ramifient dans l’épaisseur des parois. La dilatation de ces vasa vasorum et leur injection par du sang deviennent très-prononcées dans l’angioleucite. On n’y a point encore démontré de filaments nerveux.

B. La tunique moyenne forme à elle seule la plus grande partie de l’épaisseur de la paroi. Elle est composée défibrés qui s’entre-croiseraient en sautoir suivant les uns, qui seraient circulaires selon les autres. Extensible , plus extensible peut-être que celle des veines, elle se laisse distendre considérablement par les colonnes de mercure, et revient sur elle-même, s’affaisse complètement et bien vite quand le métal est sorti de la cavité du vaisseau.

C. Quant à X interne, mince comme celle des artères et des veines, moins extensible que la moyenne, qui résiste à la rupture, alors qu’une distension transversale a amené en elle une solution de continuité, elle est composée de deux couches, l’une fibrillaire et l’autre épithéliale. Cette membrane présente des replis ou valvules qui sont remarquables par leur nombre. Elles sont toujours disposées par paires, suivant A. Nuck.

Nous avons vu les vaisseaux sanguins se décomposer par une série de divisions successives en un réseau capillaire qui pénètre tous les tissus; de même aussi le système lymphatique se perd, mais d’une manière brusque , ou plutôt prend naissance dans des réseaux qui lui servent d’origine. Celle-ci est indépendante des artères et des veines. Quand les injections passent des premières dans les vaisseaux lympbati-

ques, c’est une véritable transsudation qui s’opère-, jamais la matière colorante ne pénètre dans leur intérieur. Dans les préparations nombreuses que j’ai faites des vaisseaux lymphatiques des poumons, j'ai souvent injecté du suif coloré en noir dans les bronches. Poussée avec force, la matière passait dans les vaisseaux lymphatiques de. la périphérie de l’organe, mais non pas noire; elle présentait, au contraire, l’aspect blanc jaunâtre du suif, tel qu’on le remarquait avant l’opération. Il eût été déraisonnable d’en conclure que les extrémités des bronches communiquent avec ces vaisseaux lymphatiques. Soutenue par des auteurs d’un nom considérable, l’opinion qui consiste à regarder les lymphatiques comme la continuation des artères doit être rejetée. S’il en était ainsi , le mercure devrait passer des réseaux lymphatiques dans les capillaires artériels.

Les lymphatiques ont été injectés sur les surfaces tégumentaires externe et interne. On n’en trouve point dans le tissu cellulaire. Les membranes séreuses et synoviales qui en dérivent n’en renfermeraient pas non plus, selon M. Sappey, contrairement aux idées professées par Panizza et M. Cruveilhier. Toujours est-il que l’origine des vaisseaux lymphatiques se fait par des réseaux , que dans les parties où ces réseaux sont facilement injectables on réduit la surface de la membrane en une lamelle argentée. Ce sont de petits vaisseaux tortueux qui s’anastomosent fréquemment entre eux, de manière à circonscrire des intervalles très-petits et de forme variable. Sur le cœur, nous avons remarqué que les réseaux sont formés, dans les angles compris entre les divisions des artères, pür une sorte de tourbillonnement de ces petits vaisseaux ; ce sont de véritables vasa vorticosa . Quelle est la manière dont se comportent les réseaux relativement à la membrane qui les supporte? Sont-ils partout également laciles a injecter? Sont-ils étendus à toute la surface tégumentaire soit muqueuse, soit cutanée? Ont-ils des

lieux de prédilection où leur exisience soit constante? Ce sont là des questions qui nous entraîneraient hors de l’étude générale des vaisseaux lymphatiques dans leurs rapports avec la pathologie. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de signaler plus loin quelques-unes de ces particularités. Contentons-nous de faire remarquer en ce moment leur origine par des réseaux; disons encore que les lésions des parties où sont ces réseaux lymphatiques peuvent entraîner, soit par propagation , soit par transport de matières virulentes, l’inflammation des vaisseaux qui en partent.

