‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 38 sur 128 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COISSIDÉRATrONS GÉNÉIWLKS SUR LES MUSCLRS DE LA VIE AINIM.\LE.

Volume. — Rien n'est si variable que le volume respectif des muscles extérieurs. Quelle différence, en effet, entre le scapulo-huméral grêle et le long-vaste ou l'ilio- spinal; et que de nuances intermédiaires entre ces trois points de compa-

laison! 11 y a donc des muscles très grands, grands, moyens, petits et très petits.

Quant au poids de la masse totale de ces organes, il varie suivant l'espèce, l'âge, le sexe et l'état de santé; mais en prenant une moyenne générale, on trouve qu'il représente près de la moitié du poids total du corps.

Situation. — JNous n'avons pas besoin d'insister beaucoup pour faire comprendre que la connaissance de la situation des muscles est une des premières notions à acquérir sur la disiiosition de ces organes.

Elle peut, comme celle des os, être envisagée de deux manières :

1" Par rapport au plan médian du corps, d'où la division des muscles en pairs et i>npairs. Ces derniers , fort peu nond)reux , sont loin d'offrir la symétrie qui existe dans les os de même sorte, témoin le diaphragme.

2" Par rapport à d'autres organes, comme les os et les muscles environnants.

Forme. — Sous le rapport de leur forme absolue, les muscles se divisent, ainsi que les os, en longs, larges et courts.

Muscles longs. — Ces muscles se rencontrent surtout dans les membres. Pourvus d'un axe principal auquel on peut rapporter l'effet de leur contraction, ils présentent une partie moyenne ordinairement renflée , et deux extrémités d'inégale grosseur : la plus volumineuse, toujours tournée en haut, est désignée métaphoriquement sous le nom de tète, l'autre porte celui de queue. Ils sont le plus souvent fusiformes, quelquefois co)iicf(es, rarement cylindriques, prismatiques ou aplatis en minces bandelettes.

<i 11 est une espèce particulière de muscles longs qui n'a aucune analogie que l'apparence extérieure avec celle des muscles des membres. Ce sont ceux couchés au-dessous et surtout au-dessus de l'épine. Quoique simples au premier coup d'oeil, ces muscles présentent autant de faisceaux distincts qu'il y a de vertèbres. Le Iransversaire épineux, etc., représente bien un faisceau allongé, comme le couturier, etc.; mais la structure de ce faisceau n'a rien de commun avec celle de ce derjiier muscle: c'est une suite de petits faisceaux, qui ont chacun leur origine et leur terminaison distinctes, et qui ne paraissent confondus en un seul muscle que parce qu'ils sont juxtaposés. » (Bichat, Anutomie générale.)

Muscles larges. — Les muscles larges , c'est-à-dire ceux qui ont deux axes principaux, s'étalent sous la peau, ou autour des grandes cavités du tronc, qu'ils concourent h fernîcr et à séparer l'une de l'autre. Il en est d'elliptiques, de quadrilatères, de triangulaires, de trap)ézoïdes, etc.

Muscles courts. — On les trouve principalement autour des os courts, ou à la périphérie des articulations qui sont cachées profondément sous d'énormes masses musculaires. Quoique leur nom indique que leurs trois axes odVeal à peu près les mêmes dimensions, il s'en trouve piesque toujours un et même deux qui prédominent. On peut donc les assimiler, sous ce rapport, soit aux muscles longs, soit aux muscles larges.

Direction. — M. Cruveilhier fait remarquer avec raison que la direction d'un muscle est un des points les plus importants de son histoire; car elle jiermet de tléterminer l'angle d'incidence du muscle sur son bras de leviri-, la puissance de son action et la nature de ses usages.

On observera, au sujet de la direction des muscles: 1" la foinjcde leur a\c

principal; 2" le rapport de cet axe avec le fil à plomb; 3° sa comparaison avec l'axe des leviers osseux que les muscles entourenl ou qu'ils sont chargés de mouvoir.

a. Un muscle est appelé rectiligne, quand son axe principal est droit ; il est dit curviligne ou circulaire, si cet axe décrit une courbe plus ou moins marquée; il devient infléchi , lorsqu'il se porte d'abord dans un sens , et qu'il se contourne ensuite sur une poulie osseuse ou cartilagineuse pour changer de direction, c'està-dire quand son axe principal est brisé en plusieurs lignes. Si le muscle offre deux axes, il sera ou plat ou concave, ses axes pouvant êlre l'un et l'autre ou droits ou curvilignes.

