‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 57 sur 128 · DE L INTESTIN · texte numérisé non relu

DE L INTESTIN

se continue directenienl avec le côlon, sans former de crosse, après avoir reçu l'insertion de l'intestin grêle. Aux environs de cette insertion existent sur la surface intérieure, chez le bœuf, les traces d'une plaque gaufrée. Dans le mouton et la chèvre, ces plaques sont en nombre multiple.

Le côlon^ soutenu entre les lames du grand mésentère, au bord duquel est suspendu l'intestin grêle, se trouve enroulé sur lui-même de manière à former un certain nombre de circonvolutions ellipsoïdes. Pour se contourner ainsi, il décrit d'abord plusieurs tours de spire concentriques, qui laissent entre eux un certain intervalle, dans lequel se placent des circonvolutions excentriques. Le dernier tour de spire est un peu éloigné des autres; chez les petits ruminants même, il est tout à fait rapproché de l'insertion du mésentère sur l'intestin grêle, qu'il suit jusqu'auprès du duodénum, en décrivant des festons réguliers. Arrivée près du tronc de l;i grande niésenlcrique, cette dernière circonvolution passe à droite de cette artère, se dirige en arrière, revient en avant, en formant une anse, et retourne en arrière, en s'accolant, dans la région sous-lombaire, à l'anse duodénale. Le côlon se continue alors en ligne droite jusqu'au rectum, attaché à une courte lame méseniérique, qui rappelle par sa position le vaste lien suspenseur du côlon flottant des Solipèdes.

Le calibre de cet intestin égale d'abord celui du cœcum, mais il ne tarde pas à se rétrécir pour garder un diamètre uniforme, qui surpasse à peine celui de l'intestin grêle du cheval. La membrane charnue offre du reste la même disposition que dans ce dernier viscère, si ce n'est qu'elle n'est point recouverte dans tous les points par la tunique séreuse, en raison de la position occupée par le côlon entre les deux lames du mésentère. On peut remarquer cependant, chez les animaux, maigres, que le revêlement séreux fourni par ces lames à la tunique charnue du côlon est plus étendu qu'on ne serait tenté de le penser au premier abord ; du côté gauche, en effet, les spires de cet intestin se trouvent en saillie sur la surface du mésentère, et s'enveloppent ainsi plus complètement de la lame péritonéale correspondante.

D'après cette description, on voit que, dans le gros intestin des Ruminants, on distingue assez nettement le cœcum, mais que la division du côlon en poiiion repliée et en portion flottante n'est plus guère sensible; à moins qu'on ne veuille regarder comme colon replié les spires contenues entre les lames du mésentère, et comme côlon flottant l'extrémité postérieure du tube, accolée d'abord à la paroi sous-lombaire de l'abdomen, et suspendue ensuite au court frein mésentérique que nous avons dit rappeler le grand mésentère colique des animaux solipèdes. Du reste, il est digne de remaixjue que l'artère grande mésentérique se rend au premier et la petite mésentérique au second, comme chez le cheval.

.Alesuré dans toute son étendue chez le bœuf, depuis le cul-de-sac cœcal jusqu'à l'anus, le gros intestin donne de 10 à 12 mètres. Il est donc plus long que celui du cheval; mais sa capacité est beaucoup moindre, car elle ne dépasse pas en movcime 30 à 35 litres.

DE l'appaueil digestif chez les mammifères.

îi" De l'intestin chez liî porc.

La longueur moyenne de l'intestin du porc est de 22 mètres environ , dont

17 pour l'intestin grêle et 5 pour le gros intestin.

Il présente dans sa disposition générale quelque ressemblance avec celui du

bœuf. On remarquera cependant que le côlon n'est plus compris que par sa dernière portion entre les feuillets du mésentère, et que dans le reste de son étendue cet intestin est rejeté sur le côté de la lame mésentérique, où il forme une masse distincte.

Parmi les particularités propres à Vintestin grêle, nous citerons la présence d'une immense glande de Peyer, qui occupe la dernière portion du tube, où on la voit figurer une bandelette de 1 mètre et demi à 2 mètres de longueur.

Le cacitin oflre à son intérieur quelques plaques gaufrées.

Il est bosselé, comme chez le cheval, et pourvu de trois bandes longitudinales. Le côlon présente deux de ces rubans charnusdansune partie de son trajet, et même trois près du cœcum, avec quelques plis transversaux ; il s'enroule exactement comme celui du bœuf.

G" De l'intestin des carnassiers (fig. 122).

L'intestin des Carnassiers est remarquable par sa brièveté et son petit volume. Sur un chien de taille ordinaire, ce tube n'a guère plus de k mètres et demi de longueur, dont 60 à 75 centimètres seulement pour le gros intestin. Dans le chat, celui-ci ne mesure que

(•) Fig. 12-2.— Intestin du cliii-n— A. Eslonuir. li. Onotii-niini. C. .lejutium. D. lleon. E. Cœcuni F. Cûlou asceii laiil. G. Côlon Iransvcrsc. H. Oripiiic du côlon ilesceniJiait. I. Grand éj>iiiluou. K. Raie. F.. MeseiUèie. M. l'aiiritas. 1. Aorle. i'. Arlcrc glande méseiUciique. 3. Ailèie du duodénum. 4. Ai tèie du gros intestin. 5. AilOre pelile iiiusiuleiique.

COUP d'oeil gé.néral sur la portion abdominale du tube digestif. 385 35 cenlimèires environ, et la longueur totale du viscère équivaut à 2 mètres environ. Quant à la capacité intérieure, M. Colin donne les cliiiïres suivants comme moyenne: pour l'intestin grêle, 1 lit. 62 chez le chien , 0 lit. IH dans le chat; pour le gros intestin, 1 litre dans le premier de ces animaux, 0 lit. 154 chez le second.

L'intestin grêle, suspendu à l'extrémité d'un mésentère semblable à celui des Solipèdes, repose sur la paroi abdominale inférieure. Il se dislingue par l'épaisseur de ses parois, la longueur et le nombre des villosités dont est couverte sa surface intérieure, villosités qu'on trouve même accumulées sur les plaques de Peyer. Celles-ci sont au nombre d'une vingtaine chez le chien, et de cinq ou six dans le chat.

