‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou, De l'anatomie dans ses rapports avec la pathologie externe et la médecine opératoireChapitre 32 sur 38 · SG · texte numérisé non relu

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lomie, il faut se garder de reporter le couteau en arrière après avoir commencé la section , car la lame, étroite vers la pointe, ne comblant plus la plaie, l’humeur aqueuse s’écoulerait bien vile, la chambre antérieure s’effacerait, en sorte que le chirurgien ne pourrait faire pénétrer le couteau plus avant sans courir l’inconvénient de blesser l’iris.

L’humeur aqueuse est sécrétée par les parois des cavités qui la recèlent. Cette sécrétion est très-rapide, on voit dans quelques cas les chambres se remplir complètement dans l’espace de dix à trente-six heures, après en avoir été vidées. Comme l’humeur aqueuse maintient, par la tension qu’elle opère, la courbure de la cornée, on comprend l’inllueuce que les variations auxquelles elle est exposée dans sa quantité exercent sur la vision.

Du cristallm-

Le cristallin est une lentille transparente, formée de couches de densité différente, à travers lesquelles se réfractent les rayons lumineux, comme dans nos instruments d’optique. Il forme la paroi postérieure de la chambre postérieure d’une part, et de l'autre il est en rapport avec le corps vitré sur la face antérieure et concave duquel il est logé. Il n’adhère pas à ce corps d’une manière bien forte, car il s’en laisse détacher avec facilité. C’est par le bord qu’il a des moyens de fixité, les procès ciliaires, qui vont sur le corps vitré et qui restent attachés sur sa face antérieure. Quand on a ouvert le globe de l’œil en arrière de l’iris, et qu’on sépare l’une de l'autre les deux portions, on voit ces procès, qu’on appelle procès ciliaires du corps vitré, empiéter par leurs extrémités sur la circonférence du cristallin ; ils le maintiennent dans sa situation normale, assez solidement pour que ce corps ne se déplace que dans des conditions exceptionnelles. Ces adhérences offrent souvent

des obstacles à l’abaissement dans l’opération de ce nom , à l’extraction de fragments de la capsule devenue opaque. Quand celle-ci n’est pas rompue dans toute l’étendue du bord, les adhérences qui persistent prédisposent, ainsi que l’a fait remarquer M. le professeur Malgaignc (1), à la réascension du cristallin. Elles sont quelquefois rompues ou par un .ébranlement causé par une chute sur la plante des pieds, sur la tète, par des coups portés sur la tempe ou sur l’œil ; de là une luxation du cristallin, qui le plus souvent est abaissé dans la chambre postérieure, qui est quelquefois porté dans l’antérieure. On l'a vu passer successivement de l’une à l’autre de ces deux chambres sous l’influence de manœuvres spéciales, faites par le malade, qui portail et secouait la tête dans divers sens. Quand ce sont des contusions sur le globe qui ont causé la luxation , la violence extérieure a pu en même temps rompre les membranes et donner issue au cristallin dans le tissu cellulaire sous conjonctival. Deux fois M. Desmarres (2) a extrait Ce corps par une incision faite sur la conjonctive, à l'exemple de Middlemore, qui rapporte cinq cas de ce genre.

Le cristallin présente deux convexités, l’antérieure et la postérieure. Celte dernière est plus prononcée que l’antérieure, ainsi qu’il résulte des mesures prises rigoureusement par François Petit, Krause et plusieurs autres. Des différences individuelles ont aussi été constatées relativement au degré de courbure de ces deux faces, dont les centres sont comme deux pôles. Quant au bord, il est circulaire, unit les deux laces et se trouve compris entre les procès ciliaires et le pourtour de la concavité du corps vitré.

La transparence et la limpidité du cristallin sont parfaites chez l’enfant et l’adolescent. Vers l’âge de quarante ans en-

(1) Anatomie chirurgicale , t. I, p. 372.

(2) Traité des maladies des jeux, p, 492.

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viron , celle leniille prend une leinie jaune d’ambre qui va toujours croissant d’intensité; à une certaine époque, elle donne chez quelques individus au champ de la pupille une coloration qui paraît d’un jaune vert. Il faut savoir distinguer cet état normal du glaucôme et d’une cataracte qui est à son début. Plusieurs fois des médecins , peu versés dans l’étude des maladies des yeux, ont commis cette erreur.

