‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 26 sur 38 · DES CENTRES NERVEUX · texte numérisé non relu

DES CENTRES NERVEUX

Les centres nerveux se composent du cerveau et de la moelle épinière.

Les tubes nerveux , quoique transparents quand ils sont examinés isolément , donnent lieu par leur groupement à des faisceaux blancs constituant la substance blanche qui , dans la moelle, occupe l’extérieur, cl qui, dans l’encéphale, est généralement située à l’intérieur. Les corpuscules ne se trouvent que dans la substance grise ; celle-ci est accumulée au centre de la moelle et dans certaines parties de l’encéphale, telles que les corps stries , les couches optiques, l’extérieur des circonvolutions. Toutefois, les tubes primitifs se présentent encore dans la substance grise, seulement les corpuscules en constituent la plus grande partie.

Les vaisseaux des centres nerveux se ramifient considérablement avant de pénétrer dans leur intérieur. Leurs di-

visions s'étalent sous la forme d’un réseau irès-fin dont les i mailles sont soutenues et remplies par du tissu cellulaire, condensé dans quelques points en membrane fibreuse. Toute la périphérie des centres nerveux est recouverte par ce • canevas cellulo-vasculaire qui est connu sous le nom de pie-mère. Selon M. Cruveilhier, les veines fournissent environ les cinq sixièmes de ce réseau dans la pie-mère cérébrale. On peut-se faire facilement une idée de celle dispoli sition , en ayant le soin de suspendre , pendant quelque i temps, un sujet la tête en bas pour faciliter la stase du sang dans les parties qui sont devenues déclives. La pie-mère est alors toute noire de sang veineux ; il en est de même dans les cas de mort par asphyxie. Des minuscules parlent de la face profonde et se rendent dans l’épaisseur des substances blanche et grise, plus abondants dans la seconde que dans la première. Ce mode de distribution du sang dans la pulpe molle des centres nerveux a été ménagé dans le but d’amortir l’impulsion du cœur dans la circulation inlra-cérébrale. D’ailleurs, le tissu cellulaire m’accompagnant point : les capillaires , ne soutient pas leurs faibles parois. On conçoit que des congestions, des chocs sur le crâne puissent facilement en opérer la rupture ; de là des épanchements , des infiltrations de sang , comme cela n’arrive que trop souvent dans des plaies de tète ou dans les hémorragies non traumatiques. Celles-ci se font d’autant mieux que la substance nerveuse a été préalablement le siège d’un ramollissement. Quand les capillaires sont congestionnés, la coupe des centres nerveux présente à l'œil un piqueté rouge, comme si la substance était sablée. Dans des cas où des tumeurs malignes se sont développées dans la substance cérébrale, ils acquièrent un volume assez grand ; c’est ainsi que leur développement donne lieu à une variété d’encéphaloïde, improprement indiqué sous le nom de sarcome vasculaire. Des infiltrations sanguines peuvent aussi se faire sous la pie-

mère décollée , comme dans l'intérieur des centres nerveux.

La circulation dans les vaisseaux capillaires qui parcourent les substances blanche et grise se ralentit cl s’accélère dans des circonstances déterminées. 11 en résulte que le séjour du sang veineux et l'afflux du sang artériel dans celle pulpe molle la rendent lurgide, et l’épanouissent en quelque sorte , si , par accident , une partie de sa surface est privée de la compression physiologique qu’exerce sur elle la boîte osseuse du crâne. Le même phénomène se manifeste encore normalement au niveau des fontanelles, chez l’enfant, jusqu’à l’époque de la formation complète des os, à cause de la souplesse des téguments. Quand une cicatrice a succédé à l’ablation d’une rondelle osseuse, faite par une couronne de trépan, la même expansion du cerveau, qui n’était que temporaire dans les premiers temps de la vie, se renouvelle indéfiniment chez l’opéré ; mais aussitôt que le sang afflue par les veines jugulaires dans les veines caves et l’oreillette droite du cœur, le cerveau paraît s’affaisser. Or, celle alternative de la stase du sang, dans les centres nerveux, et de son afflux vers le cœur, a lieu en même temps que le resserrement et la dilatation de la poitrine dans les phénomènes mécaniques de la respiration , dans l’effort , qui ne saurait s’effectuer, comme on le sait, sans une contraction énergique des muscles expirateurs, et, par conséquent, sans compression de l’oreillette. La stase momentanée du sang veineux dans les capillaires est encore, dans ce dernier cas, plus prononcée. Une cause nouvelle s’ajoute à la réplétiou des capillaires; ce sont les battements précipités du ventricule gauche, qui tend à se débarrasser du sang qui vient toujours abondamment des poumons dans les premiers instants de l’effort. Ainsi, dans l’expiration, et bien plus encore dans toute espèce d’efforts, le cerveau devient lurgide : de là un mouvement d’expansion au dehors , là oit existe une perte de substance, ou bien une résistance trop faible des parois;

il s’affaisse dans l’inspiration. Ce phénomène pourrait don ner lieu à une sorte d’aspiration et de refoulement de l’air ou des liquides en contact avec la partie lésée, dans des cas de fracture du crâne, par exemple, avec solution de continuité des téguments. Un chirurgien du moyen âge, dit M. Bérard, avait avancé que, pendant l’effort fait pour se moucher, l’air passe des fosses nasales par la plaie du crâne chez les blessés atteints de la lésion supposée. Le célèbre professeur de physiologie n’avait point cherché à se rendre compte de cette singulière assertion, quand un malade, couché dans son service, à l’hôpital Saint- Antoine, lui en donna l’occasion. Un sifflement se faisait entendre aune petite distance du lit; l’examen de la blessure permit bientôt de constater une fracture du crâne. Une esquille fut enlevée. A chaque iaspiralion, le sang était aspiré, pour ainsi dire, dans le crâne, tandis que de l’écume sanguinolente était repoussée, au contraire, dans l’expiration. De l’eau ayant été versée sur la plaie, le phénomène fut plus sensible ; il le devenait bien plus encore quand le malade toussait. On comprend que, sur le blessé du chirurgien du moyen âge, c’était l’air atmosphérique alternativement aspiré et expiré ( qu’on me pardonne celte comparaison) parla solution de continuité, qui sortait pendant l’effort fait pour se moucher, de même que chez le malade de l’hôpital Saint-Antoine le même phénomène avait lieu avant l’ablation de l’esquille, par le seul fait des mouvements mécaniques de la respiration. Indépendamment de ces mouvements, les centres nerveux en présentent un autre qui est en rapport, comme nous aurons bientôt lieu de le dire, avec les battements du cœur.

L afflux du sang dans les centres nerveux, par ce vaste système capillaire, est nécessaire à l’exercice de leurs fonctions. La suppression, ou plutôt une diminution excessive de 1 abord du sang artériel, enraie la sensibilité générale et 1 action incitatrice sur les muscles, témoin les phénomènes

de la syncope, dans laquelle les battements du cœur sont alï'aiblis cl moins nombreux. On sait qu’en plaçant les personnes qui en sont frappées dans la position horizontale, la circulation n’ayant plus à lutter contre la pesanteur, les accidents disparaissent rapidement. Les congestions trèsfortes entraînent aussi la paralysie. Ainsi, l’excès en plus ou en moins dans la circulation capillaire du cerveau est suivi d’accidents qui sont identiques dans l’un comme dans l’autre cas. La mort a etc instantanée dans un cas malheureux où, la carotide gauche étant à peu près oblitérée à son origine aortique, M. Rey pratiqua la ligature de la droite; la malade s’assoupit, fit entendre une espèce de ronflement elsuccomba aussitôt. Par malheur, les deux vertébrales étaient plus petites que d’ordinaire. Quand l’abord du sang dans le cerveau est diminué d’une manière moins notable, par exemple, après la ligature d’une setde carotide , celle du côté opposé et les vertébrales étant dans l’état normal, des accidents divers se sont manifestés; ce sont des troubles de la vision, de l’ouïe qu’il faut rapporter à une diminution considérable du sang dans les organes de ces sens, et le plus souvent l’hémiplégie du côté opposé à l’artère sur laquelle a été posé le fil. Or, on sait que l’action des lobes cérébraux est croisée : celui qui est atteint à la suite de la ligature est donc celui qui correspond au côté de l’opération. Ce ne peut être, ainsi que le fait remarquer M. Bérard, le défaut d’abord du sang artériel dans ce lobe qui est cause de l’hémiplégie, puisque l’accident ne se manifeste généralement que quelques heures , quelques jours après la ligature. Ce professeur pense que ce doit être une hémorragie causée par le sang venant de la cérébrale postérieure qui tend à dilater les capillaires à parois si ténues par lesquels la cérébrale antérieure, branche de la carotide, communique avec la postérieure, branche de la vertébrale. Il faut supposer en même temps, ce qui arrive souvent, que les artères communicantes sont peu développées. Nous au-

rons d'ailleurs loul-à-l’heure l’occasion de revenir sur les artères des centres nerveux ; constatons seulement la conséquence de la minceur des capillaires qui occupent leur épaisseur, c’est-à-dire la possibilité d’une rupture à la suite de l'effort qu’y fait le sang (pour établir, au milieu de la substance cérébrale , une circulation supplémentaire après la ligature de l’une des carotides.

Quand l’absorption qui s’opère si rapidement sur les muqueuses gastrique ou pulmonaire a fait passer dans le sang l’alcool ou les vapeurs éthérées et chloroformiques, il n’y a plus pour barrière entre la pulpe nerveuse et ces agents que la paroi si mince des capillaires qui émanent de la pie-mère : delà une imprégnation telle que l’on a pu prétendre que des cerveaux examinés sur les cadavres d’individus mort dans l’ivresse sentait encore l’alcool. La promptitude des effets que produisent les agents anesthésiques s’explique aisément.

