SECTION VIII
De l’organe du loucher.
La peau est le tégument extérieur du corps, comme les muqueuses sont le surtout des canaux et des réservoirs contenus dans les cavités splanchniques. Elle est étendue, sans solution de continuité, de l’extrémité supérieure du tronc à l’inférieure, se réfléchissant sur elle-même au niveau des ouvertures naturelles où elle se confond avec les muqueuses. Placée en conséquence sur les limites de l’organisme et du monde extérieur, elle abrite les organes sur les saillies et les anfractuosités desquels elle se moule , en même temps que par sa sensibilité elle donne la notion des qualités physiques des corps. De là un conflit incessant avec tout ce qui nous entoure ; de là des lésions fréquentes qui peuvent en être le résultat. Les instruments vulnéranls la blessent à des degrés divers dans sa continuité, ou seulement dans quelques-uns de ses éléments constituants, en un mol, la peau est souvent contuse, coupée dans toute son épaisseur ou en partie.
Deux couches la composent : le derme et l’épiderme. Entre celles-ci se trouvent des cellules ■pigmentaires. Nous aurons encore à étudier des follicules sébacés, des glandes sudoripares , des artères , des veines, des lymphatiques et des nerfs.
1° Derme. Le derme est la charpente de la peau; il en
est en même temps la partie de beaucoup la plus épaisse. Sa coupe est blanchâtre et sa surface externe rosée. Il est très-résistant, comme on peut s’en convaincre en ne laissant suspendu au tronc un membre entier que par une languette de peau très-mince : aussi les sutures peuvent-elles être efficacement employées pour réunir les lèvres d’une plaie cutanée. Le derme ne se laisserait rompre qu’au bout de quelques jours à la suite de l’inflammation. Il est extensible et élastique. Voilà pourquoi les produits morbides, dont un si grand nombre se développe sous la peau, la distendent sans altérer notablement sa texture ni ses propriétés; pourquoi les téguments reviennent sur eux- mêmes après l’ouverture d’un abcès, l’extirpation des tumeurs. Il ne faut pas toutefois que la distension dépasse les limites naturelles de celle propriété élastique ; le derme perdrait son ressort et resterait trop grand pour son contenu, ou bien serait le siège d’éraillements plus ou moins prononcés. Ce dernier cas se présente habituellement sur la peau de la paroi abdominale antérieure soit dans l’ascite, soit après la grossesse. Les individus qui, chargés d’embonpoint, maigrissent peu à peu, ont la surface de certaines parties couverte de rides ; telles sont les rides des vieillards.
Le chirurgien qui taille un lambeau autoplastique ne doit pas oublier la rétractililé dont la peau est douée; car s’il ne prenait que des dimensions rigoureusement exactes, il ne pourrait pas recouvrir la surface qu’il se propose de combler. Par contre, l’extensibilité du derme permet d’exercer des tractions, qui permettront de rapprocher des parties trop éloignées; la suture est dans ce dernier cas d’un grand secours. Ainsi, dans les restaurations de la face, il faut tailler un lambeau plus grand que la surface dénudée ; ainsi des lambeaux cutanés pris dans la région cervicale peuvent atteindre le bord libre de la lèvre inférieure et les commissures. Enfin le derme se contracte sous l'influence du froid
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et du galvanisme, selon M. Brown-Séquart , qui a constaté ce phénomène sur un supplicié (1).
L’épaisseur du derme est loin d’être la même dans toute l’étendue du corps. Mince aux paupières, dans le scrotum, il est, au contraire, fort épais à la paume des mains, à la plante des pieds. Qu’il nous suffise de signaler cette particularité ; l’élude de chaque région nous donnera l’occasion de faire ressortir ces différences. Il présente, dans quelques parties, un raphé très-prononcé, trace d’un travail antérieur de réunion, sur le périnée, par exemple. Mais, vers la superficie, le derme est plus dense que du côté des parties profondes. Là, en effet, on voit des aréoles coniques dont la base repose sur le tissu cellulaire sous-cutané, et dont le sommet est dirigé du côté opposé. Dans ces mailles est du tissu celluloadipeux, dont l’inflammation constitue le furoncle ou l 'anthrax. On sait que le propre de ces deux maladies est la formation d’un petit corps blanchâtre, mou, qu’on appelle le bourbillon. L’anthrax ne diffère du furoncle qu’en ce qu’il en renferme plusieurs. Selon Dupuyiren , le bourbillon ne serait autre chose que le tissu cellulo-adipeux, qui est renfermé dans les mailles des couches profondes du derme, et qui, étranglé, tomberait en gangrène : de là le précepte de ce grand chirurgien qui pratiquait, comme le plus grand nombre le fait encore aujourd’hui, des incisions cruciales pour obtenir un débridement. Mais cet étranglement est-il bien démontré? Et d’abord, comment la base de la cavité aréolaire pourrait-elle faire l’office d’un anneau constricteur, elle qui est la partie la plus large de cette cavité. Comment se ferait-il que le bourbillon a constamment la forme de l’espace où il était recelé? et comment l’analyse ne démontrerait-elle pas, dans celle partie, une fois éliminée, du tissu cellulaire et des vaisseaux? Or, il n’en est pas ainsi.
(1) J. Béelard. Anatomie générale , 2c édit.
Le bourbillon, placé dans l’eau, se dissout et se réduit en bouillie. La méthode qui consiste à traiter les anthrax par une incision cruciale est donc dénuée de fondements. L’observation clinique m’a démontré d’ailleurs que la guérison ne se fait pas plus attendre en abandonnant à la nature le soin d’ouvrir une issue au produit morbide. La peau se perfore de dedans en dehors, par points isolés, lesquels se réunissent bientôt par suite de la résorption des points intermédiaires, et la cicatrice qui en résulte est loin d’être plus difforme que celle qui succède à l’incision cruciale préconisée par le chirurgien de l’Hôtel-Dieu.
