‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 56 sur 128 · DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

DE L'ESTOMAC

proportionnelle à la surface qui la supporte, elle doit être inliiiiment faible sur la surface infiniment petite, représentée par le point central de l'orifice cardiaque. Or, n'est-il pas évident que la plus minime résistance opposée par les parois œsophagiennes suffit pour empêcher la dilatation de l'ouverture et la sortie des substances alimentaires (1). »

Quant au pijlore, il représente une large ouverture percée au fond du sac droit, et garnie d'un bourrelet circulaire, ouverture qui est susceptible de se boucher complètement, sous l'action d'un sphincter énergique qui l'entoure.

Structure. — Les parois de l'estomac sont formées par trois membranes : une externe, séreuse; une moyenne, charnue ; une interne, muqueuse.

1° Membrane séreuse. — Celte membrane, dépendance du péritoine, adhère intimement à la tunique charnue, excepté vers la petite courbure, où on la trouve constamment doublée par une expansion jaune élastique, qui semble avoir pour usage de maintenir les deux extrémités de l'estomac rapprochées l'une de l'autre. Elle offre trois replis qui se détachent de l'estomac pour se porter sur les parties voisines, replis formés d'après le procédé indiqué dans la description générale du péritoine. Ces replis constituent le ligament cardiaque, le ligament ou épiploon hépato-gastrique et le grand épiploon.

Le ligament cardiaque est un court manchon séreux, développé autour de l'extrémité terminale de l'œsophage, et renforcé par des fibres de tissu fibreux jaune. Il attache l'estomac à la face postérieure du diaphragme, et se continue de côté avec les deux autres replis que nous allons décrire.

Le ligament hépato-gastrique est une lame formée de deux feuillets, partant de la petite courbure de l'estomac pour s'insérer dans la scissure postérieure du foie. Il se prolonge en arrière et à droite le long du duodénum, où il constitue un frein séreux particulier, qui sera étudié en même temps que l'intestin grêle.

Le grand épiploon ou épiploon gastro- colique se détache de toute l'étendue de la grande courbure, depuis le cardia jusqu'au pylore, qu'il dépasse même pour se prolonger sur le duodénum. La portion qui règne autour du cul-de-sac gauche est excessivement courte, et se porte sur la paroi sous-iombaire de l'abdomen, à laquelle elle fixe l'estomac. Dans le reste de son étendue, cet épiploon offre un grand développement, et nage librement dans la cavité abdominale, parmi les circonvolutions intestinales. Lo bord opposé à l'estomac s'attache sur la portion terminale du côlon replié et sur l'origine du côlon flottant. Du côté gauche, et très près de l'estomac, le grand épiploon, avant de gagner ce lieu d'insertion, s'attache dans la scissure de la rate, et tient ce viscère suspendu à la grande courbure du ventricule. Le nom d'épiploon splé no- gastrique a été donné à la partie de ce vaste repli qui se trouve ainsi comprise entre la rate et l'estomac. Les deux feuillets dont se compose le grand épiploon sont très minces, dans la majeure partie de son étendue; ils comprennent entre eux des vaisseaux sanguins, sur le trajet desquels on trouve accumulée, dans les animaux gras, une grande quantité de tissu adipeux.

2° Membi^ane musculeuse. — Cette tunique, comprise entre la séreuse et la muqueuse, est doublée en dedans d'une lame de tissu cellulaire condensé, qui

(i) Delà comparaison de l'estomac et de l'intestin dans nos espèces domestiques .

360 1)K l.'Al'i'AKlilL DKIESlll' Cllli/ (.ES .MAM\ill'EKIiS.

lui adhère forletnenl, ei qu'on regarde comme la membrane fibreuse de l'estomar, La dissection montre cette lunique charnue composée de trois plans superposés. Le plan su/jerflciel enveloppe tout le sac droit. Les libres qui le constituent sont, pour la plupart, jetées en anses autour du cul -do-sac gauche, et leurs extrémités se perdent sur les faces de l'organe. Quelques-unes remontent assez loin sur la grande courbure, à la surface du sac droit. D'autres se continuent évidemment avec les fibres superficielles de l'œsophage (fig. 113, 1, A).

Fir,. 113 (*

Le plan moyen (lig. 113, 1, B) est formé de fibres circulaires répandues sur tout l'organe. Dans le sac droit, elles sont placées immédiatement sous la membrane séreuse; dans le sac gauche, on les voit passer sous les fibres du plan superficiel, et finir par se confondre avec celles-ci, au point qu'il est impossible de les en distinguer vers la lubérosité formée par l'extrémité gauche. Ces fibres, en s'accumulani autour du pylore, constituent le sphincter qui enveloppe cet orifice.

Le plan profond (fig. 113, *i, Aj, spécial comme le premier au sac gauche, ne s'étudie bien que sur un estouKic retourné et débarrassé de sa nmquense. Beaucoup plus épais (jne le plan superficiel, il olîre avec lui, dans sa disposition générale, de grandes analogies. Ainsi, ses faisceaux représentent des anses qui embrassent le cul-de-sac gauche pour se perdre, par leurs extrémités, sur les faces de l'organe, où l'on en voit quelques-uns se continuer avec les fibres circulaires. Les anses les plus rapprochées de l'œsophage embrassent l'ouverture stomacale de ce conduit, connue dans une véritable cravate. Il est à remarquer que les fibres de ce plan profond se croisent avec celles du plan superficiel; car celles-là vont du sac gauche au sac droit en s'inclinant par en bas vers la grande courbure, tandis que celles-ci se dirigent à droite et légèrement par en haut.

Il résulte de cette disposition, comme l'indique un simple coup d'œil jeté sur

(* I Fig. 113. — "S" I. h'ihi-es charnues de t'eslomac [couches ex-terne et moyenne). — A. Filires de la couche externe enveU)|)|uiiil le sai g.iuclie. 13. Fibres du pl.m iiioyen dans le sac liroil. — No i. Fibres charnues de Ceslomnc [Coiiclies jiiolDnde et moyenne ini.scs h nu par l' enlèvement lie la membrane muqueuse sur un eatomnc retouri:e). — A. Filires «lu jilaii piol'oiul enveloppant le sac gauche. 13. Filji es du plan moyen ioiinanl à elles seules la nieiiibrane chai nue du sac droit.

DE l'esiumac. d6l

la ligure 113 : 1" que le sac droit ne renferme dans ses parois qu'un seul plan cliarnu ; 2° qu'il en existe trois au contraire dans le sac gauche , lesquels concourent tous à chasser dans le compariinient droit, ou le véritable estomac, les aliments qui s'accumulent dans le compartiment gauche, ou le réservoir œsophagien.

3" Membrane muqueuse. — Unie à la tunique précédente par l'expansion fibreuse qui double celle-ci, et par du tissu cellulaire, elle est assez faiblement adhérente dans toute l'étendue du sac droit, mais surtout vers la grande courbure, où cette muqueuse offre certainement sa plus grande épaisseur. Son adhérence est plus prononcée dans le sac gauche. On a déjà vu la plupart de ses caractères dans l'étude de la cavité intérieure de l'estomac; nous n'y reviendrons pas, sinon pour indiquer la présence des petites glandules, organes de la sécrétion du suc gastrique répandues dans la muqueuse du sac droit : glandules en grappes, analogues dans leur constitution aux grains salivaires, ou glandules en tube, formées d'un seul cylindre terminé en doigt de gant.

k" Vaisseaux et nerfs. — L'estomac reçoit le sang des deux branches de l'artère gastrique, de la splénique et de son prolongement terminal, X'artère épiploique gauche., de la pylorique et de V épiploique droite. — Ce sang est transporté hors de l'organe par les branches veineuses satellites de ces artères, et amené dans le tronc de la veine porte. — Les lymphatiques se rendent presque directement au réservoir de Pecquet. — Les nerfs sont fournis par les pneumo gastriques ou le plexus solaire.

Fonctions. — C'est dans l'estomac que commencent les transformations qui rendent les matières alimentaires susceptibles d'être assimilées. Les aliments rencontrent là le suc gastrique, sous l'action duquel leurs principaux éléments, mais surtout les substances albuminoïdes, deviennent solubles et absorbables, après avoir éprouvé quelques mutations isoinériques.

2" De l'estomac du lapin.

Nous citons l'estomac du Lapin immédiatement après celui des Solipèdes, à cause de l'exacte ressemblance qui existe entre ces deux organes. Comme celui-ci, le |)remier se divise en deux sacs, l'un gauche et l'autre droit, et présente l'insertion de l'œsophage sur le niilieu de la petite courbure, en sorte que cet estomac offre \n\ç. grosse tubérosité en cul-de-sac à gauche du cardia. Le sac droit est peutêtre plus allongé, plus étroit et plus recourbé que dans le cheval. La capacité totale de l'organe est de /r à 5 décilitres.

3" De l'estomac du porc.