L’enveloppe immédiate des centres nerveux est, avons-nous dit, cellulo-vasculaire ; elle peut être considérée comme un intermédiaire entre les capillaires d’une part et les vaisseaux artériels et veineux de l’autre. Pour l’encéphale, les artères sont : les cérébrales antérieures et moyennes, venant de la carotide interne, l’artère basilaire, les cérébrales postérieures et les cérébelleuses distinguées en supérieures et en inférieures ; ces dernières, au nombre de deux, proviennent et des vertébrales et du tronc basilaire qui leur fait suite. Pour le prolongement rachidien, ce sont les artères spinales venues des vertébrales, des intercostales et des lombaires. Les artères de l’encéphale sont toutes placées sur la base du crâne entre celle base et la masse nerveuse correspondante dont le poids porte sur elles ; celles de la moelle sont situées tout le long des faces antérieure et postérieure, sans être comprimées , et entourent le cordon nerveux de leurs ramifications.

La situation des artères encéphaliques explique le soulèvement de la masse nerveuse intra-crânienne, soulèvement qui est en rapport avec les battements du cœur, dans les cas de perle de substance de la voûte du crâne. Nous savons déjà que le cerveau présente aussi un double mouvement d’expansion et d’affaissement qui est relatif aux phénomènes mécaniques de la respiration. A la suite d’une plaie du crâne avec perle de substance des os, on doit donc constater ce mouvement composé du cerveau ; c’est en effet ce que fournit l’observation clinique à l’élude du chirurgien. Qui n’a vu d’ailleurs les battements isochrones au pouls, qui se font remarquer sur les fontanelles du jeune enfant? Quand les centres nerveux sont partout entourés de la compression qu’exerce normalement sur eux la boîte crânienne, ces mou vements composés en raison de la circulation et de la respiration n’ont pas lieu : une expérience ingénieuse instituée : par M. Bourgougnon a mis cette vérité hors de doute.

Les anastomoses des artères de l’encéphale se font dans . deux sens : du côté droit au côté gauche et d’avant en arrière. L’anastomose qui établit une communication entre les deux moitiés latérales de la partie supérieure des centres nerveux est situé sur la ligne médiane et présente de grandes variétés dans ses dimensions ; c’est la communicante antérieure placée entre les deux artères cérébrales antérieures. Celles-ci sont tantôt accolées l’une à l’autre comme par un point vasculaire intermédiaire, tantôt et le plus souvent séparées par un intervalle de deux à quatre millimètres, longueur habituelle du vaisseau placé entre elles. Quelquefois, enfin, deux petites branches transversales établissent la voie collatérale. Au point de vue de la circulation intra-crânienne et de la chirurgie, on peut considérer le tronc basilaire comme un moyen de communication entre les cérébrales postérieures qui en sont la terminaison. Il est bien en réalité l’intermédiaire anastomotique dans le cas où la

cérébrale postérieure, au lieu de provenir de ce tronc, est une branche volumineuse de la carotide interne, en sorte que la division correspondante du tronc basilaire est petite et va se jeter dans la communicante postérieure qui est devenue dans celte anomalie l’origine de la cérébrale. D’autres fois cette dernière artère semble être formée par la réunion des deux branches précédentes à peu près d’égal

! volume; c’est-à-dire que la cérébrale postérieure naît à la fois de la carotide interne par la communicante postérieure et du tronc basilaire. Enfin on l’a vue naître uniquement de la carotide interne, par celte même communicante devenue très-volumineuse, sans qu’aucun ramuscule vînt de la basilaire qui, dans cette anomalie, se terminait par une seule cérébrale postérieure, celle du côté opposé. Quant aux anastomoses qui unissent les artères d’avant en arrière, elles se font par les rameaux terminaux de la cérébrale antérieure

Iavec des rameaux terminaux de l’artère de la scissure de Sylvius et avec ceux de la cérébrale postérieure. Dans la profondeur de la substance nerveuse, il n’existe quejdes anastomoses capillaires entre tous ces vaisseaux. D’après ces variétés anastomotiques, on conçoit que l’interception du cours du sang par une ligature sur un vaisseau principal connue la carotide, peut priver la partie correspondante de l’encéphale du sang qui lui est nécessaire. Supposez en effet une communicante antérieure d’un très-petit calibre, le sang ne pourra passer qu’avec difficulté de la cérébrale antérieure d’un côté dans celle qui n’en reçoit plus; que la ! communicante postérieure forme à elle seule la cérébrale < postérieure, ou que le vaisseau qui part de la bifurcation du tronc basilaire soit petit, et il en sera de même pour la partie postérieure du cerveau. Dans ces cas exceptionnels, que ce soit 1 une ou 1 autre des communicantes qui soit étroite, il se fait, avons-nous dit, une dilatation des capillaiies qui unissent dans 1 épaisseur de la masse nerveuse la

cérébrale antérieure à la postérieure; d’où la facilité d’une rupture dans les parois de ces vaisseaux. D’après les considérations précédentes, on voit encore qu’après la ligature d’une carotide, la circulation de l’encéphale se rétablit par la dilatation des communicantes antérieure et postérieure.

Les incrustations doni les parois des artères de l’encéphale se pénétrent assez fréquemment dans la vieillesse, amènent un trouble plus ou moins profond dans le cours du sang. Ces parois sont opaques, friables; quelquefois imprégnées de matière calcaire, et épaissies de manière à rétrécir le calibre du vaisseau. Les artérioles superficielles sont en même temps oblitérées dans quelques cas. C’est sans doute à celle friabilité des vaisseaux qu’il faut attribuer les ruptures spontanées, observées sur quelques malades qui avaient succombé à des hémorragies. Ainsi M. Calmeil (1) a rencontré une artériole rompue sur la surface du cerveau ; l’apoplexie avait été mortelle. M. Serres (2) a observé dans un cas la rupture de l’artère basilaire, dans l’autre celle de la communicante antérieure. Enfin des dilatations partielles peuvent occuper des branches artérielles; on a vu l’artère basilaire distendue au point de former un véritable anévrisme, gros comme un œuf de poule ordinaire.

Les vaisseaux veineux suivent les rameaux et les branches artérielles, et vont se jeter dans un système particulier, celui des sinus, espaces compris dans l’épaisseur de la duremère et tapissés par la membrane interne des veines. Dans la partie rachidienne des centres nerveux, ils vont se jeter bien vite dans des troncs qui, s’anastomosant en grand nombre, forment dans le canal vertébral des plexus très-abondants. Comme ces plexus reçoivent des veines lombaires, ils

(1) Dict. en 80 vol., t. XI, p. <$3.

2) Ibid., p, 484.

soin le siège d’une congestion dans les cas où la veine cave inférieure est comprimée, où la circulation y est gênée par suite d’un engouement pulmonaire, d’une hypertrophie du

icœur avec rétrécissement de l’orifice aortique, etc. On conçoit qu’ils concourent au rétablissement du cours du sang

ides parties inférieures vers la veine cave supérieure et l’oreillette droite, quand une oblitération complète occupe la veine cave inférieure, comme des exemples en ont été rapportés par Wilson, Cline, Baillie, M. Reynaud et bien d’autres auteurs. Les veines de l’encéphale sont fréquemment larges et dilatées dans l’encéphalite chronique; leurs parois sont minces dans ce cas comme sur quelques varices. De longs caillots de fibrine les oblitèrent à la suite d’une inflammation locale. Les vaisseaux lymphatiques sont peu connus.

Ainsi constituée, la masse nerveuse centrale est quelquefois agitée dans sa profondeur par un mouvement moléculaire qui porte une atteinte plus ou moins profonde à l’exercice de ses fonctions. Le mécanisme de celte lésion qui n’est pas rare, est intimement lié à celui de la résistance que le crâne et le rachis opposent aux chocs qui tombent sur ces régions ; nous l’exposcrous donc plus tard. Contentons-nous de dire que la commotion du cerveau présente trois degrés, selon Dupuylren. Dans le premier, la secousse est légère; des éblouissements, des tintements d’oreille , quelquefois la perle totale de la connaissance, la prostration subite des forces le caractérisent; le blessé revient à lui au bout de quelques minutes. Dans le second, perte de connaissance, pâleur, immobilité, perte plus ou moins complète du sentiment, éjections involontaires, vomissements , si des aliments ont été pris depuis peu de temps : les fonctions scnsoriales sont abolies, le pouls est faible et très-ralenti. Enfin dans le troisième, le blessé tombe comme foudroyé : perle complète du sentiment et du mouvement; quelques mouvements convulsifs agitent les membres par

intervalles jusqu’à la mort, qui survient après un espace variable entre quelques minutes et quelques heures. On a cherché la lésion matérielle, cause de tous ces accidents, et l’on n’a trouvé dans la pulpe nerveuse ni déchirure, ni épanchements , ni contusions. Le prisonnier qui heurta violemment sa tête contre les murs de son cachot présenta à l’autopsie, rapporte Littré, un retrait du cerveau qui était loin de remplir la capacité du crâne; toutes les parties de l’encéphale étaient en môme temps plus compactes. Sabatier dit avoir observé la même particularité sur un individu mort subitement à la suite d’un coup à la tête, et Dupuylren professe qu’il en est toujours ainsi. Il ajoute que les capillaires sont privés de sang et que la substance nerveuse s’affaisse et se déchire sous le moindre effort. Mais quand la mort ne survient pas promptement, les vaisseaux sont gorgés de sang ainsi que le démontrent une observation intéressante de M. Bayard publiée dans le Compendium de chirurgie , et les remarques judicieuses de M. Denonvilliers , qui a plusieurs fois constaté le même phénomène (1). Quant à la commotion de la moelle admise par quelques auteurs, nous verrons , en étudiant le mécanisme de la commotion , combien il est difficile de pouvoir l’admettre. D’ailleurs, les troubles fonctionnels qui lui sont attribués ne dépendent-ils pas d’une autre lésion, soit des vaisseaux voisins, soit des nerfs à leur origine ? L’anatomie pathologique ne donne aucun renseignement qui permette de trancher la question.

L’inflammation de la substance encéphalique peut être suivie de la formation de pus. Celui-ci est tantôt diffus, c’est-à-dire que le tissu nerveux en est comme infiltré, tantôt circonscrit dans une collection sous forme d’abcès.