Le mode suivant lequel les vaisseaux se détachent des réseaux est propre à ce système. Ce ne sont point des ramifications successives qui, en s’anastomosant, leur donnent naissance. Aussitôt qu’il est formé , le vaisseau chemine suivant une ligne qui se rapproche de la ligne droite jusqu’au ganglion où il se termine. A peu près parallèles les uns aux autres, les vaisseaux lymphatiques présentent ainsi par leur ensemble des bandes sur certains côtés des membres , en général, celui de la flexion. Placés dans les interstices cellulaires soit des muscles, soit des lobes ou des lobules dans les organes, ou bien encore entre les feuillets séreux dans les cavités splanchniques, d’autres fois sous-cutanés, ils sont distingués en superficiels et en profonds.

Les vaisseaux lymphatiques superficiels des membres ou du tronc sont dans l’épaisseur de la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée. Enflammés, ils se dessinent et par des traînées d’un rose rouge sur la peau et par des cordons que le chirurgien peut sentir sous le doigt. Quelquefois de petits abcès se forment à la suite de ces angioleuciles ; ils sont multiples et, eu général, disposés sur le trajet de ces vaisseaux. Le trait le : plus remarquable de leur marche est la lenteur avec laquelle ils sc forment et leur apparition successive. J’ai ouvert dans l’espace d’un mois quarante-quatre abcès de ce genre sur le membre inférieur d'un malade atteint d’une angioleucite du

membre inférieur occasionnée par l’amputation de la dernière phalange du gros orteil. La position superficielle de ces vaisseaux explique encore comment ils peuvent facilement être intéressés dans les solutions de continuité peu profondes soit accidentelles, soit produites par l’art comme dans la phlébotomie du coude-pied. Dans les organes, les lymphatiques superficiels sont situés au-dessous des séreuses d’enveloppe dans le tissu cellulaire ou fibreux qui les double. Ils n’affectent pas généralement la direction rectiligne des vaisseaux lymphatiques sous-cutanés du tronc et des membres. Ailleurs (1) , j’ai décrit à la périphérie des poumons la disposition de vaisseaux sinueux entourant les lobules et situés dans le tissu cellulaire qui unit le pourtour de leurs bases. Sur la face externe de celles-ci, dans l’aire de ces polygones lymphatiques, se trouvent les réseaux d’origine. Dans les autres organes, les réseaux d’origine recouvrent en grande partie toute l’étendue de la surface et donnent naissance à des vaisseaux généralement moins nombreux. Cependant des troncs cheminent sur les organes; ils ne sont pas abondants comme dans les membres.

Rien de plus variable que l’aspect de ces vaisseaux, de ces réseaux sous-séreux. Ils reçoivent des vaisseaux qui tantôt sont étranglés de distance en distance, de manière à former des ventres dans les parties intermédiaires , et : qui tantôt sont filiformes et capillaires. Existait-il avant

Ila mort une inflammation des couches extérieures de l’organe, ils sont remplis d’une sérosité rosée; l’inflammation est-elle plus prononcée , en même temps que de la lymphe plastique s’épanche à la surface des séreuses, il s’en épanche ! aussi dans le vaisseau , qui peut êLre oblitéré dans une étendue proportionnelle à l’étendue de la maladie. J’ai vu les

Il vaisseaux lymphatiques sous-séreux des poumons injectés

(1) Vaisseaux lymphatiques du poumon, Arcli. générales de méd., 1847 t. XIII, p. 70.

sur touie la surface de l’organe par de la matière cancéreuse chez un malade mort en 1840, dans le service de M. Louis à l’hôpital Beaujon; j’en ai vu depuis deux autres exemples ] non moins remarquables, l’un entre les mains de M. Hillai- ! ret, l’autre à la Société anatomique. Les lymphatiques superficiels des organes comme ceux des membres , peuvent aussi quelquefois contenir du pus ; on sait que dans la métropéritonite puerpérale, ces vaisseaux en sont comme injectés.

Les vaisseaux lymphatiques profonds sont situés dans les interstices cellulaires des membres et des lobes et lobules des organes enfermés dans les cavités splanchniques ou bien encore dans les espaces cellulaires situés entre deux feuillets des membranes séreuses. La limite qui les sépare des vaisseaux superficiels dans les membres est l’aponévrose d’enveloppe; elle n’est pas aussi nette pour les organes qui n’ont pas tous une capsule cellulo-fibreuse. Ainsi abrités du contact des corps extérieurs , plongés au milieu des tissus, ils sont moins exposés à l’action des violences extérieures, et ne donnent point lieu à des symptômes extérieurs bien prononcés, en sorte que leur pathologie est encore obscure.