Chez le Porc, l'estomac est simple comme dans les précédents animaux. IMais il est moins incurvé sur lui-même; et le cardia est plus rapproché de l'extrémité gauche, de plus cette extrémité porte un petit renflement conique qu'on a comparé à un capuchon recourbé en arrière. L'œsophage s'ouvre dans l'estomac par un large infundibuluni, et la membrane muqueuse de ce conduit se prolonge sur la sur-

362 DE l'appareil digestif chez les MAMMIFERES.

face stomacale dans un rayon de 5 à 7 cenliniètrcs autour du cardia. On retrouve donc encore ici la trace de la division en deux sacs, commune aux Solipèdes et à presque lous les Rongeurs.

La capacité de reslomac du Porc est en moyenne de 7 à 8 litres.

■i" De l'estomac du chien et du chat (fig. 114).

Dans ces animaux, le ventricule est très peu courbé, ei offre la forme d'une poire dont la petite extrémité répondrait au pylore. Le cardia, dilaté en entonnoir,

est plus rapproché de l'extrémité gau- ^'"- "^(*)- che de l'organe que chez tous les autres

animaux. La muqueuse œsophagienne s'arrête au pourtour de cet orifice.

Aussi l'estomac simple des Carnassiers ne forme-t-ii qu'un sac unique, dont la muqueuse intérieure présente, dans toutes ses parties, la même organisalion que la membrane du sac droit des Solipèdes. Cette muqueuse est remarquable par les plis onduleux et réguliers qu'elle forme quand l'estomac est vide d'aliments.

Rien de plus variable que la capacité de l'estomac du Chien, à cause des différences énormes qu'on remarque dans la taille de cet animal , suivant les races. M. Colin l'a trouvée en minimum de 6 décilitres , et en maximum de 8 litres ; il regarde la moyenne comme étant de 3 litres environ. Dans le Chat, celte uioveniie e.si do '.<!■ ii 32 ceiiiililros environ.

5'' Des estomacs des ruminants.

Les animaux dont nous avons à nous occuper maintenant se distinguent des autres par la faculté qu'ils possèdent d'avaler une première fois leurs aliments, après les avoir grossièrement mâchés, et de les faire revenir dans la bouche pour les soumettre à une seconde mastication, suivie d'une déglutition définitive. L'appareil stomacal, admirablement disposé pour cette finalité physiologique, se distingue par son énorme développement et sa division en quatre poches séparées, qu'on regarde comme autant d'estomacs.

Ces estomacs représentent une masse considérable qui remplit la plus grande partie de la cavité abdominale, et dont la capacité moyenne n'est pas moindre de

(') Fig. 114. — Estomac du chien. — A. OEsoplioge. B, Pylore.

DE l'estomac. 36o

250 litres! L'un d'eux, le rumen, constitue les y/lO^s de la niasse totale; c'est lui qui porte l'inserlioii de rœsojihage. Les trois autres, c'est-à-dire le réseau, le feuillet, et la caillette forment une courte cliaîne, continue avec la partie gauche et antérieure du rumen. La caillette seule doit être considérée comme un véritable estomac, analogue à celui du chien ou au sac droit du ventricule des Solipèdes. Les trois autres compartiments ne représentent, à l'instar du sac gauche de ces derniers animaux, que des renflements œsophagiens.

La description que nous allons donner de chacun de ces estomacs s'appliquera particulièrement au Bœuf. Nous aurons soin de signaler, quand il y aura lieu, les particularités spéciales au Mouton et à la Chèvre.

IlLMiiiV (fig. 115). — Ce réservoir, vulgairement la panse, occupe à lui seul les trois quarts de la cavité abdominale, dans laquelle il affecte une direction inclinée de haut en bas et de gauche à droite.

Conformation extérieure. — Allongé d'avant en arrière et déprimé de dessus en dessous, il offre à étudier : 1" une face inférieure et une face supérieure, presque planes, lisses et divisées en deux régions latérales par des traces de scissures, sensibles seulement aux extrémités de l'organe ; 2° un bord gauche et un bord droit, lisses, épais et arrondis; 3° une extrémité postérieure, divisée par une échancrure profonde en deux lobes, décrits par Chabert sous le nom de vessies coniques ; k" une extrémité antérieure, oii l'on retrouve une disposition analogue,

(*) Fig. 115. —E/slomnc de bœuf vu par la jace droite et supérieure, la cni/lelCe étant abaissée. — A. Rumen (hémisphcic gauche). B. Rumen (he'misphère droit). C. Terminaison de l'œsophage. D. Réseau. E. Feuillet. F. Oaillelte.

odU DE l.'AIM'AKlilL DltiESllF CIIE/. Ll•;^ M AMMIFEULS.

cachée,;» première vue, par la présence des estomacs snrajoiiiés au rumen; ainsi celle extrémité antérieure est également divisée, par une éciiancrure pratiquée à droite, en deux cuis-de-sac inégaux, sur lesquels nous allons revenir dans un moment.

On remarquera que ces deux échancrures, prolongées sur les faces par les traces de sillons qui partagent ces faces en deux régions latérales, divisent le rumen en deux sacs, l'un droit tX l'autre gauche, division qu'on verra plus manifeste encore à l'intérieur du viscère. — Le sac droit, le plus court, est enveloppé en grande partie par une toile séreuse qui constitue le grand épiploon. — Le sac yauche dépasse le premier par ses deux extrémités, excepté chez le mouton et la chèvre, qui présentent leur vessie conique droite plus prolongée que la gauche. L'extrémité antérieure de ce sac gauche se renverse sur le lobe correspondant du sac droit; elle reçoit en haut l'insertion de l'œsophage, et se continue tout à fait en avant avec le réseau.

Rapports. — La forme extérieure du rumen étant ainsi déterminée, l'étude des connexions de l'organe devient facile. — Par sa surface supérieure, il est en rapport avec la masse des intestins; sa face opposée repose sur la paroi abdominale inféiieure. — Son bord gauche, qui supporte lu rate, louche la parue la plus élevée du flanc et la région sous-lombaiie, à laquelle ce bord adhère par du tissu cellulaire, auxetivirons du tronc cœliaquc et de l'artère grande mésentérique; le droit, longé par la caillette, répond à la partie la plus déclive de l'hypochondre et du flanc droits, ainsi qu'aux circonvolutions intestinales. — L'extrémité antérieure, bornée par le réseau et le feuillet, s'avance jusque auprès du diaphragme; la poslérieure occupe l'entrée de la cavité pelvienne, où elle se met en contact plus ou moins direct avec les organes génito-urinaires contenus dans cette cavité.

Dans la femelle pleine, l'utérus se proloîige en avant sur la face su|)érieure du viscère que nous décrivons.

Intérieur [ùg. 116). — On trouve à l'intérieur du rumen des cloisons incomplètes, qui répètent la division en deux sacs, déjà si marquée à l'extérieur. Ces cloisons, au nombre de deux, représenteril de gros piliers charnus, qui répondent au fond des échancrures décrites aux (xlrémités du viscère. — Le pilier antérieur (fig. 11 fi, G) envoie sur la paroi inférieure du rumen un fort prolongement qui se dirige en arrière et à gauche; il se continue sur la paroi supérieure par deux branches écartées à angle aigu. — Le pilier pjostérieur (fig. 116, Hj, plus volumineux que le précédent, préseiiîe trois branches à chacune de ses extrémités, une médiane et deux latérales. Les médianes se portent en avant sur la limite des deux sacs, qu'elles séparent l'iui de l'autre; celle d'en haut rencontre la branche gauche correspondante du pilier antérieur. Les branches latérales divergent à droite et à gauche en décrivant une courbe, et en circonscrivant l'entrée des vessies coniques, qu'elles lran.sforment en deux compartiments distincts de la partie moyenne des sacs du rumen ; les inférieures marchent au-devant des supérieures, niais sans les joindre tout à fait.

La surface intérieure du rumen est hérissée d'une muliitude de prolongements papillaires, dépendances de la membrane muqueuse. A droite et dans les culs-desac, ces papilles sont remarquables par leur nombre, leur énorme développement

DK l'estomac. 365

el leur forme en géiiéial foliacée. Du côié gauche, elles sont plus rares, surtout sur la paroi supérieure, et ne forment que de très petits tubercules mamelonnés. Elles sont absentes sur les colonnes charnues. Cet appareil papillaire est encore plus développé chez certains ruminants sauvages : rien ne peut donner une idée de la richesse qu'il présente dans l'estomac des gazelles.

L'intérieur du rumen présente à étudier deux ouvertures, situées à l'extrémité antérieure du sac gauche :

l'une est l'orifice œsophagien, percé dans la paroi supérieure, dilaté en infundibulum , et prolongé sur la petite courbure du réseau par une gouttière particulière qui sera décrite après ce dernier estomac ; l'autre, placé au-dessous, et comme en regard du précé dent, traverse le fond du culde-sac d'avant en arrière, et fait communiquer la panse avec le réseau : c'est une très

vaste ouverture circonscrite en bas et sur les côtés par le bord libre d'une cloison ou valvule semi-lunaire qui résulte de l'adossement des parois du rumen avec celles du réseau.