La structure du cristallin comprend une membrane enveloppante et un tissu propre.

1° La capsule cristalline est un sac très-mince, diaphane, sans texture appréciable, parfaitement moulé sur son contenu et sans ouverture. La moitié antérieure plus épaisse que la postérieure aurait de 1/80 à 1/100 de millimètre d’après Huschke, et de 1/320 à l//t00 d’après Henle. Les parois de cette capsule sont tendues par la substance propre et rétractiles ; elles sont en même temps très- fragiles. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire, quand on veut extraire le cristallin, de faire une incision fort étendue sur la paroi anlérieure, la tonicité des membranes de l’œil suffit pour chasser le cristallin hors de cette enveloppe qui se déchire avec facilité. Cependant il est des cas exceptionnels où par suite apparemment d’un travail pathologique, la sécabililé est moindre ; une incision plus étendue devient indispensable , sans quoi les pressions exercées sur la paupière, afin de faire arriver la lentille opaque entre les lèvres de l’ouverture pratiquée sur la cornée, exposerait à donner issue à une certaine quantité d’humeur vitrée et à déprimer simplement le cristallin. L’eau bouillante ne trouble point sa transparence. De tous les acides, l’azotique l’altère un peu, et encore il le dissout quelquefois plutôt ; le sublimé ne le change aucunement, tandis qu’il rend le cristallin opaque. On peut donc produire sur le cadavre des cataractes lenticulaires artificielles, ce qui peut être de quelque avantage dans l'exercice des préparations au manuel opératoire. Sur le vivant,

la capsule présente la même résistance à devenir opaque. Toutefois il ne faudrait pas en conclure que la cataracte capsulaire est une chimère. Le sentiment de M. Malgaigne, qui ne la croyait pas possible, a eu le grand avantage de provoquer des recherches, cl de renverser l’opinion de 1a plupart des auteurs qui ont écrit sur la cataracte et qui considéraient l’opacité de la capsule comme presque aussi fréquente que celle du cristallin. Elle est rare, au contraire, mais elle existe, ainsi que l’ont démontré des autopsies et la pratique des opérations. Son siège habituel est dans la paroi antérieure (cataracte capsulaire antérieure). Des inflammations internes de l’œil peuvent aussi produire l’opacité dans la paroi postérieure; mais celle cataracte capsulaire postérieure se complique bien vile de l’opacité du cristallin. Chose remarquable! l’artère centrale de la rétine envoie des rameaux artériels sur la paroi postérieure de la capsule cristalline, et l’antérieure qui n’en reçoit aucun est plus exposé à l’inflammation et aux opacités. Il faut supposer que le voisinage du ligament et des procès ciliaires ne sont pas sans influence sur ce phénomène.

2° La substance cristalline est molle à la périphérie et présente, en allant vers le centre des couches de plus en plus denses. On lui reconnaît trois parties : l 'humeur de Morgagni, les couches corticales et le noyau. La première est une couche mince et liquide, du poids d’environ trois centigrammes, et qui s’échappe entre les lèvres de la solution de continuité de la capsule. Cette humeur est plus abondante dans la partie antérieure que dans la partie postérieure de la capsule, et facilite l’issue du corps cristallinien, libre de toute adhérence avec son enveloppe. Quelquefois l’opacité débute par cette couche liquide, et s’étend de là progressivement vers le centre. A son premier degré , la lésion constitue la cataracte morgagnienne ; à un degré extrême, il n’existe plus qu'un petit noyau qui flotte au

