DES ORGANES COMMUNS AUX DEUX SEXES DANS 2.’ APPAREIL GÉNITO-URINAIRE
Les organes communs aux deux sexes dans le double appareil géniio-urinaire sont, avons nous dit, les reins, l’uretère et la vessie. Us forment un système où la continuité ne saurait être interrompue sans entraîner des désordres très-funestes.
Organe impair et situé sur la ligne médiane, la vessie reçoit à droite et à gauche les conduits vecteurs de l’urine, qui sont pairs comme la glande qui la sécrète. II en résulte qu’un obstacle au cours de l’urine dans l’orifice uréthral de la vessie retient ce liquide dans le réservoir, dans les deux uretères et dans les deux reins. La désorganisation d’un rein, l’oblitération d’un seul uretère sont, au contraire, compatibles avec l’excrétion de l’urine qui provient, dans cette hypothèse, du rein et de l’uretère du côté opposé.
L’urine est sécrétée dans des tubes dont la disposition a été l’objet de recherches nombreuses de la pan des anatomistes. Les micrographes modernes ont émis des opinions diverses sur celte partie de l’anatomie de texture. Toutefois on peut se représenter la structure du rein, qui est en grande partie constitué par des caualicules à peu près de la manière suivanie.
Un ensemble de tubes qui se sont groupés de manière à former des cônes, constitue les pyramides de Malpighi. Ces tubes sont juxtaposés, se ramifient rarement, et s’anastomosent à angles très-aigus dans le petit nombre de divisions qu’ils présentent. Le sommet de ces cônes est libre, mousse, creusé de dépressions qui aboutissent directement dans les canalicules et qui ne seraient, suivant Eerrein, que des lacunes sur les parois desquelles s'ouvriraient les tubes.
Les bases des pyramides sont divergentes, tandis que les sommets convergent vers un même point. Le nombre des pyramides est de quinze à vingt suivant le plus grand nombre des auteurs.
Vers la base de ces pyramides, les canalicules, qui étaient rectilignes, se dégagent et deviennent tortueux. Ils s’enroulent un grand nombre de fois sur eux-mêmes pour s’infléchir encore et se terminer par des culs-de-sac selon les uns, par des anastomoses à anses selon d’autres. Il paraîtrait que ce double mode de terminaison existe, mais que les anses sont bien plus nombreuses que les cæcums. La partie flexueuse des canalicules urinifères constitue, avec les autres éléments dont il sera question bientôt, la substance corticale du rein, par opposition à la dénomination de substance médullaire , qui a été donnée aux pyramides. Cette espèce d’écorce pénètre entre les pyramides dans les espaces qui les séparent et recouvre leur base. Elle est dense, tandis que la substance médullaire est molle et ressemble assez bien au tissu charnu des muscles.
Des concrétions calculeuses peuvent se déposer dans l’intérieur de ces conduits, qui sont bientôt ulcérés par elles. Le nombre de ces corps étrangers, inclus dans la substance du rein, peut être considérable. Quelquefois ils se creusent des cavités bientôt remplies de pus. La désorganisation de l’organe peut devenir très-grande, s’ils sont nombreux et s’ils acquièrent un certain volume.
Chacune des pyramides aboutit dans un conduit excréteur infundibuliforme, les calices, qui sont le plus souvent en nombre égal à celui des pyramides, quelquefois en nombre moindre. Dans ce dernier cas, deux pyramides sont reçues dans un calice qui les embrasse à la manière d’une corolle enveloppant les pistils d’une fleur. Le conduit vecteur de l’urine commence donc par de petites ampoules correspondant à un grand nombre de conduits urinifères, qui y ver-
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sent le produit sécrété comme dans un organe de dépôt; mais ici l’urine ne séjourne que d’une manière accidentelle. Les rapports de continuité de ces conduits vecteurs avec les canalicules sécréteurs du rein présentent donc une exception à la disposition générale qui existe dans les autres glandes. Les calices ont une longueur de un, deux, trois centimètres-, ils sont plus larges à l’extrémité qui embrasse le sommet papilliforme de la pyramide qu’à l’extrémité opposée.