h. Quand on rapporte la direction des muscles à celle du ï\\ à plomb, elle est ou verticale, ou horizontale ou oblique, expressions qui portent en elles-mêmes leur définition, et dont nous n'avons pas besoin de faire connaître le sens.

r. Si l'on compare la direction des muscles à celle des leviers osseux qu'ils entourent et qu'ils meuvent, on reconnaît qu'ils peuvent être parallèles à ces leviers ou former avec eux des angles plus ou moins ouverts. La direction propre des os étant une fois connue, il suffit d'indiquer celle des muscles, pour établir nettement celte comparaison. Ainsi, en disant que les muscles de l'épaule sont, pour la plupart, obliques de haut en bas et d'arrière en avant, on enseigne que ces muscles sont parallèles au scapulum, et que leur incidence sur l'humérus a lieu à angle droit.

Attaches ou insertions. — C'est, sans contredit , la partie la plus essentielle de l'étude des muscles; car, avec la connaissance de leurs insertions, on détermine leur étendue, leur direction, leurs rapports mêmes et leurs usages.

On désigne, sous le nom di attache ou insertion fixe, ou encore ù! origine, le point du muscle qui reste le plus habituellement fixe pendant que cet organe se raccourcit; on appelle attache ou insertion mobile, ou encore terminaison, celui qui répond au levier déplacé par la contraction nuisculaire. On rencontre souvent des rîiuscles dont les deux insertions sont alternativement ou fixes ou mobiles; on évitera, dans ce cas, de désigner ces insertions par l'une ou l'autre épilhèle.

L'insertion fixe est souvent confondue avec celles d'autres muscles j l'insertion mobile est généralement libre et indéjiendante.

C'est par une sorte de fusion entre la fibre charnue ou tendineuse et le périoste que s'établit l'attache des muscles sur les leviers osseux.

■ Rapports. — L'indication des rapports des muscles complète l'idée de leur situation et se trouve d'une grande importance au point de vue chirurgical. On aura donc soin de les étudier avec toute la précision possible.

Les muscles entretiennent des rapports soit avec la peau , soit avec les os , soit avec d'autres muscles, soit avec les vaisseaux et les nerfs

a. Il n'y a, à proprement parler, que les peauciers qui soient en contact immédiat avec la peau, comme le paniiicule charnu et les muscles de la face. Les autres s'en trouvent séparés par les fascia aponévroliques que nous décrirons comme annexes du système musculaire.

b. Le:5 muscles superficiels ne répondent aux os que par leurs extrémités. Ceux

qui sont situés profondément sont immédiatement appliqués par leur corps contre les pièces du squelette.

c. Les muscles se mettent en rapport entre eux d'une manière plus ou moins intime. Tantôt ils adhèrent fortement les uns aux autres; tantôt ils se trouvent isolés par des interstices qui sont remplis de graisse et de tissu cellulaire et parcourus généralement par des vaisseaux et des nerfs.

d. Les connexions des muscles avec ces derniers organes prennent quelquefois un caractère renjarquable: c'est quand l'un d'eux accompagne comme un satellite des troncs vasculaires et nerveux cachés sous sa face profonde. Il y a dans cette circonstance un fait important d'anatomie chirurgicale.

Structure. — Il entre dans la structure des muscles; 1° des libres rouges, molles et contractiles, ou le tissu musculaire proprement dit; 2" des fibres blanches, résistantes, inextensibles, formant les tendons et les aponévroses d'insertion; 3° du tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs.

7'issu musculaire. — Ce tissu, qui constitue la viande servie comme aliment sur nus tables, est remarquable par sa couleur rouge , la grande force de résistance qu'il possède pendant la vie, et le peu de ténacité qu'il conserve après la mort. Il se compose de faisceaux prismatiques qu'il est possible de diviser et de subdiviser en plusieurs autres faisceaux de plus en plus petits, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la fibre élémentaire. Celle-ci, examinée au microscope, se montre sous des aspects variés: tantôt droite, tantôt flexueuse; toujours striée, soit dans le sens longitudinal, soit dans le sens transversal, soit dans les deux sens à la fois. On démontre que cette fibre élémentaire, la plus grosse de toutes celles qui entrent dans l'organisation animale, se trouve formée par de très petites fibrilles accolées parallèlement et renfermées dans une gaine spéciale extrêmement mince. Lorsque ces fibrilles ont été isolées les unes des autres, opération qui nous a semblé plus facile sur les muscles paralysés depuis plusieurs semaines par la section des nerfs, elles ne se présentent point avec un diamètre régulier, car elles onVent , de distance en distance, de légers renflements fusiformes qui les rendent plus ou moins noueuses. C'est à l'accolement de ces fibrilles que sont dues les stries longitudinales de la fibre élémentaire; on ne sait rien de précis sur les causes de la striation transversale. Quant à la gaine d'enveloppe des fibrilles, elle est formée par une matière amorphe qu'on peut considérer avec M. Denonvilliers comme les premiers rudiments du tissu cellulaire unissant des muscles.

