OREILLE EXTERNE
Elle comprend le •pavillon et le conduit auditif externe.
A. Pavillon de l’oreille. C’est une lame élastique, ondulée, qui est située en avant de la région mastoïdienne, en arrière de l’articulation temporo-maxillaire , au-dessus de la parotide et au-dessous de la partie latérale de la tète sur les limites de laquelle elle se trouve fixée. Elle est libre dans la plus grande partie de son étendue, en sorte qu’elle a deux faces, l’une interne et l’autre externe. Vulgairement désignée sous le nom d’oreille, elle a jusqu’à un certain point la forme d’un cornet acoustique, dont elle remplit les usages. L’anatomie descriptive signale ses ondulations, ses replis, certaines excavations, tels que X hélix , c’est-à-dire la bordure extérieure, sa rainure ou le sillon qu’elle forme, Xanthélix ou la circonférence postérieure de la conclue,
cavité qui esi creusée sur la partie antérieure. On remarque encore la fossette de Y an t hélix ou fusse scaphoïde le tragus , espèce de languette qui limite la conque en avant, dont la base est tournée vers la l'ace, et qui petit jouer le rôle d’opercule relativement à l’orifice externe du conduit auditif ; Yantitragus , situé à l’opposite de la saillie précédente, dont elle est séparée par l’échancrure de la conque, mais un peu au-dessous et en arrière. La peau recouvre la couche extérieure du pavillon dans toute son étendue; elle est doublée par une couche de tissu cellulaire ou rampent des vaisseaux et des nerfs, et où sont quelques petits muscles. Le squelette est fibro-carlilagineux.
1° Couche cutanée. Elle se moule exactement sur les replis et les anfractuosités du pavillon; cependant il est des points où elle proémine en se repliant sur elle-même. Tels sont : le lobule , languette qui a la forme d’un demi-cercle, qui est située sous l’anthélix et l’échancrure de la conque, et qui est constituée uniquement par les couches cutanée et cellulaire ; le bord de l’hélix , dont le sillon se trouve ainsi plus prononcé. Très-fine et transparente, la peau permet de voir au-dessous d’elle le réseau vasculaire qui la nourrit. Elle est très-adhérente sur la face externe, surtout au niveau de la conque ; au contraire, elle glisse sur la convexité de l’hélix et la face mastoïdienne, de manière que par un pincement on peut former des plis. Elle est recouverte d’un duvet très-fin, excepté sur la face interne du tragus où des poils d’une longueur variable, suivant les individus, interceptent l’entrée des corps qui sont suspendus dans l’atmosphère. Quant aux follicules sébacés, ils sont nombreux et deviennent plus gros en approchant du conduit ; il n’est pas rare de voir des tannes se développer en formant une saillie vers l’extérieur, à cause sans doute de l’adhérence de la peau, qui offre un obstacle à leur accroissement dans le tissu cellulaire sous-cuiané.
La coloration de la peau du pavillon csi rosée sur le lobule et le bord convexe de l’hélix : elle devient rouge, et lie de vin quand l’atmosphère est froide. Elle est avec le lobule du nez et les extrémités des doigts et des orteils , les parties où la congélation s’opère avec le plus de facilité.
On voit fréquemment le lobule être le siège d’inflammations chroniques, d’éruptions darlreuses.
2° Couche cellulaire. Elle varie pour sa densité cl son état de sécheresse selon les régions où on l’examine. Sur la face externe, elle est feutrée, dense, et fixe intimement la peau au cartilage sous-jacent : elle ne devient lâche et humide qu’au niveau du bord convexe de l’hélix , où se trouvent quelques cellules adipeuses rares , et dans le lobule où elles abondent. Sur la face interne, le tissu cellulaire est plus souple, permet les glissements que nous avons signalés et se laisse gonfler par l’inflammation. Comme celle couche se continue d’ailleurs avec le tissu cellulaire souscutané du cuir chevelu , on voit comment l’érysipèle phlegmôneux de cette dernière partie peut se propager facilement au pavillon de l’oreille. La tuméfaction est bien plus prononcée sur la face mastoïdienne et le bord convexe de l’hélix que sur la face externe et dans la conque.