milieu d’un liquide dont la couleur esl d’un blanc sale, composé de parties de densités différentes et qui , à la suite du repos, se disposent par couches, en raison de leur poids spécifique : c’est la cataracte laiteuse. La seconde couche du cristallin ou la substance corticale a la même texture que le noyau , qui ne diffère d’elle que par une densité plus grande. Des couches concentriques, superposées à la manière des tuniques d'un oignon, en sont la base; elles sont formées elles-mêmes par des fibres juxtaposées, contournant le bord et étendues d’un pôle à l’autre. Ces pôles ne sont pas des points géométriques, mais des espaces occupés par une substance dont les micrographes n’ont point encore fixé la nature. Malgré la régularité de la superposition de ces fibres et des lames, l’action des acides ou la coction dans l’eau bouillante font éclater le cristallin en segments dont le bord tranchant correspond à l’axe antéro-postérieur de l’organe. Ces segments sont séparés dans l’état habituel par de l’humeur morgagnienne apparemment. L’opacité débute quelquefois par elle, envahit peu à peu les parties intermédiaires. Comme les segments sont transparents au début de celte variété de cataracte, elle est étoilée à un plus ou moins grand nombre de rayons ; le plus souvent elle en a trois : c’est la cataracte à trois branches de M. J. Cloquet. Quelquefois l’opacité se montre sous une autre forme: elle est pointillée. Les lames sont restées transparentes, mais entre elles sont disséminés des points et de petites plaques blanches à la manière de taches. Le noyau correspond à la partie centrale du cristallin. Comme il est la partie la plus dense, c’est dans ce point qu’il faut porter l’aiguille quand des circonstances particulières engagent le chirurgien à le saisir ; tel esl , par exemple, l’accident de l’opération par abaissement qui consiste dans la chute de ce corps dans la chambre antérieure. Si pour reporter le cristallin en arrière, on piquait vers sa circonférence, la mollesse de la

substance céderait sous la traction oblique de l’aiguille. Le cristallin cataracte est, dans quelques cas, d’une dureté très-grande; de là les cataractes dures, qui sont désignées selon leur degré de consistance et leur aspect sous les épithètes d'osseuses, de pierreuses ou plâtreuses . La cataracte noire est une des plus denses. Enfin l’opacité du cristallin est dans quelques cas compliquée de celle de lu capsule; la cataracte est dite alors oapsulo-lenticulaire.

La densité variable du cristallin opaque détermine dans quelques cas le choix de la méthode opératoire. L’abaissement ne saurait être avantageux dans celui de cataracte pierreuse. J’ai vu en 1847, à l’IIôtel-Dieu, un malade opéré par cette méthode. Une inflammation vive de l’œil se déclara vers le huitième jour, et au dix-neuvième le malade succomba après des accidents cérébraux. Le cristallin était resté intact, enveloppé dans sa membrane dont la face antérieure était chagrinée : il était petit, dur, de la consistance et de l’aspect de la craie. La pétrification du cristallin est presque toujours 'accompagnée d’un état comme pierreux de la capsule, état que les auteurs ont appelée ossification. Wenzel a rencontré celte lésion pendant une opération de cataracte; Middlemore et Wardrop en citent de nombreux exemples. Le plus souvent, l’ossification du cristallin et de sa capsule coïncident avec l’atrophie du globe de l’œil.

Il est évident que la méthode du broiement ne peut convenir qu’aux cataractes molles.

Les injections les plus fines n’ont pu pénétrer dans l’intérieur du cristallin. Quant aux nerfs et aux lymphatiques, on n’en a pas encore découvert dans son épaisseur.

La question de savoir si le cristallin est un produit de sécrétion de la capsule qui l’enveloppe, quoique soutenue par de Blainville (1) et plusieurs autres , demande peut-être en-

(1) Nouv. Bull, des sciences mc’d. , févr. 1825, p. 81.

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corc de nouvelles recherches. On peut cependant avec Béclard , Demours et Réveillé-Parise se demander si ce que les ailleurs ont pris pour de nouveaux cristallins après l’opération de la cataracte par extraction n’était pas des débris des premiers, qu’on n’est pas toujours maîlre d’extraire sans morcellement. Voici toutefois l’historique de celle prétendue régénération. En 1801 , Vrolick (1) avait vu à Amsterdam, sur un homme opéré dix ans auparavant d’une cataracte par extraction, une masse informe, transparente, qui devenait opaque par son immersion dans l’alcool , et qui était contenue dans la capsule cristalline. Celle observation était restée inaperçue, lorsque MM. Cocteau (2) et Leroy d’Éliolles enlevèrent des cristallins sur des lapins, et observèrent une reproduction de celte lentille quelques mois après l’opération. Plus tard, Middlemore (3), Mayer (A), ont aussi fait des recherches qui toutes sont favorables à l’idée de Vrolick. Sœmmering (5) et Day (6) ont aussi décrit sur des hommes des cristallins nouveaux, mais annulaires, parce que la substance ne s’était pas reproduite au niveau de la solution de continuité de la capsule. Enfin Texlor fils a réuni dans sa thèse inaugurale six observations qui tendent à fortifier l’opinion que le cristallin enlevé est susceptible de se reproduire.