Vers la face superficielle du derme, on ne voit plus d’aréoles ; mais le tissu est dense et supporte de petites éminences, les papilles. Organes essentiels du toucher, elles avaient été considérées à tort comme une couche particulière de la peau ; elles sont une dépendance du derme, avec lequel leurs bases se confondent d’une manière insensible. Le toucher n’est qu’un mode de leur sensibilité , car, lorsqu’elles sont à nu, le moindre contact, celui de l’air atmosphérique, devient douloureux. Apparemment il se passe une action moléculaire dans leur substance, alors que les corps extérieurs agissent sur elles par pression, el occasionnent ainsi une sensation. On voit la série de leurs sommets
former comme une ligne ondulée au-dessous de la couche épidermique, sur une coupe perpendiculaire de la peau de la main ou de la plante des pieds. Elles ont dans ces deux régions une disposition bien nette , qui présente des séries de lignes courbes et concentriques. Quoique irrégulièrement placées, elles sont encore bien distinctes sur le mamelon, le gland, les lèvres. Partout ailleurs elles sont petites, si bien que Béclard a pu dire qu’on les avait admises par analogie sur le reste de la peau, plutôt que rigoureusement observées.
Le derme est constitué par des faisceaux de fibres de tissu cellulaire qui s’entre croisent dans des directions variées, de
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manière à circonscrire les espaces aréolaires de la face profonde; ils sont serrés du côté des papilles. Indépendamment des fibres de cellules et des fibres de noyau, le microscope y découvre encore, quoique moins universellement répandue, la fibre élastique. Du côté des papilles, toutes ces fibres changent de directions, se recourbent en dehors pour se juxtaposer dans leur épaisseur. En un mol, la structure de ces petites éminences est identique à celle du derme.
2° Épiderme. Celle couche est une espèce de vernis protecteur qui abrite les papilles du contact immédiat des corps extérieurs. Son épaisseur n’empêche point la sensation du contact ; les dents, parties dures, d’une bien plus grande étendue, ne iransmelien t-elles pas aussi jusqu’à la papille dentaire l’impression des moindres corps étrangers placés entre elles? Il ne faudrait donc pas être étonné de la délicatesse du toucher à la paume de la main, à la plante des pieds, quoique l’épiderme, sans cesse soumis à des compressions, devienne dans ces régions très- épais et très-dense. Il emboîte les papilles, qu’il embrasse comme le ferait un cône creux pour chacune d’elles, en sorte qu’on pourrait le considérer comme un ensemble de petits étuis adhérents par leurs bases.
La surface externe traduit tous les plis et les sillons que nous aurons à signaler sur la face superficielle de la peau. L’interne est adhérente au derme. La dissection la plus fine ne saurait les séparer l’un de l’autre; mais la macération, l’action du calorique, des épispasliques, opèrent cette préparation. Il est vrai que les vésicants déterminent, au-dessous de l’épiderme, la sécrétion dune certaine quantité de sérosité qui s’interpose ainsi entre lui et la face superficielle du derme. On voit des filaments ténus qui vont de l’une à l'autre de ces deux couches, quand on a retiré l’épiderme après que la peau a macéré. L’opinion de Hunier, qui considérait ces tractus comme des canaux destinés au passage de la sueur,
est celle qu’il faut admettre aujourd’hui, et cependant Hunier ne connaissait pas les glandes sudoripares dont ils sont les conduits excréteurs. Si l’épiderme examiné à contre-jour présente des points transparents, il faut bien se garder de les prendre pour des porosités. Nulle part dans l’état normal la surface du derme n’est en contact avec l’air atmosphérique. L’épiderme présente sans doute des orifices ; mais ce sont ceux des glandes sébacées, des glandes sudoripares et des gaines des poils.
L’épiderme est hygrométrique, mais lentement. C’est sans doute à celle difficile perméabilité qu’il faut attribuer le séjour de la sérosité produite par le vésicatoire sous celle couche protectrice. Quand, au contraire, le contact d’un liquide est prolongé, il s’en imbibe et s’épaissit considérablement. Nous voyons tous les jours ce phénomène après l’application de cataplasmes émollients sur la paume de la main ou les doigts. Quand l'atmosphère est chargée de vapeurs d’eau, l’épiderme est souple ; il est sec cl diminue de volume quand la température est élevée et que l’air est dans un état hygrométrique contraire. Il est cassant alors, et il ne jouit pas de l’extensibilité et de l’élasticité que nous avons reconnues dans le derme.
L’opinion ancienne qui consiste à considérer l’épiderme comme le dessèchement d’un fluide épanché à la surface externe du derme est d’une manière générale celle qui se rapproche encore le plus de la vérité. Les recherches des micrographes modernes et de Ilenle en particulier ont démontré que l’épiderme se forme, en effet, par des cellules d'abord remplies d’un liquide cl d’un noyau, lequel disparaît le plus souvent à la longue. Ces cellules primitives se développent au sein d’un plasma exsudé des vaisseaux à la face superficielle du derme. Celles qui se forment les dernières poussent vers la surface celles qui les ont précédées et qui se desséchent insensiblement, s’aplatissent de manière à
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former en définitive des écailles. Les écailles épidermiques ne s’imbfiquent point comme on serait tenté de le croire, mais se collent les unes aux autres par leurs bords. En même temps que ces modifications s’opèrent dans les caractères physiques des cellules, la composition chimique change aussi ; elles deviennent cornées. Le frottement, l’usure, détachent incessamment ces petites lamelles qui tombent sous forme de détritus; pendant ce temps de nouvelles cellules se sont développées, et entre celles qui meurent et celles qui naissent, les cellules préexistantes suivent leur évolution et progressent vers la surface du corps. L’épiderme est donc dépourvu de vaisseaux et de nerfs; aussi est -il insensible.
Avant que le développement et la nature de l’épiderme fussent bien connus, les cellules les plus jeunes qui avaient été vues par Malpighi, étaient considérées, depuis cet anatomiste, comme formant une couche distincte, laquelle était désignée sous les noms de corps muqueux , reticulare corpus, rete glutinosum Malpighianum. Mais en réalité, ce prétendu corps muqueux n’est autre chose que la partie la plus profonde de l’épiderme. Quand on détache ce dernier, des cellules restent en certain nombre à la surface du derme, accumulées dans les sillons qui séparent les papilles dont le sommet seul est visible : de là une apparence réticulée. Quoiqu’elles aient été contestées, tant est grande la minceur de la couche qu’elles forment dans quelques régions, elles ne sauraient être mises en doute, pas plus que l'interprétation qu’on leur donne aujourd’hui.