(1) Compendium de chirurgie , t. It, p. GOG.

Les abcès eux-mêmes présentent deux variétés, selon qu’ils sont enkystés ou que le pus est en contact immédiat avec les tubes nerveux. Dans ce dernier cas , la pulpe cérébrale n’est point altérée , elle est seulement piquetée de rouge à cause de l’injection des capillaires, ou quelquefois d’une couleur ardoisée. Dans le premier, le kyste qui limite le pus est plus ou moins épais et renferme des vaisseaux. Il faut que l’inflammation ail développé dans ce point du

Î tissu cellulaire ou fibro-plastique ; car nous avons admis que dans l’état normal il n’y a pas de tissu cellulaire au milieu des tubes et des corpuscules nerveux, ni autour des capillaires.

Des corps étrangers ont souvent pénétré dans la substance encéphalique, et même séjourné dans son intérieur pendant des années sans altérer notablement la santé. On lit dans la collection de Bonnet (1) que Rhodius et Vesling ont rapporté chacun un exemple de la présence d’un bout de stylet perdu dans le cerveau, et que les blessés portèrent cinq ans. Anel a eu l'occasion d’observer un malade qui avait gardé depuis plusieurs années une balle que l’on trouva à l’autopsie sur la glande pinéale. Des instruments piquants, comme des pointes d’épée, ont aussi resté quelque temps impunément dans les centres nerveux. Toutefois, l’analyse des observations relatives à ce genre de lésion ne permet pas au chirurgien de rester dans l’inaction. Quand il aura pu sentir le corps étranger, il doit faire des tentatives d’extraction , mais avec une grande prudence pour ne pas enfoncer ce corps plus avant. Il est démontré, en effet, que, si quelques blessés ont survécu sans accidents un assez grand nombre d années, la majeure partie n’ont conservé la vie qu’avec des fistules par où s’écoulait un pus intarissable, avec des dou-

(1) Tome I, p. 49.

leurs de tète coniiiuies ou iniermiUemes et des convulsions épileptiformes. D’autres fois, après un repos plus ou moins long, des malades ont succombé au milieu d’accès convulsifs à des abcès du cerveau, résultat d’une encéphalite localisée autour du corps étranger.

L’anatomie pathologique nous révèle encore la présence, dans quelques cas rares, de corps étrangers au milieu de la substance des centres nerveux, non plus venus du dehors, mais formés au sein même de l’organe qu’ils occupent : ce sont des acéphalocysles et les cysticerques ladriques, les premiers moins rares que les seconds. Enfin l’encéphaloïde, les tubercules et des tumeurs fibreuses peuvent encore s’y développer spontanément comme dans tant d’autres organes.

La glande pinéale contient de petits corps qui sont des concrétions calcaires, et que l’on peut comparer à des grains de sable : ils entrent dans le plan normal de l’économie. Mais il en est d’autres qui, selon quelques auteurs, seraient emprisonnés dans une trame celluleuse et disséminés, dans quelques cas rares, au milieu de la pulpe cérébrale. M. L. Calmeil parle aussi de quelques bandelettes fibreuses, larges de six à huit millimètres, cl qui auraient été vues dans le cerveau; il signale encore la présence d’une sorie de bourbillon fibreux, qu’on trouverait quelquefois à quelques millimètres de profondeur dans la pulpe nerveuse (1). L’analyse à l’aide du microscope est appelée à élucider la nature de ces produits, qui est enveloppée d’une profonde obscurité.

Nous verrons que des auteurs nombreux et recommandables professent qu’à la suite des solutions de continuité des tubes nerveux, une substance nerveuse de nouvelle formation en opère la réunion. Il est certain que la sensibilité

(t) Die/, de me'd, en 30 vol. Tome XI , |>. MS.

a reparu dans des cas de plaies des nerfs à l'extrémité périphérique de ceux-ci , alors qu’elle avait été éteinte pendant quelque temps à partir du moment de l’accident. Les centres nerveux jouissent-ils de la même propriété? L’analogie permet de le supposer, puisque la nature des tubes primitifs est identique et dans les centres et dans la partie rayonnante de l'appareil de l’innervation. Toujours est-il que des plaies fort étendues du cerveau ont guéri sans laisser d’accidents consécutifs. Le fait rapporté par De la Motte, qui a vu une solution de continuité produite par un coup de sabre et occupant les deux pariétaux, l’un dans l’étendue de cinq à six centimètres, l’autre dans celle de neuf à dix, est assez connu pour qu’il soit inutile de le mentionner plus longuement, llavaion a observé un cas analogue. Dans les ruptures qui accompagnent les hémorragies spontanées de l’intérieur des centres nerveux , le foyer de l’apoplexie se transforme à la longue par suite de l’absorption de la partie liquide d’abord, du caillot ensuite, en une cavité tantôt lisse, tantôt traversée dans différents sens par des filaments cellulo-vasculaires. La substance nerveuse qui forme la paroi est habituellement jaune d’ocre. A la surface du cerveau, les cicatrices sont déprimées, et l’arachnoïde leur est adhérente comme la peau l’est sur les cicatrices des os sous-cutanés.

La masse nerveuse centrale de l’appareil de l’innervation présente deux parties distinctes par leur configuration et leurs usages. L’une est renflée, plus ou moins ovoïde, et le siège des phénomènes intellectuels et des passions affectives ; l’autre est un cordon qui parcourt une grande étendue du canal rachidien, et joue à certains égards le rôle d’un conducteur. Toutefois, des nerfs émaneni également de ces deux centres, pour s’irradier dans les diverses parties du corps. La première est l’encéphale, la seconde la moelle épinière.

De Vcncéphalc.

La configuration de la pulpe molle de l’encéphale est celle que prendrait du plâtre moulé sur les parois de la cavité crânienne. Dans l’état normal, une couche légère de liquide, le liquide sous-arachnoïdien, se trouve entre ces parois et la substance nerveuse au-dessous de l’arachnoïde et dans la cavité de celte séreuse. C’est pour celle raison que les solutions de continuité des enveloppes de l’encéphale laissent suinter une certaine quantité de liquide qui imprègne les pièces du pansement. Un peut se convaincre de celte vérité en lisant les observations dans lesquelles on voit mentionnée à la suite de plaies par instruments tranchants, comme des sabres , avec ablation complète d’une rondelle osseuse et d’une portion des membranes ou du cerveau, où l’on voit, dis-je, mentionnée l'abondance d’un écoulement séreux d’abord , puis séro-purulenl. Ce liquide est surtout accumulé à la base du crâne dans certains espaces traversés par des filaments cellulaires, espaces sous-arachnoïdiens antérieur et postérieur. Les fractures de la base avec rupture des membranes sont donc suivies de l’écoulement de ce liquide. Nous aurons plus lard à revenir sur ce point, à 1 occasion des fractures du rocher.

Convexe en haut et sur les côtés, l’encéphale présente sur la face inférieure un aspect moins uniforme : il est pour ainsi dire étagé à la manière du plancher de la base du crâne. Toute l’étendue de l’encéphale qui est en rapport avec la voûte crânienne est celle qui est le plus exposée à l'action des instruments tranchants : les plaies de ce genre sont moins graves que les autres généralement, parce que le sang ou le pus s’écoule avec facilité par la voie qu’a ouverte le corps vulnérant; celles qui occupent les parties latérales du crâne sont plus dangereuses, parce que évidemment elles

sont accompagnées d’un ébranlement plus grand, el surioui parce que, tant soit peu profondes, elles peuvent atteindre des parties importantes.

Indépendamment des portions de l’encéphale qui touchent à la voûte du crâne, la partie de la face inférieure qui est en rapport avec la voûte de l’orbite et les points qui avoisinent l’ethmoïde, la fente sphénoïdale, le trou optique, sont exposés à l’action des instruments piquants, qui le plus habituellement ne pénètrent dans la substance nerveuse qu’après avoir perforé les os, produit des éclats et détaché des fragments. Quant aux plaies contuses, elles peuvent indistinctement occuper toutes les parties de l’encéphale, vu la violence avec laquelle des projectiles sont quelquefois mus dans l’espace. Celles qui sont dues à des balles lancées par l’explosion de la poudre sont évidemment les plus fréquentes.

La face supérieure de l’encéphale ne présente , pour nous, rien de particulier : sur la ligne médiane, une grande scissure étendue de l’extrémité antérieure à la postérieure, et sur les côtés les circonvolutions, c’est-à-dire des replis de la substance nerveuse qui simulent assez bien les circonvolutions intestinales. Il n’en est pas de môme pour la base. Là se trouvent accumulées des parties importantes profondément placées entre les os de la base du crâne qui les protège. C’est pour celte raison que les lésions qui atteignent la base sont plus graves incontestablement, et de beaucoup, que celles qui n’intéressent que les parties latérales ou le sommet.

Les nerfs olfactifs ou la bandelette médullaire et le bulbe d’où ils partent, le chiasma des nerfs optiques et une partie de ces nerfs , le nerf moteur oculaire commun , le pathétique qui se rend au muscle grand oblique de l’œil , le trijumeau, dont les ramifications se rendent dans toutes les cavités anfractueuses de la face et à la peau de cette région,

le nerf moteur oculaire externe qui anime le muscle droit externe de l’œil , le facial , l’auditif , le pneumo-gasirique, le glosso-pharyngien , le spinal et le grand hypoglosse, en un mot, tous les nerfs crâniens prennent leur origine sur la face inférieure de l’encéphale. Que des tumeurs, que des épanchements de sang compriment les points d’où ils émergent, que des solutions de continuité en détruisent les rapports avec la masse nerveuse, et des paralysies traduiront ces désordres dans toute la partie périphérique de leurs rameaux. On voit aussi sur cette face inférieure des sillons comme sur la face convexe; mais des scissures plus nombreuses séparent la masse en parties distinctes. Ainsi, en arrière, le cervelet ne lient plus que par un isthme à l’encéphale ; il est libre dans la majeure partie de sa surface. Au point de jonction, on voit les ■pédoncules cérébelleux inférieurs , les pédoncules cérébelleux supérieurs, et les moyens, qui forment les fibres transversales et superficielles de la protubérance annulaire , espèce de nœud intermédiaire aux fibres venant de la moelle, du cervelet, et de celle autre partie qui est au-dessus et en avant d’elle, le cerveau. En avant, la scissure de Sylvius sépare le cerveau proprement dit en deux lobes, l’antérieur et le postérieur, el va se perdre insensiblement après un trajet oblique sur la face convexe. La partie interne de celte scissure aboutit à un espace de substance grise criblé d’orifices par où pénètrent des vaisseaux volumineux eu égard au calibre des autres vaisseaux qui partent de la pie-mère, c’est Yespace cendré perforé. L’extrémité antérieure du lobe postérieur a été désignée sous le nom de lobe moyen, tandis que l'extrémité postérieure avait reçu celui de lobe postérieur : il n’y a pas de limite qui permette une pareille distinction. Nous ne dirons rien du tuber cinereum, de la tige ni du corps pituitaire, des tubercules mami/loires, de l’ espace inlerpédonculaire qu'on voit encore sur la face

inferieure de l’encéphale, espace silué entre les faisceaux qui de la protubérance vont dans le cerveau cl qui sont connus sous le nom de pédoncules cérébraux.