S’il est vrai que la capsule sécrète le cristallin , on comprend que celle-ci enlevée, une régénérescence est impossible. Aucun fait ne contredit celte proposition. Plusieurs observations recueillies par M. Malgaigne tendent aussi à

(1) Buchner .Warncming van cec.ne Eutbindung der Cristalvogtcn ,i SOI.

(2) Mémoires de L' À endémie des sciences , 1S36.

(3) Froriep Notizen , t. XVI, p. 302.

(4) Grœfect IVallher Journal t. XVII, p. 521.

(5) Organisclie vercetidertwg nach Slaciropcrationen , p. 27.

(6) A mm on Zeitscltri/t , t. IV, p. 21.

prouver que celte enveloppe protège la substance de la lentille contre l’action dissolvante des humeurs de l’œil et 1 absorption. Dans un cas où W. Sœmmering vit un cristallin intact , mais entouré de la capsule trois ans après l’opération par abaissement, l’autre cristallin, abaissé à la même époque, mais libre, avait été complètement absorbé. Doù le précepte de ne pas négliger d’inciser la capsule dans l’abaissement de la cataracte.

Du corps vitre.

Le corps vitré est une sphère creusée sur sa face antérieure d'une dépression qui correspond au cristallin , et moulée d’ailleurs exactement sur la concavité des membranes de l’œil. Il comprend une membrane, l 'hyaloïde, et une humeur, 1 humeur vitrée. Celle-ci a l’aspect et la consistance d’une solution aqueuse de gomme ; elle a un poids spécifique plus grand que celui de l’humeur aqueuse, et moindre que celui du cristallin. Sa transparence est parfaite dans la première moitié de la vie ; sa coloration devient ambrée avec l’àge. Le synchisis , ou ramollissement de cette humeur, n’est pas rare ; il coïncide le plus souvent avec une paralysie de la rétine et une paresse de l’iris, dont la pupille se dilate et se rétrécit peu. Celte fluidilé donne lieu au tremulus iridis, expose la lentille cristalline à des déplacements, à sa réascension après l’opération par abaissement. Dans un cas observé par M. Desmarres, le ramollissement du corps vitré était accompagné de l’apparition au fond de l’œil d’une multitude de paillettes brillantes , sans que la vision fût nullement altérée. La cause de ce phénomène était-elle des molécules de cholestérine, comme l’a présumé M. Malgaigne, ou bien, à la suite d’une altération de l’humeur vitrée, un déplacement des cellules liyaloïdiennes, qui, se mouvant, réfléchissaient sur leurs facettes les rayons lu-

m ANATOMIE DES APPAREILS.

milieux? Celte dernière interprétation nous mène à l’exposition de la texture intime du corps vitré.

Le corps vitré se composerait-il, en effet, de cellules à parois très-fines, remplies de l’humeur vitrée? ou bien, de la face profonde de la membrane hyaloïde, ne partirait-il pas plutôt des prolongements qui, à la manière de ce qui se passe dans le tissu cellulaire, circonscrirait des cellules communiquant les unes avec les autres? La première opinion, soutenue par Janin , est appuyée sur l’observation de cet auteur, qui, après avoir fait congeler l’humeur vitrée et extrait quelques petits glaçons, souleva la paroi sous la forme d’une membrane extrêmement mince. La seconde invoque à son appui l’écoulement progressif et enfin total du liquide hyaloïdien, quand on a ouvert une des cellules. Mais ne faut-il pas tenir compte, dans l’appréciation de ce qui se passe alors, de la perméabilité de membranes si ténues? L’œil entier lui-même ne s’affaisse-t-il pas par l’évaporation, malgré l’épaisseur de la sclérotique et de la cornée? En tout cas, le corps vitré ouvert, le cristallin ne tombe pas dans son intérieur, malgré Son poids; il faut, pour que l’abaissement ait lieu, que le chirurgien exerce une pression avec l’aiguille. . •

De la conjonctive.