Le tissu cellulaire de la conque est le siège des mêmes phénomènes qui se passent sur le cuir chevelu, sous la peau du tibia, partout enfin où la peau est fixée à des parties résistantes par une couche sèche et serrée, quand ces parties sont atteintes par des contusions. Je veux parler de la déchirure de la couche sous-cutanée, de l’épanchement de sang dans la cavité accidentelle, en un mot, des bosses sanguines. Eh bien ! la conque du pavillon de l’oreille peut , dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, être le siège de celle lésion. Qui plus est, si les violences extérieures se répètent souvent, la peau de la conque décollée glisse sur le cartilage, des adhérences ne peuvent s’établir , du sang
est tour à tour versé et absorbé , il s’établit eu un mol une bourse séreuse, tantôt remplie de sérosité, ou de sérosité sanguinolente , tantôt de sang pur et de caillots. L’histoire de ces hématocèles n’est pas encore bien connue : on me pardonnera d’entrer dans quelques détails.
C’est sur des aliénés qu’elles ont été d’abord observées. Le docteur Bird en a rapporté six cas chez des hommes, sans pouvoir en reconnaître l’étiologie (1). En 1842, M. le docteur Belhomme en a signalé le premier, en France, une observation aux membres de la Société médicale d’émulation (2). Il s’agissait d’un individu en démence et paralytique, qui avait l’habitude de heurter alternativement les côtés de sa tête à droite et à gauche sur les pans latéraux d’un fauteuil. Dans le mois de novembre de la même année, M. Cossy (3,), interne à l’hospice de B.icêlre, publiait dans les Archives generales de médecine trois observations analogues , mais dans lesquelles l’auteur n’avait pu découvrir comme cause aucune trace de contusion. C’était au ralentissement de la circulation normale que M. Belhomme attribuait, sous l’inlluence du moindre choc , une prédisposition spéciale à la formation de ces épanchements sanguins, et à l’affaiblissement seul de la constitution, que M. Cossy reconnaissait quelque influence. Je ferai remarquer que sur le malade de AI. Belhomme, des contusions très-souvent répétées avaient eu lieu, puisque le malade battait presque constamment les deux pavillons sur le fauteuil où il était assis, et que, malgré la surveillance exacte qui était exercée, il n’est pas certain que chez les trois aliénés de Bicêtre il n’y ait pas eu de coups portés sur la région auriculaire. Or, cës hématocèles ne sont pas
(1) Archives générales de médecine, 1834, t. IV, p. 524.
(2) Comptes rendus de la Société médicale d’émulation, Gazette des hôpitaux, 20 août 1842.
(3) Arch. gin. de méd. 1842, l. XV, p. 290.
rares chez les athlètes vigoureux qui offrent leurs luttes en spectacle à Paris et dans le midi de la France. J’en ai observé quatre exemples. Un de ces hommes robustes était entré à l’ hôpital de la Charité pour une tumeur qui datait déjà de longtemps et qui avait été tour à tour indolente et enflammée, comme cela arrive pour l’hygroma du genou. La tuméfaction était telle, que la peau de la conque était soulevée au delà du niveau de l’anthélix et que l’oriüce externe du pavillon était couvert par elle. Une excision ayant été pratiquée, il sortit une assez grande quantité d’un liquide sérosanguinolent ; des caillots étaient au fond d’une poche limitée en dehors par la peau, en dedans par le cartilage auriculaire. Des boulettes de charpie furent placées au fond de la cavité, et le malade guérit au moyen d’une suppuration qui dura environ trois semaines. Un autre luttait depuis deux ans; il avait eu, à quatre reprises différentes , une tuméfaction du pavillon gauche , laquelle s’était dissipée chaque fois. Il venait me demander des conseils pour une grosseur plus forte que les précédentes et qui avait succédé à des contusions violentes pendant la lutte. Des ponctions répétées jusqu’à six fois, à huit jours d’intervalle, l’ont guéri. Au premier coup de lancette, il était sorti du sang; au second, de la sérosité sanguinolente, et dans les derniers, une sérosité très-légèrement rosée , comme chez l’un des malades de M. Cossy. Les deux autres cas que j’ai vus sont sur des lutteurs qui pouvaient encore exercer leur profession , mais dont les pavillons augmentaient considérablement de volume après chaque séance.