Structure. — Comme tous les organes creux de l'abdomen, le rumen présente dans sa structure trois tuniques : une séreuse, une charnue, une muqueuse.

La séreuse enveloppe l'organe dans toute son étendue, excepté en haut, en avant et à gauche, vers le point qui touche la région sous-lombaire et les piliers du diaphragme, excepté encore dans le fond des échancrures qui séparent les culsde-sac des extrémités. Cette membrane donne naissance, comme celle de l'estomac du cheval, à un vaste repli constituant le grand épiploon, dont la disposition, assez difficile à observer chez le bœuf, à cause du poids énorme de la masse gastrique, qui ne se laisse pas aisément déplacer, se saisit au contraire assez facilement dans les petits ruminants. On voit ce repli partir du milieu des laces de la panse et de la scissure intermédiaire aux deux vessies coniques, former une large enveloppe dans laquelle sont contenus le sac droit et la caillette, se fixer en passant sur la

(*) Fig. 116. — ^Intérieur des eslomncs des ruminants (plan supérieur du rumen et du réseau avec la gouttière œsophagienne). — A. >ac t;auclie du inmen. B. Extrémité ;inléiieiire de ce suc renversée sur le sac droit. C. Exlrêmité puslérieure du même, ou vessie conique gauche. D. Sac droit. E. Son extrémité' anteiieure. F. l.a posiérieure, ou vessie conique droite. G. Coupe du pilier antérieur du rumen: ^ g, ses deux branches supérieures. H. Pilier postérieur du même; h h h. ses trois branches inférieures. I. Cellules du réseau, J. Goullicre onsophasieunc. R. OEsophage. L. Ciiilleile.

366 DE !, APr.xKKlL DIGKSTIF CHEZ LES MAMMIFÈRES.

grande courbure de ce dernier réservoir, et se confondre supérioiiremcnl et en arrière avec le grand mésentère.

La rnembrane charmte est très épaisse. C'est eiie qui forme les colonnes intérieures du viscère. Ses filjres sont disposées en plusieurs couches, dont l'étude est assez simple et n'offre point de véritable intérêt. Nous citerons cependant uni particularité qui mérite d'être signalée : dans les points où la membrane séreus<^' passe d'un cul-de-sac sur l'autre ou du rumen sur le réseau, elle est souvent accompagnée par des faisceaux charnus minces et larges, (|ui franchissent cornue celle membrane les scissures intermédiaires, et représentent ainsi de véritable ^ fibres communes ou unilives.

La membrane WM^weî/se présohte sur sa face libre l'appareil papillaire dont il a été parlé plus haut. Elle offre des follicules dans son épaisseur et se trouve recouverte d'une épaisse couche d'épidémie qui coiffe toutes les papilles. On trouve souvent, à l'ouverture A\\ rumen d'un animal fraîchement tué, de larges plaques exfoliées à la surface de celte couche, ce qui indique assez l'activité de la sécrétion de l'épiihéliîim gastrique et la rapidité de son renouvellement.

RÉSEAU (fig. 115. 116: 117), — Situation, forme, rapports. — Vulgairement appelé bonnet, cet estomac, le plus petit de tous, est allongé d'un côté à l'autre, légèrement incurvé sur lui-même, et placé transversalement enlre la face postérieure du diaphragme d'une part, l'extrémité antérieure du sac gauche du rumen d'autre part, exlrém'ilé dont il semble n'être à l'extérieur qu'un prolongement ou qu'un diverliculum.

Il a deux faces, deux courbures et deux extrémités. — La face antérieure adhère au centre phrénique par du tissu cellulaire. — La face postérieure est accolée à l'extrémité antérieure du rumen. — La grande courbure, courbure inférieure ou convexe, occupe la région sus-sternale. — L^ petite courbure, courbure supérieure ou concave, répond en partie à la petite courbure du feuillet. — Vexlrétnité gauche n'est séparée du rumen que par une scissure dans laquelle rami)e l'artère inférieure du réseau. — l'exti^émité droite forme un cul-de-sac globuleux, en rapport avec la base de la caillette.

Intérieur [Ilx^. 116. 117). — La surface intérieure du réseau est divisée, par des lames de la membrane muqueuse, eu cellules polyédriques d'un fort joli aspect. — Ces cellules, qui rappellent celles, des ruches d'abeilles par leur disposition régulière, sont surtout larges et profondes dans le cul-de-sac ; elles deviennent de plus en plus petites en se rapprochant de la courbure supérieure. L'intérieur de ces cellules est lui-même divisé en loges de moins en moins spacieuses, incluses les unes dans les autres, par des cloisons secondaires successivement décroissantes. Il est à remarquer que les corps étrangers avalés si fréquemment par l'animal s'arrêtent d'habitude dans le réseau. Aussi trouve- t-on au fond des cellules que nous venons de décrire, soit de petites pierres, soit des aiguilles ou des épingles, souvent fichées dans les cloisons intermédiaires, soit encore des clous, des morceaux de fer, etc.

L'intérieur du réseau communique avec le sac gauche du rumen par l'ouverlure (jue nous avons déjà décrite (fig. 117, O), ot avec le bonnet au moyen d'un orifice particulier placé vers le milieu de la pttilc courbure, un peu plus à droite qu'à gauche cependant (fig. 117, V). Cet orifice, huit à dix fois plus petit que le

DE l'estomac. 367

prc'côdciit, se trouve relié à l'infuiulibulum du cardia par une remarquable goûtlièrc, dite œsophagienne , dont la description sera faite à part, cette gouttière n'appartenant point en propre au réseau.

Structure. — La membrane séreuse n'enveloppe point toute la face antérieure de l'organe. — La tunique charnue est beaucoup plus mince que celle de la panse. — La couche muqueuse se dislingue, comme celle de ce dernier estomac, dont elle a du reste toutes les propriétés, par la grande épaisseur de son épiderme.

Gouttière oesophagienne.

(fig. 116. 117). — Celte goût- Fig. ht ('\

tière, ainsi appelée parce qu'elle semble continuer l'œsophage à l'intérieur même des estomacs, s'étend sur la petite courbure du réseau depuis le cardia jusqu'à l'enirée du feuillet. Elle a donc son origine dans le rumen ; mais elle appartient au bonnet par le reste de son étendue. Long de 15 à 20 centimètres, ce demicanal se dirige de haut en bas cl

de gauche à droite, entre deux lèvres uiobiies, fixées par leur i)()rd adhérent sur la paroi supérieure du réseau. Ces deux lèvres sont renflées à leur bord libre, qui regarde à gauche et en bas. A leur origine, c'est-à-dire vers l'infundibulum œsophagien, elles sont minces et peu élevées ; mais elles deviennent épaisses et saillantes en arrivant près de l'orifice du feuillet, orifice qîi'elles circonscrivent en se développant aulour de lui, sans se rencontrer ni se confondre.

La muqueuse qui revêt ces deux lèvres est fortement ridée en dehors et sur le bord libre; mais à l'intérieur même de la gouttière, celte membrane se montre avec les caractères de la muqueuse œsophagienne, c'est-à-dire qu'elle est lisse, blanchâtre et plissée longitudinalement ; elle offre, près de l'orifice du feuillet, quelques grosses papilles coniques.

Si l'on enlève cette membrane muqueuse pour étudier le tissu sous-jacent, on observe la disposition suivante : Au fond de la gouttière et dans l'espace compris entre ses deux lèvres, se remarquent des fibres charnues transversales qui appartiennent aux parois du réseau ou du rumen. Quant aux lèvres elles-mêmes, elles sont entièrement constituées par des faisceaux musculeux longitudinaux, abondants surtout vers le bord libre ; ces faisceaux se confondent avec les fibres propres des estomacs, vers les extrémités du canal, et se portent d'une lèvre dans l'autre, en formant des anses aulour des orifices que ce canal met en communication.

Feuillet (fig. 115. 117). — Cet estomac est connu encore sous les noms de

(') Fig. 117. — Vite antérieure des estomacs du bœuf {In paroi antérieure du réseau a ele enlevce pour m outrer la gouttière œsophagienne). — A. OEsopliagc. B. S:ic g;iiicbe du rumen. C. Sac dioil. D. îléseau. D' Inleiieiir «lu leseuu. E. t'emllel. F. Cuillflle..X. Guutlicre cesoiihagieuue. Y. Sii Icvie jioseiieiire. Z. Su lèvie aiilerieuie. V. L'orifice (|ui luil comniunifjuer le reseiiu avec le feiiUet. K Raie. O. L'ouverliire qui lail coiniiiuiiifjuer le rumen avec le leseau.

368 DE l'appareil DKJESllK CUliZ LES MAMMIFLKKS.

iiiillc-feuilk't, livret on psautier. Chez le bœuf, ii est plus grand que le réseau, mais il est plus petit dans le mouton et la chèvre.