Les pressions exercées pendant longtemps sur certains points de la peau l’irritent à la longue et provoquent la formation d’une plus grande quantité de cellules épidermiques. Celles-ci, tassées fortement les unes contre les autres, donnent naissance aux durillons , à des callosités , à des cors , c’est-à-dire à des amas de substance cornée qui, en
intérieur, diminuant progressivement, finirait enfin par disparaître. Une génération nouvelle de cellules se ferait incessamment, pour réparer les pertes produites par la desquamation de la surface et la disparition du liquide coloré de leur cavité. Une formation surabondante de ces cellules, par points ou par plaques, donne lieu aux taches de rousseur, aux éphélides : les diverses nuances de coloration des races humaines sont dues à la quantité variable de ces cellules, ou peut-être à l’intensité de coloration du liquide qui y est inclus.
4° Follicules sébacés. Analogues aux follicules du tégument muqueux, ceux de la peau existent sur toute l’étendue de celle membrane, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Les recherches de E.-H. Weber ont démontré celle proposition qui n’avait, jusqu’à cet anatomiste, été émise que par la raison que toute la surface du corps est enduite d’une humeur sébacée. En général discrets, ils abondent autour des orifices naturels et sur la couronne du gland. Qu’on se figure une dépression cutanée terminée par un cæcum , et s’ouvrant au dehors par un goulot, le plus souvent d’une manière oblique, et l’on aura une idée de ces follicules. Chaque follicule pileux a aussi un goulot; car c’est sur sa circonférence que s’ouvrent, d’une manière régulière, ceux des follicules sébacés qui sont disposés circulairement autour de lui. Le fond de tous ces follicules, qu’ils aboutissent au goulot du follicule pileux ou à la surface de la peau, est ampullaire. Il occupe les parties superficielles du derme, dit M. J. Béclard (^1) ; il ne serait jamais situé profondément. Ce serait une erreur de croire, dit Henle, que les follicules sébacés sont simples. Il est certain que, dans tous les points, ils ne sont pas réduits à une simple bourse. Dans la peau de
(1) Béclard. Éléments d’anatomie générale , 3' édit.
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la région axillaire, sur la couronne du gland, dans les petites n lèvres, la forme de ces organes sécréteurs est celle des ! glandes en grappe , c’est-à-dire qu’un canal excréteur commun reçoit les orifices de follicules latéraux. L’humeur qui à s’échappe de ces glandules ou follicules est un liquide onctueux destiné à lubréfier la surface externe de la peau.
Quand le goulot de ces petits culs-de-sac s’oblitère, le produit de la sécrétion s’accumule dans la dilatation bursiforme qui les termine. Qu’une inflammation se développe dans ce [i follicule et autour de lui , et il se forme une petite tumeur rouge, acuminée, qui se termine à sa partie la plus saillante par un point blanc. Commune sur la face, cette affection pasi sagère est désignée sous le nom de couperose. Si le follicule : ne s’enflamme pas , comme cela arrive plus souvent encore, la matière sécrétée, qui est en petite quantité d’abord, peut acquérir à la longue un volume comparable à celui d'une pomme d’api, à celui d’un œuf, et même, mais bien rarement, à un plus grand volume. Pendant que la matière sébacée donne ainsi lieu à une tumeur, le développement qui s’opère peut se faire dans deux sens, tantôt du côté du tissu cellulaire sous-cutané, tantôt vers la superficie. Dans ce dernier sens, une couche mince de tissu dermique recouvre la tumeur; on peut voir la couleur blanchâtre de la partie contenue au travers de la paroi du kyste. Souvent un point noir se remarque à la surface : c’est l’ouverture du follicule, c’est le goulot oblitéré par une espèce de bouchon sali par de la poussière ou autre substance qu’a entretenue la malpropreté. Telle est la tanne. Quand celle humeur se développe vers les parties profondes, la couche mince du derme peut être refoulée, amincie, donner enfin passage à la tanne dans le tissu cellulaire sous-cutané, où elle se développe désormais en toute liberté. La peau l’enveloppe bientôt de toute son épaisseur, le tube excréteur s’oblitère ainsi que le goulot, et le tissu cellulaire, doublant l’enveloppe, lui donne enfin
intérieur, diminuant progressivement, finirait enfin par disparaître. Une génération nouvelle de cellules se ferait incessamment, pour réparer les perles produites par la desquamation de la surface et la disparition du liquide coloré de leur cavité. Une formation surabondante de ces cellules, par points ou par plaques, donne lieu aux taches de rousseur, aux éphélides : les diverses nuances de coloration des races humaines sont dues à la quantité variable de ces cellules, ou peut-être à l’intensité de coloration du liquide qui y est inclus.
A0 Follicules sébacés. Analogues aux follicules du tégument muqueux, ceux de la peau existent sur toute l’étendue de celle membrane, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Les recherches de E. -H. Weber ont démontré celte proposition qui n’avait , jusqu’à cet anatomiste , été émise que par la raison que toute la surface du corps est enduite d’une humeur sébacée. En général discrets, ils abondent autour des orifices naturels et sur la couronne du gland. Qu’on se figure une dépression cutanée terminée par un cæcum , et s’ouvrant au dehors par un goulot, le plus souvent d’une manière oblique, et l’on aura une idée de ces follicules. Chaque follicule pileux a aussi un goulot ; car c’est sur sa circonférence que s’ouvrent, d’une manière régulière, ceux des follicules sébacés qui sont disposés circulairement autour de lui. Le fond de tous ces follicules, qu’ils aboutissent au goulot du follicule pileux ou à la surface de la peau, est ampullaire. Il occupe les parties superficielles du derme, dit M. J. Béclard (A) ; il ne serait jamais situé profondément. Ce serait une erreur de croire , dit Ilenle , que les follicules sébacés sont simples. Il est certain que, dans tous les points, ils ne sont pas réduits à une simple bourse. Dans la peau de
(1) Béclard. Éléments d’anatomie, générale , 3e édit.
un
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la région axillaire, sur la couronne du gland, dans les petites lèvres, la forme de ces organes sécréteurs est celle des glandes en grappe , c’est-à-dire qu’un canal excréteur commun reçoit les orifices de follicules latéraux. L’iiumeur qui s’échappe de ces glandules ou follicules est un liquide onctueux destiné à lubréfier la surface externe de la peau.