Il suffit d’énoncer ces faits pour comprendre l’iufluence des contusions sur le pavillon de l’oreille. On s’en rendra d’autant plus facilement compte, que cette lame est appuyée sur un plan résistant, la tête, dans les chocs qui la violentent, et que, chez les lutteurs de profession, elle est comprise entre les deux têtes, fortement comprimées entre elles,
ou sous la partie interne du bras de l’adversaire, au moment où ils cherchent mutuellement à prendre un point d’appui pour se renverser sur le sol. Ce sont des froissements qui décollent, pour ainsi dire, la peau du cartilage. Comme le tissu cellulaire de celle face du pavillon est très-dense, qu’il ne permet pas de glissement , il se déchire plutôt, et , dans les parties voisines où il est resté intact, il ne permet pas l’infiltration du sang en raison même de celle densité.
Le tissu cellulaire sous-cutané du pavillon s’hyperlrophie à la suite des contusions et des froissements qui s’opèrent pendant la lutte. Aussi presque tous les individus qui se livrent fréquemment à ce genre d’exercice ont-ils des pavillons volumineux , qui paraissent, comme les membres, frappés d’éléphanliasis. La peau de la convexité de l’hélix n’est plus souple, ne peut plus se laisser plisser sous les doigts, pas plus que celle de la face mastoïdienne. Elle est même plus épaisse, plus rouge et plus dense. J’ai vu des pavillons que l'hypertrophie avait rendus assez volumineux dans leur partie supérieure, pour retomber en dehors à la manière de ceux de certains animaux.
Dans le lobule , là où les deux lames cutanées ne renferment dans le repli qu’elles forment que des tissus adipeux, fibreux et. élastiques, on a vu, mais assez rarement, des tumeurs fibreuses qui gênênt par leur volume, et contre lesquelles on ne doit employer que l’extirpation. Le docteur Campbell a rapporté devant les membres de la Société médicale de Calcutta, en 1SÙ3, qu’un grand nombre des habitants de la vallée du Nipal étaient sujets, en même temps qu’au goitre, à des tumeurs du pavillon qui lui avaient paru être de la même nature que le matnmary sarcoma. Il est probable que ces lésions , qui avaient leur siège dans le tissu cellulaire sous-cutané et la peau, u’étaienl que des tumeurs fibreuses dues à une hypertrophie locale.