Les limites de l 'isthme de l’encéphale ne sont pas aussi nettement tracées que celles du cerveau et du cervelet; les anatomistes ont été obligés [d’établir une circonscription artificielle, afin de pouvoir l’étudier dans tous ses détails. Ils s’accordent aujourd'hui à entendre par isthme de l’encéphale toute la partie comprise entre un plan qui passerait au-dessous des condyles de l’occipiial en bas, en haut le point où les pédoncules cérébraux plongent dans la substance cérébrale, et sur les côtés le lieu d’immersion des pédoncules cérébelleux moyens dans le cervelet. C’est celle même partie dont l’aspect a été grossièrement comparé à un animal, la protubérance annulaire représentant le corps, les pédoncules cérébraux et cérébelleux moyens les membres, et le bulbe rachidien la queue. Il n’est pas sans intérêt d’examiner les lésions de l’encéphale dans chacune de ces parties.

A. Cerveau. La physiologie nous enseigne que le cerveau n’a pas conscience des excitations mécaniques ou chimiques qui sont exercées sur lui. En vain dans les expériences sur les animaux vivants , le très-grand nombre des vivisecteurs a-t-il cherché des signes de douleur sur les êtres auxquels le fer enlevait une partie de leur cerveau, ou même couche par couche toute l’épaisseur des hémisphères, l’impassibilité des victimes a été constante. Les chirurgiens ont souvent aussi observé des solutions de continuité fort étendues sans que les blessés aient donné des signes de souffrance. Les vivisections et l’observation clinique nous autorisent donc à conclure que [les plaies de la pulpe cérébrale sont par elles-mêmes insensibles. Mais de même que d’autres tissus de l’économie, qui dans l’état normal ne sont le siège d’aucune douleur sous les excitations mécaniques, et

deviennent sensibles dans un état morbide, de même la pulpe cérébrale peut acquérir, sous une influence maladive, une propriété qu'elle ne possède pas dans les conditions habituelles de santé. Ainsi des tumeurs spontanément développées dans le cerveau, peuvent y exciter des douleurs cruelles.

Les lésions mécaniques ne réveillent pas plus l’incitation qui fait contracter les muscles, qu’elles ne stimulent la sensibilité. Haller a bien prétendu le contraire ; il s’est efforcé par ses expériences de le prouver, mais les recherches de Lorry et de tous les expérimentateurs de nos jours, parmi lesquels il faut citer en première ligne M. Flourens, ont démontré qu’il était dans l’erreur. Apparemment le grand physiologiste enfonçait trop avant son instrument vers la moelle allongée ; de là les douleurs et les convulsions qu’il affirme avoir constatées. Mais ce qu’une irritation artificielle, immédiate et calculée ne peut développer dans le cerveau , combien de fois une lésion spontanée, même de peu d’étendue, ne le produit-elle pas et d’une manière bien évidente 1 On enlève les lobes cérébraux à des reptiles, à des grenouilles, à des carpes, à des coqs, et les animaux rampent, marchent, nagent et volent, cl un épanchement de sang gros comme une noix dans l’intérieur d’un hémisphère, amène la paralysie de tout un côté du corps ! Chaque jour nous voyons des affections aiguës et chroniques du cerveau être suivies de convulsions, de phénomènes épileptiformes. Il faut admettre ou que la lésion retentit sur d’autres parties de l’encéphale qui possèdent le principe incito-moteur , ou que le travail pathologique y a développé une propriété dont elle était privée auparavant. Des autopsies ont démontré que la première de ces propositions est parfaitement juste, et nous pouvons citer à l’appui de la seconde les cas dans lesquels une perle de substance assez considérable n’a pas été suivie d’accidents immédiats, et dans lesquels, au bout de quelques jours, des accidents divers se sont manifestés. Telle

est, par exemple, l’histoire remarquable à plus d’un titre de douze soldats blesses à la bataille de Landrecies, et dont Paroisse a rapporté l’histoire. Ils étaient atteints de plaies au sommet de la tête, larges comme la paume de la main, et compliquées d’une perle de substance assez grande des hémisphères cérébraux. Malgré l’étendue de celle lésion, ils avaient pu faire trente lieues en six jours avant d’être admis à l’hôpital de Soissons. Les forces et l’appétit n’avaient pas diminué; ils n’avaient ressenti qu’un peu de douleur sur le siège de la solution de continuité, et un peu de fièvre le troisième jour. Tout alla bien jusque vers la fin de la deuxième semaine. Après celle époque, l’odorat d’abord, puis la vue et le goût, et enfin successivement tous les sens s’éteignirent. Ces malheureux périrent du vingt-et- unième au vingl-deüxième jour, sans avoir présenté ni convulsions ni paralysie, et dans une prostration profonde des forces. Il n’existait dans la substance cérébrale, ni dans les ventricules, aucun foyer, aucune collection de liquide. On voit que les sens disparurent insensiblement, non pas immédiatement après la blessure, mais par suite du travail qui s’était opéré dans l’encéphale. Quant à ce qui regarde l’action du cerveau sur les organes des sens, les vivisections tendent cependant à établir, pour l’œil , la persistance de l’impressionnabilité à l’action de la lumière ; pour l’ouïe et le toucher, encore l’intégrité du sens. Il paraîtrait que l’odorat seul disparaît à la suite de la section des lobes cérébraux. Enfin la coordination des mouvements n’est pas altérée par la lésion des hémisphères.

Si des plaies même avec perte de substance du cerveau ne sont pas suivies de paralysie , des compressions brusques sur un point de son étendue le sont habituellement. Voilà pourquoi est pratiquée l’opération du trépan, dans le but de donner issue à du sang épanché ou à du pus. Toutefois, une compression est nécessaire, dans certaines limites, à la ré-

gularité des fonctions du cerveau. Auguste Bérard avait appliqué un grand nombre de couronnes de trépan sur le crâne d’un malade atteint d’une tumeur encéphaloïde des os et de la dure-mère. Aussitôt que le cerveau fut mis à nu, le patient perdit connaissance, la respiration devint gênée et les membres tombèrent dans la résolution. Une pression légère, établie avec la main sur la partie privée du soutien de la boîte crânienne, rendil immédiatement l’opéré à l’exercice de ses fonctions et à l’état normal. Plusieurs fois supprimée et réappliquée, celle compression fut à chaque fois suivie des mêmes effets. On serait porté, d’après cela, à supposer que toute force qui, agissant de dedans en dehors, tendrait à épanouir le cerveau au travers d’une perte de substance du crâne, produit la paralysie, comme celle qui s’exerce de dehors en dedans. Ce fut au moyen d’un pansement méthodique et d’une douce compression exercée par les bandes que le chirurgien suppléa à la résistance des parois osseuses.

Nous avons dit qu’une compression exercée soit par du sang, soit par des lames osseuses dans les fractures avec esquilles, amènent la paralysie; il ne faut pas croire toutefois qu’il en soit toujours ainsi. M. le professeur Velpeau rapporte, dans sa thèse sur le trépan, l’exemple d'un épanchement qui avail son siège dans le lobe gauche du cerveau, et qui y avait séjourné pendant cinquante quatre jours sans causer d’accidents.

Hippocrate avait déjà dit que ceux qui sont frappés sur le côté droit de la tête sont paralysés à gauche. Celte vérité, émise par le père de la médecine, fut pour ainsi dire découverte plus lard par Valsalva, qui proclama que, dans les lésions de l’encéphale, la paralysie du sentiment et du mouvement a son siège du côté opposé à la lésion. Celte proposition fit époque dans la science : on s’empressa de chercher s’il n’exisiail pas des observations en opposition avec elle.

1 Morgagni lui-même eut le tort de citer un fait qui est loin d’être concluant : il dit avoir découvert un épanchement de sang dans le côté droit du cerveau chez une femme enceinte qui mourut d’une attaque d’apoplexie : ses élèves lui avaient assuré que la paralysie avait frappé le côté droit du corps. Il n’avait donc pas observé lui-même les symptômes pendant la vie. Les faits ultérieurs dûs à Desault, à Blandin, à ' M. Bell, etc., dans lesquels il est annoncé que l’action croisée du cerveau n’avait pas lieu, viendraient plutôt confirmer la règle parleur petit nombre. Faut-il admettre, pour les expliquer, que chez les individus dont les lobes cérébraux étaient malades, il existait une anomalie dans l’arrangement des faisceaux? ou bien n’est-il pas plus sage, vu la reproduction constante des phénomènes fonctionnels que nous i sommes appelés tous les jours à constater dans les lésions des hémisphères, de penser que des erreurs ont pu se glisser dans les quelques faits si rares qu’on invoque contre l’action croisée? J’aime mieux admettre celle hypothèse avec M. le professeur Bérard, et dire sans crainte qu’à la vue d’un blessé qui a une hémiplégie, le praticien est autorisé à placer le 1 siège de la lésion dans le côté opposé de l’encéphale. Quand les deux hémisphères sont atteints, la paralysie est tou- ! jours dans le côté du corps opposé à celui où les désordres sont les plus grands : cette proposition n’a point encore i été infirmée par l’observation depuis qu’elle a été émise par : Valsalva.

