III. DES MEMBRANES SÉREUSES PROPREMENT DITES
Les séreuses proprement dites sont des membranes qui tapissent les parois des grandes cavités du tronc et qui se réfléchissent sur les viscères qui y sont inclus. Elles limitent toutes des espaces clos, excepté le péritoine, qui présente chez la femme une ouverture au niveau du pavillon de la trompe utérine.
Indépendamment de la couche condensée de tissu cellulaire qui en est la base comme dans les bourses séreuses, les membranes de ce nom sont recouvertes sur leur face libre d’une lamelle épithéliale. La plupart des auteurs ont avancé que la couche cellulaire sous-jacente recevait seule des vaisseaux sanguins ; mais comme son derme n’est que du tissu cellulaire dont les filaments et les faisceaux forment une trame moins aréolaire et plus dense, il me paraît bien difficile d établir une limite. La question de la vascularité des membranes séreuses se réduit donc aux proportions d’une dispute de mots. La couche de cellules épithéliales est la seule qui ne soit pas vasculaire. Quant aux vaisseaux lymphatiques, Mascagni et M. Cruveilhier les admettent sous
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la forme d'un riche réseau ; M. Sappey les rejette d’une manière absolue. Il est certain que les nerfs annoncés par M. Bourgery n’existent pas.
Leur surface interne est le siège d’une exhalation, et d’une absorption continuelle de sérosité. Quand une cause quelconque augmente ou diminue 1 une d elles, des épanchemen ts s’opèrent ■ de là l’hydrocèle, 1 hydropéricarde, 1 ascite, etc. Leur surface externe se continue avec le tissu cellulaire voisin et ne se trouve pas toujours distincte ; elle l’est au contraire dans les points où la réflexion se fait d’un viscère à la paroi de la cavité splanchnique. Sur les organes, il est si difficile quelquefois d’isoler la séreuse, que des auteurs, entre autres M. Velpeau , ont rejeté son existence comme membrane, et l’ont considérée comme une surface. Il est certain que dans quelques parties , la séparation d’une membrane est anatomiquement impossible. Mais la couche épithéliale existe sur toute l’étendue des séreuses, et partout celte couche de cellules est supportée par du tissu cellulaire, plus ou moins condensé, plus ou moins adhérent aux organes sous-jacents, se confondant plus ou moins avec le tissu cellulaire qui entre dans leur composition. D’ailleurs, que la membrane soit distincte, ou qu’elle soit confondue avec les parties sous-jacentes, les lésions pathologiques sont toujours identiques.
Les parties des séreuses qui s’offrent comme des membranes distinctes des organes sous-jacents, leur sont unies d’une manière variable. Ici l’adhérence est très-grande, toute 1 mobilité est impossible; là, au contraire, une couche de tissu eellulo-graisseux très-lâche facilite les glissements, les déplacements de la membrane. Le péritoine surtout est ainsi 5 doublé d’une lame molle celluleuse. De là la migration d’une c partie de cette séreuse au-dehors, à travers des orifices na- 1 lurels ou accidentels, c’est-à-dire la formation des sacs herniaires ; de la aussi ces infiltrations étendues de sang ou d’u- !i
rine, qu’on observe quelquefois. A la suite d’un trombus du vagin, Deneux a vu le sang gagner jusqu’au tissu cellulaire sous-séreux qui avoisine le diaphragme; à la suite d’une taille sous-pubienne, l’urine put s’infiltrer encore jusqu’à la même hauteur, en suivant le tissu cellulaire du bassin, de la fosse iliaque et des lombes, sur un sujet dont j’ai fait l’autopsie. On sait qu’il n’est pas rare de voir du pus étalé dans cette couche sur une surface très-grande.
La blessure des séreuses a longtemps servi de point de départ pour la distinction des plaies de poitrine et d’abdomen en pénétrantes et non 'pénétrantes, selon que ces membranes sont ou ne sont pas intéressées. Cette différence , établie surtout à cause de la gravité des solutions de continuité des séreuses, ne saurait être justement appliquée dans certains cas. On sait, en effet, qu’un instrument vulnérant peut pénétrer dans l’espace cellulo-graisseux des médiaslins, et blesser l’aorte, le cœur, l’œsophage, sans toucher en même temps à la plèvre ; de même le rein peut être piqué, coupé vers sa face postérieure d’arrière en avant, la vessie sur sa face antérieure d’avant en arrière, sans que le péritoine soit ouvert. Est-il rationnel d’admettre, dans ces cas, que des plaies qui intéressent ces organes ne sont pas des plaies pénétrantes? On s’accorde généralement aujourd’hui à reconnaître comme plaie pénétrante de l’abdomen ou de la poitrine , toute plaie qui intéresse l’un ou plusieurs des viscères que ces cavités renferment, ou qui même ne fait qu’ouvrir la séreuse pariétale.