3° Cartilage auriculaire. Le cartilage est le squelette
du pavillon. Il csi contourné, plissé sur lui-même dans quelques points, de manière à donner à l’oreille la configuration que nous lui voyons à l’extérieur. Le lobule seul en est dépourvu. On sait aujourd'hui que des aiguilles peuvent être passées sans danger au travers de sa substance, contrairement à la recommandation de Pibrac. Nous ne savons pas encore d’une manière positive s’il s’hypertrophie dans celle augmentation générale de volume du pavillon que j’ai indiquée chez les individus qui soumettent celle région à des frottements, à des irritations fréquentes. Dans le cas rapporté par M. Belhomme, où il existait une hématocèle souscutanée , ce cartilage parut hypertrophié. Quant aux solutions de continuité produites par des violences extérieures, elles sont habituellement empêchées par la souplesse de son tissu. Cependant Celse s’énonce ainsi : in aure quoque inlerdùm rumpitur cartilago. On s’accorde généralement aujourd’hui à nier ces fractures avec Leschevin cl Boyer. D’autres auteurs, pour en expliquer la possibilité, avaient invoqué l’ossification du cartilage, état qui n’a pas encore été démontré. Je puis affirmer que la proposition de Celse n’est pas dénuée de fondement ; j’ai vu naguères une solution de continuité du cartilage auriculaire, oblique en arrière et en haut, et située au-dessus de la conque, sur un des athlètes les plus vigoureux qui luttent en ce moment à Paris. Les deux fragments sont maintenus en contact, mais ils peuvent être très-facilement pliés l’un sur l’autre comme les deux feuillets d’un livre. On comprend qu’il faille des circonstances bien exceptionnelles, comme celles où sont placés ces hommes si robustes, pour favoriser la cassure d’une lame si flexible. Que la lésion soit ou non quelque chose de difficile à expliquer, toujours est-il qu’elle est un fait certain.
Le cartilage auriculaire contient des corpuscules cartilagineux semés çà et là dans des mailles limitées par des fila-
ments fibreux et élastiques. Il est recouvert d’un périchoudre où se ramifient les vaisseaux qui laissent transsuder les éléments de sa nutrition. C’est celle membrane fibro-vasculaire qui maintient les fragments en contact dans les cas si rares où il existe une rupture ; c’est elle aussi qui, dans les solutions de continuité produites parles instruments tranchants, vèrse avec les couches cutanée et cellulaire lés matériaux d’une cicatrice fibreuse.
4° Vaisseaux et nerfs. Les artères du pavillon de l’oreille sont : l’auriculaire postérieure, et les auriculaires antérieures qui proviennent de la carotide externe et de la temporale. Ces dernières se perdent dans le tissu cellulaire sous-cutané de la face externe. La première , destinée à la face mastoïdienne, s’anastomose par ses branches terminales avec celles des précédentes sur la concavité de l’hélix qu’elle contourne : elle fournil encore une branche qui passe entre la queue de l’hélix et l’antilragus, pour gagner la conque où elle se perd. Les bosses sanguines de celle excavation sont nécessairement formées en grande partie par la déchirure des rameaux terminaux de celte branche. Les veines suivent exactement le trajet des artères. Disons qu’il n’est pas rare d’observer dans celte région des tumeurs érectiles.
Quant aux nerfs, ils proviennent, par des ramifications assez fortes, du nerf auriculaire, branche du plexus cervical. De même que l’artère postérieure, ce nerf émet un filet qui, de la face mastoïdienne, va sur la face externe en passant entre l’antitragus et la queue de l’hélix, pour aller se perdre dans la peau de la conque.
Enfin le pavillon de l’oreille est fixé par des ligaments aux os voisins et mù par des muscles extrinsèques et intrinsèques, munis chacun d’un filet nerveux et dont la connaissance importe peu eu anatomie chirurgicale.
La forme du pavillon est ovalaire ; sa direction est oblique ù la tête, et forme dans une bonne conformation un angle
de 25 à 30 degrés suivant Buchanan. Ses saillies, ses anfractuosités sont en rapport , suivant ce dernier auteur, avec la finesse de l’ouïe ; Itard, au contraire, le regarde comme à peu près insignifiant pour l’exercice du sens non-seulement chè£ l’homme, mais encore chez les animaux. Il dit avec Vering (1) qu’on peut l’enlever sans qu’il en résulte de notables altérations. Ce n’est pas dans ces opinions extrêmes qu’il faut chercher la vérité : si le pavillon n’est pas indispensable pour une ouïe ordinaire , il faut reconnaître qu’il n’est cependant pas inutile. Aussi doit-on chercher à réunir les lambeaux des plaies , alors qu’ils ne tiennent plus que par une languette étroite. On doit tenter encore la réunion, quand ils sont tout à fait détachés. Le docteur Manni rapporte qu’un pavillon entièrement détaché a été réappliqué au bout de quelques heures avec succès (2).