Dans leur trajet, les vaisseaux lymphatiques sont en rapport avec les artères, les veines et les nerfs placés dans les interstices, ou avec les veines seulement quand ils sont souscutanés. Ils marchent pendant quelque temps le long des vaisseaux qu'ils croisent plus lard à angle très-aigu. Il en est de même des nerfs, qui suivent quelquefois un trajet qui coupe le leur. La contiguïté des veines et des lymphatiques i sous-cutanés explique comment un même corps vulnérant peut les frapper à la fois de la même lésion , comment la rougeur et le cordon, dus à l’inflammation de ces deux vaisseaux, pourraient induire en erreur sur la question de savoir quel est celui qui est atteint ou s’ils ne le sont pas tous les deux, n’étaient la largeur plus grande, la coloration plus foncée et d’un rouge bleuâtre quand il s’agit de la veine.

Les anastomoses ne sont pas aussi abondantes dans ce système que dans les deux précédents ; elles ne présentent pas non plus d’aussi nombreuses variétés. La quantité de vaisseaux lymphatiques dans une région déterminée explique comment les communications ne sont pas aussi nécessaires entre eux pour que la circulation ne coure pas le risque d’être entravée. Toutefois , tantôt un tronc se bifurque et chaque branche va se jeter dans un lymphatique voisin; tantôt un long canal collatéral se détache du vaisseau pour aller se jeter plus loin dans ce même tronc dont il était parti. Sur la surface des organes, les vaisseaux s’anastomosent fréquemment sous des angles variables et donnent naissance à des réseaux. En raison même du petit nombre et de la rareté des anastomoses entre les troncs lym phatiques, ceux-ci ont un calibre presque aussi gros à leur origine qu’à leur terminaison ; c’est là un caractère qui les différencie beaucoup des vaisseaux qui charrient le sang.

Le nombre des lymphatiques terminaux n’est pas en rapport avec celui de tous les lymphatiques de la périphérie, ni avec l’exiguilé du calibre que ces vaisseaux de terminaison présentent. Ils ne sont que deux : le canal thoracique et la grande veine lymphatique droite. Celle-ci reçoit la lymphe du membre supérieur droit, de la moitié latérale droite de la tête et du cou , de la partie latérale droite du thorax et du diaphragme, et quelques vaisseaux qui viennent du foie et du poumon droit ; elle va se jeter, sauf quelques variétés, dans la veine sous-clavière du même côté. Le canal thoracique reçoit la lymphe de tous les autres points du corps.

Étonnés de l’existence de ces deux troncs seulement pour tout le système, des anatomistes ont cherché si les vaisseaux lymphatiques ne s’abouchaient point dans d’autres veines. Stenon en aurait vu qui se rendaient dans la veine-

cave inférieure, Wepfer dans la veine azygos; mais aucune publication n’a été plus célèbre que celle de Lippi,

ANATOMIE des appareils.

t|ui croyait avoir trouvé des communications avec la veine porte, la veine honteuse interne, les iliaques , les rénales et même avec le bassinet de l’uretère. Ce lut pour cet anatomiste l’occasion d’un double malheur, car son travail fut presque en même temps couronné par l’Institut et détruit par les recherches de Fohmann , de Rossi , de Panizzu en Italie, de Blandin et de M. Cruveilhier en France. Les prétendus lymphatiques n’étaient que des veinules. Les physiologistes ont agité encore la question de savoir si, dans les ganglions, les veines ne communiquaient pas avec les vaisseaux lymphatiques; mais celte communication à laquelle pourrait faire croire le passage du mercure dans les veines, n’est qu’apparente ; elle est toujours le résultat d’une rupture, uccideni facile quand les ganglions commencent à se ramollir sous l’influence de la décomposition cadavérique.