Situation, forme, rapports. — Situé au-dessus du cul-de-sac du réseau et de l'extrémiié antérieure du sac droitdu rumen, cet estomac, quand il est plein, présente la forme d'un ovoïde, légèrement incurvé en sens inverse du bonnet, et déprimé d'avant en arrière. Il a donc : une face antérieure., appliquée contre le diaphragme, auquel elle tient quelquefois par du tissu cellulaire; une face /josférieiœe, renversée sur la panse ; une grande courbure, tournée en haut, et fixée dans la scissure postérieure du foie par un frein épiploïque qui se continue sur la petite courbure de la caillette et du duodénum ; une petite courbure, qui regarde en bas et répond au réseau ; une extrétnité gauche, présentant le col qui répond à Torifice de communication percé entre le réseau et le feuillet ; une extrémité droite, se continuant avec la base de la caillette, dont elle est séparée par un rétrécissement analogue à celui de l'extrémité antérieure, mais beaucoup moins prononcé.

Intérieur. — Le feuillet présente h son intérieur les deux orifices placés à ses extrémités. Le droit, c'est-à-dire celui qui s'ouvre dans la caillette, est beaucoup plus large que le gauche, ou celui du réseau. La cavité que ces deux orifices font communif|uer avec les estomacs voisins offre une des plus curieuses dispositions qu'il soii possible de rencontrer dans les viscères. Cette cavité est remplie par des lames muqueuses inégalement développées, qui suivent la longueur du feuillet. Ces lames ont un bord adhérent attaché soit sur la grande courbure, soit sur les faces de l'organe, et ni! bord libre concave tourné vers la petite courbure. Elles commencent du cOlé de l'orifice du réseau par des crêtes denliculées, entre lesquelles régnent des rigoles, qui se prolongent à la base de ces lames jusqu'à l'entrée de la caillette. Du côté de ce dernier orifice, elles s'éteignent après s'être rapidement abaissées. Sur leurs faces, elles sont parsemées d'une multitude de mamelons papillaires très durs, semblables à des crains de millet. Tous ces prolongements lanielleux sont loin d'avoir la même étendue. On en trouve de douze à quinze assez larges pour que leur bord libre s'avance très près de la petite courbure du viscère. Entre ces lames principales, il en existe d'autres de plus en plus étroites, assez régulièrement dis|)osées: ainsi on remarque d'abord une lame secondaire, moitié moins grande que les prolongements principaux entre lesquels elle se trouve comprise; puis, à chacun de ses côtés, une lamelle moitié plus petite; et enfin, à la base de celle-ci, deux lamines denticulées plus ou moins saillantes. D'une manière générale, les lames qui s'insèrent sur la grande courbure sont les plus longues et les plus larges; celles qui s'attachent sur les faces du viscère sont d'autant plus courtes et plus étroites que leur insertion est plus rappi-ochée de la petite courbure. L'espace compris entre ces prolongements est toujours rempli par des matières alimentaires très atténuées, qui sont ordinairement imprégnées d'une fort petite quantité de liquide, souvent sèches, et ([uel(|uefois durcies en plaques compactes.

Structure. — La couche séreuse n'offre rien de particulier. La tunique charnue est mince, et ne se prolonge point dans l'épaisseur des feuillets. Quant à la membrane muqueuse, elle est remarquable par l'épaisseur de son é])iderme ; tous les feuillets sont formés par deux prolongements lamelleux de cette membrane, adossés l'un contre l'autre.

DE l'estomac. 369

Caillette (fig. 115. 116. 117). — Situation, forme, rapports. — L^caillettc, ou franche-mule, vient après la pause pour la capacité. C'est un réservoir pirifornie, incurvé sur lui-uiême, allongé d'avant en arrière, situé à la suite du feuillet, au-dessus du sac droit du rumen. A droite, elle louche le diaphragme et l'Iiypoclioiidre; à gauche, elle répond à la panse. La grande courbure, tournée en bas, reçoit l'insertion du grand épiploon. La petite courbure, qui regarde en haut, donne attache au lien séreux que nous avons déjà signalé en parlant de la grande fouibure du feuillet. Sa base est en contact avec le cul-de-sac du réseau, et se trouve séparée du feuillet par le rétrécissement, en forme de col épais, qui répond à l'orifice de communication des deux estomacs. Sa pointe, dirigée en haut et en arrière, se continue avec le duodénum.

Intérieur. — La caillette étant l'estomac proprement dit des Ruminants, la muqueuse étendue à son intérieur acquiert tous les caractères d'organisation qui distinguent celle de l'estomac des Carnassiers ou celle du sac droit dans le ventricule du Cheval. Cette membrane est donc molle, spongieuse, douce au toucher, vasculaire, rougeâîre, revêtue d'un mince épithélium, et pourvue de glandules nombreuses pour la sécrétion du suc gastrique. Plus mince que chez les animaux monogastriques, cette muqueuse présente, par compensation, une étendue beaucoup plus considérable, et cette étendue est encore augmentée par de nombreux replis lamelleux. Ces replis, analogues à ceux du feuillet par leur constitution, croisent très obliquement le grand axe de la caillette, et affectent dans leur .ensemble une certaine disposition spiroïde.

La caillette est percée de deux orifices : l'un, situé à sa base, aboutit dans le feuillet ; le second, placé à l'opposé et beaucoup plus étroit, n'est autre chose que le pylore, circonscrit, comme cliez les autres animaux, par un anneau musculeux.

Structure. — La membrane séreuse se continue avec les épiploons qui viennent aboutir à la grande et à la petite courbure du viscère. — Quant à la couche charnue, elle offre la même épaisseur que dans le feuillet. — Les caractères de la tunique interne ont été indiqués plus haut.

RÔLE DES ESTOMACS DES RLMiNANTS. — Nous ue pouvous ni ne devons faire ici l'histoire complète des phénomènes de la rumination. El même, malgré le soin que nous mettrions à abréger autant que possible l'exposition du mécanisme de ce piiénomène, nous serions entraîné si loin de noire domaine, que nous nous bornerons à dire en quelques mots quelles sont les principales allributions de chaque renflement gastrique.

Le rumen est un sac où les aliments pris pendant le repas sont mis comme en réserve, et d'où ceux-ci sont ramenés dans la bouche lors delà rumination, après s'être plus ou moins ramollis.

Le réseau participe aux fonctions du rumen, dont il n'est qu'une sorte de diverliculum. C'est surtout à l'égard des liquides qu'il joue le rôle de réservoir: les substances solides contenues dans cet estomac étant toujours délayées dans une grande quantité d'eau.

La gouttière œsophagienne amène dans le feuillet les substances dégluties pour la seconde fois, c'est-à-dire a])rès la rumination, ou bien celles que l'animal ingère en très petite quantité pour la première fois.

370 DE l'appareil digestif cuez les mammifères.

Quant au feuillet, il achève la trituration et l'atténuation des aliments en les pressant entre ses lames.

La caillette, enfin, joue le rôle d'un véritable estomac chargé de la sécrétion du suc gastrique. C'est dans ce réservoir que s'opèrent les véritables phénomènes de la digestion stomacale.

§ III, — De l'intestin (ihi. US. HD).

Le canal alimentaire se continue dans la cavilé abdominale, à la suite de l'estomac, par un long tube replié un très grand nombre de fois sur lui-même, qui vient se terminer à l'ouverture postérieure de l'appareil digestif. Ce tube n'est autre cho.se que Vintestin. Étroit et d'un diamètre uniforme dans sa partie antérieure, qui prend le nom d'intestin grêle, il se renfle irrégulièrement et se bossille à sa surface dans sa partie postérieure, qui s'appelle le gros intestin. Ces deux portions d'un même tout, si nettement délimitées chez tons les mammifères domestiques, ne se distinguent qu'imparfaitement l'une de l'autre par la nature des phénomènes digestifs qui se passent à leur intérieur. Nous les étudierons d'abord chez les Solipèdes, pour les considérer ensuite successivement dans les autres animaux, et terminer par un examen général et comparatif de toute la portion abdominale du canal digestif.

Préparation. — L'étude des intestins n'exige, à proprement parler, aucune préparation spéciale, puisqu'il suffit d'inciser la paroi inférieure de l'abdomen pour mettre ces viscères en évidence. Mais comme la masse qu'ils constituent est lourde et difficile à remuer, nous conseillerons d'en expulser le contenu, en employant un procédé analogue à celui qui a été signalé pour la préparation de l'estomac : une ponction à la pointe du cœcum suffira pour l)ernieltre la sortie des substances accumulées dans ce réservoir; celles qui remplissent le côlon replié seront retirées par une incision pratiquée vers la courbure pelvienne; c'est par le rectum qu'on fera sortir les matières fécales contenues dans le colon flottant; quanta l"inteslin grêle, on le videra par trois ou quatre ouvertures, à peu près également espacées .sur la longueur du viscère. Cette opération terminée, ou insuffle les intestins pour leur donnera peu près leur volume normal; et la pièce ainsi préparée permet d'étudier avec la plus grande facilité la disposition générale de la masse intestinale à l'uilérieurde l'abdomen.