Les membranes séreuses s’enflamment aisément, mais il faut se garder de partager les craintes exagérées que leurs plaies avaient inspirées à John Bell et à son savant traducteur. Si Fabrice de Ililden a vu une solution de continuité qui n’intéressait que le mésentère, être suivie d’une péritonite mortelle, il n’en est pas moins vrai que l’opération de la paracentèse abdominale est habituellement innocente, que
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des blessures très-éiendues du péritoine ont pu guérir sans accidents, et que l’ouverture d’un sac herniaire et le débridement de l’anneau constricteur dans l’étranglement du mésentère ou de l’intestin , ne sont pas toujours suivis d’une inflammation diffuse. Le premier effet de l’inflammation des séreuses est une sécheresse de leur face interne, c’est-à-dire la suppression de l’exhalation de la sérosité ; de là un frottement spécial que l’on a pu percevoir dans la péritonite avec la main placée sur l’abdomen. Mais bientôt succède une sécrétion de sérosité sanguinolente ou de lymphe plastique, ou de pus, selon le degré d’intensité du mal. La lymphe plastique apparaît par gouttelettes qui finissent par se rapprocher et former un réseau. Comme ce travail se fait à la fois sur les deux couches qui sont en contact, celles-ci sont bientôt agglutinées par cette substance qui leur est intermédiaire. Il est des cas où ce travail pathologique met à l’abri d’accidents mortels , et où le chirurgien doiL bien se garder d'en détruire le résultat : tels sont ceux où une fistule verse au dehors soit du pus, soit le résidu des matières ingérées dans le canal alimentaire. L’art profite aussi de cette aptitude qu’ont les séreuses à sécréter une lymphe plastique qui les colle rapidement dans la suture de l’intestin par le pi océdé de M. Jobert, dans 1 application de l’entérotome de Dupuylren sur l’éperon d’un anus contre nature, etc. Au bout de quelque temps, celte lymphe coagulable s’organise, c’est-à-dire qu’elle se creuse des canaux vasculaires qui s’abouchent à ceux de la séreuse, en sorte que l’injection les pcnèlre en même temps et va des uns aux autres ; en même temps des fibrilles cellulaires se développent, et des faisceaux, des lames de ce tissu, établissent une adhérence solide entre les deux faces adossées de la séreuse. Les tractions naturelles qu’exercent à la longue les viscères en se mouvant, allongent ces brides qui deviennent filiformes et finissent quelquefois par se rompre ; mais elles persistent
communément et prédisposent, dans la cavité abdominale, à des étranglements internes trop souvent mortels. Ajoutons que dans un dernier degré de développement, ces fausses membranes des séreuses s’imprègnent de substances cartilagineuse , fibro-cartilagineuse et ostéo-calcaire. Quant à la sécrétion du pus, elle est commune. Le plus souvent ce liquide est épanché dans la cavité séreuse. Quand l’inflammation est limitée, il est possible que de la lymphe plastique se sécrète autour de lui, que des adhérences serrées s’établissent, et qu’ainsi le foyer soit parfaitement circonscrit. De là l’abcès des plèvres, du péritoine, qui peut s’ouvrir spontanément à l’extérieur au travers de la' paroi, ou au dedans, le premier dans le poumon, le second dans le tube digestif.
La nature se sert de l’inflammation plastique et de l’adhésion qui lui est consécutive, dans les cas où des abcès occupent l’épaisseur d’un viscère, afin de prévenir les dangers de l’épanchement du pus dans la cavité de la séreuse, et de favoriser la sonie de ce liquide. Voici ce qui se passe : la partie de la séreuse qui tapisse l’organe s’enflamme et sécrète, par suite de l’inflammation qui s’est propagée à elle, de la lymphe coagulable. La partie correspondante de la séreuse pariétale est le siège du même travail. Une agglutination se fait, une adhésion intime s’établit, qui à son tour, perforée par l’inflammation ulcéralive avec les autres éléments de la paroi, laisse s’échapper le pus. Les mêmes phénomènes se produisent dans les cas où la nature travaille à l’élimination d’un corps étranger : ainsi arrivent au dehors des calculs formés dans les voies biliaires, des manches de couteau, des fragments de bois, etc., introduits par mégarde dans les voies digestives.
Les membranes séreuses sont extensibles et reviennent facilement sur elles-mêmes. L’augmentation que présente leur capacité à toutes les accumulations de sérosité auxquelles elles sont si fréquemment exposées en est la preuve. Il faut
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cependant faire remarquer que les plis qu’elles présentent se dédoublent et concourent beaucoup à leur amp ition. L’espèce de locomotion dont elles sont susceptibles aide encore à la production de ce phénomène : exemple, les sacs énormes dont sont fournies quelques hernies. Cependant le développement du péritoine sur la matrice chargé du produit de la conception ne pourrait être suffisamment expliqué, si l’on n’admettait encore un travail physiologique, une augmentation de nutrition comme celle qui se passe dans le paren- .chyme utérin. Quand elles sont tirées au-delà de leur extensibilité, les membranes séreuses se déchirent : voilà comment des sacs herniaires, recevant dans un éraillement des intestins, deviennent le siège de l’étranglement; comment le liquide d’un hydrocèle peut s’infiltrer dans le tissu cellulaire des bourses et du pénis.
Insensibles sous les excitants mécaniques dans l’état normal, les séreuses deviennent douloureuses quand elles sont enflammées.
Chez l’embryon, les viscères sont recouverts d’un vernis liquide et visqueux. La membrane devient manifeste chez le fœtus. Il est des auteurs qui pensent que, primitivement, il n’existe pas de cavité entre les parois et les organes, et que celle-ci ne s’établit que par suite des glissements, des mouvements qui s’opèrent par les progrès du développement naturel.