Le cœcwn ne forme plus qu'un petit appendice tordu en spirale, tapissé par une muqueuse plissée et très follicuieuse, chez le chat surtout, qui offre au fond du cul-de-sac du viscère une véritable glande de Peyer,

Le côlon est à peine plus gros que l'intestin grêle, et ne présente ni bosselures, ni bandes longitudinales. Il affecte dans son court trajet une disposition qui rappelle celle du même intestin chez l'homme. Aussi peut-on le diviser en côlon ascendant ( fig. 122, /), cûlon transverse (fig. 122, g) et côlon descendant (fig. 122, h). Celui-ci se continue directement avec le rectum.

Près de l'anus, ce dernier viscère présente sur les côtés deux étroites ouvertures, qui mènent dans deux poches glanduleuses remplies d'une matière brunâtre, à odeur forte et fétide. Cette matière est sécrétée par les glandules qui tapissent la paroi intérieure de ces diverticules.

î IV. — Coup d'œil général et comparatif sur la portion abdominale ou essentielle

du tube digestif.

Nous avons terminé l'exposition des caractères anatomiques qui distinguent la portion essentielle du canal alimentaire chez tous nos animaux domestiques. Que de nuances celte étude ne nous a-t-elle point révélées ! Récapitulons et comparons, avant de montrer l'admirable harmonie qui lie ces variétés de disposition aux variétés d'organisation générale, de mœurs et d'instincts.

Chez les carnivores , c'est-à-dire les animaux qui se nourrissent de viande ( Chien et Chat), on a vu un estomac très ample, sécrétant du suc gastrique sur toute l'étendue de sa muqueuse, et un intestin relativement extrêmement court.

Dans les omnivores ou mammifères à régime mixte (les Cochons), on a trouvé une petite partie de la surface intérieure de l'estomac occupée par une muqueuse inapte à sécréter du suc gastrique, et l'intestin avec une capacité relative bien plus considérable que chez les carnivores.

Chez les herbivores, c'est-à-dire les animaux qui puisent leur nourriture exclusivement dans le règne végétal {Ruminants, Rongeurs et Solipèdes), la surface préposée à la production du suc gastrique, ou la surface stomacale proprement dite, diminue encore singulièrement d'élendue, quoique l'estomac se distingue chez quelques-uns de ces animaux par son développement extraordinaire. Mais en revanche, la capacité du tube intestinal prend des proportions considérables, et se

386 DE l'appareil digestif chez les mammifères.

trouve même en rapport directement inverse, dans les diverses espèces, avec l'aire de la surface gastrique. Aussi celle surface étant relativement plus étendue chez les Ruminants que dans le Lapin, et plus encore chez cet animal que dans les Solipèdes, doit-on classer tous ces animaux dans un ordre inverse pour le développement de la surface intestinale.

En résumé, en considérant comme surface stomacale (point de vue tout à fait rationnel ) seulement les portions de la muqueuse de l'estomac organisées pour la sécrétion du suc gastrique, on est amené h reconnaître que cette surface est en rapport inverse avec celle de l'intestin , qu'elle arrive à son plus haut degré de développement chez les animaux carnivores, et qu'elle est aussi réduite que possible dans les Solipèdes, animaux qui présentent, par contre, un très grand développement de la surface intestinale.

Il va nous être maintenant très facile de montrer la raison d'être de ces remarquables différences, et nous la trouverons dans la nature de l'alimentation. En effet, les Carnassiers vivent d'alimenls très substantiels, et ils en prennent de très grandes quantités, parce qu'ils sont exposés à des jeûnes fréquents; il leur fallait donc un vaste estomac pour suffire à contenir les substances ingérées, et à sécréter la proportion de suc gastrique nécessaire pour transformer ces substances en matériaux assimilables. Si ces animaux ont l'intestin étroit et court, c'est parce qu'il suffit, chez eux, d'une surface peu étendue pour absorber les produits de la digestion, ceux-ci n'étant mêlés qu'à une petite quantité de substances non nutritives, et se mettant aisément en contact avec la membrane absorbante.

Quant aux herbivores, leurs aliments ne contiennent qu'une faible proportion d'éléments nutritifs, noyés dans une gangue insoluble extrêmement abondante. Ces animaux étant forcés alors d'en prendre de grandes quantités et à des intervalles très rapprochés, l'estomac proprement dit ne peut être pour les aliments qu'un lieu de passage, qu'ils franchissent rapidement après s'être imprégnés de suc gastrique; aussi la surface qui sécrète ce fluide est-elle singulièrement réduite, parce que si elle doit fonctionner plus souvent (|ue dans les carnivores, elle n'a pas besoin de déployer dans un moment donné une aussi grande activité. Si, une fois sortis de l'estomac, les aliments rencontrent au contraire une vaste surface intestinale, c'est pour que les matériaux réparateurs dispersés au milieu de la gangue alimentaire n'échap|)ent point à l'action absorbante de cette surface, et puissent trouver l'occasion de se mettre en contact avec elle. En effet voyez les Ruminants : grâce à leur double mastication et à l'action triturante du feuillet, leurs îiliments arrivent dans l'estomac proprement dit plus divisés, mieux atténués que dans le cheval; la gangue, beaucoup mieux broyée, cache moins les matériaux assimilables et réparateurs; ces matériaux sont plus facilement saisis par la surface absorbante; et, comme conséquence nécessaire, le tube intestinal, quoique plus ong que dans les Solipèdes, est loin d'offrir la même capacité.

Nous expliquerions par des considérations analogues le pourquoi de la conformation intermédiaire du tube digestif chez les animaux omnivores.

Il y a donc une admirable corrélation entre la manière d'être du tube digestif et la nature des substances qui font la base de l'alimentation des animaux; et cette harmonie se reproduit également quand on compare l'estomac et l'intestin avec les

autres appareils de réconomic, comme avec les mœurs et les instincts. Aussi tel animal qui possède un estomac ample et un étroit intestin aura des dents et des griffes aiguës pour déchirer sa proie, de la force et de l'agilité pour l'atteindre, des instincts sanguinaires; tel autre qui, avec une surface stomacale très réduite, sera pourvu d'un intestin aussi développé par sa longueur que par sa capacité, se distinguera par ses mœurs paisibles, l'absence d'ongles agressifs, et la forme en meules broyantes des principales pièces de son appareil dentaire, etc.

§ V. — Organes annexes de la portion abdominale du tube digestif.