Quand le goulot de ces petits culs-de-sac s’oblitère, le produit de la sécrétion s’accumule dans la dilatation bursiforme qui les termine. Qu’une inflammation se développe dans ce follicule et autour de lui , et il se forme une petite tumeur rouge, acuminée, qui se termine à sa partie la plus saillante par un point blanc. Commune sur la face, cette affection passagère est désignée sous le nom de couperose. Si le follicule ne s’enflamme pas , comme cela arrive plus souvent encore, la matière sécrétée, qui est en petite quantité d’abord, peut acquérir à la longue un volume comparable à celui d'une pomme d’api, à celui d’un œuf, et même, mais bien rarement, à un plus grand volume. Pendant que la matière sébai cée donne ainsi lieu à une tumeur, le développement qui s’opère peut se faire dans deux sens, tantôt du côté du tissu cellulaire sous-cutané, tantôt vers la superficie. Dans ce dernier sens , une couche mince de tissu dermique recouvre la tumeur; on peut voir la couleur blanchâtre de la partie contenue au travers de la paroi du kyste. Souvent un point noir se remarque à la surface : c’est l’ouverture du follicule, c’est le gouloL oblitéré par une espèce de bouchon sali par de la poussière ou autre substance qu’a entretenue la malpropreté. Telle est la tanne. Quand celte humeur se développe vers les parties profondes, la couche mince du derme peut être refoulée, amincie, donner enfin passage à la tanne dans le tissu cellulaire sous-cutané, où elle se développe désormais en toute liberté. La peau l’enveloppe bientôt de toute son épaisseur, le tube excréteur s’oblitère ainsi que le goulot, et le tissu cellulaire, doublant l’enveloppe, lui donne enfin
ii np certaine épaisseur, comme cela arrive pour toute espèce île kyste. Chose remarquable! ce n’est pas seulement la couche profonde du derme qui subit une absorption moléculaire, qui se trouve refoulée et ouverte sous la compression de la tanne, mais encore des parties plus consistantes peuvent être déprimées, creusées en quelque sorte pour loger la face profonde de la tumeur. Je viens d’observer, à l’hôpital de la Charité, un kyste sébacé qui s’était accru sous la peau, vers les parties profondes, dans la région mammaire. La peau ne présentait aucune altération, et la glande mammaire était creusée d’une loge qui recevait près de la moitié de la tanne l il en était de même dans deux cas où la tumeur occupait la région du front , immédiatement au-dessus de la queue du sourcil. Après l’extirpation du kyste, j’ai constaté avec le doigt, sur l’os coronal, une dépression|correspondante.
La matière que contiennent les tannes est habituellement blanchâtre , molle comme du mortier, parsemée de petites lamelles vers la partie attenante à la paroi du kyste, lamelles dont la couleur est absolument celle de l’albumine de l’œuf coagulée. Quand cette matière ne distend pas fortement la poche où elle est recelée, on peut la pétrir pour ainsi dire, lui imprimer momentanément parla pression l’empreinte du doigt. On a comparé aussi ce contenu à de la bouillie; de là le nom d 'athérôme , dénomination qui désigne uniquement la consistance et l’aspect du produit sécrété. L’intérieur du follicule sébacé est tapissé, dans l’état normal, d’un épithélium pavimenteux : aussi trouve-t-on , au milieu de la masse morbide, des cellules épidermiques. L’analyse microscopique y fait voir encore des globules de graisse et des cristaux de cholestérine. Au lieu de présenter une consistance semifluide, le produit pathologique du kyste sébacé est liquide, sirupeux, ou semblable à du miel : la tumeur prend alors le nom de méliceris. Enfin cette même lésion, celle tanne qui est un athérôme quand son contenu a les caractères
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physiques signalés plus haut, un méliceris clans un autre état, devient une loupe quand elle a son siège sur les téguments du crâne. Exemple évident des vices d’une nomenclature qui est bien propre à jeter de la confusion dans les esprits, mais cpii a été consacrée par le temps!
5° Glandes sudoripares. C’est à peu près vers la même époque que Purkipje etWendt, en Allemagne, Breschet et Roussel de Vauzène, en France, découvrirent des tubes contournés sur eux-mêmes, s’ouvrant obliquement sur la face externe de l’épiderme et destinés à la sécrétion et à l’excrétion de la sueur. Terminés par un cul-de-sac sur leur extrémité profonde, ils s’enroulent un certain nombre de fois sur eux-mêmes, comme un fil pelotonné, et se dirigent ensuite flexueux au travers du derme vers leur orifice terminal. Us occupent les couches profondes de la peau, ou les espaces cellulo-graisseux du derme. La paume des mains et la plante des pieds en sont munies comme toutes les autres régions du corps. Le nombre en est si grand que, suivant Eichorn, un millimètre carré de la surface du corps contiendrait douze ouvertures de ces glandules. Quant aux appareils sécréteurs de l’épiderme et de la matière colorante, on a pu voir, d’après ce qui a été dit plus haut, qu’ils n’existaient pas.
6° Vaisseaux et nerfs. La peau est riche en vaisseaux et en nerfs ; de là son exquise sensibilité, et son aptitude trèsgrande à sécréter le liquide plastique qui réunit les lèvres d’une plaie, à s’enflammer comme dans l’érysipèle, et tant d’autres lésions dont l’étude est du ressort de la pathologie interne. Les artères comme les veines viennent au travers du tissu cellulaire sous-cutané et pénètrent dans les cavités des aréoles dermiques. De là, elles s’engagent dans l’épaisseur du derme, envoient autour d’elles des ramuscules, et, parvenues à la superficie, se ramifient un très-grand nombre de fois de manière à présenter un réseau très-serré. Au niveau de chaque papille les artères se redressent pour parcourir celle petite éminence
de la base au sommet où elles se recourbent, se continuant avec une veine correspondante qui suit un trajet inverse. Cette veine à son tour traverse le derme et va se jeter dans les veines sous-cutanées. Les lymphatiques présentent aussi deux, réseaux, l’un sus-dermique et l’autre sous le derme; ces deux réseaux communiquent entre eux par des troncules qui traversent encore l’épaisseur de la membrane intermédiaire. Le premier qu’on démontre en piquant superficiellement le derme avec un tube à injection lymphatique est tellement serré qu'il donne, quand il est injecté avec le mercure, l’aspect d’une lame argentée. Il existe sur toute l’étendue de la peau , mais il est plus facilement injectable sur la ligne médiane de la tête, sur les paupières, le pavillon de l’oreille, la face dorsale des mains, des doigts et des orteils. L’existence de cette couche lymphatique explique les angioleucites si fréquentes à la suite des solutions de continuité, mal soignées ou malpropres, des parties superficielles de la peau. Les plaies virulentes, comme celles qui se font souvent dans les amphithéâtres d’anatomie, sont.aussi souvent compliquées d’accidents graves par suite de l’absorption de liquides nuisibles , absorption favorisée par la richesse de ce réseau.