Nous avons déjà étudié plusieurs parties de la conjonctive, à l’occasion des paupières et de la cornée ; il nous reste, pour avoir parcouru cette membrane dans toute son étendue, à voir quels sont ses caractères sur la sclérotique.

Elle est transparente, laissant voir au-dessous d’elle la sclérotique avec la teinte légèrement bleuâtre que lui communique la présence de la choroïde. Mais quand l’inflammation développe les vaisseaux qui la parcourent, elle devient rouge à cause de l’afflux des globules du sang. Chez l'adulte, on voit fréquemment des vaisseaux qui se dessinent sur elle,

sous forme de lignes plus ou moins sinueuses. Vers le culde-sac oculo-palpébral , elle esi moins transparente et devient rosée sur la face postérieure des paupières : on sait que la partie la plus colorée est immédiatement derrière les glandules de Méibomius.

Moins épaisse que la conjonctive palpébrale, la conjonctive scléroticale est mobile, grâce à la laxité du tissu cellulaire qui l’unit au globe de l’oeil. C’est pourquoi l’injection que développe en elle l’inflammation est située sur un plan superficiel qui glisse sur le plan profond de l’injection scléroticale causée par la kératite et l’iritis. L’épithélium pavimenteux de la muqueuse des paupières se continue sur celle du globe de l’œil, comme la couche papillaire, qui est plus ténue, et n’est visible qu’avec de forts grossissements. Dans certaines conjonctivites, les papilles gonflées donnent à la membrane l’aspect d’un rouge sablé. Nous avons fait remarquer que la conjonctive n’était plus représentée sur la cornée que par la couche épithéliale. Au dire de Krause, il existe sur l’endroit où la conjonctive se réfléchit sur le globe des follicules mucipares, qu’admettent Eble et Muller. Suivant Janin, la sécrétion muqueuse de la conjonctive transsude sans l’intervention d’organes glandulaires. On voit que celle question n’est pas encore jugée. Il est facile de prendre, en effet, pour des follicules les papilles dont il vient d’être question.

Au-dessous de la couche papillaire est un derme composé de fibres molles et déliées qui servent de support à des réseaux vasculaires et à des plexus nerveux. Il se continue d’une manière insensible avec le tissu cellulaire sous-conjonctival, tissu très-lâche et lamelleux qui se laisse facilement pénétrer par le sang , par la sérosité , par le pus et par les gaz. Il n’est pas rare de voir les vaisseaux qui le traversent se rompre sous l’influence de congestions et donner lieu à de petites ecchymoses dites spontanées. J’en ai vu

d’où parlait line varice de la conjonctive, à la manière d’une queue. D’autres fois la conjonctivite est accompagnée d’une si grande réplétion des vaisseaux, que ceux-ci se rompent par points et que les intervalles de l’injection sont occupés par des taches ecchymoliquos. Indépendamment de l'inflammation , tous les efforts tels que ceux de la toux, du vomissement, de l’éternument, peuvent donner lieu au même accident. Enfin le sang s’infiltre quelquefois dans le tissu cellulaire sous-conjonctival de proche en proche, en partant de l’intérieur de l’orbite : l’ecchymose est alors symptomatique d’une lésion des vaisseaux ou des parois de cette cavité, le plus souvent d’une fracture. Quant à l’infiltration de sérosité , elle accompagne les inflammations profondes de l’œil , la gêne de la circulation dans la veine ophthalmique quelquefois oblitérée par des caillots ou la même lésion du sinus caverneux. L’œdème est quelquefois tel, qu’il soulève la conjonctive autour de la cornée qui paraît enfoncée au milieu d’un anneau : c’est le chémosis séreux. Le chémosis inflammatoire est rouge, formé par la vascularisation de la conjonctive épaissie et le dépôt de lymphe plastique dans le tissu cellulaire. O11 voit quelquefois l’inflammation portée au point d’être phlegmoneuse : de petits abcès soulèvent alors la conjonctive. J’en ai ouvert un sur un homme affaibli par une fièvre typhoïde, et chez lequel s’était développée une ophthalmite sans cause externe. La tumeur purulente s’était développée au-dessus et en dehors de la cornée. Le malade mourut, et l’examen de l’œil nous permit de constater une ouverture au travers de la sclérotique dans le point correspondant à l’abcès, et du pus dans la chambre postérieure et le corps vitré. Il suffît qu’une solution de continuité existe du côté de l’os unguis, de l’etlnnoïde, pour que les efforts faits pour se moucher infiltrent les gaz expirés dans le tissu cellulaire sous-conjonctival.