Ces organes sont au nombre de trois : deux glandes, le foie et le pancréas^ qui versent dans l'intestin grêle deux fluides particuliers, la bile et le suc pancréatique ; ç,i un organe glandiforme, la rate, remarquable par ses nombreuses connexions vasculaires avec différents organes de l'appareil digestif, et qui mérite, à ce litre, d'être étudiée avec cet appareil , quoiqu'il soit au moins douteux, sinon tout à fait improbable, qu'elle joue un rôle dans ]a digestion.

Préparation. — On pourra aisément étudier ces trois organes après avoir enlevé la masse intestinale, d'après le procédé indiqué page STk). Pour examiner plus facilement les divers détails de leur organisation, il sera bon ensuite de détacher ces viscères en masse avec le diaphragme et les reins, et d'étaler le tout sur une table.

r Du FOIE (fig. 123. 124. 125. 126).

Situation. Direction. — Cet organe est situé dans la cavité abdominale, à droite de la région diaphragmaiique, dans une direction oblique de haut en bas et de droite à gauche.

Forme et surface extérieure. — Débarrassé de toutes ses connexions avec les organes voisins, et étudié dans sa forme extérieure, il se montre aplati d'avant en arrière, irrégulièrement allongé en ellipse, épais dans son centre, et aminci sur ses bords, qui sont découpés de manière à diviser l'organe en trois lobes principaux. Cette configuration permet de lui reconnaître deux faces et loie circonférence.

La face antérieure est convexe, parfaitement lisse, et creusée d'une scissure large et profonde, qui se trouve formée par le passage de la veine cave postérieure. Cette scissure s'étend directement d'arrière en avant, en croisant un peu par conséquent la direction générale du foie ; on y remarque, près du point où la veine cave quitte le foie pour traverser le diaphragme, les ouvertures béantes des principales veines sus-hépatiques; h face postérieure (i?,\. ègd\QmQi\i lisse et convexe, et présente aussi un sillon, par lequel pénètrent dans le foie la veine porte, l'artère et les nerfs hépatiques, et par où s'échappent les canaux biliaires. Ce sillon, un peu concave à gauche, suit en définitive la direction du foie, c'est-à-dire qu'il marche obliquement de haut en bas, d'arrière en avant et de droite à gauche.

La circonférence peut se décomposer en un bord supérieur ou gauche, et un bord inférieur ou droit, réunis aux deux extrémités de l'ellipse que représente le foie. — Le bord supérieur présente, en procédant de droite à gauche : 1" l'insertion

388 DE l'appareil digestif chez les mammifères,

du ligament du lobe droit; 2° l'origine de la scissure de la veine cave; 3" une

échancrure qui répond à l'œsophage; /i° l'insertion du ligament gauche. — Le bord

FiG. 123

inférieur est comme tranchant, et offre deux cchancrnres profondes qui partagent le foie en trois lobes : un supérieur ou droit, un inférieur ou gauche, et un intermédiaire. Le lobe droit est généralement le moyen en volume, et porte comme appendice, tout à fait en haut, du côlé de sa face postérieure, un petit lobule

(•) Fig. 123. — Organes annexes de la porlion ahdowinnle ihi tube digestif. — \ . Lo1)R e;autlie du foie. 2. Lube moyen. 5. Li^he droit. 4. Estomuc. 5. Duudeiium. 6. Pancrc'us. 7. Insertion du canal pancréatique apcessoiie. '8. Veine porte. 9. Rate. 10, 10. Reins. Il, \\. Tlrelcros. 12. Rectum. 15. Aorte abdominale. 14. Veine cave postérieure.

OKGANES A^^■EXES DE LA l'ORllUiN ABDOMINALE DU TUliE DIGESTIF. 389

secondaire, qui a la forme d'une pyramide Iriangulaire, et dont la base répond à l'entrée de la scissure de la veine porte : c'est le Ivbiile de Spigcl. Le lobe gauche est presque constamment le plus gros. Le lobe moyen, toujours le plus petit des trois, est découpé lui-même par des échancrures secondaires en plusieurs languettes ou lobules.

Rapports. — En considérant l'organe en position pour l'étude de ses rapports généraux, on trouve que la face antérieure est appliquée contre le diaphragme, disposition qui auguiente sa convexité en diminuant celle de la face postérieure, et que celle-ci est en rapport avec l'estomac, le duodénum et la courbure diaphragmatique du côlon. Quant aux connexions propres à chaque lobe du viscère, voici ce que l'observation révèle ù ce sujet : 1° Le lobe moyen répond au centre même de la portion aponévrotique du diaphragme; 2° le lobe gauche touche la partie gauche et inférieure de cette aponévrose, et se prolonge sur le point correspondant de la bande charnue périphérique du muscle ; 3° le lobe droit est en contact avec la partie supérieure et droite de ce muscle; son bord supérieur touche le rein droit; le pancréas s'applique sur sa base, du côté de la face postérieure.

Moyens de fixité. — Le foie est suspendu à la paroi sous-lombaire de l'abdomen par les gros troncs vasculaires qui pénètrent dans les scissures de l'organe ; il est fixé de plus à la face postérieure du diaphragme par quatre liens particuliers. L'un de ces liens se porte de la face antérieure du foie sur le centre phrénique, et semble destiné à s'opposer aux déplacements de totalité; les trois autres sont affectés à chaque lobe en particulier.

A. Le ligament de la face antérieure du foie comprend deux séries de fibres aponévroliques fort courtes, qui, des deux bords du sillon de la veine cave, vont se fixer sur la face postérieure du centre phrénique. Le péritoine se replie sur elles de chaque côié, pour se porter du diaphragme sur le foie. L'adhérence de ces fibres aux parois de la veine cave est extrêmement intime; et la veine cave ellemême étant pour ainsi dire soudée au lissu du foie, il résulte de cette double disposition que l'union de ia face antérieure du viscère avec le centre phrénique est établie aussi solidement que possible.

B. Le ligament du lobe gauche est un large repli péritonéal entre les deux lames duquel existent quelques faisceaux de tissu fibieux blanc. Il se détache du centre aponévrotique, à gauche de l'orifice œsophagien, et s'insère sur la partie gauche du bord supérieur du foie.