L’inflammation des réseaux lymphatiques constitue l’angioleucite diffuse, distincte de l’érysipèle par des caractères cliniques bien tranchés, à savoir la marbrure de la rougeur, disposition qui est due à une inflammation par plaques, et le passage insensible de la tuméfaction de la région malade aux parties circonvoisines. Blandin professait que l’érysipèle était à la fois une lymphile et une cutiie, cette dernière étant consécutive à la première, et Ribes plaçait le siège de celle ésion dans les veines. On s’explique comment ces deux auteurs ont été conduits à émettre ces opinions exclusives. L'anatomie pathologique, en effet, nous apprend que, l’érysipèle étant intense, le réseau vasculaire sous-épidennique n’est
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plus distinct, il est rouge foncé ou même brunâtre et infiltré d’une matière gélaliniforme. La peau est aussi uniformément rouge et combinée, pour ainsi dire, avec celle matière que des lavages ne sauraient séparer. Enfin, à un degré moindre, le derme a conservé son aspect, mais il est traversé par des vaisseaux injectés. On en trouve aussi quelques-uns au-dessous de lui; le tissu cellulaire est infiltré d’une sérosité rougeâtre. Enfin, l’érysipèle ne laisse pour trace après la mort qu’un épaississement et une vascularisation plus grande de la couche sus-dermique , quand il a été assez intense, mais moins cependant que dans le cas précédent ; il n’est suivi d’aucune altération visible, si l’inflammation a été légère et a duré peu de temps. Tels sont les faits signalés par Bichat dans son Cours d’anatomie pathologique et vérifiés par les recherches de M. Gendrin. Tout cela se résume à dire que, selon le degré d’intensité et la durée de l’érysipèle, les vaisseaux lymphatiques, les vaisseaux sanguins, voire même le tissu cellulaire sous-cutané, sont le siège de l’inflammation.
Les nerfs de la peau arrivent à la base des aréoles qu’ils traversent pour atteindre la face superficielle du derme. C’est dans les papilles qu’ils se rendent en définitive. Us parcourent cette éminence jusqu’au sommet et se recourbent pour s’accoler soit au filet lui-même ascendant ou à d’autres filets descendants voisins. C’est donc par des anses que la terminaison s’opère. Cependant tous les anatomistes ne sont pas d’accord sur ce point. Ehrenberg veut que les filets nerveux se perdent sur les parois des vaisseaux papillaires, Tréviranus, qu’ils se renflent pour former l’éminence, Pappenheim, qu’ils fassent tantôt une anse, tantôt un plexus à sa base. Toujours est-il qu’ils donnent à la peau une sensibilité exquise dans certaines régions, que les douleurs les plus vives les parcourent quelquefois, qu’enfin les altérations des troncs qui les fournissent sont la cause tantôt d’une
anesthésie complète de la peau , tantôt d’une exaltation de la sensibilité générale.
Le tégument cutané est adhérent par sa face profonde aux couches sous-jacentes par l’intermédiaire d’un tissu cellulaire lâche dans quelques régions , très-dense et très-serré dans quelques autres. Cette disposition donne à la peau une mobilité en rapport avec le degré de laxité et permet au chirurgien de faire glisser les parties voisines avec plus ou moins de facilité; de là l’autoplastie par glissement. Les phlegmons se développent aussi aisément au milieu de ces conditions, et la douleur est beaucoup moins vive. La force rétractile des cicatrices de la peau amène de grandes difformités, en raison même de cette mobilité des téguments. Au
sec, comme fibreux. , la peau , d’où il part, est immobile, comme plaquée sur la couche sous-jacente. Aussi les phlegmons sous-cutanés se développent avec difficulté pour former une tumeur ; la douleur est vive ; il y a une sorte d’étranglement, phénomène qui se développe aussi, quand un derme épais environne de tous côtés les parties enflammées. Sur la ligne médiane du tronc l’adhérence est plus grande que sur les parties latérales ; mais les régions où l’immobilité est prononcée sont principalement la paume de la main , la plante des pieds, le cuir chevelu. Celles où la peau est le plus mobile, sont le scrotum, le dos de la main, les paupières. Indépendamment des faisceaux de tissu cellulaire qui fixent plus ou moins la face profonde de la peau aux couches sous-jacentes , il faut signaler encore les nombreux vaisseaux et nerfs qui du fascia superficialis vont dans le derme. Quand des phlegmons diffus ou des tractions faites mal à propos en ont amené la rupture, quand la peau est amincie et ainsi décollée dans une grande étendue, la gangrène s’empare de celte portion et la détruit. Ce sont aussi ces petits vaisseaux qui donnent lieu à l’effusion d’une certaine quau-
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litéde sang sous la peau, dans le phlegmon diffus; de là le précepte de ne pas extraire de force les lambeaux frappés de gangrène, car il entre dans leur intérieur des vaisseaux qui forment, pour ainsi dire, à leur égard un pédicule. Dans les opérations d’auloplaslie, il faut bien se garder de dénuder la face profonde de la peau de celle couche cellulo-vasculaire; l’adhésion serait moins facile dans les nouveaux rapports que le lambeau doit affecter , ou même sa mortification en deviendrait une suite naturelle. La même précaulion doit être prise avec autant de soin lorsque, dans l’amputation des membres, le chirurgien procède à la formation de la manchette.
La face externe de la peau présente des pl is de divers ordres . Quand les tissus sous-cutanés sont distendus par l’inflammation , ils disparaissent ou sont moins prononcés que dans l’état normal. La réapparition de ces plis ou rides est un indice que la résolution va s’opérer. Quand un produit pathologique forme une tumeur et distend la peau, le même phénomène se produit et les téguments sont luisants en même temps qu’unis.
Ceux de ces sillons qu’il importe au chirurgien de connaître ont trait à l’anatomie des formes , que les maladies altèrent quelquefois, et à la médecine opératoire. Il en est, en effet , qui guident la main de l’opérateur dans l’incision des parties molles, et rappellent au-dessous ou à une certaine distance d’eux, un interligne articulaire. Tels sont les plis de la face dorsale et palmaire des doigts, de la face antérieure du poignet. Leur direction n’est pas moins utile à signaler que leur siège. Dans l’ouverture d’un abcès, par exemple, il est généralement préférable de pratiquer l’incision suivant la courbure ou le sens des plis, qui cacheront la cicatrice. L’anatomie descriptive les désigne sous le nom de plis de locomotion ; nous pourrions à juste titre les appeler plis chirurgicaux. D’autres plis , très-petits , sillonnent
toute la surface de la peau et circonscrivent des espaces carrés, losangiques, trapézoïdes ; ils ont dans certaines régions des directions déterminées. Ils présentent une profondeur variable.