Il sera bon aussi d'enlever cette niasse hors du corps de l'animal et de retendre sur une table pour eu isoler les diverses parties, étudier leur succession, et se rendre compte de leur forme.

1" De l'intestin grêle (fig. 118, 119).

Longueur. Diamètre. — L'intestin grêle est un long conduit qui, chez un cheval de taille ordinaire, peut avoir 22 mètres de longueur en moyenne sur 3 à i centimètres de diamètre; diamètre qui est susceptible de varier, du reste, suivant l'état de contraction de la tunique uiusculeuse de ce viscère.

Forme. — Ce tube est cylindrique, incurvé sur lui-même, et présente deux courbures: une convexe, parfaitement libre; l'autre concave, ôile petite courbure, servant de point d'insertion au mésentère qui soutient l'organe. Celte disposition est telle que l'inlcslin grêle, sorti de la cavité abdominale, débarrassé des liens séreux qui le suspendent, et distendu par de l'air ou de l'eau, se contourne naturellement en spirale.

Trajet et rapports. -^ L'intestin grêle j)art du cul-de-sac droit de l'estomac,

DE l'intestin. 371

cul-de-sac dont il est séparé par le rétrécissement pylorique. A son origine même, il présente une dilatation qui, par sa forme, simule tout à fait un petit estomac, dont les courbures seraient inversement disposées à celles de l'estomac véritable. Placé à la faco postérieure du foie, ce renflement, tête de l'intestin grêle, donne naissance à une portion plus étroite qui se dirige d'abord en avant, et revient brusquement en arrière, en formant une anse, pour contourner ensuite la base du cœcum, du côté droit, et se porter à gauche en croisant transversalement la région sous-lombaire, derrière l'artère grande mésentérique, où cette portion intestinale s'unit à l'origine du côlon flottant par un frein séreux très court. L'intestin grêle gagne alors le flanc gauche, et s'y loge en formant mille replis qui flottent librement dans la cavité abdominale, mêlés aux circonvolutions du petit côlon. La partie terminale du conduit, facile à reconnaître à la grande épaisseur de ses parois et à son plus petit diamètre, se dégage d'entre ces plis pour revenir à droite, et aboutir dans la concavité du cœcum, au-dessous et un peu en dedans du point où le gros côlon prend son origine.

Dans le langage de l'école, cette partie terminale prend le nom d'iléon; la portion qui flotte dans le flanc gauche, c'est-à-dire la masse principale de l'uitestin, s'appelle jéjunum, et la courbure que forme le viscère à son origine, depuis le pylore jusqu'à la grande mésentérique, est désignée par la dénomination particulière de duodénum. Celle division classique de l'intestin grêle est tout à fait arbitraire, et ne mérite guère d'être conservée ; on pourrait tout au plus distinguer dans cet intestin une portion fixe ou duodéncde, et une portion flottante.

Moyens de fixité. — L'intestin grêle est maintenu dans sa position, à ses extrémités, par l'estomac et le cœcum. Mais son principal moyen de flxilé consiste dans un vaste repli péritonéal qui doit à son usage le nom de inésentère. Cette lame séreuse présente d'abord une partie antérieure très étroite, soutenant le duodénum, qui est ainsi fixé de manière à ne pouvoir éprouver de déplacements considérables. Continue en avant avec l'épiploon hépato-gastrique, cette portion du mésentère se détache successivement de la base du foie, de la face inférieure du rein droit, ou même du contour extérieur de la base du cœcum, puis de la région sous-lombaire, pour se confondre bientôt avec le mésentère principal. Celui-ci est d'autant plus large qu'on le considère plus près de l'extrémité cœcale. Il part, connue d'un centre, du pourtour de la grande mésentérique pour se développer dans toutes les directions, et s'insérer sur la petite courbure de la portion flottante du viscère. La grande longueur de celte insertion fait que pour étendre exactement le mésentère dans toutes ses parties, on doit le disposer en forme de spire ou de pas de vis autour de son point de départ. Il est à remarquer que l'extrémité terminale de l'intestin est contenue entre les deux feuillets séreux du mésentère, à une certaine distance du bord libre de celui-ci. Ce repli périlonéal forme donc à ce point, du côté opposé à son insertion sur le tube intestinal, un frein particulier qu'on voit se porter sur la face antérieure du cœcum.

Intérieur. — L'intérieur du tube cylindrique formé par l'intestin grêle, présente des plis longitudinaux qui s'effacent par la distension, excepté vers l'origine de la portion duodénale. Ceux qu'on rencontre à cet endroit possèdent, quoiqu'on ait pu dire, tous les caractères des valvules conniventesAe l'homme; ils résistent,

372 du: l'appareil digestif chez les mammifères.

en effet, à l'effort des tractions exercées sur les membranes intestinales, et sont tous constitués par deux feuillets muqueux adossés, entre lesquels existe du tissu cellulaire en abondance.

La surface intérieure de l'intestin grêle offre encore à étudier une multitude de villosités et d'orifices glanduleux ou folliculeux, dont il sera question plus loin.

Elle communique avec celle de l'estomac par l'orifice pylorique, et avec celle du cœcum au moyen d'une ouverture qui fait saillie à l'intérieur de ce réservoir, comme un robinet dans un tonneau. Cette saillie, assez peu prononcée, est formée par un repli muqueux circulaire que des fibres charnues renforcent extérieurement ; on la nomme la valvule iléo-cœcale ou de Bauhin. Deux autres orifices viennent s'ouvrir encore à la surface de l'intestin grêle, dans la portion duodénale, à la distance de 12 à 20 centimètres du pylore : l'un est l'embouchure commune au canal cholédoque et au principal conduit pancréatique, l'autre celle du conduit pancréatique accessoire.

Structure. — Trois tuniques forment les parois de l'intestin grêle, comme celles des autres viscères creux de la cavité abdominale.

1° Membrane séreuse. — Elle enveloppe l'organe de toutes parts, excepté vers la petite courbure, qui reçoit l'insertion du mésentère.

2" Membrane charnue. — Doublée à l'intérieur d'une lame de tissu cellulaire condensé, celte membrane, la moyenne par sa position, comprend deux plans de fibres: l'un, superficiel, est formé de fibres longitudinales uniformément répandues sur toute la surface du viscère ; l'autre, profond, se trouve composé de fibres circulaires qui font suite à celles du bourrelet pylorique.

3" Membrane muqueuse. — Cette tunique, extrêmement intéressante dans son élude, est molle, spongieuse, très vasculaire, d'une texture fort délicate et d'une couleur jaune rougeâtre. Sa face externe adhère d'une manière peu intime à la couche musculeuse. Sa face libre offre les villosités et les orifices glanduleux ou folliculeux que nous avons déjà signalés.

Les villosités sont des appendices foliacés ou coniques, qu'on trouve d'autant plus développés que le tube intestinal est plus court; aussi sont-elles à leur summum de longueur chez les Oiseaux et les Carnassiers, tandis qu'elles se présentent à l'état rudimentaire chez tous les Ruminants. Quelle que soit, du reste, la petitesse de leurs dimensions, elles restent toujours visibles à l'œil nu. Leur nombre est considérable : on les a comparées avec raison à un gazon touffu. Étudiées dans leur structure , les villosités intestinales se montrent formées d'une petite masse spongieuse, au centre de laquelle on trouve un ou plusieurs vaisseaux lymphatiques, avec un magnifique réseau de capillaires sanguins sur la périphérie, le tout coiffé d'une gaîne épithéliale complète.

Les orifices percés sur la muqueuse intestinale appartiennent soit aux glandes de Brunner, soit aux glandes de Lieberkiihn, soit aux follicules solitaires, soit aux follicules agminés.

Les glandes de Brunner forment comme une couche continue sous la muqueuse duodénale. (Je sont des grains glanduleux exactement semblables dans leur organisation aux acini des glandes salivaires; chacun de ces grains possède un canal excréteur extrèiHomcnt court qui traverse la muqueuse d'outre en outre.

DE l'intestin. 373

Les gkuides de Lieberkij/tn, placées dans l'épaisseur niènie de la membrane intestinale, se distinguent par leurs dimensions microscopiques, leur nombre considérable et leur forme tubuleuse, qui a fait comparer cbacune d'elles à un doigt de gant, implanté perpendiculairement dans la muqueuse et ouvert à la surface libre de cette membrane. On les trouve dans toute l'étendue de l'intestin.

Les follicules solitaires sont des grains arrondis, saillants et percés à leur partie centrale d'un petit trou dont l'existence n'est point regardée comme permanente par tous les anatomistes. (les grains, visibles à l'œil nu, sont assez rares dans l'intestin grêle. On les retrouve en plus grande abondance dans la partie postérieure du gros intestin.