De même que des calculs urinaires peuvent se former et séjourner, soit dans les pyramides, soit dans la substance corticale des reins, de même, et bien plus facilement encore parce qu’ils tombent quelquefois dans les calices, ces mêmes corps étrangers, devenus trop volumineux, s’arrêtent quelquefois dans celte voie. Dans les tubes, la progression de l’urine n’était point empêchée à cause des anastomoses. Dans le cas de calcul dans les calices, la rétention de ce liquide peut s’établir; les parois du canal se dilatent peu à peu, et la pyramide elle-même, étant comprimée, peut s’affaisser et finir par s’atrophier. Cette rétention partielle n’est pas nécessairement suivie de grands désordres, quand les autres calices restent perméables; il en est bien autrement quand le siège de l’oblitération du conduit est plus bas, comme on va le voir tout à l’heure.
Les calices convergent et s’anastomosent dans les grand s calices, au nombre de deux, l’un supérieur, l’autre inférieur, lesquels finissent par s’anastomoser dans une poche pyriforme de quatorze millimètres de longueur, et qui est connue sous le nom de bassinet. Il n’est pas rare de rencontrer des graviers qui sont arrêtés à la partie inférieure de celte espèce d’infundibulum. Comme son orifice inférieur est le passage unique, espèce de détroit sans voie collatérale par où doit passer l’urine, toute oblitération dans cette partie amène nécessairement la rétention du liquide secrété dans toutes les voies placées au-dessus de l’obstacle. Le bassinet,
2 kh anatomie des appareils.
les calices se dilatent alors considérablement; le rein coiffe la tumeur formée par eux à la manière d’un casque. A la longue, les pyramides disparaissent, la dilatation devient de plus eu plus grande, le tout a une forme bizarre, et la substance corticale n’est plus réduite qu’à une sorte d’enveloppe mince : en un mot la désorganisation peut être complète. On a vu des tumeurs assez volumineuses pour s’étendre du diaphragme au détroit supérieur du bassin. A l’intérieur, ces poches rénales présentent des cavités anfractueuses qui la font ressembler à un kyste multiloculaire. Au dernier degré de distension, aucune trace des calices ni du bassinet ne reste, et l’intérieur n’est plus qu’une cavité irrégulière. Elle contient, tantôt un liquide séreux plus ou moins semblable à de l’eau, de là le nom d 'hydropisie rénale, tantôt à la fois du pus et de l’urine, du sang et du mucus en plus ou moins grande proportion. Souvent aussi des calculs sont au milieu du détritus de l’organe ou du liquide purulent.
L’orifice inférieur du bassinet se continue avec l’uretère, canal qui va s’aboucher dans la vessie. Il a 30 à 33 centimètres de long sur A millimètres de large; aussi n’est-il pas rare que des graviers s’accumulent en grand nombre dans son intérieur, l’engouent de façon que l’urine filtre avec difficulté à travers eux comme dans du sable. D’autrefois, c’est un calcul trop volumineux qui a franchi le détroit que présente inférieurement le bassinet et qui s’arrête dans un point de sa longueur. Des douleurs vives marquent son passage et se calment quand le corps étranger n’est pas en mouvement; elles se font de nouveau sentir avec intensité quand il est poussé par l’urine. Si des aspérités hérissent sa surface, qu’il soit dans les reins, les calices, le bassinet ou l’uretère, il peut déchirer l’organe ou la muqueuse de ces canaux : de là un épanchement de sang qui colore le liquide excrété , quelquefois même un sang pur qui sort parles voies inférieures de l’appareil, en un mot, une hématurie.
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Si l’on suppose l’obstacle que nous avons placé toute à l’heure à la partie inférieure du bassinet, si on le suppose, dis-je, vers la partie inférieure de l’uretère, ce conduit participe à la dilatation du rein et des calices. Il peut acquérir un volume tel, qu’à l’autopsie, on pourrait de prime-abord le prendre pour des circonvolutions de l’intestin grêle. Sa direction devient en effet tortueuse; il présente çà et là des bosselures qui simulent assez bien des anses intestinales.