C. Le ligament du lobe droit est un repli analogue au précédent, mais beaucoup plus court, dont l'origine, placée très haut, près de la paroi sous-lombaire, est couverte en partie par le rein droit. Il s'insère sur le bord supérieur du viscère et envoie uiie petite lame au lobule de Spigel. Mais le plus souvent, ce lobule est soutenu par un frein péritonéal spécial, qui part du bord antérieur du rein.

D. Le ligament du lobe moyen est une lame séreuse falciforme et verticale, dont le bord adhérent est attaché dans le plan médian, à peu près, sur la face postérieure du diaphragme, et même sur la paroi abdominale inférieure. Il porte à son bord libre un cordon fibreux formé par l'oblitération de la veine ombilicale du fœtus. On voit ce ligament pénétrer, par sa partie supérieure, dans une échancrure secon-

590 DE l'appareil digestif chez les mammifères.

daire du obe moyen, et se prolonger sur la face antérieure de celui-ci jusqu'au

point où la veine cave traverse le diaphragme.

Structure. — Le foie offre à étudier comme éléments de sa structure: 1° une membrane séreuse ; 2° une capsule fibreuse ; 3° le tissu propre et fondamental de l'organe ; 4° des vaisseaux et des nerfs.

1° Membrane séreuse. — Cette membrane n'est qu'une expansion des liens péritonéaux qui viennent d'être décrits, et dont les deux lames, en arrivant sur l'organe, s'écartent pour se développer sur ses faces, et le tapisser entièrement, excepté dans les scissures antérieure et postérieure.

2° Capsule fibreuse ou de Glisson. — Enveloppe propre du foie, cette capsule est constituée par une membrane fdjreuse fort mince, très adhérente à la couche précédente d'une part, et au tissu du foie d'autre part. Elle pénètre dans l'intérieur de ce tissu en se repliant autour des vaisseaux logés dans la scissure postérieure. De plus, elle envoie de sa face interne une umliitude de cloisons lamelleuses qui pénètrent entre les granulations hépatiques en formant à l'organe une véritable charpente. Nous avons entendu nier la présence de cette capsule; mais son existence n'est pas douteuse dans tous nos animaux domestiques; on la trouve bien développée surtout chez les animaux ruminants.

S** Tissu propre du foie. — La substance propre du foie se dislingue par une couleur brun bleuâtre ou violacé, dont les nuances varient beaucoup suivant les sujets. Elle est lourde, compacte, et si friable qu'elle s'écrase sous l'effort de la pression la plus modérée. Ce tissu est composé de granulations polyédriques de 1 1/2 à 2 millimètres de diamètre, lesquelles se distinguent assez facilement les unes des autres à la surface de l'organe à travers le péritoine, surtout quand les cloisons envoyées dans l'intervalle de ces granulations par la capsule de Glisson se sont hypertrophiées sons l'influence d'une légère irritation chronique.

Quelquefois la (prinulalion hépatique offre une couleur uniforme dans toute son étendue; souvent elle présente un point rouge foncé au centre avec un cercle jaune autour et un cercle rouge interrompu circonscrivant celui-ci, qui communique alors avec le cercle semblable des granulations voisines , de manière h figurer un réseau à la surface de la glande ; d'autres fois on peut voir la granulation jaune au centre et rouge à la circonférence. Toutes ces apparences, à l'élude desquelles on accordait autrefois beaucoup d'importance, n'ont rien de fixe et peuvent varier de mille manières en se combinant les unes avec les autres. Aussi ne doit-on leur accorder qu'une médiocre attention, et se rappeler seulement qu'elles sont dues à l'état de plénitude plus ou moins prononcé des différents vaisseaux qui pénètrent à l'intérieur de la granulation.

Celte granulation aurait-elle la même organisation que le lobule salivaire, c'està-dire serait-elle formée d'un ensemble de vésicules abouchées dans un canal excréteur commun parti du centre? C'est l'opinion d'un habile anatomiste, M. Sappey, au mérite duquel nous nous plaisons à rendre toute justice; mais ce n'est pas celle de l'immense majorité des observateurs , et, nous devons le dire également, ce n'est pas non plus la nôtre. Il est évident, en effet, qu'il n'y a point pour chaque hjbule hépatique un seul canal excréteur central, mais bien un réseau anastomotiquc de conduits périphériques qui enveloppent toutes les gra-

nulations, et qui pénètrent à leur intérieur, en formant des réseaux de plus en plus fins, jusqu'auprès de la partie centrale, où ils semblent ne point pénétrer, où, tout au moins, leur calibre devient si étroit, que les matières à injection n'y entrent pas facilement. Ces réseaux de canaux biliaires ne sont pas indépendants dans chaque lobule ; ils sont anastomosés avec ceux des granulations voisines. Qu'on ajoute à ces réseaux de belles cellules à noyau accumulées dans leurs mailles, avec les vaisseaux et les nerfs dont la disposition sera exposée plus loin, et l'on aura une idée précise de l'organisation du lobule hépatique, organisation qui représente celle du viscère tout entier, puisqu'elle se répète exactement dans chacune des granulations dont cet organe est composé.

/i.° Vaisseaux sanguins. — Le sang est amené dans le foie par Yartère hépatique et la veine porte. Il sort de l'organe par les veines sus-hépatiques.

Artère hépatique. — ^ Celte artère, branche de la cœliaque, apporte au viscère les éléments de sa nutrition; il est difficile d'en suivre les ramifications jusque dans les granulations elles-mêmes, auxquelles n'arrivent que de rares canalicules capillaires qui se continuent avec le réseau des veines sous-hépatiques.

Veine porte., ou tronc des veines sous-hépatiques. — La veine porte est le vaisseau fonctionnel du foie; c'est elle ([ui apporte à cet organe les matériaux de la sécrétion biliaire. Logée dans la scissure postérieure du foie, elle s'y divise, en formant par ses branches les veines dites sous-hépatiques; veines entourées par la capsule de Glisson, se ramifiant dans l'épaisseur du tissu de la glande, et finissant par 'constituer, autour des lobules, des réseaux entremêlés aux canalicules biliaires. Ces réseaux pénètrent avec ceux-ci à l'intérieur de la granulation, et se divisent en formant un lacis capillaire qui communique avec la veine sus -liépatique centrale.