On observe souvent dans l’épaisseur de la conjonctive, sur

le diamètre transversal de l’œil et en dedans de la cornée , une petite tumeur, grosse au plus comme un grain de chènevis, d’un jaune sale, et renfermant, un peu de graisse : c’est la pinguecula , qu’on voit aussi quelquefois vers l’angle externe. Donne-t-elle naissance à des poils, qui sont quelquefois très-longs ; c’est le trichosis de la conjonctive. Le ptérygion ou onglet celluleux , déformé triangulaire, à sommet constamment tourné vers la cornée, est une sorte d’épaississement qui comprend tantôt la conjonctive seule, tantôt celte membrane avec le tissu cellulaire sousjacent, et qui a un aspect ou charnu ou graisseux, quelquefois vasculaire par le développement des vaisseaux normaux. Il ne faut pas le confondre avec le patinas, résultat d’une inflammation chronique de l’œil , et constitué par des vaisseaux qui finissent par couvrir la cornée de leurs anastomoses, tandis que le ptérygion est limité et occupe le plus souvent l’angle interne. Il est vrai qu’il peut être multiple ; dans ce dernier cas, l’un est externe, l’autre est interne, et le troisième inférieur. Cependant on le voit aussi sur la moitié supérieure du globe oculaire. M. Yelpeau a observé cinq ptérygions sur un seul œil.

Enfin des pustules peuvent se former sur la conjonctive. Elles se trouvent tantôt uniques, tantôt multiples au sommet d’un pinceau vasculaire, et modifient la marche de la conjonctivite, qui est appelée dans ces cas de l’épithète de pustuleuse. On doit distinguer ces pustules de celles de la variole, qui peuvent aussi se montrer sur la muqueuse oculaire.

La conjonctive est bien, comme l’indique son nom, un moyen d’union placé entre les paupières et l’œil. La réflexion de l’une à l’autre de ces parties se fait à une profondeur variable. En bas, en haut et en dedans, elle ne recouvre qu’une étendue de six millimètres de la sclérotique à partir de la circonférence de la cornée. En dehors, le cul-de-sac oculopalpébral est plus profond : il est à une distance de dix ou

douze millimètres. Quand le globe de l’œil se meut, il entraîne avec lui le fond de tous ces sinus, l’externe quand la cornée es| tournée en dedans, celui d’en bas quand elle est portée en haut, et réciproquement. Il en résulte que fixer ces culs-de-sac , c’est empêcher aussi le globe d’être porté dans le sens opposé. De là un moyen ingénieux qu’a imaginé M. le professeur Nélaion pour empêcher la cornée de se cacher vers l’angle interne dans l’opération de la kératotomie : il consiste à placer dans le sinus oculo-palpébral externe une plaque pour le moins aussi profonde que lui et maintenue par un aide au moyen d’une lige. La ponction et la contreponction de la cornée sont faites alors avec facilité, car la cornée ne peut plus fuir devant l’instrument.

Quand des corps étrangers sont parvenus sur l’œil , les mouvements de la paupière supérieure les entraînent bientôt dans le sinus oculo-palpébral correspondant, à moins qu’ils ne soient fixés dans l’épaisseur de la conjonctive ou même au-dessous d’elle dans le tissu cellulaire. La position qu’affectionnent ces corps étrangers est expliquée par forclusion des paupières qui s’opère aussitôt qu’ils sont tombés sur l’œil. Celui-ci, comme on sait, se dirige en haut pendant que le bord de la paupière supérieure est porté bien au-dessous de son équateur, et, au moment où les yeux se rouvrent , le globe roule de haut en bas et le bord de la paupière supérieure glisse de bas en haut entraînant ainsi le corps étranger qui se trouve saisi au-dessus du cartilage tarse. Divers mouvements causés par des frictions extérieures , ou même les larmes , l’entraînent quelquefois dans d’autres points.