L’épaisseur des parois des lymphatiques n’est pas grande ; leur transparence permet de voir dans leur intérieur et la sérosité transparente ou rosée, et le mercure poussé dans une injection , et la matière cancéreuse qui les obstrue dans quelques cas pathologiques. Leur calibre assez uniforme présente cependant des dimensions variables selon la quantité de liquide qui les remplit, mais ces variétés ne sont pas permanentes ; elles sont passagères comme la cause qui les produit. Si celle-ci agit pendant longtemps, les vaisseaux lymphatiques deviennent réellement plus volumineux, ils peuvent être atteints de véritables varices. Quand une partie des poumons est inhabile à l’acte de la respiration , c’est-àdire quand le sang ni l’air atmosphérique ne peuvent plus circuler dans les canaux qui leur sont propres, il s’établit une sorte de respiration supplémentaire dans les autres parties ; les lymphatiques , devenus alors volumineux , se dessinent sous la plèvre d’une manière très-prononcée. Dans un cas rapporté par Breschet , et dû à l’observation de M. Amussat, les lymphatiques du membre abdominal étaient

devenus énormes ; les ganglions inguinaux auxquels ils se rendaient avaient acquis une telle ampleur, qu’ils avaient pu simuler une hernie. Dans ces derniers temps, MM. Beau, Demarquay et Huguier ont observé des varices lymphatiques sur la muqueuse du prépuce.

Après les travaux de Kruikshank et de Mascagni sur les vaisseaux lymphatiques, les regards des pathologistes furent uniquement tournés vers ce système, qui parut un instant jouer le principal rôle dans les maladies. Les écrits nombreux qui parurent à celte époque font foi des exagérations où l’on était tombé. Le livre de Sœmmering, moins enthousiaste cependant que tous les autres, résume les idées principales nées de cet engouement. Plus tard une réaction survint, ou plutôt la pathologie des lymphatiques fut oubliée. Ce n’est que vers le commencement de ce siècle , que l’attention , portée sur l’inflammation de la membrane interne des veines , a dû fixer aussi l’observation sur celle des vaisseaux absorbants.

L’angioleucite est fréquente à la suite des solutions de continuité qui affectent la face dorsale des doigts et des orteils, ou bien dans la métro-péritonite. Tantôt l’inflammation s'étale dans les réseaux d’origine ; c’est l’anglioleucile diffuse, bien distincte de l’érysipèle dont les limites sont tranchées et les bords saillants. Comme elle semble se concentrer dans certains points de ce réseau, la rougeur est plus prononcée à leur niveau, si bien que l’ensemble de la plaque rouge est, pour ainsi dire, marbré. Tantôt, au contraire, l’inflammation n’occupe que les vaisseaux terminaux ; elle se dessine alors sous la forme de filaments qui s’étendent quelquefois jusqu’à la racine des membres. Il n’est pas rare de voir réunies ces deux variétés de l’angioleucite : les cordons rouges partent dans ce cas de la périphérie des plaques qui viennent d’être signalées.

Les plaies des vaisseaux absorbants sont loin d’avoir l’im-

portance que leur a attribuée Sœmmering. Cette effusion de lymphe que l’on rencontrerait au voisinage des articulations où les lympathiques sont en grand nombre, principalement au coude-pied et dans la région du genou , pourrait bien n’être autre chose que du liquide synovial s’écoulant ou d’une bourse séreuse, ou de l’articulation, ou d’une gaine tendineuse. On n’admet guère aujourd’hui les fistules lymphatiques auxquelles pourraient donner lieu ces plaies; la lésion des vaisseaux absorbants présente si peu d’importance qu’elle disparaît, en général, au milieu de celles qui affectent les parties qui les entourent. Il n’en est pas toutefois ainsi dans certains ulcères des jambes où les lympathiques dilatés versent un ichor qui contribue pour sa part à retarder la guérison de ces solutions de continuité.

Nous avons parlé des varices des lymphatiques : par contre, des rétrécissements peuvent-ils exister dans ces vaisseaux? Sans admettre avec Assalini que tout le système des absorbants était considérablement rétréci sur le cadavre d’un individu mort dans le dernier degré de marasme, on peut supposer que des tumeurs anévrysmales ou autres comprimant des vaisseaux de ce genre, les aplatissent, et finissent par en amener le rétrécissement et même l’oblitération.

L’ossification, nous voulons dire la production de sels calcaires, s’est faite dans l’épaisseur des parois du canal thoracique que Mascagni et d’autres ont vu dans l’état des artères et des veines dont les parois sont imprégnées de ces matières. Il est certain également que la bile peut être absorbée par les lymphatiques, mais non le pus dont les globules ont un trop grand volume pour passer au travers des porosités de leurs parois. Le pus qu’on y rencontre est le résultat d’une inflammation qui s’est emparée de leur membrane interne.