Une des particularités les plus importantes de ce conduit est son mode de pénétration dans la vessie. Il chemine en effet dans l’épaisseur des parois de ce réservoir, dans l’étendue de douze millimètres, en sorte que l’urine qui déjà y est arrivée ne peut remonter dans l’uretère ; car toutes les causes qui tendraient à faire refluer ce liquide, ne feraient qu’appliquer l’une contre l’autre les lèvres de l’ouverture. Des calculs peuvent aussi s’arrêter dans l’intérieur de la portion vésicale de l’urjetère, s’y développer et présenter un prolongement que le chirurgien constate avec la sonde. Quelquefois des pierres retenues dans cette portion de l’uretère ont dissocié les diverses couches que nous trouverons dans l’épaisseur des parois de la vessie, et s’en sont coiffées de toutes parts : ce sont là les calculs dits enkystés , bien distincts des calculs encliâtonnés dont nous aurons bientôt l’occasion de parler.
Quant au réservoir, il est constitué par une poche dont les parois contractiles reviennent sur elles-mêmes en même temps que se fait l’émission de l’urine. Celle-ci y séjourne un temps variable, tandis qu’elle ne faisait que passer dans les calices, le bassinet et l’uretère. Traversée à sa base par l’extrémité des deux uretères droit et gauche, la vessie présente une troisième ouverture, qui conduit le liquide sécrété dans 1 urèthre, canal excréteur. Elle est le siège de prédilection des calculs urinaires, soit qu’ils proviennent des voies supérieures tout formés et qu’ils s’y accroissent par des dé-
pois nouveaux, soit qu’ils s’y développent autour d’une petite masse de mucus, d’un corps étranger par suite d’un précipité de la matière saline. Il est naturel qu’il en soit ainsi, vu le séjour de l’urine dans cette poche.
Les voies urinaires réduites à leur plus simple expression pourraient, d’après ce qui précède, être considérées comme un ensemble de canalicules disposés à leur origine en circonvolutions multipliées entre lesquelles existent d’abord des anastomoses, soit qu’ils prennent naissance par des culs-desac, soit qu'ils commencent par des anses anastomotiques, canalicules devenant ensuite rectilignes, finissant, après des anastomoses successives , par des orifices au sommet de corps papilliformes (les pyramides de Malpighi) ; qu'on se figure encore des canaux embrassant ces pyramides, s’anastomosant ensuite de manière à former deux troncs et finissant par une dernière anastomose, dans l’extrémité renflée, conique d’un conduit qui pénètre obliquement dans les parois d’un réservoir, et l’on aura une idée générale de cet appareil. Il faudrait pour la compléter se représenter un conduit excréteur qui part de la vessie et qui, chez l’homme, appartient en même temps à l’appareil génital.
1° Couche muqueuse. La texture des parois qui limitent ces voies de sécrétion et d’excrétion urinaire varie suivant les points que l’on considère. Dans les canalicules, tant dans ceux qui sont contournés et sinueux que dans ceux qui sont rectilignes et juxtaposés en faisceaux, la paroi est constituée par une substance hyaline et sans texture appréciable, tapissée à l’intérieur d’un épithélium cylindrique. Il en est bien autrement dans les calices, le bassinet, l’uretère et la vessie. La même muqueuse se continue dans toutes ces parties, sans aucune solution de continuité; aussi des inflammations se propagent-elles de proche en proche d’un point à un autre point, même éloigné de cette membrane. Très-ténue sur la périphérie des pyramides qu’elle embrasse et dans les cali-
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ces, elle devient, plus prononcée dans le bassinet et l’uretère où il est facile de la démontrer : la muqueuse vésicale est épaisse et plus foncée en couleur dans la plus grande partie de son étendue. Excepté dans le trigone, elle est lâchement unie aux couches qui la recouvrent; aussi elle glisse sur elles ou dans l’intervalle de leurs fibres et forme quelquefois des poches secondaires, poches multiples qui ont lait croire, mais à tort, à la présence de plusieurs vessies. Dans l’uretère et les calices elle est, au contraire, adhérente à la couche sous-jacente. La couche épithéliale qui la recouvre est partout formée par des cellules cylindriques. On ne trouve dans aucun point de son étendue la moindre trace de papilles. Dans la vessie seule, on distingue des follicules très-petits qui deviennent très-apparents dans le catarrhe vésical. Lisse et unie dans l’uretère, lebassinet et les calices, elle présente dans la vessie des plis et des saillies : ceux-là disparaissent sous l’influence d’une distension, mais celles-ci sont des colonnes en relief dues à des fibres de l’une des couches extérieures.