Libre dans presque toute son étendue, excepté sur la partie antérieure et inférieure de la conque où il se continue avec le conduit auditif, le pavillon est mobile, et, à la suite de pressions diverses, peut à la longue s'aplatir sur le crâne ou s’en écarter d’une étendue variable. Aussi existe-t-il à ce sujet des différences qui dépendent des habitudes, du degré de constriction des coiffures. Il ne faut pas perdre de vue, dans l’application des bandages, la possibilité d’étrangler d’une manière très-douloureuse cette lame entre le plan résistant des os et l’appareil. Boyer cite l’observation d’un jeune homme qui, ayant une escarre au sacrum , était obligé de se coucher sur le côté ; la pression de la tête sur le pavillon détermina une gangrène de l’anthélix, lésion qui fut suivie d’un trou qui pouvait admettre le petit doigt.
B. Conduit auriculaire . C’est un conduit situé sur la partie antérieure et inférieure de la conque, et qui , d’une
(1) Aphorismes, p. 6.
(2) Dict. en 30 vol. t., XXIt, p. 330.
pari, fait suite au cornet acoustique représenté par le pavillon, de l’autre, aboutit jusqu’il la membrane du tympan qui limite en dehors l’oreille moyenne.
La peau du pavillon s’enfonce dans ce conduit et le revêt dans toute son étendue. Dès l’orifice externe, ce tégument s’amincit, devient mou, rougeâtre, d’une délicatesse et d’une sensibilité exquises. Il tend à prendre les caractères d’une muqueuse en se rapprochant de l’extrémité interne. Les corps étrangers éveillent en lui de la douleur, et les tentatives pratiquées pour les extraire occasionnent souveni de cruelles souffrances. La sensation , comme dans tous les sens , persiste après le contact des corps extérieurs, bien plus longtemps que l’impression. Voilà pourquoi des personnes qui ont eu l’imprudence de laisser tomber un grain de blé, unebouletle de papier, une épingle, etc., dans le conduit, croient encore à la présence d’un corps étranger, quand celui-ci est tombé sous l’influence d’un mouvement, d’une secousse ; voilà pourquoi , s’ils ne sont prévenus de ce fait qui n’est pas rare, et s’ils s’en laissent imposer par le récit des malades, des chirurgiens sont exposés à chercher le corps qui est sorti et à irriter de plus en plus le canal en raison même de l’insuccès des tentatives.
Des poils hérissent la surface interne du conduit auditif et disparaissent après être insensiblement devenus plus rares et plus courts au voisinage de la membrane lympanique. Mais on y remarque des glandules assez abondantes pour que leurs orifices réunis donnent à la peau un aspect aréolaire. Elles sont plus nombreuses près de l’orifice externe ; on n’en voit plus à un ou deux millimètres de l’interne. Leur fond ressemble assez bien à celui des glandes sudoripares ; mais leur sécrétion se rapproche plutôt de la matière sébacée. Le cérumen qu’elles sécrètent est une humeur onctueuse, épaisse, et qui se rapproche, pour l’aspect, delà cire ; il n’est soluble qu’en partie dans l’eau. Par un séjour
prolongé dans le conduit, il peut acquérir une consistance pierreuse et devenir un corps étranger qui , bouchant la voie des ondulations sonores, est une cause de surdité. A la longue, ces boules cérumineuses peuvent perforer le tympan et faire saillie dans la caisse. L’épiderme est la seule partie de la peau qui se prolonge sur la face externe de celte membrane.