Veines sus-hépatiques. — Vaisseaux efférenls du foie; les veines sus-hépatiques sont ainsi appelées parce qu'elles gagnent la face antéro-supérieure du viscère pour s'aboucher avec la veine cave postérieure. Ce sont elles qui transportent hors du foie le sang amené par la veine porte et l'artère hépatique, (^es veines prennent naissance dans chaque lobule par un ramuscule qui en occupe le centre. Elles se creusent un passage dans le tissu hépatique avec lequel leurs parois sont immédiatement en contact, se réunissent de proche en proche, et se jettent dans la veine cave postérieure à son passage dans la scissure antérieure du foie. Le nombre des troncs qui s'ouvrent ainsi dans ce vaisseau est assez considérable ; mais la plupart sont fort petits; le. principal confluent se trouve placé à l'extrémité antérieure de la scissure.

Vaisseaux lymphatiques. — Ils forment un beau réseau superficiel très facile à injecter, et des réseaux profonds disposés autour des vaisseaux qui pénètrent par la scissure postérieure. Réunis aux lymphatiques de l'estomac, ils constituent un tronc unique qui gagne la citerne sous-lombaire.

Nerfs. — Ils enlacent l'artère hépatique, et viennent du plexus solaire.

Canal excréteur (fig. 12i). — Ce Conduit, nommé canal cholédoque, résulte de la réunion de plusieurs troncs logés dans la scissure postérieure du foie, troncs qui viennent et du lobe droit, et du lobe moyen, et du lobe gauche. Suivies dans l'épaisseur du tissu hépatique, ces hranches se divisent en rameaux de plus en

392 DE l'appareil DIGISTIF CHEZ LES r\LVJlMIFÈRES.

plus Iciius, vju'on voit en définilivo |iit'iidic naissance sur l;i péripliéiio des granuliilions, en so couliiuianl avec les réseaux biliaires (]ui euvcloppenl el péuètrent celles ci. A sa sortie du foie, le canal cliolédiKiue se loge entre les lames de l'épi-

FiG. 124 (*).

ploon liépato-gastrique, gagne, en montant, la paroi du duodénum, et la traverse à 15 centimètres environ du pylore, en s'aboucliant avec le principal canal pancréatique. Les orifices de ces deux conduits sont entourés d'un repli muqueux circulaire, généralement très proéminent, faisant l'office d'une valvule destinée à empêcher le passage des substances alimentaires dans les ouvertures qu'elle circonscrit. Cette valvule s'acquitte de son rôle à merveille; elle ne laisse même point passer l'air qu'on insuffle dans le duodénum.

La structure du canal cholédociue rappelle celle de tous les canaux excréteurs. Les parois de ce conduit se composent de deux tuniques : l'une muqueuse, l'autre darloïque, appliquée sur la première.

Différences. — Le foie présente chez les mammifères domestiques autres que les Solipèdes, des variétés de forme, de volume, de position, qui n'influent en rien sur les caractères de son organisation. Aussi l'étude de ces variétés ne présentet-elle qu'un médiocre intérêt. Mais il n'en est plus de même de l'appareil d'excrétion, dont la disposition se complique et devient fort intéressante. En effet, le canal excréteur, au sortir du sillon de la veine porte et avant de se rendre à l'intestin, donne naissance à un conduit particulier, qui se détache à angle aigu , et (jui , après un trajet plus ou moins long suivant le volume des animaux, se dilate en une vaste ampoule, dite vésicule biliaire (fig. 125. 126).

Dans tous les traités d'anatomie, ce conduit spécial s'appelle canal cystique; on nomme canal hépatique la portion du tube excréteur qui précède l'origine de celui-ci ; et le nom de canal cholédoque est réservé h la section qui gagne l'intestin. Mais ces distinctions sont vicieuses. Nous nous bornerons à reconnaître : un canal cholédoque exactement semblable à celui des Solipèdes, s'étendant, comme ce dernier, de la scissure postérieure, où il prend son origine par plusieurs bran-

(') Fig. 124, — Appareil excrtleur du foie du clK^val. — 1. Lolie gauche. 2. Lobe moyen. 3. Lol>e droit du foie. 4. Lobule de Spigcl. (i. La veine cave posUrieure à sou inlie'e dans le foie. 7. Veine porte. 8. Canal cholédoque. 7. Caual pautjeciUquc, lU. Insertion commune des doux, conduits sur l'intestin grêle.

ches, jiKS(|u'au duodéiiuin; et un canalcystiquc, s'embiauchaiit à angle aigu sur le canal cholédoque pour so lerniiuir dans la vésicule biliaire.

a. La vésicule biliaire (fig. 125, 1) est un réservoir à parois membraneuses, dans lequel s'accumule la bile pendant les intervalles des digestions. Ce réservoir, logé en partie ou en totalité dans une fossette de la face postérieure du foie, est ovoïde ou piriformc, et présente un fond et un col. Ses parois comprennent trois tuniques : une externe^ péritonéale ; une moyenne, formée de tissu dartoïque; une interne, ou muqueuse, continue avec celle des divers conduits biliaires.

b. Le canal cystique (fig. 125, 2) s'éteiid en ligne droite du goulot de la vésicule au canal cholédoque. Il adhère intimement au tissu du foie, et n'offre point à son intérieur les valvules spiroïdes qu'on a décrites chez l'homme. En le fendant sur sa longueur, on découvre, du moins chez les Ruminants et les Carnassiers, de fort petits orifices qui percent la paroi adhérente au tissu du foie: ce sont les embouchures de plusieurs petits conduits biliaires particuliers, qui prennent le nom de canaux hépato-cystiques.

c. Le canal cholédoque (fig. 125, 3) se comporte exactement comme chez les Solipèdes. Il est beaucoup plus large que le canal cystique, et aboutit au duodénum, tantôt isolément, tantôt avec le canal pancréatique, en affectant une disposition qui rappelle jusqu'à un certain point le mode de terminaison des uretères. Au lieu de traverser perpendiculairement les parois intestinales, il perce d'abord la membrane charnue, parcourt un petit trajet entre cette membrane et la couche muqueuse, et s'ouvre ensuite sur la face interne de celle-ci, par un orifice entouré, comme dans le cheval, d'un repli valvulaire.

Tel est l'appareil excréteur du foie chez les animaux pourvus de vésicule biliaire. Nous exposerons son mécanisme en parlant des fonctions du foie. Revenons maintenant sur les dispositions particulières que présente ce viscère dans chaque espèce.