Les follicules agminés ne sont autre chose que des follicules solitaires rassemblés sur un espace limité, où ils constituent ce que l'on a appelé les glandes de Peyer ou de Pecklin, les plaques gaufrées. Absentes dans le duodénum et même au commencement du jéjunum, ces glandes, au nombre d'une centaine environ, sont très irrégulièrement espacées à la surface interne do l'intestin, du côté de la grande courbure, en regard de l'insertion du mésentère, où on les trouve presque toujours. Leur forme est ovale ou circulaire. Les petites n'ont guère que quelques millimètres carrés d'étendue; le diamètre des plus grandes va jusqu'à k centimètres.

U° Vaisseaux et nerfs. — ■ L'intestin grcle reçoit ses artères de la grande mésentérique presque exclusivement. L'une d'elles, destinée au duodénum, provient du tronc cœliaque. — Les veines aboutissent dans la veine porte. — Les b/mphatiques rampent avec les vaisseaux sanguins entre les lames du mésentère, et se jettent dans le réservoir de Pecquct après avoir traversé les ganglions mésentériques. — Les nerfs satellites des vaisseaux émergent du plexus solaire.

DÉVELOPPEMENT. — L'iulcslin grêle apparaît de fort bonne heure dans le fœtus. Il conserve, pendant toute la vie fœtale, chez les herbivores, une prédominance fort remarquable sur le gros intestin, prédominance également marquée dans les vaisseaux qu'il reçoit, car nous avons trouvé, sur un fœlus de cinq mois, que l'ensemble des artères de l'intestin grêle équivalait à dix fois environ le volume des artères du cœcum et du côlon.

FoiNCTiONS. — C'est dans l'intestin grêle que s'achèvent, sous l'influence des sucs versés à sa surface intérieure, par les glandes hépatique, pancréatique et intestinales, les transformations moléculaires qui constituent les actions digestives proprement dites. C'est aussi dans cet intestin (|ue commence l'absorption des sucs nutritifs et des boissons, absorption dont les villosités intestinales représentent les organes essentiels.

2° Dv GROS INTESTIN.

Le gros intestin commence par un vaste réservoir en cul-de-sac nommé cœcum. Il se continue par le côlon, dont l'extrémité postérieure est suivie du rectum.

A. Cœcum (Gg. 118. 119).

Situation, direction. — C'est un sac très ample et allongé qui occupe l'hypochondre droit, où il affecte une direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant.

S7^l DE L'aI'PAREIL digestif chez les MAMMIFÈUES.

Dimension, capacité. — Sa longueur est de 1 mèlre environ; sa capacité, de 35 litres en moyenne.

Forme, surface extérieure. — Le sac allongé que représente le cœcum est de forme conique, terminé en pointe inférieurement, renflé et incurvé en crosse à son extrémité supérieure. Il offre à sa surface extérieure une grande quantité de sillons circulaires interrompus par des bandes charnues longitudinales, qu'on trouve au nombre de quatre dans la partie moyenne de l'organe, et qui disparaissent à une distance plus ou moins rapprochée des extrémités. Le fond de ces sillons répond nécessairement à des saillies intérieures. On les fait disparaître en détruisant les bandes longitudinales, et le cœcum s'allonge alors considérablement. Ils sont donc dus à la présence de ces cordons rubanés, qui maintiennent ainsi l'organe plissé transversalement, et semblent avoir pour destination de le raccourcir en lui conservant la même étendue de surface.

Rapports. — Pour l'étude des rapports, on divise le cœcum en trois régions :

1" V extrémité supérieure, la base ou Varc, ou mieux encore la crosse, présente dans la concavité de sa courbure, concavité tournée en avant, l'insertion de l'intestin grêle et l'origine du côlon. Placée dans la région sous-lombaire, elle répond supérieurement au rein droit et au pancréas, par l'intermédiaire d'un tissu cellulaire abondant. En dehors, elle touche la paroi du flanc droit, et est contournée par le duodénum. Du côté interne, elle adhère, par du tissu cellulaire, à la terminaison du gros côlon, et se met en rapport avec les circonvolutions de l'intestin grêle.

FiG. 1!8(*).

DE L'INTI'STIN. 375

2" La partie moi/enne se trouve en rapport, en dedans, avec ces mêmes circonvolulionseï le côlon replié; en dehors, avec le cercle cari.ilagineux des fausses côtes, dont elle suit la courbure.

3° Vextrémité inférieure ou la pointe s'appuie ordinairement sur le prolongement abdominal du sternum. Mais, comme elle est libre, et peut flotter en tout sens dans la cavité abdominale , il arrive souvent qu'elle se déplace de cette position.

Moyens de fixité. — Le cœcum est fixé h la paroi sous-lombaire et à l'extrémité terminale du gros côlon par une large surface adhérente. Tout autour de cette surface se replie le péritoine qui se porte sur l'organe pour en constituer le revêtement séreux. En sautant du cœcum sur l'origine du côlon, cette tunique forme un frein particulier très court et très peu prolongé, désigné par le nom de méso-cœcmn.

Intérieur. — Vu à l'iniérieur, le cœcum offre à étudier les valvules ou saillies transverses qui répondent aux sillons extérieurs. On sait déjà qu'elles sont dues à de simples plis circulaires, comprenant dans leur épaisseur les trois membranes de l'organe, et que, bien différentes des valvules conniventes de l'intestin grêle, elles sont susceptibles de s'effacer par la distension, pour reparaître ensuite en nombre et en position variables.

Deux orifices, placés l'un au-dessus de l'autre, s'ouvrent sur la surface intérieure du cœcum, au point qui répond à la concavité de la crosse. Le plus inférieur représente l'ouverture terminale de l'intestin grêle, ouverture percée au centre de la valvule iléo-cœcale, dont on a nié la présence dans les animaux domestiques par une fausse appréciation des analogies, et qui n'est autre chose que la saillie déjà décrite à la terminaison du petit intestin. Le deuxième trou, placé à ^ ou 5 centimètres environ au-dessus du précédent, et froncé à son pourtour, fait communiquer le cœcum avec le côlon; il se montre on ne peut plus étroit si on le compare à la capacité du canal dont il forme l'origine.

Structure. — La tunique séreuse ne donne pas lieu à des considérations autres que celles exposées à propos des moyens de fixité propres au cœcum. — La rmcsculeuse est formée de fibres circulaires, croisées extérieurement par les cordons charnus longitudinaux qui tiennent le viscère plissé en travers. — La muqueuse est plus épaisse que celle de l'intestin grêle, et s'en distingue encore par l'absence des glandes agminées et de Brunner. On y retrouve les follicules solitaires et \qs glandes de Lieberkijha, avec de très rares villosités intestinales. — Les vaisseaux sanguins ne sont autre chose que les artères ci les veines cœcales. — Les lymphatiques gagnent la citerne sous-lombaire. — Les nerfs viennent du plexus de la grande mésentérique.

FoiNCTiONS, — Le cœcum sert de réservoir pour les quantités énormes de boissons avalées par les animaux herbivores. Ces boissons, dans leur passage rapide à travers l'estomac et l'intestin grêle, échappent en grande partie à l'action absorbante des villosités, et viennent s'accumuler dans le cœcum, où elles lavent pour ainsi dire la masse d'aliments qu'elles y rencontrent, en l'épuisant des matières solubles et assimilables que cette masse contient encore, pour pénétrer ensuite dans le torrent de la circulation par limuK'nse surface d'absorption que forme la mu-

DE L APPAREIL DlGli^ril' CHEZ LES MAMMIFERES.

FiG. 119^*'

(') Fig. 119. — fiie générale des intestins ihi cheval {l'animal est sur le dus et la tuasse intestinale est ilepluyee). — A. Diiodeiiuni ;i son ));issiige deriiùre la grande mrsenlrriquc. IS. Poilion flolUinle île Finli-slin grêli'. l'. Pmlinn ile'o-iiKiMle. D. Ca'ci m. E F G. All^e l'oimee pur 1- lùloii loi-liu. G. ("oiirbure pelvirnne. F F. Point ou se lecuiiilic l'iiiisu coliiine pour consliliier les coiii l)uii"s siis-sleriiale etdiapliiagnialique.

DE l'intestin. 377

queuse du gros intestin. Il ne paraît pas que les aliments subissent dans le cœcum aucune transformation, toutes les mutations moléculaires qui constituent l'action digesiive proprement dite étant achevées quand la pâte alimentaire arrive à l'intérieur de ce viscère.

B. Côlon.

Le côlon se divise en deux parties, diiïérentes par leur volume et par la disposition qu'elles affectent dans la cavité abdominale. La première est le gros côlon ou le cô/o7i replié ; la deuxième, le petit côlon ou le côlon flottant.

Gros côlon ou côlon replié (figures il8. 119). — Cet intestin prend son origine au cœcum, et se termine par un rétrécissement brusque auquel fait suite le petit côlon.

Longueur. Capacité. — Il offre une longueur de 3 à 4 mètres, et une capacité moyenne équivalente à 85 litres environ.