Dans les muscles longs, les fibres charnues sont le plus souvent parallèles, ou à peu près, au grand axe de ces muscles : ex., le sterno- maxillaire; mais quelquefois elles croisent plus ou moins obliquement la direction de cet axe; ex. , les muscles pennés et semi-pennés. Dans les muscles plats, elles peuvent être rayonnées oU flabelhformes : ex., le diaphragme, le grand dentelé; parallèles au plus grand des deux axes principaux; ex., le grand droit de l'abdomen; parallèles au plus petit: ex., le carré pronateur du chien; étendues obliquement d'un borda l'autre: ex. , les intercostaux. Dans les muscles courts, les faisceaux constituants sont ou parallèles entre eux : ex. , les obUques de la tête ; ou plus ou moins rayonnes : ex. , l'obturateur externe.

Tendons et aponévroses d'insertion, — Lorsque les deux insertions d'un muscle

sont très rapprochées Tune de l'autre et que cet organe n'offre qu'un petit volume, ses fibres charnues peuvent se porter directement d'un os à l'autre. Mais il n'en est pas de même quand le muscle possède un volume ou une longueur considérable, conune on le remarque dans les rayons inférieurs des membres, parce que les surfaces osseuses ne présenteraient pas assez d'étendue pour recevoir tous les faisceaux contractiles qui le constituent, et qu'en passant sur les articulations, la masse formée par ces faisceaux gênerait la liberté des mouvements et altérerait la beauté des formes de l'animal. Les attaches de ces faisceaux sur les leviers qu'ils doivent mouvoir se font alors par l'intermédiaire de fibres blanches inextensibles, qui se continuent par un de leurs bouts avec l'extrémité correspondante des fibres musculaires proprement dites. Ces fibres blanches étant incomparablement plus petites, plus serrées les unes contre les autres, et moins nombreuses que ces dernières, elles se rassemblent en faisceaux relativement très minces, qui peuvent opérer leur insertion sur des surfaces fort restreintes; de plus, ces faisceaux peuvent transmettre l'action d'un muscle situé dans une région quelcon(|ue sur un os très éloigné de cette région, sans nuire, à cause de leur petii volume, au jeu des articulations que ce muscle est obligé de franchir, et sans altérer l'harmonie des formes de la charpente animale.

Le tissu fibreux blanc des muscles possède la même texture, les mômes propriétés que les ligaments blancs, et se dispose, soit en cordons rubanés ou funiculaires qui constituent les tendons, soit en membranes larges et minces qui forment les aponévroses, soit en lames irrégulières et plus ou moins abondantes appelées intersections fibi'euses.

Les tendons terminent généralement les extrémités des muscles longs. Ils commencent, tantôt par un cône creux qui reçoit sur sa face interne l'insertion des fibres charnues, tantôt par une pointe amincie, souvent divisée, qui se plonge dans l'épaisseur du muscle. Il est digne de remarque qu'un muscle pourvu de deux tendons présente la première disposition à l'une de ses extrémités, et l'autre disposition à l'extrémité opposée; en sorte que toutes les librescharnuesqui composent ce muscle offrent à peu près la même longueur, celles qui partent du souniiet du tendon intérieur allant se fixer au fond du cône creux formé par le second tendon, et réciproquement (1).

Quelquefois un muscle long et aplati ne possède qu'un seul tendon sur lequel les libres charnues s'implantent par côté en barbe de plume ; dans ce cas, le muscle est iWi penné ou penniforme ; il s'appelle semi-penné, quand les faisceaux musculaires viennent tous du môme côté se réunir à la corde tendineuse.

Il peut encore arriver qu'un muscle soit partagé eu deux corps charnus ou en deux ventres par un tendon médian : il prend alors le nom de digastrique.

Les aponévroses appartiennent presque exclusivement aux muscles laiges, avec les bords desquels elles se continuent; elles sont formées de fibres parallèles non entrecroisées, caractère qui les distingue essentiellement des aponévroses de contention.