La muqueuse vésicale fait les frais des fongosités qui s’é tablissent quelquefois autour des calculs à surface irrégulière qui l’irritent sans cesse. Les bourgeons qui s'élèvent s’enchevêtrent dans les anfractuosités de ces corps étrangers qui se trouvent alors retenus au milieu d’elles comme la pierre précieuse dans le chaton d’une bague: aussi le calcul est-il dit enchâtonné. Il est immobile ; la sonde du chirurgien n’en constate la présence que dans le même point, circonstance qui ne se présente pas dans les cas bien plus nombreux où le corps étranger est mobile et entraîné par le courant de l’urine, au moment où Celle-ci est excrétée.
2° Couche musculaire. En dehors de la muqueuse, les voies urinaires ont des parois dont la texture est en rapport avec l’usage de chaque partie. Ainsi, dans les canalicules urinifères ou l’épithélium seul de la muqueuse a persisté, la membrane qui en est tapissée est très-mince, transpa-
renie et sans texture; sur elle, se ramifient les dernières ramifications capillaires de l’artère rénale. Dans les calices et le bassinet, la tunique extra-muqueuse est assez forte; elle est de nature fibreuse, suivant quelques anatomistes, musculaire suivant d’autres. M. le professeur Cruveilhier la croie de nature dartoïque. Dans un cas ou l'uretère était considérablement dilaté, j’ai pu reconnaître des fibres qui avaient l’aspect des fibres musculaires de l’intestin. Il est probable, d’ailleurs, que les parois du canal se contractent sur les calculs qui l’irritent, et qu’elles les poussent, s’ils ne sont pas trop volumineux, dans l’intérieur de la vessie. Celle-ci possède sous la muqueuse une couche évidemment musculaire : ses fibres sont lisses comme celles des muscles de la vie organique. Disposées par bandes obliques ou par anneaux, elles ne forment pas un plan continu comme celles de l’intestin ou du cœur; elles circonscrivent, au contraire, des espaces de forme variable, qui mettent la face externe de la membrane muqueuse en contact avec le tissu cellulaire extérieur. C’est au travers de ces intervalles que la muqueuse poussée par l’urine , dans des distensions trop grandes, fait hernie , forme des cellules, où peuvent se former ou s’engager des calculs. Quand ceux-ci sont enfermés dans ces poches accidentelles, la sonde ne peut pas aisément les toucher, en sorte que le cathétérisme n’éclaire pas d’une manière absolue sur leur présence. Les faisceaux musculaires font, dans quelques cas , une saillie anormale dans l'intérieur de la vessie : cet état se produit dans des cas de contraction fréquente delà tunique musculaire, contractions qui ont été sollicitées par un obstacle à l’issue de l’urine, tel qu’un rétrécissement dans le conduit excréteur. Ces brides font éprouver à la sonde des soubressauts qui peuvent en imposer, pour le frottement d’un corps étranger. Des erreurs de diagnostic ont été commises par des chirurgiens qui avaient pris la sensation particulière à laquelle donnent lieu ces co-
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lonnes saillantes, pour celle du contact d’un calcul, erreurs d’autant plus funestes, qu’elles ont été suivies de l’opération de la taille.
La couche musculaire de la vessie est mince, mais dans les cas d’inflammation chronique, elle acquiert une grande épaisseur qui rend la disposition de ses fibres plus lacile à étudier. Entre les trois orifices qui sont vers la partie inférieure, se trouvent des fibres musculaires qui diffèrent des précédentes par leur direction transversale.
En résumé , une substance hyaline recouvrant la couche épithéliale de la muqueuse dans les canalicules, un tissu musculaire ou dartoïquedans les calices, le bassinet et l’uretère, et enfin une membrane évidemment musculaire, fenêtrée et susceptible d’acquérir dans des cas pathologiques une épaisseur très-grande, telle est la constitution de la couche extra - muqueuse des premières voies urinaires. Comme conséquence, possibilité d’un spasme quand des corps irritants les traversent; de là des douleurs, l’issue fréquente des urines. On observe encore dans la couche charnue des paralysies qui donnent lieu à des rétentions consécutives.