Bœuf. — Le foie du bœuf est entièrement confiné dans la région diaphragmatique droite. Il est épais, volumineux et à peine échancré sur sa périphérie; aussi devient -il difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer les trois lobes. Sur la figure 125, où l'on a représenté l'appareil

d'excrétion, le lobule de Spigel seul se détache de la masse de l'organe. La vésicule biliaire, fixée près de l'extrémité supérieure, est presque flottante. Elle reçoit, près de son col, l'insertion de plusieurs gros conduits qui viennent directement de la partie supérieure du foie. Le canal cholédoque s'ouvre isolément à une très

FiG. 'i2d

(') Fig- 125. — Foie du bœuf. — A. Extrémité inférieure du foie. B. Extre'mile' supérieure. C. Lobule de Spigel. 1. Vésicule Inliaire. 2. Canal cystique. 5. C.aual cliolédotiue. 4. Racines de ce caual. 7. Veiue cave postérieure. 7. Intestiu. 8. Insertion du canal pancréatique.

394 DE l'appareil digestif chez les mammifères.

grande distance du pylore ; M. Colin a trouvé cette distance de 62 centimètres sur

une vache et de 75 sur une autre.

Mouton, Chèvre. — La fomie et la position du foie ne diffèrent point de ce qu'on observe chez le bœuf. Mais le canal cholédoque s'abouche avec le conduit pancréatique pour se terminer à 30 ou ZjO centimètres du pylore.

Porc. — Foie à trois lobes bien marqués, le moyen portant la vésicule biliaire. Canal cholédoque s'ouvrant isolément à 2 ou 3 centimètres seulement du pylore.

Chien. — Le foie est très volumineux chez cet animal, profondément échancré et divisé en cinq lobes principaux. C'est le lobe moyen qui porte la vésicule biliaire, dans une fossette, où cette vésicule est complètement logée. Le canal cholédoque, réuni à une petite branche du conduit pancréatique, présente son insertion à une

dislance du pylore qui varie, suivant la taille des animaux, entre h et 12 centimètres. Il reçoit sur sa portion comprise entre l'intestin et l'origine du canal cystique plusieurs conduits biliaires d'un diamètre assez considérable.

(*) iMg. 126. — Foie du chien, et son appareil excréteur. — D. Diiodéuuni et niasse iutestiuale. P. Pancréas, r. Rate. e. Eslomac. /. Rectum. R. Rein droit. B. Vésicule biliaire, ch. Conduit cystique. FF. Foie. F'. Lobe du foie écliancre' pour montrer la distribution de la veine j)orle qui porte le sang dans le foie et de la veine hépatique qui le ramène. VP. Veine porte. V/i. Veine hépatique, d. Diaphragme. VC, Veine cave, C, Coeur.

Chat. — Disposition générale semblable à celle qui vient d'être indiquée pour le chien. Le canal cholédoque s'insère à 3 ou Zt centimètres environ, souvent ])lus, de l'orifice pylorique. Il s'ouvre immédiatement à côté du conduit pancréatique, quand il ne se réunit pas avec lui.

Fonctions. — Les considérations les plus importantes se rattachent à l'étude des fonctions du foie. Nous ne saurions les exposer ici sans sortir de notre sujet. Bornons-nous à faire remarquer que cet organe est traversé par le sang qui revient des tuniques intestinales, chargé des substances assimilables absorbées par les veines des villosités; que ce fluide subit au sein du tissu hépaiique des modifications importantes encore à l'étude au moment où nous écrivons ces lignes ; et qu'il se débarrasse de certains matériaux en alimentant la sécrétion de la bile. Celte sécrétion exerce évidemment une action dépuratrice sur le sang de la veine porte; mais est-elle exclusivement excrémenlitielle, ou bien le fluide qu'elle élabore a-t-il une destination dans les transformations digestives? Ce sont là encore des questions fort délicates, qu'on peut résoudre dans un sens ou dans un autre, en s'étayantde preuves également convaincantes, et sur lesquelles nous n'avons point à nous prononcer catégoriquement. Nous ferons observer cependant que la bile est versée à l'entrée même du canal intestinal ; que ce fluide s'écoule principalement pendant la période active de la digestion; qu'il paraît exercer, hors du tube digestif, une action dissolvante énergique sur les aliments fibrineux, quand on l'a préalablement mélangé avec le suc pancréatique; et qu'on trouve enfin dans toutes ces conditions des raisons suffisantes pour ne point dénier à la bile toute espèce de participation à l'exercice des phénomènes digestifs. Il est vrai de dire aussi que celte participation ne constitue point un acte nécessaire, puisque des chiens ont |)u vivre pendant plusieurs années avec toutes les apparences de la santé , quoique la bile eût cessé, chez ces animaux, d'être versée à l'iniérieur du tube intestinal; résultat obtenu par la ligature du canal cholédoque et l'établissement d'une fistule à la vésicule biliaire.

Chez les Solipèdes, la sécrétion du fluide hép.itique, quoique plus active pendant la période digestive, s'exerce d'une manière indiscontinue. Dans les animaux pourvus de vésicule biliaire, cette sécrétion présente les mêmes caractères; mais dans l'intervalle des digestions, la bile, au lieu de s'écouler directement sur la surface intestinale, gagne la vésicule biliaire par le canal cystique, et s'y accumule. Quand une nouvelle digestion commence, la bile ainsi mise en réserve est chassée dans le canal cholédoque par la contraction des fibres charnues de la vésicule et par la pression des viscères abdominaux; elle rencontre celle qui vient directement du foie et est entraînée avec elle dans le duodénum.

Développement. — Le foie du fœtus est remarquable par son énorme développement. Nous réservons sa description détaillée pour le moment où nous étudierons le développement du fœtus en général.

2° Du PANCRÉAS (fig. 123).

Cet organe a la plus grande ressemblance avec les glandes salivaires par sa structure et ses propriétés physiques ; aussi l'a-t-on appelé glande salivaire abdominale.

396 DE l'appareil DlGESTIl' CHEZ LKS MAMMIFÈRES.

Situation. — Il est silué à la région sous-lombaire, en travers de l'aorle et de la veine cave postérieure , en avant des reins, en arrière du foie et de l'eslomac.

