APPAREIL DU GOUT
Le sens du goût est celui qui nous fait apprécier les saveurs, c'est-à-dire les propriétés sapides des corps.
Deux nerfs sont préposés à l'exercice de ce sens , le petit hypoglosse, branche de la cinquième paire encéphalique, et le rameau lingual de la neuvième paire ou du glosso-pharyngien, nerfs ramifiés dans les papilles de la muqueuse linguale, qui représente ainsi l'organe du goût.
La langue et sa membrane muqueuse ayant été décrites à la page 313, nous n'avons pas à rappeler ici leur disposition anatomique. Il nous reste cependant à revenir sur l'organisation de la muqueuse, en la considérant spécialement comme appareil sensitif. Celte nouvelle étude comprendra la description de la surface libre de la membrane^ qui se met en rapport avec les corps sapides, et quelques considérations sur les divisions nerveuses chargées de transmettre à l'encéphale les excitations développées par ces corps.
A. Surface libre de la muqueuse linguale. — Cette surface est hérissée
d'une multitude de prolongements papillaires, constituant, à proprement parler, les organulcs du sens du goût. Ces prolongements sont presque tous confinés sur la face supérieure de la langue, à laquelle ils donnent un aspect tomenleux. Leur forme et leur volume sont très variables, suivant les régions de l'organe et suivant les espèces animales : les uns microscopiques, les autres formant de volumineuses caroncules ; les uns longs, coniques, effilés, les autres arrondis ou déprimés, au point de représenter un tubercule hémisphérique dont la saillie se dessine à peine, et souvent même rejetés au fond d'une excavation creusée dans l'épaisseur de la muqueuse; les uns mous et flexibles, les autres durs et résistants. Nous nous bornerons à cette indication sommaire, malgré le vif désir que nous aurions de faire connaître avec quelques détails la disposition de ces papilles. Mais le manque d'espace nous force à négliger cette étude, qui ne présente guère , du reste, qu'un intérêt de curiosité.
B. Divisions nerveuses de la muqueuse linguale, — Ces divisions, fournies par le glosso-pharyngien dans le quart ou le tiers postérieur de la langue et par le lingual dans le reste de l'organe, se jettent principalement dans les papilles.
« S'y terminent-elles par une extréminé libre, dit M. Sappey, ou bien reviennent-elles sur elles-mêmes pour former des anses? Les deux opinions ont été soutenues. Burdach, qui se range à la seconde, dit avoir observé la terminaison en anse sur la langue d'une grenouille ; Valentiu serait arrivé au même résultat en faisant usage de la potasse caustique. Pour m'éclaircir à ce sujet, j'ai examiné avec beaucoup de soin des coupes faites sur les papilles de tous les ordres; mais il m'a toujours été impossible de reconnaître nettement comment les fibres nerveuses qui les pénètrent se comportent dans leur épaisseur. J'ai seulement pu constater que l'élément nerveux ne tient qu'une très minime place dans l'intérieur
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delà papille; la muqueuse qui l'entoure, des fibres de tissu cellulaire très nombreuses, ses artères, ses veines, et ses vaisseaux lymphatiques composent la presque totalité de son volume. »
Comme ces divisions nerveuses communiquent à la langue et la sensibilité gustative et la sensibilité générale, on se trouve en présence d'une grave difficulté à résoudre. « Chaque fibre réunit-elle les deux modes de sensibilité? ou bien la sensibilité gustative est-elle l'apanage des unes, et la sensibilité générale l'attribut des autres? Nous ne possédons sur ce point aucune notion positive. Cependant la seconde hypothèse paraît la plus probable. Pour la démontrer il faudrait pouvoir isoler les deux modes de sensibilité sur un même tronc, paralyser par exemple la sensibilité spéciale en laissant intacte la sensibilité générale; or comme ces deux ordres de fibres sont intimement mélangés, il est tout à fait impossible, par les moyens que nous possédons, de réaliser un semblable isolement. ]\Iais la nature, qui l'a réalisé quelquefois sur d'autres nerfs à la suite d'altérations diverses, semble l'iivoir réalisé aussi sur ceux-ci : iM. le professeur Bérard, dans son Tymté de physio/orjip, rapporte six faits de paralysie de la sensibilité générale avec conservation parfaite du goût. Dans l'hypothèse où la même fibre possède les deux sensibilités, il est bien difficile de se rendre compte de ces faits. Dans celle, au contraire, où chaque fibre ne possède que l'une d'elles, leur interprétation devient facile; car on conçoit très bien que certaines fibres d'un même tronc nerveux puissent être altérées et paralysées sans que les autres le soient. » (Sappey.)