La lésion d’un hémisphère n’entraîne pas avec la paralysie du côté opposé la perte de l’irritabilité dans les muscles. Il > semble que le cerveau ait seulement perdu la faculté de commander la contraction. Cependant il y a quelque chose de plus encore : les sphincters de la vessie, de l’anus, laissent s échapper les matières contenues dans ces réservoirs. Il y a donc abolition de la tonicité , cette contraction qui n’est pas, ainsi que nous l’avons fait remarquer déjà , sous la dépensé

dance de la volonté, mais qui a besoin pour être mise en action de l’incitation venue du centre nerveux.

Nous avons reconnu à la périphérie du cerveau des lobes distincts : dans son intérieur se trouvent encore des parties assez bien limitées et des cavités qui sont placées au milieu d’elles. Dans chaque moitié on découvre, par des coupes laites successivement de haut en bas, et plus rapprochées de la base que de la face convexe des hémisphères , un espace connu sous le nom de ventricule latéral. On trouve d’avant en arrière sur sa paroi inférieure, le corps strié , la couche optique, renflements gangliformes séparés l’un de l’autre par la lame cor-née et le tœnia semi-circularis . En arrière, le ventricule latéral se continue dans l’épaisseur du lobe postérieur du cerveau sous la forme d’une dépression en doigt de gant. Sur la paroi inférieure de ce prolongement, les anatomistes décrivent une saillie, qui est pour ainsi dire une circonvolution rentrée , sous le nom de pied d’ Hippocampe ou corne d’ Ammon. On trouve encore dans le ventricule latéral le plexus choroïde , partie de la pie-mère intérieure du cerveau, qui se continue d’une part avec la piemère extérieure par la grande fente cérébrale, d’autre part avec les plexus choroïdes du ventricule moyen par un trou qui fait communiquer entre eux ces deux ventricules , le trou de Monro. Le ventricule latéral est fermé au niveau de la fente cérébrale par l’adhérence qui unit le plexus choroïde avec les parties du cerveau qui en forment les bords. Comme la pie-mère qui enveloppe l’encéphale peut être , dans certains cas , le siège d’une infiltration de sérosité , de même les plexus choroïdes peuvent être imprégnés de ce liquide. Souvent les mailles de ces plexus, dans lesquelles la sérosité est contenue, se changent en kystes qui acquièrent un volume variable. Quand il existe plusieurs cavités closes de ce genre , ce qui est commun , les plexus ont l’aspect d’un chapelet. Indépendamment de la sérosité qui

dans les inflammations aiguës ou chroniques de l’encéphale s’épanche dans les ventricules , du sang y est quelquefois versé soit dans l’apoplexie du cerveau , soit par suite de lésions venues du dehors, ce qui est bien plus rare. Le sang peut ainsi passer par le trou de Monro dans le ventricule moyen, espace placé sur la ligne médiane, près de la base du cerveau. Or, comme ce dernier ventricule est en communication avec le quatrième pari 'aqueduc de Sylvius, le sang peut aller aussi dans cet espace et de là dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; car on sait que le quatrième ventricule est ouvert à sa partie inférieure dans ce tissu cellulaire par un orifice signalé parM. Magendie. Toutes les cavités du cerveau sont tapissées par une membrane très-fine, d’un aspect séreux , et qu’on peut voir facilement dans le ramollissement spontané de la pulpe qui l’avoisine. L’examen microscopique ne démontrerait dans son épaisseur que des cellules à cils vibratiles , lesquelles recouvriraient aussi la surface des plexus choroïdes (Henle).

La paralysie qui occupe un côté du corps par suite de la lésion de l’un des hémisphères , présente des variétés tant dans son intensitéque dans son siège. Les praticiens ont cherché à résoudre la question de savoir s’il n’existait pas une corrélation intime , comme celle de la cause à l’effet , entre la partie du cerveau qui est atteinte et la région du corps qui est paralysée. C’est pourquoi les physiologistes ont cherché aussi quels sont les effets des excitations ou des mutilations sur ces diverses parties. Leurs investigations ont été portées sur la couche optique , le corps strié et le corps calleux.

De même que les hémisphères, les couches optiques peuvent être soumises à toutes sortes d’irritations mécaniques sans que les moindres cris attestent la douleur. Et cependant, ainsi que M. Bérard l’a fait remarquer depuis plu- I sieurs années dans ses leçons, les anatomistes conduisent 2à.

dans les couches optiques des cordons nerveux de sentiment! Mais ici encore la pathologie démontre, comme dans d’autres points, que des douleurs très-pénibles accompagnent des lésions qui se développent spontanément dans celte partie de l’encéphale. Nous verrons qu’il en est de même pour le corps strié et le cervelet. Comme les fibres des hémisphères ne sont qu’un épanouissement de celles des couches optiques, on comprend par induction quels doivent être les effets des lésions de ces couches sur les organes des sens.

Ce serait encore, comme pour les deux hémisphères, une erreur de croire que le résultat des vivisections doit être appliqué aux cas pathologiques, en ce qui concerne le principe incito-moteur dans les couches optiques. Les piqûres, les incisions que l’expérimentateur opère sur elles, ne provoquent aucun mouvement, n’abolissent pas l’action du principe incito-moteur, et cependant combien de fois une apoplexie dans les couches optiques n’est-elle pas suivie d’une paralysie qui est encore croisée ! Avant MM. Foville, Pinel-Grandchamp et Serres, Saucerolte avait déjà prétendu que la lésion de ces couches entraîne chez l’homme la perte du mouvement dans les membres supérieurs. L’observation clinique est loin de confirmer cette assertion. Sur soixantequinze cas recueillis par M. Andral, la paralysie, tantôt partielle, tantôt générale , occupait tantôt la couche optique, tantôt le corps strié et indistinctement. En conséquence, on ne saurait conclure, d’après le siège de la paralysie, le lieu précis de l’encéphale qui est lésée. Comme complément de la doctrine professée par MM. Foville et Pinel-Grandchamp, il faut ajouter que ces auteurs plaçaient la cause de la perte du mouvement des membres inférieurs dans le corps strié. Sans doute, dit M. Andral , le principe du mouvement pour les membres supérieurs ne part pas du même point de l’encéphale que celui des membres inférieurs , puisque chacun

d’eux peut être paralysé isolément; mais dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne saurions encore assigner aucune partie du cerveau comme en étant l’origine.

Les lésions qu’ont faites les cxpérimeniateurs sur les corps striés ont donné le même résultat que dans les couches optiques : l’observation clinique a donné le même démenti aux expérimentateurs. Nous venons de dire que le principe des mouvements pour le membre inférieur ne résidait pas plus dans les corps striés que celui qui anime les membres supérieurs ne pouvait être localisé dans la couche optique. Quant à cette force qui pousserait en avant, selon M. Magendie, alors qu’ils sont intéressés, nous répondrons que chez l'homme on a vu les malades tantôt portés en avant, tantôt en arrière, d’autres fois comme entraînés dans un mouvement de rotation. Nous verrons que le cervelet ne possède pas plus une incitation à marcher en avant que les corps striés n’en possèdent une autre qui porterait le corps à reculer. Le prétendu équilibre existant entre ces deux forces n’est pas plus vérifié par les lésions spontanées du cervelet que par celles du corps strié.

Il n’existe aucune preuve pathologique qui donne des connaissances relativement aux usages du corps calleux. Les expérimentateurs sonten opposition entre euxdans les résultats qu’ils proclament. Toutefois, le corps calleux paraît insensible aux excitants mécaniques ; du moins les expériences de MM. Lorry, Flourens , Magendie, Serres, Longet, tendent à l’établir. Il peut manquer dans l’espèce humaine sans que le principe ineito-moteur soit atteint, témoin celte jeune fille, idiote à la vérité, qui servait d’interprète et conduisait les voyageurs dans un établissement public, et dont Reil nous a transmis 1 histoire. Un individu entra dans le service de M. Bérard à 1 hôpital Saint-Antoine : il portait dans la tête un ciseau de menuisier qui avait été introduit perpendiculairement iusqu’au manche au sinciput. Assurément le

corps calleux devaii être atteint. M. Ph. Bérard ayant fait des expériences sur le cadavre avec le même instrument, arrivait toujours jusqu’au corps calleux: eh bien! ce malheureux dont l’intelligence était obtuse, guérit parfaitement et parut avoir, au dire de ses parents, plus de lucidité dans les idées ! (Bérard, Leçons orales).

Les recherches des physiologistes et des pathologistes ne sont pas moins heureuses relativement à la prétendue action des lobules antérieurs du cerveau sur les merveilleux mouvements de la langue qui président à la parole. Contrairement à l’assertion émise par M. le professeur Bouillaud, qui place dans ces lobules un principe incito-moteur particulier qui coordonne la contraction des muscles mis en exercice dans la traduction des idées et des passions par la parole, MM. Cruveilhier, Andral , Lallemand et beaucoup d’autres ont rapporté des faits dont l’analyse établit que, si la perle de la parole a coïncidé avec des lésions des lobules antérieurs , elle a souvent été constatée sans que ces lobules fussent intéressés, comme aussi, dans bien des cas, l’exercice de celle faculté était resté intact malgré la désorganisation profonde de ces lobules. Pour ma part , j’ai vu dans le service de Blandin à l’Hôtel-Dieu un jeune enfant qui avait reçu dans la région du front un coup de pied de cheval ; une assez grande quantité de pulpe cérébrale était sortie entre les fragments de la fracture du coronal ; à chaque pansement on la voyait suivre les pièces de l’appareil. Cet enfant n’avait point perdu connaissance, il parlait aussi bien qu’avant l’accident. Il succomba à une encéphalite qui se déclara vers la fin de la première semaine. Un homme qui était dans la salle Sainte-Vierge à l’hôpital de la Charité, avait une exoplHhalmie causée par le développement d’une tumeur inira-cranienne. Il parlait avec la même facilité que s’il n’eut point été malade. Au bout de quelques semaines après son entrée dans les salles de M. Velpeau, il suc-

comba. Le lobe antérieur de l’un des hémisphères était converti en une tumeur êncéphaloïde qui avait usé la voûte de l’orbite et faisait saillie dans cette cavité derrière le globe oculaire. Que dire de l’opinion de M. Foville, qui place le siège du principe qui préside à l’exercice de la parole dans la corne d’Ammon? Il est jusqu’à présent impossible de diagnostiquer le siège d’une lésion du cerveau d’après la perle des mouvements de la langue.