2° Ganglions lymphatiques. Connus] d’Hippocrate qui les avait pris pour des glandes, désignés par Sylviussous le

nom de glandes conglohées par. opposition aux. véritables glandes, qu’il appelait glandes conglomérées , les corps glanduliformes qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques, reçurent de Sœmmering le nom de ganglions , à cause de la ressemblance qu’ils ont avec les ganglions du nerf grand sympathique, nom sous lequel ils sont connus aujourd hui. En nombre variable, puisque les auteurs estiment qu ils sont de trois à quatre cents, ces ganglions émettent des vaisseaux efférents, ainsi désignés par opposition a ceux qu’ils reçoivent, les vaisseaux afférents. Un seul efférent correspond quelquefois à plusieurs de ces derniers. Les ganglions sont constitués par des divisions cl subdivisions ampullaires des vaisseaux lymphatiques qui se comportent dans leur intérieur comme le font dans le foie la veine-porte et les veines sus-hépatiques. Un tissu cellulaire assez dense leur forme une sorte de capsule qui envoie des prolongements dans leur intérieur. Des artérioles et des veinules se ramifient à leur surface et donnent des ramifications qui plongent dans leur substance. Quant à l’enveloppe que Nuck considérait comme fibreuse et que Malpighi avait cru de nature musculaire, il est bien évident qu’elle n’est autre chose que le tissu cellulaire condensédontil est ici question, servant de canevas aux vaisseaux nombreux qui s’anastomosent à la périphérie des ganglions lymphatiques. Il est douteux qu’ils reçoivent des nerfs. Wirsberg les admet ; Walther, Mascagni et Sœmmering les nient. Cependant l’étranglement inflammatoire de ces ganglions est douloureux, témoins les accidents qui simulent la hernie étranglée, dans les cas où un ganglion se tuméfie dans l’un des orifices aponévrotiques qui donnent passage aux hernies.

Quelquefois solitaires, le plus souvent groupés en nombre variable, les ganglions lymphatiques donnent ordinairement une apparence lobée aux tumeurs qu’ils forment en se développant d’une manière morbide. Ces bosselures glissent

souvent les unes sur les autres, parce qu’elles sont formées d’autant de ganglions particuliers. Comme ils abondent dans les régions les plus riches en tissu cellulaire, dans le creux du jarret, le pli de l’aine, l’aisselle, le cou et les espaces sousséreux de la poitrine et de l’abdomen, sur le trajet des vaisseaux, ils peuvent donner lieu à des tumeurs qui gênent les mouvements des parties voisines, qui compriment les artères, les veines, les nerfs ; d’où par conséquent des œdèmes, des hydropisies, des douleurs très-vives ou des paralysies.

La forme globuleuse des tumeurs, est en rapport avec celle qui est naturelle aux ganglions, car ils grossissent d’une manière uniforme dans toute leur périphérie. Ils sont tous eu effet ou hémisphériques ou sphériques, ou se rapprochant de l’ellipse; quelques-uns cependant sont aplatis et lenticulaires. Ce mode de configuration a l’avantage de faciliter le glissement des uns sur les autres dans la flexion des membres, ou quand une violence extérieure agit sur la région qu’ils occupent. Depuis le volume d’un grain de chènevis jusqu’à celui d’une aveline, ces ganglions présentent une foule de variétés; il serait difficile, impossible même d’établir la limite entre le volume de l’état normal et celui qu’ils acquièrent sous l’influence d’un état pathologique. Tantôt plusieurs d’entre eux se sont fortuitement réunis et constituent un gros ganglion; tantôt au contraire, un ganglion, habituellement d’un certain volume, s’est décomposé en plusieurs autres secondaires d’un volume très-petit. Disons toutefois que, proportionnés à l’activité des organes, ils ont leur summum de développement chez l’enfant, qu’ils s’amoindrissent à l’époque de la puberté et qu’ils finissent par s’atrophier dans la vieillesse.