(I) On aiimcl aii.joiirdMuii iiiio (nus l(\s imiscics, sans oxccption , sont dans co, cas. Mais rc fait osl lnin d'iHic <ii'iiiantrL' ; (ar il exisli- cvidcninimt des muscles pennilormos , des muscles larges cl des muselés couits qui eeliaitpeul à celte loi, qu'on avoulii reiidietrupgéuerale.

Les intersections sont des lames aponévrotiques dispersées au milieu des fd^res cliarnues et ordinairement continues avec les tendons ou les aponévroses, quand il en existe.

Tissu cellulaire. — « Chaque muscle est entouré d'une 'gaîne celluleuse qui donne naissance, par sa face interne, à un grand nombre de prolongements ou de cloisons. Ces prolongements, après avoir pénétré entre les faisceaux principaux, se dédoublent pour pénétrer entre les faisceaux secondaires, cl produisent ainsi une série d'étuis décroissants, dont les derniers renferment les fd)res élémentaires; cette dis;:osition a pour effet d'établir entre toutes les parties intégrantes d'un mémo muscle une solidarité qui se concilie avec leur indépendance, et qui leur permet d'agir tantôt simultanément, tantôt isolément. Assez abondant dans les muscles, le tissu cellulaire devient rare dans les tendons, où il n'est bien évident qu'à leur surface. » (Sappey),

Vaisseaux et nerfs. — Les artères sont grosses et nombreuses ; le (issu musculaire reçoit donc beaucoup de sang, mais il en arrive peu à l'élément fd)reux. — Les veines, au nombre de deux pour chaque artère, le plus généralement, présentent de nombreuses valvules à l'intérieur. — On trouve des troncs et des réseaux lymphatiques fort remarquables autour des vaisseaux et des nerfs qui se distribuent dans les muscles; mais on ne sait pas encore positivement, quoique la chose soit possible, si ces lymphatiques prennent leur source dans le tissu musculaire. — Les nerfs émanent presque tous directement du centre cérébro-spinal.

Usages. — Il y a des muscles fléchisseurs, extenseurs, abducteurs, adducteurs, rotateurs, etc. , c'est-à-dire pour tous les mouvements dont les articulations sont le centre.

Ces mouvements étant produits par le raccourcissement des fibres charnues des muscles, c'est-à-dire par le rapprochement de leurs attaches, il est très facile de déierminer les usages ou le rôle de ces organes : il suffit, en effet, de connaître au préalable et leurs insertions et le mode d'articulation des os qui fournissent ces insertions.

Le résultat de la contraction des muscles étant influencé par la forme de leur axe principal, la longueur et la direction de leurs leviers, il convient d'examiner ces deux points en peu de mots.

G. Les muscles rcctilignes ont pour effet immédiat le rapprochement des pièces osseuses sur lesquelles ils s'attachent. Ce rapprochement est ordinairement amené par le déplacement d'un seul rayon, celui qui reçoit l'insertion mobile. Quelquefois, cependant, les deux rayons se meuvent en même temps, ou bien encore ils sont l'un et l'autre alternativement fixes et mobiles.

Le premier résultat produit par la contraction d'un muscle curviligne, c'est le redressement de ses fibres composantes; après quoi il i)cut agir sur les leviers osseux comme les muscles reclilignes, s'il n'a pas épuisé tout son pouvoir contractile. Lorsque le muscle est tout à fait circulaire, il n'a d'autre action que de resserrer l'ouverture qu'il circonscrit.

Quant aux muscles infléchis, on ne peut calculer leur action qu'à partir de leur point de réflexion ; ils fonctionnent connue si ce point représentait leur origine ou leur insertion fixe.

17b I>liS MUSCLES.

b. Les puissances musculaires sont soumises aux lois statiques et dynamiques qui régissent la théorie des leviers ; car les rayons osseux ne sont autre chose que des leviers mus par les muscles.

On retrouve dans l'appareil locomoteur les trois formes de leviers admises par les physiciens, .\insi, la tête, étendue par le grand complexus, représente un levier inter-fixe ou du premier genre ; cette même pyramide osseuse , fléchie par le grand droit antérieur, forme un I&vier inter-puissant ou du troisième genre ; le pied, étendu par les jumeaux delà jambe, olfre un exemple de levier inter-résistant ou du second genre , quand le pied reste posé sur le sol.

Il est digne de remarque que le bras de la résistance, dans les leviers osseux, est toujours extrêmement long, circonstance qui favorise la vitesse et l'étendue du mouvement aux dépens de la force.