Les sinus ocuio-palpébraux peuvent être détruits par des adhérences ou traversés par des brides. Le sytublepharon, car tel est le nom donné à la première lésion , n’a été que très-rarement vu congénital. Il est habituellement le résultat d’inflammations longues causées soit par des brûlures,

soit par des cautérisations maladroitement pratiquées avec des cautères potentiels. Les brides succèdent le plus souvent à des ulcératjpns de la même nature ou à des opérations faites par l’art. Rien n’est plus difficile à guérir que ces adhérences , qui se renouvellent après les opérations avec une grande facilité.

Les vaisseaux de la conjonctive sont nombreux ; de là la rougeur, qui peut être très-grande dans l'inflammation de celfe membrane, et les varices qu’on y observe souvent. Comme ils proviennent des vaisseaux des paupières et du globe de l’œil , on conçoit comment les inflammations de l’une de ces parties retentissent sur les autres , comment la réplétion des vaisseaux de la conjonctive annoncent des congestions dans l’œil. Quant aux nerfs, ils appartiennent à des rameaux de la cinquième paire ; de là l’exquise sensibilité de celte membrane, et les douleurs si agaçantes et si pénibles que causent quelquefois des corps étrangers.

Telles sont les parties constituantes du globe de l’œil. Il reçoit le sang par des branches de l’artère opluhalmique, la centrale de la rétine, les artères musculaires, les ciliaires longues et courtes, l’artère lacrymale et les palpébrales. Les veines correspondent à toutes ces artères. Mais il faut remarquer que l’oplUhalmique est une branche de la carotide interne qui fournit aussi la cérébrale antérieure et l’artère de la scissure de Sylvius , que la veine opluhalmique va se jeter dans le sinus caverneux. La circulation du cerveau a donc des connexions avec celle de l’œil. On voit en conséquence comment l’injection de la conjonctive peut être symptomatique de congestions cérébrales, comment les ophthalmiles retentissent à leur tour sur l’encéphale. D’autre part , l’application de sangsues sur les paupières dans le but d’une saignée déplétive sur l’organe de la vue se comprend facilement.

Les nerfs du globe oculaire sont : l’optique, qui transmet l’impression des rayons lumineux au cerveau ; les nerfs ciliaires, nerfs sensitifs et moteurs, qui proviennent par le ganglion ophthalmique des nerfs de la cinquième et de la troisième paire. La présence d’un filet sympathique le long de l’artère centrale de la rétine n’est pas encore parfaitement démontrée. Nous verrons que les muscles qui meuvent l’œil dans différents sens reçoivent des nerfs de diverses sources.

Considéré dans son ensemble, le globe de l’œil est un corps arrondi dont la surface se rapproche, ainsi que l’ont démontré les recherches de Iîerschell et de Krause, de la forme d’un ellipsoïde. Il est aplati sous les muscles qui le meuvent, surtout au-dessous du droit interne. Dans un cas relaté par Morand parmi les mémoires de .l’Académie des sciences , l’impression faite par les muscles était si grande, que l’œil paraissait plutôt carré qu’arrondi. D’ailleurs, la forme normale est altérée par des bosselures plus ou moins saillantes dans les cas de staphylôme de la sclérotique. L’atrophie le ride quelquefois et rend son volume très-petit. Par contre, l’hydropisie lui donne des dimensions trèsgrandes tantôt en avant, tantôt en arrière, selon que c’est la cornée ou la sclérotique qui commencent par subir la distension. Les plus grands diamètres sont obliques, c’est-à-dire que leurs extrémités aboutissent entre les muscles droits : la contraction de ceux-ci tend à augmenter leur étendue en rendant plus saillantes les légères bosselures placées entre leurs points d’insertion. La cornée devient aussi ^plus convexe, et le diamètre antéro-postérieur se trouve agrandi; de là une des causes de l’adaptation de l’œil aux distances. Partant de cette donnée physiologique, M. Bonnet de Lyon a été conduit à faire la section de l’un de ces muscles, du petit oblique, dans le but de remédier à la myopie simple, c’est-à-dire non compliquée de déviation du globe de l’œil.