Forme. Disposition généimle. — Sorti de la cavité abdominale et développé sur une table ou sur le sol, il représente un volumineux canal, offrant des renflements et des rétrécissements successifs, parcouru à sa surface par des bandes longitudinales, bosselé, plissé transversalement dans une grande partie de son étendue, absolument comme le cœcum, et replié en deux, de manière à former une anse dont les deux branches, exactement de même longueur, sont maintenues accolées par le péritoine, qui se porte de l'une sur l'autre, disposition telle que l'extrémité terminale du gros côlon revient vers le point de départ du viscère.

Mais celte anse colique, ainsi développée dans toute sa longueur, n'eût pu èire renfermée dans l'abdomen. Aussi se replie-t-elle à son tour (aux points FF de la fig. 119) de dessus en dessous et de Fn- i-20.

droite à gauche , en formant des courbures qui seront étudiées plus loin. D'oîi il résulte que le gros côlon, étudié en position dans la cavité abdominale, se partage en quatre portions accolées deux à deux, et qu'une coupe transversale de cette cavité, pratiquée en avant de la base du cœcum, donnerait pour cet intestin les résultats indiqués par la figure ci-contre.

Trajet et rapports. — En suivant le trajet du gros côlon, depuis son origine jusqu'à sa terminaison, pour étudier ses qiiiitic portions dans leurs rapports normaux, voici ce que l'on observe :

Parti de l'arc du cœcum, le côlon se dirige en avant, au-dessus de la portion moyenne de ce réservoir, qu'il suit jusqu'à sa pointe. Arrivé contre la face postérieure du diaphragme, dans la partie la plus déclive de celle-ci, il se replie en bas et à gauche, en formant une première courbure, dite sus-sternale parce qu'elle repose sur l'appendice xiphoïde du sternum (fig. 116, g). A partir de ce point commence la seconde portion du viscère, laquelle se met en rapport immédiat avec la paroi abdominale inférieure, et remonte en arrière jusque dans la cavité du bassin, où elle s'infléchit à gauche pour constituer la com^bure pelvienne. Cette courbure, centre de l'anse colique, répond au rectum, à la vessie, ainsi qu'aux canaux déférents, ou bien à l'utérus et aux ovaires, suivant le sexe. Elle se coniinue par la

378 DE l'appareil digestif chez les MAMMIIERES.

troisième portion du côlon, qui se porte en avant, au-dessus et à gauche de la précédente. Accolée à celle-ci par le péritoine et du tissu cellulaire, cette nouvelle section intestinale arrive sur le centre phrénique, et se replie alors à droite et par en haut. La courbure qui résulte de celte troisième réflexion est dite diaphragmât i que, à cause de ses rapports avec la membrane musculo-aponévrotique qui cloisonne la grande cavité du tronc, ou gastro-hépafAque, parce qu'elle s'ap-plique également sur le foie et l'estomac (fig. 118, k). A cette courbure succède la quatrième et dernière portion du gros côlon , accolée à la première, comme la seconde à la troisième. Celle-là remonte en arrière jusqu'au niveau de la base du cœcum, où elle se termine en se rétrécissant subitement et se continuant avec le petit côlon ; elle occupe la région sous-lombaire, et se trouve appliquée, par l'intermédiaire d'une couche celluleuse, contre la face inférieure du pancréas et le côté interne de l'arc cœcal.

Moyens de fixité. — Le gros côlon peut se déplacer aisément dans la cavité abdominale. Il est cependant fixé : 1" par son origine au cœcum et le frein séreux qui l'attache îi ce réservoir ; 2" par l'adhérence de sa portion terminale au pancréas et à la crosse du cœcum ; 3° par le mésocôlon. Ce dernier ligament forme, dans la concavité de la courbure pelvienne, une espèce de raquette dont le manche se prolonge ;i une petite distance entre les deux branches de l'anse colique. Plus loin, ces deux branches s'accolent directement l'une à l'autre.

Surface extérieure. — On a vu que le côlon replié n'olTro pas partout le même diamètre, qu'il est bosselé, plissé et parcouru par des bandes longitudinales; il importe d'étudier avec détail cette disposition de sa surface extérieure dans chacune des régions que nous venons de lui reconnaître. — A son origine, le côlon replié est extrêmement étroit ; c'est à peine s'il égale l'intestin grêle. Mais il se renfle bientôt, et prend un volume considérable, qu'il conserve encore auprès de la courbure pelvienne. Il se rétrécit alors progressivement jusqu'au milieu de la troisième portion du viscère, où son diamètre, réduit à son minimum, surpasse néanmoins de beaucoup le détroit placé à l'origine de la première portion. En arrivant près de la courbure diaphragmatique, le gros côlon se renfle de nouveau peu à peu, et finit par acquérir, près de sa terminaison, le plus grand volume qu'il ait encore présenté. — Les bandes charnues qui maintiennent l'organe plissé transversalement sont au nombre de quatre dans toute l'étendue de la première portion dilatée. Trois se perdent en arrivant près de la courbure pelvienne, où l'on n'en trouve plus qu'une seule, placée dans la concavité de celte courbure. Au niveau du second renflement, il en existe trois dont deux se prolongent sur le côlon flottant. — Les plis transversaux formés par ces cordons aplatis sont à peine indiqués vers la courbure pelvienne ; ils manquent au niveau du rétrécissement qui fait suite à cette courbure; c'est dans toute l'étendue du premier renflement qu'ils sont le plus nombreux et le plus profonds.

Surface intérieure. — Elle ne donne lieu à aucune considération particulière, car elle rappelle exactement celle du cœcum.

Structure. — La membrane séreuse enveloppe tout l'organe, excepté dans les points où il s'adosse à lui-même ou contre d'autres viscères. C'est ainsi que le péritoine, en passant de la région sous-lombaire sur la dernière portion du côlon,

DE l'intestin. 379

laisse à nu la surface qui adhère par du tissu cellulaire à la face inférieure du pancréas et au cœcuni ; c'est ainsi encore qu'en se portant d'une branche de l'anse colique sur l'autre, la membrane séreuse ne recouvre point leurs côtés adjacents, excepté du côté de la courbure pelvienne, où elle forme le mésocôlon. — La couche charnue na diffère point, dans sa disposition, de celle du cœcum. — La moNbrane muqueuse est dans le même cas. — Les artères émanent de la grande mésentérique ; ce sont les deux artères coliques. — Les deux veines satellites se confondent bientôt en un seul tronc qui gagne la veine porte. — Les lymphatiques aboutissent en définitive au réservoir de Pecquet. — Les nerfs émergent du plexus de la grande mésentérique.

Petit CÔLON ou côlon flottant (fig. 118). — Le petit côlon est un tube bosselé qui succède au côlon replié, et se termine par le rectum dans la cavité pelvienne.

Longueur. Forme. Trajet. Rapports. — Long d'environ 3 mètres, ce tube offre une disposition extérieure analogue à celle de l'intestin grêle. Seulement, il est du double plus gros, régulièrement bosselé à sa surface, et pourvu de deux bandes longitudinales larges et épaisses, une du côté de la grande courbure, une sur la petite. Parti de l'extrémité terminale du gros côlon, à gauche du cœcum, où il répond à la terminaison du duodénum, et où i! reçoit l'insertion du grand épiploon , cet intestin se jette dans le flanc gauche, en foiniant des replis (|ni se mêlent aux circonvolutions de l'intestin grêle. Il remonte ensuite dans le bassin pour se continuer directement par le rectum.

Moyens de fixité. — Flottant comme l'intestin grêle, le ])etit côlon se trouve suspendu à une lame séreuse, appelée mésentère colique, exactement semblable au mésentère proprement dit, mais plus large. Ce mésentère se détache de la région sous-lombaire, non pas autour d'un point central, mais sur une ligne étendue depuis la grande mésentérique jusqu'au fond de la cavité pelvienne. Il est plus étroit à ses extrémités que dans sa partie centrale.

Intérieur. — La surface interne du côlon flottant offre des plis valvulaires analogues à ceux du cœcum et du gros côlon. C'est dans l'intervalle que les matières fécales se moulent en crottins.

Structure. — La séreuse est sans intérêt spécial, — La tunique charnue rappelle exactement, par son arrangement, celle du gros côlon. — Quant à la ynembrane muqueuse, elle offre la même organisation que la tunique interne de ce dernier viscère. — Le sang est apporté à ces membranes par V artère petite mésentérique et par une branche de la grande. Il est déversé ensuite dans la veine porte au moyen d'un tronc veineux qui rampe dans l'épaisseur du mésentère. — Les lymphatiques sont presque aussi beaux et aussi nombreux que ceux de l'intestin grêle; ils vont au même confluent, c'est-à-dire le réservoir de Pecquet,

Fonctions du côlon. — C'est dans cet intestin que s'achève l'absorption des boissons et des matières alibiles solubles. Quand la masse alimentaire arrive dans le petit côlon, dépouillée de ses principes assimilables et chargée des substances d'excrétion versées à la surface du tube intestinal, elle perd son nom pour prendre celui à' excréments ou de fèces. Ces excréments, pressés par les contractions péristaltiques de la tunique charnue, se divisent en petites masses arrondies ou ovoïdes.