U'un autre côté, les muscles sont rarement perpendiculaires à leur bras de levier, du moins au commencement de leur action, seconde circonstance qui diminue encore leur énergie.

Nomenclature. — Avant Sylvius, les muscles n'avaient point reçu de noms particuliers. On les distinguait depuis Galien par les épithètes numériques Ae. premier, deuxième, troisième, indiquant leur place et leur ordre de superposition dans les régions auxquelles ils appartiennent. C'est ainsi qu'ils sont désignés dans l'ouvrage italien de Ruini sur l'anatomie du cheval.

Sylvius, le premier, imposa des noms véritables aux muscles ; et, son exemple étant suivi par les anthropotomistes qui vinrent après lui, la nomenclature de ces organes fut bientôt complète. Du reste, aucune vue d'ensemble, aucun sentiment méthodique n'a guidé dans leur travail Sylvius et ses successeurs : c'est tantôt à leur forme que les muscles empruntent leur nom, tantôt à leur direction, à leur position, à leurs usages, etc. Bourgelat appliqua cette nomenclature au cheval, en la modifiant dans beaucoup de points.

Chaussier, frappé des imperfections de la nomenclature introduite dans la science par Sylvius, a cherché à lui en substituer une autre beaucoup plus philosophiciue. Chaque muscle reçut de cet anatomiste un nom formé de deux mots rappelant les insertions de l'organe. Girard importa cette idée ingénieuse en anatomie vétérinaire.

Cependant, malgré ses avantages, cette nouvelle nomenclature n'a pu prévaloir sur l'ancienne, parce qu'elle cesse d'être vraie quand on l'applique à l'anatomie comparée, les mêmes muscles n'ayant pas les mêmes insertions dans toutes les espèces (1).

(1) Ce n'est cependant pa.s que l'ancienne nomenclature présente , sous ce rapport, beaucoup plus d'avantages que la nouvelle, et les exemples ne manqueraient pas sous notre plume pour le prouver. Quoi de plus impropre, en effet, que les noms de deltoïde, splénius, sol6airc, digaslrique, etc.? Est-ce que les muscles qui portent ces noms, considérés chez les mammifères seulement, offrent dans toutes les espèces la forme ou la structure qui justifie l'emploi de ces noms pour l'espèce humaine? Est-ce que les épithètes distinctives de grand, moyeu, petit, etc., atlrihuées à beaucoup d'entre eux, sont raisonnablement applicables dans tous les cas? Est-ce que le même reproche ne peut être adressé à la plupart des noms tirés des usages, de la com|»lication, etc.?

Il n'y a donc point de nomenclature myologique véritablement philosophique; et nous sommes de ceux qui croient à l'indispensable nécessité d'en créer une. Nous pensons même

Nous suivrons dans cet ouvrage la nomenclalure de Bourgelat h laquelle nous

ferons subir quelques changements. IMais comme les noms de Girard sont , à nos

yeux, d'un utile secours pour les élèves, nous aurons soin de les donner tous dans

la synonymie.

Classification. — Deux méthodes peuvent être employées pour grouper les muscles afin de facilite;" leur étude. La première consiste à classer ces organes d'après leurs usages, c'est-à-dire à décrire ensemble tous les extenseurs d'une même région, tous les fléchisseurs, etc. Dans la seconde méthode, on ne tient pas compte des usages des muscles , on n'envisage que leurs rapports , et on les divise par groupes ou par r(?^2orîsqui comprennent tousies muscles situés autour du même rayon osseux. C'est cette dernière que nous adopterons, parce qu'elle est la plus commode, la plus utile et la plus rationnelle.

qu'il serait simple et facile d'atteindre ce résultat en partant d'uue base dont la fixité et l'invariabilité seraient bien constatées. Or cette base est, selon nous, toute trouvée: c'est le principe des connexions posé par E. Geoffroy Saint-Hilaire dans son ininaortelie Philosophie anatomique , principe auquel la science moderne doit certainement ses plus belles conquêtes.

C'est un sujet que nous nous proposons de traiter à part dans un travail spécial ; nous indiquerons cependant ici la manière dont nous le comprenons.

Nous voudrions que la nomenclalure myologique reposât tout entière : en premier lieu, sur les rapports des muscles avec les pièces du squelette ou avec d'autres organes également fixes et très importants ; en second lieu, sur les connexions réciproques des muscles.