Le volume que l’inflammation aiguë donne à la région où ils se trouvent, est bien moins dû à l’engorgement des ganglions qu’à celui du tissu cellulaire qui leur forme une sorte d’atmosphère ; aussi la résolution peut-elle être à peu près

complète. Mais quand l'inflammation est chronique, les ganglions acquièrent peu à peu un grand volume, témoins ces énormes tumeurs ganglionnaires que l’on trouve dans l’abdomen des enfants atteints du carreau, et celles qui occupent la région du cou chez les adultes scrofuleux. La coloration des glandes lymphatiques est rosée, rougeâtre; elle est presque blanche dans celles du mésentère , alors qu’elles sont traversées par le chyle. Leur consistance peul être comparée à celle du foie. L’inflammation aiguë les ramollit ; ils peuvent être réduits , sous l'influence de la suppuration, à une espèce de putrilage.

Les solutions de continuité des ganglions lymphatiques 11e présentent rien de particulier; les lèvres de la plaie peuvent, comme dans tous les autres tissus, se réunir par première intention, ou suppurer quand des moyens d’union n’ont pas été mis en usage , ou que des circonstances éventuelles en provoquent l’inflammation. Celle-ci est bien plus commune à la suite des solutions de continuité tenues malpropres ou maladroitement pansées, ou produites par des instruments humectés de liquides. virulents. Rien déplus fréquent dans les hôpitaux que des adénites axillaires à la suite d’écorchures de la face dorsale des doigts ou de la main chez des manouvriers, ou inguinales à la suite de blessures du pied chez des personnes trop oublieuses des règles de l’hygiène. Tantôt dans ces cas , l’inflammation se propage de proche en proche, le long des vaisseaux lymphatiques, de la plaie au ganglion; tantôt c’est une irritation sympathique qui la provoque, ou bien encore c’est le transport d’une matière virulente des réseaux aux ganglions lymphatiques. Comment ne pas admettre la possibilité de ce dernier fait, quand de la matière colorante placée sur la face externe du derme dans l’opération du tatouage, a pu cire retrouvée dans l’épaisseur des ganglions par M. Follin ? Quant aux deux premiers modes de développement de l’adénite, l’observation clinique

les sanctionne tous les jours. De quelque manière que se soit produite l'inflammation d’un ganglion lymphatique, le tissu cellulaire qui l’entoure ne tardant pas à s’enflammer, suppure bien plus rapidement que le tissu serré de ce ganglion : aussi à la suite de l'ouverture de l’abcès , voit-on quelquefois ce corps glanduliforme apparaître rouge, ou violacé entre les lèvres de l’incision. Parmi les causes de l’adénite, il ne faut pas omettre l’action spécifique du virus syphilitique. A l’état aigu ou à l’état chronique, les bubons syphilitiques ne se présentent que trop fréquemment à l’observation. Dans le premier cas, le transport du principe virulent est direct-, dans le second , l’engorgement des ganglions est une manifestation secondaire de l’infection générale. On sait aussi que, dans la peste, les ganglions se prennent assidûment; de là le nom de bubons pestilentiels.

La matière tuberculeuse se dépose dans les ganglions lymphatiques avec une prédilection toute particulière. Ceux qui entourent la racine des poumons, qui occupent les médiastins, la base du cou et la région sus-hyoïdienne, en sont le plus souvent affectés. L’évolution que parcourent les tubercules dans les autres parties, présente ici les mêmes phases, c’est-à-dire qu’il y a d’abord envahissement par une matière cendrée, grisâtre, puis ramollissement du produit morbide, et enfin fonte putride de l’organe qui la recelait.

La matière cancéreuse se produit fréquemment aussi dans les ganglions, soit qu’elle s’y développe primitivement, soit, ce qui est plus ordinaire, qu’ils soient envahis consécutivement à l’apparition du mal dans une région d’où partent les vaisseaux lymphatiques afférents. Enfin la mélanose s’y est montrée plusieurs fois. Elle est due à l’accumulation de pigmenlum dans l’intérieur des ganglions qui peuvent aussi acquérir un grand volume. Les vaisseaux se dilatent proportionnellement, versent quelquefois du sang dans l’intérieur de l’organe qui n’est plus, dans quelques cas , qu’un véri-

labié kyste sanguin , sur les parois duquel se trouve la matière mélanique.

Les pétrifications que nous avons signalées dans les vaisseaux, se forment aussi dans les ganglions lymphatiques. Elles sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes, chez le vieillard qu’aux autres âges de la vie. Elles affectent plus particulièrement les ganglions bronchiques.

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