B. Du cervelet. Il est situé au-dessous des lobes postérieurs du cerveau , dont il est séparé par un repli de la dure-mère, la tente du cervelet. Il apparaît sous la forme d’une masse limitée à la périphérie par des lamelles juxtaposées comme les feuillets d’un livre ; on lui distingue deux lobes réunis par une partie médiane un peu saillante sur la face supérieure et qu’on appelle improprement lobe moyen , car on ne saurait distinguer de limites à celle partie. Il tient au reste de l’encéphale par des pédoncules distingués en supérieurs, qui vont aux tubercules quadrijumeaux; en inférieurs , qui l’unissent au bulbe rachidien , et en moyens, qui se confondent avec les fibres transversales de la protubérance annulaire. L’intérieur du cervelet ne présente pas de cavités comme le cerveau ; il est occupé par de la substance blanche qui est le noyau blanc du cervelet. Des prolongements foliacés s’en détachent pour se diviser en rameaux et rainuscules qui, en définitive, se recouvrent de substance grise et constituent les lames et lamelles déjà indiquées. L 'olive cérébelleuse est un noyau de substance blanche, entourée par une membrane jaunâtre qui esi plissée à sa surface à la manière des pétales d’une (leur non épanouie. Le corps rhomboidal , selon l’expression de Vieussens, dentelé ou festonné , d’après celle de Vicq-d’Azyr, se trouve dans le centre médullaire de chaque moitié du cervelet.

La determinatiou des usages de cette partie de l’encéphale

est un des problèmes les plus embarrassants pour le physiologiste. La pathologie ne saurait donc guère être éclairée à son tour par l’étal actuel de la science, tant sont contradictoires les assertions des expérimentateurs. Ainsi Willis plaçait dans le cervelet le principe des mouvements involontaires et des fonctions de la vie organique; c’était un foyer de sensibilité pour Lapeyronie, Petit de Namur et Saucerolte. Le premier de ces auteurs avait remarqué chez les malades atteints de blessures au cervelet, une vivacité extraordinaire; le second avait observé sur un soldat dont le lobe gauche du cervelet avait été traversé par une balle, une sensibilité si vive que le blessé se relirait dès qu’on le touchait sur quelque partie du corps. Il est la source de tous lès mouvements volontaires, selon Rolando; il est le régulateur de ces mouvements, au dire de M. Flourens. Or, sur quatre-vingt-treize cas de maladies du cervelet, recueillis par M. Andral, un seul tendrait à justifier celte dernière proposition. Nous sommes fixés sur la valeur de l’opinion qui placerait en lui une force motrice qui pousserait en avant, en sorte que sa lésion serait suivie d’un mouvement de recul. Enfin, Gall considérait le cervelet comme l’excitateur des fonctions génératrices, comme si dans le cas où l’érection du pénis a été observée avec une hémorragie dans le lobe médian, la lésion n’avait pas pu retentir sur le bulbe rachidien à cause de ses rapports de contiguïté. D’ailleurs toutes ces manières de voir ne sont-elles pas renversées par la seule observation de Combelte, qui a observé l’absence congénitale du cervelet sur une petite fille de onze ans : celle-ci avait conservé la sensibilité, la persistance des fonctions organiques et des mouvements tant volontaires qu’involontaires; elle n’avait aucune tendance à marcher à reculon, et avait la funeste habitude de se masturber. Concluons de tout cela que le chirurgien ne peut être jusqu’à présent autorisé à localiser par son diagnostic une lésion de l’encé-

phale dans le cervelet, d’après les 'symptômes fonctionnels qui se seront présentés à son observation.

De même que le cerveau, le cervelet est insensible sous l’action des irritants mécaniques ; une plaie de sa substance ne doit donc pas être immédiatement accompagnée de douleurs. Mais les mêmes réflexions que nous avons faites au sujet des douleurs atroces qui annoncent quelquefois un travail morbide dans le cerveau, s’appliquent aux lésions spontanées du cervelet, qui s’accompagnent quelquefois d’horribles souffrances dans la région occipitale.

La paralysie croisée est la règle dans les maladies du

«cervelet ; cependant, des altérations considérables peuvent atteindre sa texture sans que la perle des mouvements s’ensuive. Plancus et M. Rostan ont observé chacun un cas de paralysie directe.

C. De l’isthme de l’encéphale. On désigne sous ce nom celte partie qui est le point de conjugaison de la moelle, du cerveau et du cervelet. Elle comprend : a. les pédoncules cérébraux qui sont surmontés par les tubercules quadrijumeaux, et en arrière desquels est la valvule de Fieussens qui est tendue entre les deux processus cerebelli ad testes, ou pédoncules supérieurs du cervelet; b. la protubérance annulaire et les pédoncules moyens ; c. le bulbe rachidien.

a. Pédoncules du cerveau et tubercules quadrijumeaux. Nous dirons peu de chose des lésions des pédoncules cérébraux; l’observation n’a encore rien dit à cet égard. La section de l’un d’eux porterait les animaux, suivant M. Longet, à faire un mouvement de manège du côté opposé à la blessure. Les expériences de Schiff (1) sont confirmatives de celles du physiologiste français. Quant aux luber-

(1) Roser's und Tf'uridcrticli’s Arch. , 1846 , p. 681.

culcs quadrijumeaux , le seul usage auquel ils paraissent destinés est relatif à la vision pour laquelle leur intégrité serait indispensable. L'influence qu’ils auraient sur les mouvements volontaires est un de ces problèmes non encore résolus des diverses parties de l’encéphale.

b. Protubérance annulaire et pédoncules cérébelleux moyens. La protubérance annulaire présente une écorce de fibres transversales qui se continuent latéralement avec les pédoncules cérébelleux moyens. Dans son intérieur est une masse de substance grise traversée par des faisceaux provenant du bulbe rachidien. Ces fibres blanches superficielles paraissent insensibles aux excitations directes, qui ne provoquent pas non plus le principe incito-moteur. Mais portel-on l’instrument vers la face postérieure de la protubérance ou dans son intérieur, aussitôt des convulsions se déclarent, et des cris aigus annoncent de vives douleurs. Aussi l’apoplexie de la protubérance annulaire est-elle accompagnée d’une rigidité convulsive, comme tétanique, dans les membres. D’après M. Longet, le principe incitaleur des mouvements de locomotion serait plus spécialement dans la protubérance, qui serait encore un centre de perceptivité relati- 41 vement à la sensibilité générale. On sait l’intensité de tous les symptômes qui accompagnent l’épanchement dans son intérieur et la marche rapide de la maladie vers la mort.

Les pédoncules cérébelleux moyens sont insensibles aux excitations directes. Mais quand l’instrument tranchant a fait dans leurs fibres une solution de continuité, voire même quand ce sont les fibres superficielles de la protubérance qui sont coupées sur les parties latérales de la ligne médiane, l’animal tourne sur lui-même autour de l’axe longitudinal du corps. C’est à Pourfour du Petit qu’est due la connaissance de ce singulier phénomène. Ici l’observation pathologique a confirmé, juqu’ù présent, les données de l’expérimentation. Contrairement à l’opinion de M. Magendie, tous les

APPAREIL DE L’INNERVATION, physiologistes admettent que le mouvement de rotation a lieu du côté opposé à la lésion. Un malade dont M. Serres (1) a rapporté l’observation, tournait sur lui même de droite à gauche : c’était le pédoncule droit du cervelet qui était atteint; un autre, dontM. Belhomme (2) a publié l’histoire, roulait le plus souvent à droite : c’était le pédoncule gauche qui était comprimé par une exostose.

c. Du bulbe rachidien. Considéréré par certains anatomistes comme faisant partie de la moelle et par d’autres comme appartenant à l’encéphale , le bulbe rachidien se termine au niveau de la première vertèbre cervicale. L’idée la plus générale qu’on puisse s’en faire est celle d’une pyramide tronquée en bas et légèrement rétrécie vers sa base qui est séparée en avant de la protubérance annulaire par un sillon bien marqué, pyramide sur laquelle font relief des faisceauxarrondisetcomme sculptés. Ces faisceaux sont : en avant les pyramides antérieures , séparées par des renflements oblongs, les olives, des corps restiformes qui sont sur la face postérieure et dont on aperçoit le bord par devant. En arrière, sont donc ces corps restiformes et les pyramides postérieures ou ren flements mamelonnés des cordons médians postérieurs de la moelle, qui s’écartent vers le haut et laissent voir de la substance grise renfermée dans l’épaisseur du bulbe. Dans le sillon de séparation de la pyramide et de la protubérance se voit l’origine du nerf moteur oculaire externe; dans celui qui est placé entre les pyramides antérieures eL les olives, celle des nerfs grands hypoglosses. En arrière du sillon de séparation des olives et des corps restiformes, sur le corps resliforme lui-même, est l’origine des nerfs glosso-pharyngien et pneumo-gastrique. On remarque

(1) Magendie. Journ, de phys. , t. III y p, 135.

(2) Localisation des fonctions cérébrales ; 3c Mémoire, p. 424.

encore le nerf facial dans la fosscite qui est au-dessus de l’olive et le nerf auditif dont une racine, celle qui est postérieure, apparaît sous forme de stries blanches sur la face postérieure du bulbe ; l’autre, celle qui est latérale, naît du pédoncule cérébelleux inférieur et répond inférieurement au glosso-pbaryngien. Le bulbe rachidien émet encore sur les côtés dans sa moitié inférieure des filets qui concourent à former le nerf spinal.