Telle est notre règle. Elle n'est pas précisément neuve; car les anciens anatomistes s'en sont inspirés plusieurs fois (à leur insu, il est vrai, puisque le principe sur lequel elle est assise leur était parfaitement inconnu); et cette circonstance va nous mettre à même d'en apprécier immédiatement la valeur. Par exemple, quoi de plus heureux que le nom d'intercostaux donné aux muscles situés entre les côtes, et que leur distinction en externes et en internes? Voilà bien des noms qui rappellent les rapports des muscles qu'ils désignent avec les pièces du squelette et les connexions réciproques de ces muscles. Aussi s'appiiquent-ils d'une manière également rigoureuse à toutes les espèces. Nous citerons encore les suscostaux, les inter-trausversaires, le transversaire épineux, le sous-scapulairc, le sus-épineux, le sous-épineux, etc., comme se trouvant, à un degré plus ou moins ma: lué, dans des conditions identiques.

D'autres muscles ont reçu des noms tirés en partie de leur situation, en partie de leur volume. Ces noms sont loin de convenir autant que les premiers; qu'on en juge par les exemples suivants.

Il existe chez le plus grand nombre des vertébrés trois muscles importants situés au-dessus ei en arrière du bassin, et formant la base de la fesse ; ces muscles ont été appelés fessiers, et ce nom leur convient, puisqu'il rappelle leur situation. Mais pour les distinguer les uns des autres, ou a eu égard à leur volume, et l'on a fait un muscle grand fessier, un moyen fessier et un petit fessier : c'est là le tort , car le volume des muscles est sujet aux plus grandes variations : tel muscle volumineux dans une espèce est fort petit dans d'autres, et vice versd. Aussi le muscle analogue au grand fessier de l'homme a-t-il été décrit par Bourgelat sous le nom de petit fessier; Lafosse et Rigot l'ont appelé moyen fessier. Ouant au moyen fessier de l'homme, son représentant chez les animaux a été désigne sous le nom de grand fessier par la plupart des anatomistes vétérinaires. Quelle confusion! et combien il était facile de l'éviter en distinguant ces muscles, non plus par leur volume, mais par leurs connexions réciproques, qui sont les mêmes dans toutes les espèces ! Est-il rien de plus naturel , en effet, que les noms de fessier superficiel , fessier moyen et fessier profond , substitués à ceux de grand fessier, etc. ?

La même remarque est applicable aux muscles qui recouvrent, chez l'homme , la face antérieure de la poitrine. Désignés en commun, avec raison, sous le nom de pectoraux, ces muscles sont distingués à tort en grand et en petit; car ce dernier, qui est déjà un muscle énorme chez les petits ruminants, se trouve représenté chez les solipèdes par deux muscles considérables, immensément plus volumineux que le muscle analogue au grand pectoral. Il ne faut donc voir ici qu'un pectoral superficiel et un pectoral profond.

Annexes des muscles. — On désigne sous ce nom : 1° les aponévroses d'enveloppe ou de contention; 2° les gaines tendineuses; 3' les synoviales tendineuses.

Aponévroses de contention. — Ce sont des feuillets de tissu fibreux blanc , qui enveloppent en commun tous les muscles d'une même région ou de plusieurs régions adjacentes, principalement ceux des rayons inférieurs des membres, où ils représentent des espèces de cylindres creux.

Ces aponévroses, destinées h maintenir dans leur position les muscles qu'elles recouvrent, sont formées de fdjres entrecroisées très résistantes qui prennent sur les os de nombreux points d'attache. Elles reçoivent à leur périphérie l'insertion d'un ou de plusieurs muscles qui sont chargés de les tendre plus ou moins. Leur face externe répond à un mince feuillet cellulo-fibreux qui la sépare de la peau. L'interne envoie entre les muscles des prolongements lamelleux chargés d'isoler ces organes dans des étuis spéciaux.

Gaines tendineuses. — On appelle ainsi des coulisses de glissement moitié osseuses , moitié fibreuses , quelquefois exclusivement fibreuses , dans lesquelles passent les tendons, lorsqu'ils se réfléchissent pour changer de direction.

Synoviales tendineuses. — Ce sont des membranes séreuses qui tapissent les cordes tendineuses dans les points où elles glissent sur des poulies de réflexion, et qui sont chargées de sécréter une humeur synoviale tout à fait semblable à celle des articulations. Quand elles enveloppent presque complètement le tendon pour se porter ensuite sur les parois de la gaîne qui contient celui-ci , elles sont dites vaginales. On les appelle vésiculaircs , lorsqu'elles simulent de petites ampoules situées entre l'une des faces du tendon et la surface de frottement sur laquelle il se meut.

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