La contraction des muscles peauciers, c’est-à-dire de ceux qui ont des insertions sur la face profonde du derme, causent par leur contraction des plis temporaires dont la direction est en sens inverse de celui dans lequel la peau est tirée et dont la profondeur est en rapport avec le degré de contraction. Les mouvements des leviers les uns sur les autres entraînent aussi des plicatures distinctes à la vérité des sillons dont il s’agit. Ces derniers concentrés sur la face, impriment à la physionomie une expression bien caractérisée et qui traduit les diverses émotions de l’âme. Mais à la longue, quand les contractions musculaires se répètent souvent , ou qu’une attitude est longtemps maintenue dans un sens, ce qui n’était que passager devient permanent. De là des rides qui donnent au masque humain un aspect particulier et sur lequel un œil exercé peut lire, inscrits en caractères profonds, le chagrin, la tristesse ou les passions les plus viles.
Dans l’enfance, la jeunesse et l’àge mûr, la peau est soutenue par la graisse, plus ou moins abondante, suivant les individus. Mais dans la vieillesse, elle a perdu de son ressort à cause de l’amaigrissement; elle ne revient donc plus sur elle-même ; trop grande pour les parties contenues, elle forme les plis dits séniles.
De tous les sens, le toucher est celui qui donne au chirurgien le plus d’éléments pour le diagnostic chirurgical. Il s’associe au sens de la vue, dans bien des cas où ce dernier ne pourrait donner que des notions insuffisantes. Il apprécie l’élévation, l’abaissement de température dans le phlegmon, la gangrène. Il avertit de la marche de la première affection vers la résolution, par la sensation d’une chaleur moins vive. II ne donne pas dans la mortification
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des couches peu épaisses qui sont frappées de mort, la sensation du froid, car le calorique est maintenu dans ces parties jusqu’à un certain point par les couches voisines, mais il permet de constater une différence de température (1). C’est le loucher qui donne la sensation de la résistance, du poids et de la consistance des corps. Que de fois le chirurgien n’est-il pas appelé à consulter la notion de ces propriétés comme moyen de diagnostic ! C’est le poids moindre de l’hydrocèle qui, à volume à peu près égal dans une tumeur du scrotum, l’autorise à penser que la lésion est un épanchement séreux plutôt qu’un encéphaloïde du testicule. La mollesse et la flaccidité, dans d’autres cas, l’avertissent qu’il a affaire à une tumeur graisseuse, semi-fluide et non osseuse. A un degré extrême , la flaccidité donne lieu à la fluctuation. La lésion consiste alors dans une collection de liquide, c’est-à-dire un épanchement de sang , de sérosité ou de pus. La partie contenue est-elle très-fluide, l’enveloppe peu épaisse, une percussion légère sur un point permet de sentir un véritable flot sur le point diamétralement opposé. Il n’en est plus ainsi quand le liquide est épais comme le pus ; la compression qu’une main exerce sur l’abcès pousse le liquide vers l’autre main, qui explore la périphérie et qui tend à être soulevée. La crépitation, celte sensation particulière que donnent des gaz ou des caillots de sang, en passant sous l’influence de la pression d’une maille du tissu cellulaire dans une autre , est encore perçue par le sens du toucher. Bien plus fréquemment que l’organe de l’ouïe, if fait connaître le frottement de surfaces osseuses inégales dans les fractures, par une sensation de crépitation. Pendant les manœuvres nécessaires pour découvrir une amère qu'on veut lier, le vaisseau ne présente pas à la vue de pul-
(1) Gtrdy. Conférences cliniques.
sations ; le sang épanché ne permet pas , d’ailleurs , de le distinguer au milieu des parties molles saignantes et du tissu cellulaire infiltré de sang ; le doigt indicateur sent le pouls au moyen d’une légère compression , et le siège de l’artère est trouvé. Dans d’autres cas, c’est une éminence osseuse qu’il constate, éminence qui est un point de ralliement dans la recherche d’une artère. Le toucher permet de constater la périphérie d’une tumeur, et, jusqu’à un certain point, ses connexions avec les parties profondes, car il explore aussi le degré de mobilité. En raison de toutes ces remarques , nous ne craignons pas de dire avec les auteurs du Compendium de chirurgie pratique, que le toucher est un sens essentiellement chirurgical.
Des appendices de la peau.
Sous le nom d’appendices de la peau, les anatomistes décrivent les poils et les ongles. Au point de vue de la texture, ce sont des parties épidermiques qu’on pourrait étudier avec raison à l’occasion de l’épiderme.
1° Des ongles. Ce sont des lames cornées, denses et résistantes, qui recouvrent la face dorsale de la troisième phalange des doigts et des orteils. Us soutiennent la peau de la face palmaire, que des pressions tendent à porter sur les côtés et en arrière. Chez le fœtus , l’analyse y démontre des cellules avec un noyau, tandis qu’il est impossible d’en apercevoir aux autres âges de la vie. De même que l’épiderme est composé de cellules, aplaties et écailleuses au dernier degré de leur développement, de même l’ongle est dû à des écailles de la même espèce, fortement unies entre elles. Il existe aussi, au-dessous de la partie externe qui est dure, une couche molle, véritable réseau de Malpighi. Suivam Lauth, la consistance de la lame unguéale serait due à la présence d’une certaine quantité de phosphate de chaux.
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La notion de cette texture explique comment les maladies de l’ongle ne sauraient avoir leur point de départ, leur siège en lui. C’est à la partie qui sécrète les cellules, que doivent
Iêtre attribuées toutes les lésions que l’on observe. Or, la partie sécrétante, quelle est-elle?