3° Couche séreuse. Une troisième couche, mais qui n’est pas constante, est représentée par le péritoine. On la trouve sur la partie antérieure de l’uretère, sur tous les points de la vessie, moins la face antérieure, une partie du fond et du bas-fond. Les limites de cette membrane seront étudiées à l’occasion de la région à laquelle ces parties correspondent. Quant aux canalicules, ils forment une masse qui a la forme d’un haricot, et qui n’est recouverte par le péritoine que sur sa face antérieure et d’une manière tout à fait lâche. Il résulte de celte disposition que l’on peut avancer d’une manière générale que les voies urinaires sont en dehors de la séreuse abdominale, qui là est appliquée sur elles sans les contourner, ici à une certaine
disiance, en sorte que des blessures peuvent les atteindre sans intéresser sa continuité. La médecine opératoire utilise quelquefois celte disposition, par exemple, dans l’opération de la taille au-dessus du pubis, et dans celle de la néphrotomie.
h° Couche celluleuse. Le tissu cellulaire entre aussi dans la composition des organes urinaires ; il devient fibreux dans l’enveloppe du rein, et se répand, par des cloisons d’une extrême délicatesse, dans l’intérieur de cette glande, entre les lobes qui la composent. Cette tunique fibreuse est souvent le siège d’épaississement pseudo-membraneux, de taches blanches , dues à de la lymphe plastique condensée, et connues sous le nom de plaques laiteuses. Quelquefois des dépôts calcaires lui donnent la consistance d’une coque ostéiforme ; dans ces cas, le tissu du rein est constamment ramolli.
Autour de la tunique musculaire des conduits, le tissu cellulaire est moins dense ; il forme une couche adventice assez résistante, comme la tunique eellulo-fibreuse des artères. Au-dessous de la muqueuse, il est serré et unit étroitement les deux membranes entre lesquelles il est placé.
On trouve aussi du tissu cellulaire et en bien plus grande quantité entre la muqueuse et la tunique charnue de la vessie, entre cette dernière tunique et le péritoine. Il est mou, lâche sous la séreuse où II renferme des cellules adipeuses ; mais, sous la muqueuse, il est dense et se continue avec le derme auquel il concourt à donner de la solidité. L’inflammation peut y développer des abcès qui s’ouvrent le) plus souvent dans l’intérieur du réservoir, et, dans quelques circonstances bien plus rares, à la fois dans la vessie et dans le péritoine.
5° V aisseaux et nerfs. Les artères sont multiples dans la vessie ; elles proviennent de l’hypogastrique au nombre de trois de chaque côté, cheminent sur les parties latérales pendant quelque temps, émettant des rameaux qui se placent
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entre les diverses tuniques comme les rameaux terminaux de l’intestin et se perdent parleurs divisions les plus fines dans la muqueuse. Le col de cette poche reçoit encore, ainsi que sa partie inférieure, des artérioles qui proviennent d’une artère vaginale chez la femme, etdel’hémorrhoïdale supérieure chez l’homme. Tous ces ramuscules sont trop faibles pour donner lieu à des hémorrhagies par jets : cependant, dans des cas rares, les parois de la vessie plus vascularisées qu’à l’ordinaire peuvent être le siège d’une hémorrhagie en nappe assez abondante pour nécessiter l’intervention de l’art. Dans un cas de taille où le sang provenait de la muqueuse vésicale, M. Bégin arrêta l’écoulement en introduisant des morceaux de glace dans la vessie. D’autres fois, le sang provient de fongosités qui se sont développées autour des calculs. Quant aux artères de l’uretère, elles sont très-petites et proviennent des branches artérielles voisines. Il n’en est pas de même pour la glande.
Le volume de l’artère rénale, qui vient à angle droit de la partie latérale de l’aorte abdominale, est évidemment en rapport avec l’abondante sécrétion qui s’opère dans le rein. Une plaie pénétrante de l’abdomen qui intéresserait ce vaisseau, serait donc aisément suivie d’une hémorragie mortelle. Les ramifications qui pénètrent la glande au niveau de son échancrure, se ramifient sur les bases des pyramides pour former un réseau d’où parlent deux ariérioles contournées en spirale, lesquelles se terminent, suivant Cayla , par trois ordres de vaisseaux : les uns qui vont sur les canalicules, les autres vers la superficie de l’organe pour se replier ensuite en dedans, d’auires enfin, en très-grand nombre , pour aller se rendre dans ces corpuscules particuliers, abondants et uniquement placés dans la substance corticale, et que l’on désigne généralement aujourd’hui sous le nom de glomérules. Ce sont les granulations de Malpighi, granulations que beaucoup d’auteurs ont considéré comme
les origines dos vaisseaux urinifèreS, et qui sont regardées par les micrographes modernes comme des pelotions d’artérioles capillaires roulées sur elles-mêmes. Il n’entre pas dans notre sujet d’exposer ici toutes les opinions qui ont été émises sur la nature de ces petits corps, sur le mode d’arrangement du vaisseau ou des vaisseaux artériels qui les forment; ceux qui voudraient étudier cette question pourront consulter avec fruit la thèse de M. Gelez (1).