Forme et rnpports. — Le pancréas présente une forme assez irréyulière et variable suivant les sujets. Aplatie de dessus en dessous, traversée obliquement de sa face inférieure à sa face supérieure par une ouverture qui livre passage à la veine porte, et qui prend le nom à'anneau du pancréas, cette glande est tantôt triangulaire, tantôt allongée d'un côté à l'autre, et incurvée sur elle-même; c'est avec cette dernière forme que nous l'envisagerons.

Ses faces présentent l'aspect lobule des glandes salivaires. La supérieure adhère par du tissu cellulaire à l'aorte, à la veine cave postérieure, au tronc cœliaque, au plexus solaire, aux vaisseaux spléniques, au rein et à la capsule surrénale droite ; elle est tapissée par le péritoine dans une certaine pariie de son étendue. L'inférieure répond à la base du cœcuni et à la quatrième portion du côlon, par l'intermédiaire d'une couche celluleuse abondante. — 'Le bord antérieur, concave et ondulé, se met en rapport avec le duodénum et le cul-de-sac gauche de l'estomac. Le postérieur est fortement convexe, surtout dans la partie droite, et présente vers son milieu une échancrure qui reçoit la veine porte avant son entrée dans l'anneau. — Vextréinité droite, la plus mince, adhère au duodénum, et présente les canaux excréteurs de la glande. La f/auc/te se porte vers la base de la rate, en passant entre le cul-de-sac gauche de l'estomac et le rein du même côté.

Structure. — Elle rappelle de tous points celle des glandes salivaires. Aussi nous dispenserons- nous d'en parler; nous nous bornerons à dire que le pancréas reçoit le sang des artères hépatique et grande mésentérique, et ({ue ses nerfs viennent du plexus solaire.

Appareil excréteur. — Le pancréas offre deux canaux excréteurs : un principal , décrit par "NVirsung , dont il porte le nom , et un accessoire. Le canal de Wirsung, logé dans l'épaisseur de la glande, mais plus près de la face supérieure que de l'inférieure, comprend d'abord deux ou trois grosses branches, qui ne tardent pas à se réunir en un tronc unique; celui-ci sort du pancréas par l'extrémité gauche de l'organe. Plus large que le conduit cholédoque, il aboutit, comme on sait, au même point sur la surface duodénale. Le canal accessoire est beaucoup plus petit; il part du tronc principal, reçoit quelques branches sur son passage, et s'ouvre isolément dans l'intestin grêle directement en regard du canal de AVirsung.

Fonctions. — Le fluide sécrété par le pancréas jouit, d'après les belles recherches de M. Cl. liernard, delà propriété d'émuisionner les graisses et de les rendre absorbables.

Différences. — Dans le Bœuf, le pancréas n'est plus couché en travers de la paroi sous-lombaire. Il est compris entre les lames du mésentère, à droite de l'artère grande mésentérique. Le canal excréteur est simple, et s'ouvre dans l'intestin grêle, 35 à ^0 centimètres |)lus loin que le canal cholédoque.

Dans le Mouton et la Chèvre, même disposition générale, mais le conduit excréteur s'abouche avec celui du foie.

Chez le Porc, ce conduit s'insère à 10 ou 15 centimètres derrière le canal cholédoque.

Le pancréas du Chien est extrêmeruenl allongé, et compris entre les lames du

OnOANES ANNEXES DE LA rOPxTION ABDOMINALE DU TUBE DIGESTIF. 397

feuillet niésentériqiie qui soutient le duodénum. Il se recourbe à sou extrémité antérieure, derrière l'eslomac, du côté de la ligne médiane. Son conduit excréteur, ordinairement simple, perce les membranes intestinales à 5 centimèlres plus loin que le conduit hépatique (fig. 122, m.). Sauf le mode d'insertion du conduit excréteur, mode d'insertion qui a été indiqué dans la description du canal cbolédo((ue , le pancréas du Chat se comporte exactement comme celui du cliien.

3" De la rate (fig. 123).

La rate s'éloigne des glandes, non-seulement par l'absence de canal excréteur, mais encore par les autres détails de son organisation. On la considère maintenant comme un ganglion vasculaire dont les usages ne sont point encore déterminés d'une manière précise.

Situation. ■ — Elle est située dans la région diaphragmatique, tout près de l'hypochondre gauche, et comme suspendue à la région sous-lombaire, ainsi qu'à la grande courbure de l'estomac.

Forme. Direction. Rapports. • — La rate offre la forme d'une faulx , obliquement dirigée de haut en bas et d'arrière en avant. On y considère deux faces, deux bo7'ds, une pointe.

La face externe est en rapport avec la portion charnue du diapliragme et moulée

sur elle. V interne, un peu concave, louche le gros côlon. — Le bord postérieur est

convexe, mince et tranchant. Vantérieur, plus épais, concave, taillé en biseau aux

, dépens de la face interne, se trouve creusé d'une légère scissure longitudinale,

qui loge les vaisseaux et les nerfs spléniques; il reçoit l'insertion du grand épi-

■ ploon, par lequel on a vu que la rate tient à la grande courbure de l'estomac. — La

: base du viscère, ou son extrémité supérieure, épaisse et large, répond au rein

gauche et à l'extrémité correspondante du pancréas ; elle présente l'insertion du

ligament suspenseur. La pointe , ou Vextrémité inférieure , est mousse et

amincie.

Moyens de fixité. — La rate est un organe flottant dont les déplacements sont bornés par un ligament suspenseur et le grand épiploon. Celui-là est un repli péritonéal qui procède du bord antérieur du rein gauche et de la paroi sous-lom- ' baire, et qui est renforcé par du tissu fibreux élastique compris entre ses deux lames. On le voit se fixer sur la base de la rate et se confondre en dedans avec le grand épiploon. Ce dernier nous est connu ; on sait qu'en se portant sur le côlon, il s'attache, à son passage, sur la scissure splénique, d'où il se répand à la surface de l'organe pour en former le revêtement séreux.

Structure. — Le tissu de la rate se présente avec une couleur bleu violacé, tirant quelquefois sur le rouge; il est élastique, tenace, mou, cède à la pression du doigt et en garde l'empreinte. Ce lissu, enveloppé h l'extérieur par \e péritoine, comprend une charpente fibreuse, h pulpe splénique, les corpuscules de Malpighi , des vaisseaux et des nerfs.

Membrane séreuse. — Elle se développe sur toute la surface de l'organe, excepté dans la scissure du bord antérieur. Sa face interne adhère de la manière la plus

398 DE l'appareil digestif chez les mammifères.

intime h la tunique propre de la rate, (lelte membrane n'est qu'une expansion des

liens séreux qui bornent les déplacements du viscère.