On appelle matrice de l’ongle le derme sous-jacent à cette
Ilame cornée. Ce derme est bien , en effet , une véritable matrice, car il renferme les vaisseaux qui amènent le sang, aux dépens duquel les cellules sont formées. Par une de ses faces, il adhère à la phalange dont il forme, pour ainsi dire, le périoste, et avec laquelle il est uni par de nombreux vaisseaux ; par l’autre, il adhère à la face profonde de l’ongle, mais plus fortement vers l’extrémité antérieure. Aussi les instruments que le chirurgien est parfois appelé à faire glisser sous l’ongle, pénètrent-ils avec assez de facilité, dès que la résistance de l’adhésion qu’il rencontre en avant a été vaincue. :'i
La face externe de la matrice unguéale présente des papilles abondantes sur les quatre ou cinq sixièmes antérieurs. Ces papilles, linéairement placées, forment des saillies longitudinales entre lesquelles sont, par conséquent, des sillons; c’est à leur présence qu’est dû l’aspect strié en longque présentent les ongles sur leur face libre. Leur face adhérente est munie également de saillies longitudinales qui pénètrent dans les intervalles des papilles. De là une adhérence de l’ongle au derme, adhérence telle, que dans l’avulsion de celte lame cornée, des fragments du derme restent attachés à la face profonde sous l’aspect de prolongements villiformes. Ce sont ces prolongements qui sont la partie molle de l’ongle, et qu’on peut comparer au réseau de Malpighi. Au niveau de la lunule, c’est-à-dire du segment blanc qu’on voit près de la peau qui recouvre l’extrémité du doigt, les papilles sont peu prononcées et n’affectent aucune disposition particulière. Là , le derme contient peu de vais-
seaux, tandis [que tout le reste de la matrice en renferme une grande quantité. De là la couleur rosée du corps de l’ongle tandis que la lunule est blanche. La première teinte est pâle chez les personnes anémiques ou chlorotiques.
Quand des hypérémies se répètent dans la matrice de l’ongle, le produit de sécrétion est lui-même altéré d’une manière correspondante. De là des ongles dont l’épaisseur est considérable, qui se recourbent à la manière de crochets, et dont la consistance trop dure fait qu’ils agissent sur les parties molles voisines, à la manière d’un corps étranger. J’ai vu plusieurs fois, sur le gros orteil, des ongles de plus de deux centimètres d’épaisseur s’élever à la manière d’un mamelon sur la face dorsale de cet appendice et gêner considérablement la marche ; l’avulsion, dans ces cas, devient utile. Selon M. Max. Yernois (1), diverses maladies amènent encore dans la nutrition de la matrice unguéale, et par suite sur l’ongle, des modifications dans sa forme. Quelle que soit l’affection, on trouve, dit-il, les ongles recourbés une fois au moins sur trois ; la phthisie, la scrofule, les maladies chroniques amènent celte direction ; celle-ci est trois fois plus commune chez les femmes que chez les hommes, se fait remarquer entre dix et trente ans généralement, et semble se lier plus particulièrement à une constitution lymphatique.
La partie postérieure de l’ongle est reçue dans une rainure courbe du derme ; celte partie est la racine , qui se trouve ainsi en contact avec la peau par ses deux faces. L’épiderme, qui se réfléchit dans une certaine étendue au delà du derme 'sur la face supérieure de la production cornée, avec laquelle il adhère bientôt, ne s’étend point sur la face dorsale , ainsi que plusieurs auteurs , Béclard et Ollivier entre autres, l’ont avancé. Du côté de l’extrémité
(1) Archives générales de médecine, 1839, t. VI, p. 310.
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libre, l’épiderme de la pulpe des doigis se continue également avec la couche la plus profonde. Voilà pourquoi, dans certaines inflammations des doigts, l’épiderme et l’ongle se détachent du derme sous-jacent, formant un tout continu qui permet de voir, après une coupe longitudinale, 1° le bord postérieur libre sous l’épiderme de la face dorsale, qui, après sa réflexion, se perd sur la couche la plus superficielle ; 2° le
Sbord antérieur libre encore au-dessus de l’épiderme de la pulpe du doigt qui va gagner la couche profonde et se continuer avec elle.
Les cellules qui doivent former l’ongle se développent à la fois, et sur toute l’étendue de la face profonde du corps, et sur la racine qui touche au derme par ses deux faces. Il est présumable que la formation se fait d’une manière plus active sur le derme réfléchi de la rainure que sur la portion antérieure. Celle dernière donne naissance à une couche de cellules qui refoulent les précédentes de bas en haut, tandis que celles qui naissent dans la rainure poussent celles qui les ont précédées de haut en bas et d’arrière en avant. Ce mode de développement explique comment le corps de l’ongle est formé de lamelles superposées à la manière d’écailles. C’est sans doute à l’impulsion, qui est due au développement des cellules qui viennent de la rainure, qu’il faut attribuer les courbes transversales que présentent certains ongles , ceux principalement du gros orteil. Quand une sécrétion pathologique s’est opérée, le produit présente aussi, à la surface de la masse cornée, les memes ondulations.
Il résulte de ce qui précède que les pertes de substance d’un ongle ne se réparent pas, que sa progression de la racine vers l’extrémité doit se faire en même temps que des couches additionnelles viennent du derme sous-jacent, sans qu’il puisse subir eu lui- même aucun travail pathologique. Deux ou trois mois suffisent, suivant À. Cooper et Schwann,
pour qu’une particule de l’ongle parcoure toute l’étendue de celui-ci de la racine au bord libre. On dirait même que la propulsion d’arrière en avant s’opère par un mouvement de totalité de ce produit de sécrétion. Après avoir pratiqué, vers la racine, deux piqûres d’épingle, qu’il colora avec du nitrate d’argent, Schwann remarqua que, au moment où ces points avaient atteint l’extrémité, ils ne s’étaient nullement éloignés l’un de l’autre. Il est vrai que Lavagna , ayant fait une expérience analogue , est arrivé à un résultat opposé.
Après la chute des ongles, une nouvelle substance cornée se forme au niveau de la rainure et progresse d’arrière en avant. Mais comme le derme est presque toujours malade, l’ongle de nouvelle formation est difforme. C’est une lamelle mince qui recouvre peu à peu la surface entière du derme. Comment expliquer un fait bien remarquable, qu’on a observé plusieurs fois, ainsi qu’on peut en trouver des exemples dans un travail de Pauli (1), et qui consiste dans l’apparition d’un ongle sur la face dorsale de la seconde ou même de la première phalange, après l’amputation dans la seconde ou la première articulation phalangienne ?...