Les veines de l’appareil urinaire sont grêles dans la glande et vont se rendre à un tronc unique, la veine rénale, qui s’abouche dans la veine-cave inférieure : ce tronc est plus volumineux encore que l’artère correspondante. Il est placé au-devant de celle-ci, en sorte qu’elle est la première exposée à l’action des corps vulnérants agissant d’avant en arrière. Celles de la vessie forment des plexus volumineux autour du col et vers le bas-fond. Elles peuvent devenir variqueuses au niveau du col sur la face muqueuse de l’organe. Bonnet rapporte qu’il trouva des varices énormes près du col de la vessie d’un homme qui avait présenté pendant sa vie tous les signes des calculs vésicaux. Les observations de Morgagni et de Chopart constatent aussi l’existence de cette dilatation. Le diagnostic en est très-obscur, sinon impossible, car l’hématurie signalée par les auteurs se rapporte aussi à beaucoup d’autres lésions, et la sonde introduite dans l’urèthre peut rencontrer bien d’autres obstacles dont la nature est différente. Quant aux veines des conduits vecteurs de l’urine, elles ne présentent rien de particulier. Les vaisseaux lymphatiques des reins et de l’uretère sont peu connus; ceux de la vessie vont se rendre dans les ganglions pelviens. Les nerfs proviennent des plexus rénal et hypogastrique.
Tout l’appareil dont il vient d’être question est situé dans
(I) Paris, 1849 , u° 62.
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l’abdomen ; aussi les altérations qui atteignent les organes qui le composent retentissent aisément sur le péritoine et les intestins qui les avoisinent. Souvent aussi les lésions traumatiques qui les intéressent leur sont en même temps communes avec d’autres parties intra-abdominales, quoique cependant des instruments puissent les blesser sans loucher même à la séreuse.
Le rein n’est maintenu dans sa position normale que par les vaisseaux qui pénètrent dans son intérieur ; aussi n’est-il pas rare de le voir déplacé. Je l’ai rencontré dans l’intérieur de la fosse iliaque; quelquefois il est poussé par des tumeurs soit vers la ligne médiane , soit vers la crête de l’os des îles. Ces positions anormales pourraient facilement induire en erreur dans l’établissement d’un diagnostic. La vessie n’est pas mobile par sa base, mais son corps et son fonds s’élèvent dans la cavité abdominale quand elle est distendue par l’urine ; elle peut même atteindre le niveau de l’ombilic, formant une tuméfaction sur la ligne médiane. Quand les parois abdominales sont trop faibles , elle peut être poussée au travers des orifices, soit inguinaux, soit cruraux, et faire hernie au-dehors ; le cysiocèle conslime alors une tumeur qui est soumise à des alternatives d’accroissement et de retrait dans son volume, selon qu’une plus ou moins grande quantité d’urine séjourne dans le réservoir. La compression sur la hernie amène, qui plus est, des envies d’uriner et est effectivement suivie de l’émission d’une certaine quantité de liquide. Des calculs ont été trouvés dans la portion herniée de la vessie ; Pott, croyant avoir affaire, dans un cas, à un abcès de la région de l’aine, fut fort étonné de voir sortir, après l’incision pratiquée avec le bistouri, un flot d’urine et un calcul. Les auteurs décrivent aussi des hernies de la vessie dans le rectum chez l’homme et dans le vagin chez la femme, hernies sur lesquelles l’anatomie pathologique est fort obscure. Disons encore pour mémoire que la partie antérieure de la
vessie n’étant pas recouverte de péritoine , les hernies de celle partie n’oni pas de sac séreux. Cependant elles entraînent derrière elles une portion du péritoine, en sorte que, les intestins pouvant s’y engager, des hernies intestinales munies d’un sac se développent quelquefois derrière la hernie akystique.