Les auteurs qui se sont particulièrement occupés des maladies de l’oreille ont divisé jusqu’à l’excès les diverses inflammations de la peau du conduit. Ainsi M. Itard décrit une otite catarrhale, une otite purulente et six formes d’atorrhée. Disons seulement que dans l’otite externe, tous les éléments cutanés peuvent être atteints à la fois ; que la partie glandulaire l’étant plus spécialement , il s’écoule un liquide mucoso-purulent ; que l’inflammation se présente ici comme ailleurs sous deux étals, l’aigu et le chronique.
Comme le tégument du conduit auditif présente à peu près les caractères d’une muqueuse, il peut être le siège du développement de polypes qui gênent considérablement l’audition. Ces productions sont d’un gris rosé, molles, et se laissent facilement déchirer sous la traction opérée avec les instruments. C’est pourquoi , après leur extirpation ou leur ligature, il est prudent de porter le nitrate d’argent sur le pédicule, afin d’en prévenir la reproduction, accident d’autant plus commun qu’il est facile d’en laisser une partie sur le lieu de leur implantation.
)En dehors de la peau, le conduit auditif est en partie osseux, en partie cartilagineux. Le canal osseux manque chez le fœtus et l’enfant nouveau-né, où il est réduit à l’anneau tympanal. Chez l’adulte, il forme la moitié interne du conduit et appartient à l’os temporal. Le canal cartilagineux est fibreux dans son quart supérieur, où l’on voit une lame très-forte, extensible et élastique, et cartilagineux en avant et en arrière, où il se continue avec la base du tragus i- 3A
et de l’antilragus. Le fait le plus remarquable de celle portion cartilagineuse est sa ressemblance avec les cerceaux de la trachée. Des fentes ( incisurcs de Santorini') comblées par du tissu fibreux interrompent en effet, mais incomplètement, sa continuité. C’est au travers de ces liens que du pus provenant d’un abcès parotidien peut se faire jour dans le conduit auditif en avant, de même que, en arriére, des abcès de la région mastoïdienne ont quelquefois perforé la lame fibreuse supérieure.
L’union des parties osseuse et fibro-carlilagineuse se fait par des trousseaux fibreux très-forts, qui s’implantent en avant et en bas sur une crête saillante , en haut sur des rugosités, et en arrière sur une surface lisse que l’on distingue à la circonférence du pourtour de l’orifice de l’os. La solidité est assez grande pour que, dans l’état ordinaire, les pavillons puissent supporter le poids de tout le corps.
Le conduit auriculaire ainsi constitué a une longueur d’environ trente à trente -quatre millimètres depuis le milieu de' l’ouverture extérieure jusqu’à celui de la membrane du tympan. Mais la paroi supérieure a moins de longueur que l’inférieure , à cause de la direction de celte membrane qui coupe obliquement en bas et en dedans le canal osseux : la différence est de dix millimètres. Entre le côté antérieur et le postérieur, elle est de six millimètres environ à l’avantage du premier. La forme est celle d’un ovale. Le diamètre vertical est de huit à douze millimètres , l’horizontal de six seulement. Il résulte de ces dimensions qu’un corps arrondi, qui a été introduit par accident dans le conduit ne remplit pas l’aire tout entière, qu’en un mol, il reste au-dessous et au-dessus de lui un espace qui permet de glisser un levier pour saisir ce corps et le porter vers l’extérieur. Parvenu jusqu’au contact de la membrane du tympan , il doit en être séparé en bas par un sinus. C’est pour celte raison que les auteurs conseillent généralement
de glisser la curette sur la paroi inférieure , parce que , disent-ils, elle pourra manœuvrer plus facilement sans exposer à blesser la cloison voisine. Tel n’est pas le sentiment deM. Malgaigne (1). Ce professeur fait remarquer que le levier, qui doit porter son action sur l’hémisphère postérieur du corps étranger, subit nécessairement un mouvement de bascule en vertu duquel le manche de l’instrument est porté en bas, l’extrémité opposée en haut ; en conséquence, il tend à heurter la membrane, qui est oblique en haut et en dehors. Si l’on porte, au contraire, la curette le long de la paroi supérieure, le mouvement de bascule ne fera que l’éloigner de la membrane que l’on veut éviter. Ce procédé est donc préférable.