On peut dire d’une manière générale que la direction de l’ongle est parallèle à celle de la phalange qu’il recouvre. Considérée d’une manière plus analytique, elle est courbe dans le sens transversal et dans le sens antéro-postérieur, moins à la vérité dans ce dernier que dans le premier. Cette direction de la racine vers l’extrémité est peu prononcée dans notre état de civilisation, où nous avons l’habitude de couper la partie libre ; mais chez les peuples, comme les Chinois, par exemple, où celle habitude n’entre pas dans les mœurs , l’ongle se recourbe et s’arrondit
(1) De vulnerum sanatione , p. 98.
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autour de l'extrémité des doigts et des orteils. Telle est la direction normale. Mais il arrive quelquefois que l’ongle s’élève vers son extrémité libre, et perd son parallélisme avec la phalange, ou que ses bords latéraux s’incurvent considérablemènt : la première disposition , où la racine tend à être soulevée, expose, à la suite de pressions, à des inflammations de la rainure unguéale, et la seconde à une irritation permanente des parties molles, que des chaussures, le poids du corps, portent au-dessus de ces bords : de là la lésion connue sous le nom d 'ongle rentré dans les chairs. Quoique dense, le tissu de l’ongle est flexible. Cette propriété est utilisée dans certains procédés opératoires qui ont pour but de le redresser quand il est dévié.
Au troisième mois de la vie intra-utérine, la peau qui recouvre l’extrémité des doigts et des orteils se creuse en une rainure. Ce n’est qu'au cinquième mois que l’ongle est réellement distinct de l’épiderme. A partir de celte époque , il se développe , ainsi que nous l’avons exposé , pour abriter plus tard l’extrémité des doigts du contact des corps durs, et affermir les orteils dans la progression. Il devient une arme offensive chez certains animaux, tandis que chez l’homme il aide tout au plus à saisir les corps d’un petit volume et à diviser ceux dont la consistance est moindre que la sienne.
Les ongles peuvent manquer ou n’êlre qu’incomplétement développés. On les a vus bifurqués. Enfin, ils tombent spontanément dans quelques cas rares. La question de savoir si cette chute est due à la syphilis n’est pas encore jugée. Toujours est-il que les malades sur lesquels Cullerier, Ollivier et M. Lélut ont observé la chute des ongles avaient subi ou subissaient encore le traitement anti-syphilitique.
2° Des 'poils. Ils ont reçu des noms divers selon la région qu’ils occupent. La paume des mains et la plante des pieds en sont seules dépourvues. Leur élude comprend celle
du follicule générateur et la lige inorganisée qui les constituent.
a. Le follicule pileux est une véritable dépression du derme cutané. Son fond est dans quelques points encore contenu dans l’épaisseur de ce dernier; mais dans l’aisselle, par exemple, le scrotum, etc., il est dans la couche du tissu cellulaire sous-cutané, duquel il est facile de l’isoler. 11 est renflé pour loger une papille, le bulbe pilifère , analogue au bulbe dentaire. Le goulot est muni à son extrémité terminale de follicules sébacés qui s’ouvrent régulièrement sur sa circonférence. Quant au bulbe, il reçoit par sa partie adhérente au fond du follicule, des vaisseaux et des nerfs très-ténus, lludolphi en a suivi jusque dans les bulbes pilifères des moustaches du phoque. On comprend que les lésions de nutrition de ces papilles retentissent sur l’état de leur produit de sécrétion. L’inflammation des follicules sébacés constitue l 'acné , tandis que le porrigo ou favus , ou teigne faveuse , a son siège anatomique dans le conduit pilifère près de son orifice cutané. Celle proposition résulte d’une manière évidente des observations et des expériences faites à l’hôpital Saint-Louis et rapportées dans la thèse inaugurale de AI. Letourneur. Le point précis de la lésion est la partie qui enveloppe le poil depuis le bulbe jus-qu’à sa sortie de la peau. On s’explique aisément la présence * d’un cheveu au centre de la croûte qui succède aux pustules; on comprend aussi comment celles-ci doivent être enchâssées dans l'épaisseur de la peau si elles sonl ombiliquées, car leur centre correspond à l’orifice extérieur du conduit. Ce n’est point dans la papille que siège la maladie, car celleci sécrète toujours le poil; mais comme l’inflammation peut à la longue déterminer des oblitérations du conduit, on voit quelquefois, au travers des cicatrices , le cheveu recourbé sur lui-même dans l'intérieur du follicule. Ainsi se produit une alopécie consécutive. A la longue, le bulbe lui-même,
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comme louics les glandes que compriment les produits de sécrétion, peut être atrophié. Le traitement qui consiste dans l’avulsion des cheveux ne porte nullement atteinte au bulbe. M. Gazenave professe qu’après cette opération, les pustules qui se développent sont toujours simples. Avec des soins bien entendus, la maladie doit cesser de se reproduire.
b. Le poil, considéré en lui-même, offre une gaine transparente, oit le microscope fait voir des stries longitudinales et transversales. Au centre est une matière molle, c’est la ■moelle, dénomination donnée à celte portion, par opposition à la gaine qu’on a appelée substance corticale. La moelle est constituée par une substance granuleuse au milieu de laquelle se trouvent des cellules pigmentaires. On peut comparer l’ensemble du bulbe et du poil à la peau recouverte de son épiderme ; la gaine du poil serait la couché épithéliale, la moelle, les plus jeunes cellules, le corps muqueux de Malpighi avec sa matière colorante, et la papille, enfin la couche papillaire du derme. Le canal central des poils disparaît à mesure qu’on examine l’extrémité libre qui est généralement terminée en pointe et quelquefois fendue.
La couleur des poils, variable suivant les races, les ïnclii vidas et les âges , intéresse plus le naturaliste que le chirurgien. Il n’en est pas de même de leur direction : nous aurons l’occasion de faire ressortir l’influence que des poils déviés ont sur des inflammations chroniques , à cause de l’irritation permanente qu’ils causent sur certaines parties.
I J- L. Petit voyait une plaie qui ne marchait que très-lentement vers la cicatrisation; la peau était un peu renversée i sur elle-même et les poils dont elle était hérissée aboutis ; saient par leur extrémité libre sur la surface vive de la solution de continuité. L’indication fut saisie par ce grand observateur. Les poils furent arrachés cl la cicatrisation ne i se fit pas longtemps attendre.
Les poils commencent à se développer vers le milieu de la grossesse, dans le cours du cinquième mois; les cils, les sourcils et les cheveux apparaissent dans la dernière moitié. Les premiers tombent, pour la plupart, vers le huitième] mois et se retrouvent dans l’eau de l’amnios et dans le méconium.