Les faisceaux antérieurs ou pyramidaux du bulbe émanent des cordons latéraux de la moelle et en petite partie des cordons antérieurs : c’est par l’intermédiaire d’un entrecroisement qui se fait par fascicules entre le cordon latéral d’un côté avec celui du côté opposé. Découvert en 1709 par Mistichelli, douteux pour Haller et Vicq-d’Azyr, mais bien évident pour tous ceux qui veulent soumettre un bulbe rachidien à l’action d’un jet d’eau d’arrière en avant, cet entrecroisement ne se fait pas seulement de droite à gauche, mais encore d’arrière en avant; le cordon antérieur de la moelle envoie à la pyramide un faisceau qui, placé en dehors de l’entre-croisement, donne naissance à la partie externe de cette éminence.

Indépendamment des faisceaux qui forment l’écorce du bulbe, on en trouve deux à l’intérieur, juxtaposés, ayant la forme d’un prisme à trois pans , et connus sous les noms divers de faisceaux intermédiaires , de faisceaux moyens , de faisceaux olivaires, sous-olivaires, respiratoires. Leur face antérieure est recouverte par l’olive et la pyramide; les faces internes se louchent et la face postérieure est à nu dans l’écartement des pyramides postérieures. On distinge encore dans le bulbe les fibres arciformes.

Tel est, en peu de mots, le bulbe rachidien. Les expériences de M. Longet ont démontré qu’il est très-sensible sur sa face postérieure, au niveau des corps restiformes, tandis que les attouchements portés sur les pyramides antéi

rieures ne provoquent aucune douleur. L’induction permet encore d’adopter cette opinion, car les pyramides antérieures sont la continuation des cordons antérolatéraux, et les postérieures celles des cordons postérieurs de la moelle ; or, les cordons antérieurs ne sont pas sensibles, et les postérieurs le sont, au contraire, beaucoup. Une observation curieuse, recueillie sur l’homme par M. Lebert, et rapportée par M. Longet dans son Traité d’anatomie et de physiologie du système nerveux , vient encore à l’appui de celte manière de voir. La partie antérieure du bulbe était profondément altérée, tandis que la partie postérieure était dans un état d’intégrité complète. Ce fait atteste encore la destination des pyramides antérieures à la transmission du principe incito-moteur. Les impressions sont, au contraire, conduites à l’encéphale par les cordons postérieurs.

La question de savoir si les troubles fonctionnels qui dépendent d’une lésion du bulbe correspondent au côté de celle lésion, ou au côté opposé, a été diversement jugée par les physiologistes. Ollivier rapporte, dans la première édition de son ouvrage, l’exemple remarquable d’une altération de la partie latérale et antérieure du bulbe avec paralysie du côté opposé (l).MM. Flourens, Magendie, au contraire, sont portés , d’après leurs expériences, à croire que les effets ne sont pas croisés. Mais si l’on consulte celles de Calmeil et de M. Longet, on ne peut se refuser d’admettre le croisement en ce qui concerne les pyramides antérieures. Ces physiologistes admettent d’ailleurs, comme les précédents, que les effets sont directs en ce qui touche les faisceaux postérieurs, et, par conséquent, la sensibilité.

Il est des mouvements qui se manifestent dans certaines parties sous l'influence d’une incitation provenant du bulbe,

(1) Traite des maladies de la moelle épinière, 1823, t. I, p. 2C2.

incitation provoquée par une impression qui n’a pas même besoin d’être transmise au cerveau. La moelle épinière tout entière possède celte action réflexe, dont l’étude a été faite avec tant de soin par Marshall-Hall. Le bulbe la possède à un haut degré. La déglutition, la toux, sont sous sa dépendance. Que de fois dans les opérations chirurgicales pratiquées vers la base de la langue, sur les amygdales, le voile du palais et la partie supérieure du larynx , etc. , le contact du doigt, de l’instrument sur ces parties, provoque des efforts de vomissement, de toux, et d’une manière nécessaire ! L’impression qui a lieu sur la muqueuse est transmise par les nerfs sensitifs sur la moelle allongée, qui réagit aussitôt sur les nerfs moteurs. De là les contractions et les mouvements qui entravent certaines opérations, celle par exemple, de la staphyloraphie.

Galien n’ignorait pas qu’il y a, dans la partie supérieure de la moelle épinière, une partie dont la section anéantit instantanément la vie des animaux, vérité que Lorry trouva plus lard, sans doute dans l’ignorance de la proposition émise par le médecin de Pergame (1). C’est à Legallois, et principalement à M. Flourens, qu’appartient l’honneur d’avoir déterminé le pointoù la lésion devient mortelle. Ce point, ce nœud vital, selon l’expression de M. Flourens, est dans le bulbe rachidien. Il n’a que quelques millimètres d’étendue, et se trouve à peu près à la hauteur des faisceaux olivaires. En lui est le principe qui détermine et coordonne les mouvements respiratoires. Est-il lésé par un instrument vulnérant, soumis à une compression, aussitôt les phénomènes mécaniques de la respiration sont suspendus, et la mort survient par asphyxie.

Si l’on résume les considérations qui précèdent , on verra que l’expérimentation sur les animaux est loin de nous ai-

(1) De anatom. vm, cap. n, p. 696, éd. de Leipsig, 1,821.

der à reconnaître, au lit du malade, le siège d’une lésion de l’encéphale ; car le résultat des expériences ne cadre pas généralement avec les données de l’observation clinique. Il faut sans doute que chez l’homme il existe, entre les diverses parties de l’encéphale, une solidarité que n’ont pas celles de l’encéphale des animaux ; ou bien l’analyse qui mène à considérer chacune de ces parties comme douée de propriétés particulières, est poussée trop loin peut-être. Il est plus sage de voir dans le centre nerveux crânien un tout qui fonctionne par l’intégrité des divers points de son étendue. Qui peut assurer qu’un épanchement dans le cerveau n’est manifesté par des symptômes extérieurs que par suite de l’action locale de la matière épanchée sur la pulpe qui l’avoisine? Jusqu’à quel point la compression ne retentit-elle pas de proche en proche sur des parties plus ou moins éloignées qui peuvent avoir aussi une influence sur les désordres fonctionnels? Non, la localisation des fonctions de l’encéphale n’est pas encore bien démontrée. Sans doute une mort instantanée, par suite d’une blessure vers la région du bulbe, annonce la lésion de cette partie; une paraplégie, une lésion dans le côté opposé de l’encéphale ; un mouvement de rotation sur l’axe du corps, comme chez le malade de M. Belhomme , et chez celui de M. Serres, une lésion du pédoncule moyen du cervelet ; mais qui pourrait distinguer d’une manière certaine une lésion du cervelet de celle du cerveau? qui pourrait dire où est la lésion quand la langue est paralysée, quand c’est le membre thoracique ou le membre pelvien ? L’examen seul des symptômes fonctionnels ne peut donc autoriser le chirurgien à porter l’instrument sur un point du crâne plutôt que sur tel autre. Heureusement dans les indications de l’opération du trépan, il existe habituellement des symptômes locaux qui ont une bien autre valeur.

De la moelle épinière.

La configuration de la moelle épinière est celle d’un cylindre légèrement aplati dans le sens antéro-postérieur. La substance grise est placée à son intérieur, et la blanche en forme l’écorce. Celle-ci est formée par la juxtaposition de faisceaux cunéiformes, dont la base est à la surface de la moelle et le bord tranchant dirigé vers l’axe. Les tubes primitifs en sont l’élément : on n’y voit que ceux qui sont larges. Les tubes minces, mélangés à quelques tubes larges et aux corpuscules nerveux, forment la substance grise centrale.

En avant est le sillon médian antérieur , au fond duquel est encore de la substance blanche ; en arrière , le sillon médian postérieur , au fond duquel est la substance grise; sur les côtés, les racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux. Entre le sillon des racines postérieures, et le sillon médian postérieur, est le cordon ■postérieur de la moelle, uniquement destiné, ainsi que l’ont démontré les belles expériences de M. Longet, à la sensibilité; entre ces mêmes racines et le sillon médian antérieur, est le cordon antéro-laléral, cordon que parcourt le principe incilomoteur.

De même que le bulbe conduit l’incitation de la volition qui émane du cerveau , et les éléments des sensations qui doivent se faire dans la même partie, de même aussi la moelle épinière joue le rôle d’un cordon conducteur pour ces deux mouvements qui se font l’un vers le centre, l’autre vers la périphérie. La section de la moelle faite par les vivisecteurs, par une maladie spontanée, ou une lésion traumatique du rachis, a prouvé mille fois celte vérité déjà connue d’Hippocrate et de Celse,et confirmée parles expériences de Galien et l’observation clinique. La paralysie , tant du sentiment

I que du mouvement, est exactement limitée à la périphérie des nerfs qui partent des points situés au-dessous de la solution de continuité. Celle-ci est-elle au-dessus du renflement cervical , paralysie des quatre membres ; les nerfs émanés du plexus cervical ou des quatre premières paires animent encore quelques muscles respiratoires, mais les intercostaux sont paralysés. Au-dessous du bulbe la paralysie, bien plus étendue , amène un trouble extrême ; mais le facial et le pneumo-gastrique conduisent encore le principe incito-moteur pour la respiration. Vers le milieu de la région dorsale, on peut suivre avec une extrême précision sur la paroi abdominale la limite de la paralysie du sentiment, et en induire d’une manière rigoureuse au-dessous de l’origine de quel nerf est la lésion. Je me rappelle avoir fait ce diagnostic sur un malade couché dans les salles de M. Velpeau à l’hôpital de la Charité, et atteint d’une fracture de la dernière vertèbre dorsale. Dans un cas où un malade de l’hôpital Saint-Antoine succomba à un abcès de la région lombaire de la moelle, M. Bérard put indiquer la hauteur précise à laquelle s’élevait la lésion, en explorant la sensibilité de la peau avec la pointe d'une aiguille, et en limitant ainsi la paralysie.