Des succès inconieslables oui été rapportes par ce chirurgien. Mais, comme le fait remarquer M. Lenoir(l), la question n’esl pas encore définitivement résolue ; il faudrait que la pratique des autres vînL confirmer la réussite des neuf cas de M. Bonnet. Ajoutons que la moitié interne du globe de l’œil est moins étendue que la moitié externe.

Quand nous regardons un objet, les axes optiques , c’està-dire les lignes qui du centre de la cornée vont au centre de la concavité de la rétine convergent l’un vers l’autre. La déviation de l’un des deux yeux détruit cette harmonie, et constitue une lésion désignée sous le nom de strabisme. Celui-ci est divergent quand l’œil dévié est porté en dehors, convergent s’il se dirige en dedans. On a bien encore admis un strabisme en haut, un autre en bas, selon la direction du globe dans l’un de ces deux sens ; mais ces deux variétés sont extrêmement rares. La déviation peut être suivant la résultante de deux muscles de l’interne et du supérieur, du supérieur et de l’externe, etc. : elle est dite alors oblique. On comprend qu’indépendamment de la difformité qu’il occasionne, le strabisme soit accompagné d’altérations particulières de la vue, telles que la diplopie, la myopie. Enfin le strabisme est simple ou double , quand il porte sur un seul œil ou sur les deux à la fois.

La direction des axes de l’œil varie à chaque instant de la journée, selon le jeu des muscles qui le meuvent. Toutefois on peut dire d’une manière générale que, maintenu par les paupières en avant et l’aponévrose orbitaire en arrière, il est placé plus près de la paroi interne de l’orbite que de l’externe, du plancher que de la voûte. Les muscles et le nerf optique, auxquels le globe de l’œil est comme attaché, empêchent qu’il ne tombe hors de l’orbite. Il faut considérer comme des fables les cas de Rhodius rapportés

(1) Des operations qui se pratiquent sur les muscles de l'œil, p. 109.

par Bonnet (1) , de Covillard et de Salmuih. On voit néanmoins l’œil saillant en avant , quand des compressions lentes le poussent dans ce sens. Telle est Y exophthalmie , causée par la présence de tumeurs développées dans l’orbite. Mais de cette propulsion de l’œil à sa chute sur la joue, par exemple, il y a loin. Ces tumeurs peuvent produire des déviations dans toutes sortes de directions.

Nous avons parlé des solutions de continuité des diverses parties constituantes de l’œil ; mais il est des cas où plusieurs membranes à la fois sont intéressées. Tels sont ceux où des contusions ont déterminé la rupture de la sclérotique, de la cornée, de l’iris et de la choroïde, voire même de la rétine. La lésion est suivie de la perle de la vision , car les humeurs sont bien vite évacuées. Les instruments piquants, comme l’aiguille à cataracte, ne causent généralement pas d’accidents; la plaie de la sclérotique ou de la cornée se ferme bien vite. Les plaies par instrument tranchant, qui portent sur la sclérotique, exposent à l’issue de l’humeur vitrée.

Le cancer n’est pas très-rare dans le globe oculaire. A l’état de squirrhe, il procède des paupières ; mais quand il débute dans l’œil lui-même, il appartient à la variété encéphaloïde que noircit une plus ou moins grande quantité de matière colorante. Il peut se développer dans toutes les couches de la partie postérieure du globe de l’œil , d’après les recherches de M. Lebert(2), mais de préférence dans la partie oculaire du nerf optique et la choroïde. Il est fréquent pendant l’enfance : sur vingt-deux malades dont les observations ont été analysées par M. Lebert, huit avaient moins de dix ans.

(1) Bonnet. Cours de médecine, t. III, p. 50.

(2) Lebeit. Traité pratique des maladies cancéreuses , p. S41.

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