Charpente fibreuse. — Sous la membrane péritonéale existe une tunique fibreuse épaisse et résisianie, grenue et chagrinée à sa surface extérieure, envoyant de sa face profonde, dans l'intérieur de l'organe, une multitude de prolongements dits trabécules, qui s'entrecroisent en tous sens, en formant un réseau cellulaire dont les mailles étroites et multipliées contiennent les autres éléments du viscère. En malaxant un morceau de rate sous un filet d'eau, on le débarrasse de ces derniers, et la charpente fibreuse dont nous parlons apparaît alors de la manière la plus parfaite avec sa texture aréolaire. On arrive au même résultat si l'on fait passer un courant d'eau continu par l'artère splénique. M. Kolliker a trouvé dans la tunique propre de la rate et dans ses trabécules un tissu contractile particulier, \q?, fibres- cellules musculaires, mêlées à des faisceaux de tissu fibreux inextensible 011 élastique.

Pulpe ou boue splénique. — On désigne ainsi une matière pultacée rougeâtre qui remplit en partie les aréoles formées par l'entrecroisement des trabécules. Le microscope montre dans cette matière des globules sanguins en voie de décomposition et de transformaiion.

Corpuscules de Malpiglii. — Ces corpuscules sont contenus, comme la pulpe splénique, dans les mailles du réseau fibreux de la rate, et enveloppés par celte pulpe. Éparpillés sur le trajet des petites artères, ces corpuscules, visibles à l'œil nu, représentent des petits sacs clos de toutes parts, remplis de cellules à noyaux et de noyaux flottants dans un plasma.

Veines. — Les branches veineuses de la rate aboutissent toutes à la veine splénique, logée avec l'artère correspondante dans la scissure du viscère. Suivies du côté de leur origine, on leur voit perdre peu à peu leurs membranes constituantes et aboutir à des sinus qui ne sont plus tapissés que par la couche épithéliale du vaisseau. C'est dans ces sinus qu'aboutissent les réseaux veineux capillaires qui succèdent aux capillaires artériels.

Artères. — Elles émanent de l'artère splénique différentes hauteurs, et se plongent dans le tissu de la rate, en gardant leur indépendance réciproque. Leurs ramuscules terminaux ne s'ouvrent point, comme on l'a dit, dans les sinus veineux; ces ramuscules s'épuisent par des capillaires fort déliés, qui traversent la pulpe splénique pour se continuer avec le réseau veineux.

Vaisseaux lymphatiques. — Ou les voit et sur la surface extérieure de l'organe, et le long du trajet des vaisseaux sanguins.

Nerfs. — Ils viennent du plexus solaire, et enveloppent l'artère splénique, avec laquelle ils pénètrent dans la rate.

La rate n'est point un tissu érectile. — On a cru, et plus d'un anatomiste croit encore aujourd'hui, que la rate est un tissu érectile analogue aux corps caverneux. % Dans cette manière de considérer la structure de la rate, on pensait que les veines aboutissaient dans les cellules réticulaires et comnmnicantes formées par les trabécules de la charpente fibreuse, et que les capillaires artériels s'ouvraient directement dans ces espaces celluleux tapissés par la membrane interne des veines. Mais les détails dans lesquels nous sommes entré ci-dessus démontrent assez

qu'une pareille organisation n'apparlient pas au tissu splénique. Il y a bien des cavités veineuses dans ce tissu; mais elles ne communiquent point entre elles comme celles des corps éreciiles , et ne reçoivent pas l'insertion des capillaires artériels. Ceux-ci n'arrivent aux sinus spléniques que par l'intermédiaire d'un réseau veineux capillaire. Ces cavités veineuses sont, du reste, extrêmement dilatables surtout chez le cheval. Quand on insuffle la veine splénique, leurs parois s'écartent et refoulent la pulpe de la rate: elles s'agrandissent alors considérablement et distendent les cellules de la charpente fibreuse ; mais l'air ne pénètre point à l'intérieur de ces cellules.

Fonctions. — On ne sait rien de précis sur les fonctions de la rate. Il faut bien, du reste, que ces fonctions soient d'une importance bien secondaire, puisque les animaux auxquels on extirpe cet organe, et qui guérissent des suites de l'opération, continuent à vivre avec toutes les apparences de la santé. Les hypothèses qu'on a émises sur ce sujet sont fort nombreuses. En voici deux qui s'appuient à la fois sur l'étude des particularités analomiques du tissu de la rate, et sur des observations physiologiques rigoureuses : 1° La rate serait un diverticule pour la veine [jorte. 2° La rate opérerait la destruction des globules sanguins.

Pour ce qui regarde la première hypothèse, il est évident, grâce à la présence des sinus veineux dont il a été parlé, et à leur grande dilatabilité, grâce encore à l'élasticité et à la contractilité du tissu de la rate, que ce tissu est constitué dans d'excellentes conditions poui* servir de réservoir sanguin. M. Goubaux a démon*' tré, d'un autre côté, qu'il y a augmentation du volume de la rate toutes les fois que l'animîil ingère de grandes quantités d'eau , dont l'absorption consécutive détermine une certaine tension dans le système de la veine porte.

Quant à la seconde opinion, mise au jour par M. Kôlliker, elle trouve sa raison d'être dans l'existence des globules sanguins en voie de décomposition qui forment la pulpe splénique, et dans les analyses exécutées par M. J. Béclard sur le sang de la veine splénique, analyses qui ont donné pour résultat une notable diminution de la proportion des globules.

Nous remarquons que, dans les recherches entreprises sur le rôle de la rate, on n'a point tenu compte des connexions qui relient cet organe au grand épiploon chez la plupart des animaux mammifères ; connexions telles, que la rate n'est, à proprement parler, qu'un appendice vasculaire placé sur le trajet de cet épiploon. Or, les usages de ce vaste repli péritonéal sont eux-mêmes fort mal déterminés. Ne se rattacheraient-ils point à ceux qu'on présume être l'apanage de son organe appendiculaire?

Différences. — Chez les Ruminants, la rate n'est point supportée par le grand épiploon ; elle adhère au sac gauche du rumen et au diaphragme.

^00 DE l'appareil digestif chez les oiseaux.

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