380 DE i/aI'PAUEIL digestif CHliZ LES MAMMll'EKES.

et cheminent vers le rectum, dans lequel ils s'accuniuleiil, pour être ensuite chassés au dehors.

C, Rectum (fig. 118).

Le rectum s'étend en ligne droite depuis l'entrée du bassin jusqu'à l'ouverture postérieure du tube digestif, c'est-à-dire Vanus. Ce n'est, à proprement parler, que l'extrémité du petit côlon, et la limite qui le .sépare de ce dernier viscère est passablement arbitraire. Il s'en distingue néanmoins en ce qu'il n'offre pas de bosselures, que ses parois sont beaucoup plus épaisses et plus dilatables, et qu'il peut se renfler en une poche allongée, sorte de réservoir d'attente pour les excréments qui doivent être expulsés.

Rapports. — Il répond supérieurement à la voûte formée par l'os sacrum; inférieureraent, à la vessie, aux canaux déférents, aux vésicules séminales, à la prostate, aux glandes de Cowper, ou bien au vagin et à l'utérus; par côté, aux parois latérales du bassin.

Moyens de fixité. — On doit considérer comme tels : 1° l'extrémité postérieure du mésentère colique, représentant le méso-rectum; 2" un repli orbiculaire constitué par le péritoine en se réfléchissant circulairement du fond de la cavité pelvienne sur le viscère; 3° les ligaments snspenseurs de la verge, qui, en se réunissant sous le rectum, forment un anneau autour de l'extrémité postérieure de cet intestin {voir la description du Pénis) ; U" un gros faisceau triangulaire, comprenant deux parties latérales et composé de libres musculeuses blanches ; ce faisceau, véritable prolongement de la tuniiiuc charnue du viscère, se détache du rectum au-dessus de l'anus, et va se fixer sur la face inférieure dos os du coccyx, entre les muscles sacro-coccygiens inférieurs, où on le voit se dessiner sous la peau quand on relève la queue.

Structure. — La membrane séreuse n'enveloppe pas l'organe tout entier; elle ne se prolonge point sur la partie du reclum qui traverse l'arrière-fond de la cavité pelvienne. — La couche charnue est fort épaisse et composée de gros faisceaux longitudinaux légèrement spiroïdes, sous lesquels on trouve des fd)res annulaires. — La membrane muqueuse, lâchement unie à la couche charnue, offre des plis transversaux et longitudinaux. — Le sang qui baigne ces membranes est apporté par V artère petite mésentérique et la honteuse interne. — Les nerfs viennent du plexus pelvien ou hijpogastrique.

Anus. — L'anus, ou l'ouverture postérieure du tube digestif, est percé à l'extrémité postérieure du rectum sous la base de la queue, où on le voit faire, chez les Solipèdes, une saillie arrondie, d'autant u)oins proéminente que les animaux sont plus avancés en âge. C'est sur le bord de cet orifice, bord froncé comme l'entrée d'une bourse à coulant, que la muqueuse intestinale se continue avec la peau extérieure.

Comme éléments de la structure de l'anus, on trouve, en procédant de dedans en dehors : 1" la membrane muqueuse du rectum ; 2" le prolongement des fibres circulaires et longitudinales de la couche charnue; 3" un muscle sphincter qui reçoit l'insertion d'un rétracteur; Zi- la peau fine, dépourvue de poils, et très adhérente qui recouvre le sphincter. Nous n'avons à nous occuper que des muscles.

DE l'intestin, 381

Le aphincfer de l'anus est formé de fibres circulaires, dont quelques-unes se fixent en haut sous la base de la queue, et se confondent en bas avec les muscles de la région périnéale. Compris enire la peau et le prolongement de la couche charnue du rectum, ce muscle est en contraction presque permanente pour fermer l'ouverture anale, puisqu'il ne se relâche qu'au moment de l'expulsion des matières fécales.

Le ?rtract('ur de ranus ou le muscle ischio-unal , représente une large bandelette, attachée sur la face interne du ligament ischiatique et même sur la crête sus-colyloïdienne, par des fibres aponévrotiques. Les faisceaux qui composent cette bandelette sont tous parallèles entre eux. Leur extrémité postérieure s'insinue sous le sphincter et se confond avec les fibres de celui-ci. Cette disposition du muscle ischio-anal indique assez qu'il ramène l'anus en avant, et le rétablit dans sa position normale, après les efforts d'expulsion, qui ont toujours pour résultat d'entraîner en arrière l'extrémité postérieure du rectum.

Ces deux muscles sont de couleur rouge, et appartiennent à la vie animale. Leurs vaisseaux viennent des mêmes sources que ceux du rectum. Le nerf hémorrhoïdal leur envoie dos fileis à l'un et à l'autre.

3° De l'intestin chez le lapin.

Nous plaçons le lapin immédiatement après les Solipèdes pour l'étude de l'intestin comme pour celle de l'estomac, parce que les analogies sont encore ici plus prononcées que chez les autres animaux.

V intestin grêle n'offre pas de renflement à son origine; mais il en présente un énorme à sa terminaison au cœcum, renflement tapissé intérieurement par une fort belle glande de Peyer, et désigné pour cette raison sous le nom de poche glanduleuse. Les autres glandes agminées sont également très développées et remarquables par leur épaisseur , mais très peu nombreuses, puisqu'on n'en compte que six à huit. On les distingue très bien à l'extérieur, à travers les minces parois de l'inteslin, surtout quand celui-ci a éié au préalable lavé et insufflé.

Le cœcum est proportionnellement encore plus volumineux que chez les Solipèdes. Il affecte, comme dans ces derniers animaux, la forme d'un sac conoïde, incurvé en arc ou en crosse à son extrémité supérieure ; mais cette crosse n'est pas très nettement séparée du côlon, et se continue avec lui sans présenter d'étranglement. La surface intérieure de ce réservoir offre une disposition fort curieuse : elle est parcourue par une lame muqueuse spiroïde qui décrit une vingtaine de tours sur les parois de l'organe, et s'arrête à 10 centimètres environ de la pointe. Cette lame, dont la présence est marquée à l'extérieur par une dépression qui correspond au bord adhérent, peut avoir 1 centimètre et plus de largeur. Quant au cul-de-sac inférieur du viscère, dans lequel celte lame ne se prolonge point, il forme, comme la terminaison de l'intestin grêle, une véritable poche glanduleuse. L'orifice de ce dernier intestin ne fait point saillie à l'intérieur du cœcum ; la valvule de Bauhin représente un distjue percé, analogue à l'iris, et fixé par sa grande circonférence sur le pourtour de cet orifice.

Le côlon montre encore la distinction en deux parties : la première, renflée,

382 DE l'appareil digestif chez les mammifères.

bosselée, pourvue même de bandes longitudinales rudimentaires à sa surface extérieure, couverte sur sa surface intérieure de saillies arrondies et régulièrement disposées, qui semblent être d'épaisses villosités ou des traces de valvules conniventes; la seconde, plus étroite et régulièrement cylindrique, se terminant au rectum après avoir décrit plusieurs circonvolutions flottantes.

La longueur totale de l'intestin du lapin est de 6 mètres environ dont 3 mètres 10 centimètres pour l'intestin grêle.

4" Dk l'intestin des ruminants (fig. 121).

Vintestin grêle du bœuf flotte à l'extrémité d'une large lame mésentérique, plus étroite en avant qu'en arrière, plane dans toute son étendue, excepté à son bord intestinal, qui présente une longueur considérable et se plisse en festons extrêmement multipliés. Du double plus long que chez le cheval (^5 mètres en moyenne), cet intestin présente en revanche un diamètre moitié moindre. Le duodénum, soutenu d'abord par l'épiploon qui attache la petite courbure de la cail-

lette dans la scissure postérieure du foie, forme une anse particulière, qui touche la région sous lombaire, avant de se suspendre au grand mésentère, pour se continuer par les circonvolutions de la portion flottante. L'iléon olTre le même mode de terminaison que dans le cheval. Les glandes de Peyer se montrent sur la surface interne de l'intestin en moindre nombre que chez les Solipèdes, mais avec de plus grandes proportions. La dernière offre souvent dans le mouton et la chèvre plus de 20 centimèlres de longueur, et se prolonge jus((ue sur la valvule de Bauhin.

Le cœcurn est à peu près cylindrique, sans bosselures ni bandes longitudinales. L'extrémité en cul-de-sac, arrondie et globuleuse, flotte librement dans la cavité abdominale, et se trouve dirigée en arrière. A son extrémité opposée, le cœcum

(*) Fig. 121. — J'tte géne'rnle de In masse intestinale du bœuf {face droite). — A. Origine du duodénum. B. Portiuii flollaiilc île riniustin grrle. C Tetniiniiison de Piulestin grêle. D. Cœcum. F.. Sa pointe dirigée en arrière. F. Aiisf décrite par le côlon replié à sa terminaison. G, H. Portion terminale de l'intestin, i. Insertion du canal cliuléduqiie. 2. Insertion du canal pancréatique.

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