La direction du conduit auditif interne est un des points les plus intéressants de l’histoire de ce canal. Sous un point de vue général et dans son ensemble, on peut dire qu’il se dirige en dedans un peu en avant et en bas : les deux axes prolongés tendraient donc à se couper suivant un angle. Mais il offre des inflexions, il décrit même jusqu’à un certain point un pas de vis, ainsi que le démontre une matière que l’on a injectée liquide et qui s’est solidifiée dans son intérieur. Huschke (2) lui reconnaît trois inflexions : l’une externe, l’autre lympanique, et la troisième intermédiaire aux deux précédentes. La première, oblique en avant, se recourbe en arrière à la distance de six millimètres du méat auditif. Cette nouvelle direction dure la longueur de cinq à six millimètres, puis un nouvel angle à sommet postérieur est formé, et le canal redevient oblique en bas et en avant. Il suit de ces inflexuosilés que le redressement du pavillon et du conduit par des tiraillements en haut et en dehors est nécessaire pour l’exploration de la membrane
(1) Anatomie chirurgicale , t. I, p. 341.
(2) Traité de splanchnologie, p. 754.
ANATOMÏE DES APPAREILS.
du tympan , et que sa partie externe et supérieure est Ja première qui se présente à l’œil de l’observateur. Pour redresser les courbures d’une manière plus complète, on se sert d’un spéculum imaginé par Fabrice de Hilden (1) et modifié depuis par Deleau , Kramer, etc. Celui qui est le plus généralement employé aujourd’hui est un spéculum à deux vulves coniques, légèrement aplaties, et formant à leur sommet une ouverture ovalaire.
Le calibre du conduit auditif est quelquefois diminué par le gonflement de la peau atteinte d’une inflammation chronique. Celte lésion qui se produit habituellement chez les individus scrofuleux, est en général difficile à guérir. D’autres fois, le rétrécissement est congénital.
Les artères viennent de celles du pavillon et de la temporale. Des veines leur correspondent. Quant aux nerfs, ils émanent du vague et du trijumeau.
L’oreille externe est une production de la partie externe de la fente branchiale antérieure, c’est-à dire de l’une de ces ouvertures séparées par des arcs , les arcs branchiaux , qui apparaissent sur les côtés du cou dans les premiers temps de la formation de l’embryon. L’ouverture du conduit auditif se montre près de la bouche dès la sixième semaine, sous la forme d’un enfoncement oblong. De la partie externe de la même fente, naissent l’oreille moyenne et la trompe d’Eustache. Les bords de celte fente branchiale, en se développant, forment le pavillon et le conduit cartilagineux, en sorte que l’opinion des auteurs qui prétendent que l’oreille externe est le résultat d’une dépression de la peau, doit être' rejetée.
Le pavillon ne s’aperçoit, d’après Meckel, que vers la fin du second mois; d’abord apparaissent le iragus et l’hé-
(1) Opéra omnia, p. 7. 1646.
lix, puis l’anthélix cl l’antitragus. Le lobule eSt la partie qui se détache la dernière. Le cartilage apparaît dès la deuxième semaine, mais il n’est pas parvenu à son complet développement à la fin du neuvième mois. Quant au conduit auditif, il est réduit, à la naissance, au cercle tympanal qui est presque horizontal, et s’accroît du dedans au dehors, de manière à être bien développé vers la deuxième année. A cet âge il est court, rectiligne; aussi les corps étrangers ne pénètrent-ils pas loin et sont-ils faciles à extraire. L’orifice externe serait alors arrondi, suivant Cassebohm; au contraire, il se rapprocherait, d’après M. Lenoir, d’autant plus de l’ellipse (1), qu’on l’examine sur des sujets plus jeunes. On lit dans la thèse de ce dernier que chez les jeunes enfants, le plus grand diamètre est parallèle à l’apo- : physe zygomatique, tandis qu’il devient presque vertical chez les adultes et à plus forte raison chez les vieillards. De ces faits, il résulte que, chez eux, au lieu de glisser la curette sur les parois supérieure ou inférieure, il faut la conduire sur l’antérieure et la postérieure.