La glande rénale est dans quelques cas frappée d’atrophie; d’autres fois, elle est hypertrophiée. Avec l’atrophie coïncide habituellement une consistance plus grande. L’hypertrophie, comme l’atrophie, peut être générale ou partielle , c’est-àdire occuper tantôt la substance corticale, tantôt la substance tubuleuse ou bien seulement quelques pyramides de Malpighi, ou bien, enfin, toute la masse.
Des productions accidentelles défigurent le tissu, le compriment , l’atrophient dans quelques circonstances. On a remarqué que les cancers de l’utérus étaient fréquemment accompagnés de kystes d’un nombre variable dans l’épaisseur du rein. C’est principalement dans la substance corticale qu’ils se trouvent. Ils peuvent acquérir le volume d’un œuf. Le rein en est quelquefois tout rempli : on l’a vu ayant l’aspect d’une grappe de raisin tant le nombre des kystes était grand ; ils avaient fait disparaître en grande partie la substance de l’organe. Enfin, des productions calcaires, quoique bien plus rarement, peuvent en occuper l’intérieur; il est quelquefois aussi infiltré d’une très-grande quantité de graisse. On voit, dans la trente-sixième livraison de l’Anatomie pathologique de M. Cruveilhier , un exemple de la production de masses graisseuses isolées et formant comme de petites loupes dans cet organe. De toutes les dégénérescences , la plus commune est l’encéphaloïde , qui se présente, d’ailleurs , dans le rein avec ses caractères ordinaires. Les hydatides elle slrongle géant sont les seuls eulozoaires qui s’y développent.
Parmi les anatomistes modernes, Arnold est le seul qui ait
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pensé que les reins étaient un produit du corps de Wolf, organe transitoire situé sur les parties latérales du rachis chez l’embryon. Il est bien reconnu aujourd’hui qu’un blastème nouveau en est le point de départ. Le rein , comme la substance dont il émane, est placé sous le corps de Wolf et n’a aucune connexion avec lui. Ce sont d’abord les canalicules urinaires qui se forment. Us se réunissent en faisceaux pour former les pyramides de Malpighi et constituent ainsi des lobes que traduisent des bosselures à l’extérieur et qui doivent plus tard disparaître. Il arrive cependant quelquefois que le blastème qui comble les sinus est insuffisant; de là des reins qui présentent des scissures et qui ont, à l’extérieur, une apparence mamelonnée; de là aussi quand, par une rare exception , quelques lobes restent détachés, les reins doubles ou triples d’un seul côté.
C’est du hile que part l’uretère ; les recherches de Bischofï le portent encore à croire que ce canal ne provient pas des conduits excréteurs du corps de Wolf, contrairement à l’opinion de Rathke. Il procède de la scissure du rein de haut en bas vers la vessie. La théorie des arrêts de développement permet d’expliquer comment il peut se terminer par un cul-de-sac à une distance plus ou moins grande cfu réservoir de l’urine. Tiedemann (1) et Isid. Geoffroy Saint-Hilaire (2) en ont rapporté des exemples. La vie ne saurait longtemps se maintenir dans ces cas où l’urine ne peut être excrétée. Dans d’autres circonstances, les uretères sont multiples; celle anomalie dépend de calices qui ne se sont pas réunis dans le bassinet. Quelquefois l’uretère est double dans sa partie supérieure et simple en bas ; il n’existe pas alors de bassinet.
Quant à la vessie , nous avons indiqué déjà qu’elle pro-
(1) Anatomie (1er Kop/losen Missgeburten , p. 78.