Les attouchements, les irritations portés sur la moelle épinière sont transmis au cerveau, et donnent la sensation de la douleur. Il en résulte que dans les lésions chirurgicales de ce cordon , le blessé est exposé à des douleurs plus ou

Î moins vives.

L’action de la moelle est directe : L’expérimentation sur les animaux le prouve, mais les faits pathologiques ne plaident ni pour ni contre elle. Sans doute, celle obscurité dans 1 observation clinique est due aux dimensions de ce cordon. Il est bien difficile, en effet, quoique possible à la rigueur, qu une lésion traumatique soit rigoureusement limitée à une moitié de la moelle. D’ailleurs qui pourrait affirmer qu’une

386 ANAÎOMiË t)Ëé ÀfcPÀRËtLS.

lésion ainsi bornée ne reienlit pas sur les cordons voisins? L’hémiplégie spontanée annonce une lésion spontanée du cerveau et non de la moelle. Toutefois, des expériences récentes de M. Brown Séquari ont porté ce physiologiste à professer l’opinion que, pour le sentiment, l’action est croisée : mais quand on expérimente sur la moelle, il y a bien des causes d’erreur. Je pense que de nouvelles recherches doivent encore être faites avant de repousser l’action directe de la moelle tant pour le sentiment que pour le mouvement , action qu'admettent presque tous les physiologistes de nos jours. Sachons seulement qu’en clinique , celle vérité ne saurait être d’une grande ressource.

Les faits d’anatomie pathologique ne répondent pas non plus toujours à la distinction bien établie par M. Longet en cordons de sentiment et cordons de mouvement. Deux cas, rapportés par M. Stanley, sont même en opposition avec celle manière de voir, bien démontrée cependant par les expériences ingénieuses du physiologiste français. Dans l’un d’eux c’étaient les cordons postérieurs qui étaient lésés, il y avait eu pendant la vie paralysie du mouvement; dans l’autre la paralysie du sentiment avait coïncidé avec la lésion des cordons antérieurs. D’autre part des observations réunies par M. Longet (1), prouvent que les données de l'expérimentation ne sont pas toujours démenties parl’observation clinique. Telle est, par exemple, celle d’un maréchal des logis à la garde municipale de Paris, qui, atteint d’une blessure à la partie postérieure du cou par un instrument tranchant et piquant n’ayant intéressé dans la molle épinière que le faisceau anléro-laléral du côté droit, avait présenté pendant la vie une paralysie complète du mouvement dans le membre inférieur, et incomplète dans le membre supérieur corres-

(1, Recherches pathologiques et expérimentales sur les fonctions des faisceaux de la moelle épinière (Areli. gén. deméd., ISM, t. II, p. 129).

Appareil t>fe l'innervation. sW

pondant. La conservation de la sensibilité avait été entière. On lit encore avec intérêt dans le mémoire de M. Longet l’histoire d’un homme âgé de vingt-un ans , qui avait une paralysie complète du mouvement dans les membres inférieurs avec persistance de la sensibilité ; l’autopsie révéla un ramollissement des cordons antérieurs de la moelle, au haut de la région dorsale. Celle d’un individu qui tomba d’un arbre sur le dos et qui eut sur le champ une paralysie complète du mouvement dans les membres inférieurs avec conservation de la sensibilité, n’est pas moins curieuse. Ce I malheureux succomba un mois après l’accident. Le corps de la douzième vertèbre dorsale fracturée faisait en arrière une saillie de 12 millimètres , et un abcès du volume d’une noisette remplissait d’un pus blanc et homogène les cordons antérieurs qui étaient manifestement comprimés immédiatement au-dessus, au niveau delà saillie des fragments. Les cordons postérieurs ne présentaient pas la moindre trace d’inflam- : malion. Mais ce sont là des faits rares. Habituellement toute l’épaisseur de la moelle est intéressée, ce qui a fait dire à

IM. Cruveiihicr (1) que, tandis que dans l’hémiplégie on peut voir assez souvent la paralysie du mouvement sans celle du sentiment à la suite d’une lésion de l’encéphale, on constatait, au contraire, la paralysie simultanée du sentiment et du mouvement dans la paraplégie due à une lésion de la moelle épinière. L’opinion de Bellingeri, qui attribue les mouvements d’extension a l’action des faisceaux postérieurs et ceux de flexion à celle des faisceaux antérieurs, est repoussée par les physiologistes qui font autorité dans la science.

Indépendamment de la faculté de conduire les impres- • s*ons e*- 1 incitation de la volonté, la moelle possède encore

(1) Anatomie pathologique , 35e livr. , n. 3,

nue action propre, qui se révèle à un haut degré quand, sur un animal qu’on a préalablement jeté dans des convulsions tétaniques au moyen de la strychnine, on la coupe dans toute son épaisseur. Le tétanos continue dans les muscles qui reçoivent les nerfs émanés de la partie qui est audessous de la section. Les nerfs coupés, les muscles ne se contractent plus, preuve évidente de l’action de ce cordon. Elle lient, en vertu de celle action propre, la tonicité musculaire sous sa dépendance. Voilà pourquoi les sphincters de l’anus, de la vessie, se contractent encore après une solution de continuité de la moelle; mais celle-ci est-elle détruite dans quelques points, une incontinence s’opère par suite du relâchement de ces muscles.

Nous avons vu que le nœud vital résidait dans le bulbe rachidien; la moelle épinière est simplement conductrice du principe incito-moleur dans les nerfs qui se rendent aux muscles respiratoires. C’est pour cela que tel ou tel muscle ou ensemble de muscles de la respiration est paralysé, selon la hauteur à laquelle se trouve la lésion traumatique.

L’action réflexe, celle propriété qu’a le cordon rachidien de réagir, sans la participation de l’encéphale, sur les nerfs moteurs, à la suite d’une impression qui lui arrive par les nerfs sensitifs, trouve de nombreuses applications dans la pratique de la chirurgie. Un individu portait au périnée une tumeur qu’enleva Béclard ; une partie de l’urèthre fut extirpée en même temps, car ce canal se trouvait compris dans son épaisseur. Après l’opération, le malade accusait au bout du gland un sentiment pénible de chatouillement et une envie pressante d’uriner. A colle époque (c’était en 1825), * les sympathies de ce genre étaient expliquées par la continuité des membranes muqueuses. Or, dans le cas dont il s’agit, il existait un intervalle assez grand entre les deux parties du canal. C’était par l’intermédiaire de la moelle, grâce à l’action reflexe, que la sensation était rapportée au

bout de la verge. Je cite ce fait, raconté dans le Cours de M. Bérard, avec d'autant plus de plaisir, que le professeur de physiologie de la faculté avait émis à ce sujet, dans sa thèse, une proposition sur l’action propre de la moelle en 1825, c’est-à-dire avant que Marshal-Hall et Muller eussent

! déterminé l’action du pouvoir rdlexe de l’axe nerveux rachidien. D’ailleurs Prochaska avait déjà signalé des effets réflexes, tels que le vomissement déterminé par la titillation du pharynx, l’éternuement à la suite d’irritations portées sur la muqueuse pituitaire, etc.

Il est certain que l’érection du pénis qui peut coïncider avec des maladies du cervelet est un des effets les plus fréquents des lésions qui portent sur la portion cervicale de la moelle. Il est même présumable que les affections qui ont leur siège dans le cervelet, ne sont accompagnées de ce phénomène qu’à cause de la proximité du bulbe, sur lequel peut bien retentir le travail morbide. Les lésions des portions dorsale et lombaire de la moelle sont aussi, mais moins fréquemment, sujettes à développer cet état. Les observations d’Ollivier (1), de Lawrence (2), de Réveillon (3), en font foi. M. Ségalas prétend l’avoir provoqué en irritant mécaniquement la moelle sur des animaux.

L’opinion de Haller, qui admettait que l’irritabilité seule préside aux mouvements du cœur, sans l’intervention de la moelle épinière, n’est étayée par aucun argument solide. D’autre part, on ne saurait refuser de reconnaître, d’après l’expérience de Legallois, de Flourens, de Wedemeyer, que ce cordon nerveux n’est pas tout à fait étranger à la contraction des ventricules et des oreillettes. Plusieurs malades dont Ollivier a rapporté l’observation, et qui étaient atteints

(1) Maladies de la moelle épinière, I. I, p. 270 et suiv.

(2) Astley C< oper. OEuvrcs chirurgicales , irad. Iranç. , p. 192.

(3; Archives générales de médecine, 1827, t. XIII, p. 449.

de myélite chronique, avaient tous les matins une irrégularité extrême dans le pouls. Mais ce qui intéresse le chirurgien, dans celte élude des fonctions de la moelle, c’est l’action qu’elle exerce sur les sécrétions, action diversement appréciée par les physiologistes. Après une solution de continuité, dit Krimer, l’urine devient claire comme de l’eau, et contient beaucoup de sels et d’acides. Les lésions traumatiques, d’après Brodie, Home et Hunkel, la rendent ammoniacale. De là le danger de laisser séjourner trop longtemps ce liquide dans la vessie et le précepte de sonder les malades plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Chez un blessé de M. Stanley, qui avait une fracture et une luxation du rachis au niveau de la huitième et de la neuvième vertèbre dorsale, une paraplégie en fut la conséquence, et l’urine devint chargée d’ammoniaque dès le quatrième jour. Des observations de Smith tendent même à prouver que ce liquide contient de l’alcali libre avant d’arriver dans la vessie. Le catarrhe consécutif au séjour de l’urine dans ce réservoir, ne fait plus lard qu’en augmenter la quantité.

Les lésions de la moelle sont habituellement suivies, dans la nutrition , de troubles qui se manifestent par l’atrophie des membres, quand elles ont une certaine durée. C’est ainsi que, dans les paraplégies anciennes, la peau est sèche, que la sueur n’est plus sécrétée, que l’épiderme s’exfolie continuellement. L’observateur y constate aussi un abaissement de température.

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