L’absence du pavillon et du conduit auditif peut être expliquée par un arrêt de développement. Il est même des variétés de monstruosités qui correspondent aux diverses phases que la transformation doit parcourir. Si l’arrêt se fait dès les deux premières semaines, le pavillon entier et le conduit manquent complètement; la peau passe sur la région que devrait occuper l’oreille externe, appliquée sur les os, et il n’existe nulle trace de canal osseux. Que si le tra-
Ivail ne s’est suspendu que vers la fin du troisième mois, déjà la cartilaginification s’est opérée et au-dessous on peut rencontrer des débris du squelette d’un pavillon. Un sujet que possède M. Paul Dubois, et que j’ai examiné sous sa
(1) Thèse inaugurale. Paris, 1833, p. 310.
direction, n’avail ni auricule, ni conduit auditif ; mais audessous de la peau, entre elle et la paroi osseuse du crâne, était un cartilage qui était plissé, aplati, et avait à peu près la forme de l’étal normal; on y reconnaissait la courbure de l’hélix et le tragus. Quant au lobule, la peau s’était repliée de manière à le former comme à l’ordinaire. Ce prolongement était la seule partie apparente du pavillon.
A un degré moindre, le vice de conformation n’atteint que le pavillon, c’est-à-dire que le conduit auditif existe, mais qu’il est recouvert par une membrane cutanée. Une certaine élasticité sous la pression annonce au-dessous d’elle le vide du canal : une incision cruciale et l’excision des lambeaux suffisent alors pour ouvrir la voie aux ondulations sonores. Cependant, dans l’absence complète de l’oreille externe, la surdité n’est pas nécessaire, puisqu’il existe encore et la caisse et le labyrinthe. Oberleuffer, d’après S. Cooper, a vu un adulte qui n’avait aucune trace de pavillon ni de conduit et qui entendait fort bien ; un enfant, observé à Londres par ce dernier, entendait assez bien pour comprendre les médecins qui l’entouraient, quoiqu’il eût le même vice de conformation.
Au lieu de manquer en totalité ou en partie, le pavillon peut présenter un lobule d’une longueur démesurée. Boyer raconte qu’il fut obligé de faire l’excision du repli cutané sur un jeune homme qui en avait un, allant jusque sur la joue d’une manière désagréable. D’autres fois, il n’en existe aucune trace.
Enfin, le tragus, l’antitragus et l’anthélix sont, dans quelques cas, tellement déjetés en dedans sur le conduit auditif, qu’ils en rétrécissent le méat et rendent l’ouïe dure. Les dilatants étant d’un faible secours à cause de l’élasticité des cartilages , il convient d’exciser ces tubercules trop saillants.
Le rétrécissement dû aux dimensions trop étroites du canal osseux est extrêmement rare et difficile à expliquer.
Nous avons l'ait ressortir l’influence qu’ont toutes les éruptions dartreuses sur le boursouflement de la peau et la diminution consécutive du conduit.
L’oblitération peut enfin être complète. Nous en avons signalé des exemples avec absence de pavillon. D’autres fois c’est une membrane située à une profondeur variable qui le bouche, amène un affaiblissement de l’ouïe, et nécessite l'intervention de l’art.
Une anomalie sans exemple a été rapportée par Blandin et M. Velpeau (1); elle consiste dans l’existence simultanée de deux conduits auditifs, l’un s’ouvrant dans la conque comme dans l’état normal , l’autre sur l’apophyse masloïde.