(2) Histoire des anomalies de V organisation, 1. 1, p. 497.
vient de la vésicule allantoïde , vésicule qui , dans les premiers temps, s’élève de la partie inférieure de l’intestin avec laquelle elle communique, et se prolonge dans l’intérieur du cordon, conduisant ainsi les vaisseaux qui, de l’embryon, vont au chorion. A mesure que la paroi abdominale se développe et étrangle le cordon , la partie de la vésicule allantoïde qui s’était déjà atrophiée au dehors de l’abdomen disparaît, la communication inférieure avec le rectum se ferme, et au-dessous de l’ombilic le canal se resserre , de manière que ses parois ne soient bientôt plus réduites qu’à un cordon ; en bas se trouve la vessie. Mais celte marche peut être troublée, ou suspendue. Ainsi, indépendamment de la communication recto-vésicale dont il s’est agi dans un des précédents chapitres, le cordon qui s’étend de la vessie à l’ombilic derrière la paroi abdominale , est creux , c’est-à-dire que l 'ouraque persiste : dans un cas où ce conduit s’élevait à la hauteur de quatre centimètres , Boyer trouva, dans son intérieur, douze pierres urinaires de la grosseur d’un grain de millet ; une d’elles avait le volume d’un grain d’orge. Le canal anormal peut même atteindre le niveau de l’ombilic : de là la formation d’une fistule urinaire congénitale au niveau de cet orifice: J.-L. Petit (1), M. Velpeau (2), Dupuytren (3), Peu (à), Hygmore (5) et Cheselden (6) en ont rapporté des observations. Il est vrai que dans quelques cas il y avait oblitération de l’urèthre ou imperforation par une membrane, mais il est certain aussi que dans quelques autres, les voies d’excrétion de l’urine
(1) Traité des maladies chirurgicales , t. II.
(2) A reh . gén. de médcc. , 1S26.
(3) Répertoire d’auat. d de phys. pathol . t. IV.
(4) Pratique dès accouchements . t. I.
(5) Coiporis humât à adisquis. Anal., I. I.
(6) Académie des seiences) 1778.
appareil génito-urinaire.
étaient libres. La formation des fistules accidentelles est plus difficile à expliquer. Serait-ce une persistance de l’ouraque qui la favoriserait? ou bien, la vessie ayant plusieurs lois été distendue outre mesure par l’urine, n’y aurait-il pas eu, au travers d’un éraillement, une hernie de la membrane muqueuse jusqu’à l’ombilic? L’anatomie pathologique n’a pas encore parfaitement éclairé celle question. Dans un cas rapporté par le docteur Betti de Florence, un abcès des parois vésicales s’était ouvert à la fois dans la vessie et dans le péritoine : des adhérence^ de celle séreuse formaient les parois d’un conduit qui aboutissait au niveau de l’ouverture ombilicale.
La poche urinaire peut manquer : elle peut être d’une petitesse extrême. Dans d’autres cas le vice de conformation porte sur une partie seulement de son étendue et coïncide avec un arrêt de développement de la paroi abdominale antérieure, et même de la région pubienne, je veux parler de l’exstrophie ou extroversion , lésion qui se présente à l’extérieur sous la forme d’une tumeur molle , spongieuse , rouge, d’où suinte constamment l’urine, et qui est due à la saillie des parties postérieure et inférieure de la vessie au travers d’une ouverture placée au-dessus du pubis, ou quelquefois aussi entre ces deux os. L’arrêt de développement a souvent retenti jusque sur l’anneau ombilical qui se trouve abaissé et situé vers le point le plus élevé de la solution de continuité congénitale. Souvent aussi la tumeur est couverte de deux mamelons qui correspondent aux insertions des deux uretères. C’est de ces mamelons que sourd l’urine. La médecine opératoire a jusqu’à présent été impuissante contre ce vice de conformation.
A l’époque de la naissance le fond de la vessie n’est pas bien éloigné de l’ombilic: son bas-fond n’existe pas, ou est très-peu développé. L’aspect général de ce réservoir est celui d’un canal renflé vers sa partie inférieures Cette disposition
tend à disparaître, mais persiste jusque vers l’époque de la puberté où le bassin qui s’est élargi lui permet de s’abriter dans sa cavité. La taille sus-pubienne est moins dangereuse, pour cette raison, chez l’enfant que chez l’adulte : ce dernier a une vessie dont le bas-fond s’est complètement formé, dont la cavité est plus grande, les parois plus minces, et la partie supérieure plus rapprochée du pubis au-dessous duquel elle se trouve dans l’état de vacuité. Chez le vieillard, les parois sont flasques , la capacité du réservoir est plus grande. Ce n’est que dans des cas pathologiques, que les parois sont épaisses et revenues sur elles-mêmes, de manière à rendre la vessie très-petite.