‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 67 sur 128 · DU THORAX · texte numérisé non relu

DU THORAX

gauche, est extrêmement mince et percillée de petits trous qui hii donnent l'apparence d'une dentelle. Traversé tout à fait en haut par l'aorte postérieure, la veine azygos et le canal thoracique, ce médiastin livre passage un peu plus bas entre ses deux lames à l'œsophage, aux cordons œsophagiens des pneumogastriques, et au nerf diapiiragmatique gauche. Ce sont les lames de ce médiastin qui se portent au poumon pour constituer la plèvre pulmonaire, en se repliant en haut et en bas, sur une ligne horizontale étendue depuis la racine du lobe pulmonaire jusqu'à la face postérieure du diaphragme.

La plèvre pulmonaire ou viscérale, continue, comme il vient d'être dit, à la plèvre médiastine, se met en contact par sa face libre avec le feuillet pariétal de la membrane. Sa face profonde adhère assez intimement, chez les Solipèdes, au tissu propre du poumon.

Indépendamment de ces quatre feuillets séreux, la plèvre droite fournit un repli membraneux sjiécial, qui naît de la paroi inférieure de la cavité thoracique, et qui monte sur la veine cave postérieure pour se développer autour de ce vaisseau. Ce repli soutient encore le nerf diaphragmatique gauche.

Pour étudier maintenant les diverses portions des plèvres dans leur ensemble, leurs rapports réciproques, et leurs connexions a\ec les organes contenus dans la cavité thoracique, nous supposerons trois coupes transversales de cetie cavité: l'une passant derrière le cœur; l'autre pratiquée au niveau des racines du poumon et divisant le ventricule gauche ; la troisième traversant le médiastin antérieur, un peu en avant du ventricule droit.

Qu'on prenne sur la preuiière coupe (fig. i;')8, 1) la plèvre costale au point A,

qu'un la suive eu haut jusqu'au point ii, on la verra alors se replier en bas pour former le feuillet médiastin, s'appliquer sur l'aorte C, et sur l'œsophage D, puis se réfléchir au point E sur le poumon F, en enveloppant l'organe de toutes parts; revenu- au point E, abandonner alors le poumon, se réfléchir de nouveau pour

(M l'ig. 138.

plèvres.

Coupes théoriques de In cnt'ité thoracir/ue, destinées a montrer In disposition des

achever la formation de .la cloison médiastine BG, et regagner enfin le point de départ A, Du côté droit, les choses se passent de la même manière, avec une légère variante. Après s'être portée du point A' au point B', puis au point E', après s'être développée autour du poumon, avoir été ramenée en E', et s'èire réfléchie dans le plan médian jusqu'au point G', la plèvre droite abandonne la paroi thoracique inférieure, pour s'aller jeter autour de la veine cave postérieure et revenir en A', son point de départ.

La deuxième coupe, représentée fig. 138,2, montre la plèvre arrivée an point B, descendant sur la racine du poumon G, se développant ensuite autour de cet organe pour revenir en G, et se réfléchissant sur le péricarde D pour regagner le point A.

Sur la troisième coupe (fig. 138, 3), on voit la plèvre pariétale AB sans points de continuité avec la plèvre viscérale G. G'est qu'au niveau de cette coupe le poumon forme deux lobules parfaitement libres, qui ne sont point attachés au médiastin antérieur.

Gomme toutes les séreuses, les plèvres ont une face libre, parfaitement lisse, toujours en contact avec elle-même, et constamment lubrifiée par un fluide séreux, qui facilite le glissement du poumon sur les parois de la cavité thoracique.

Fonctions. — Le thorax n'est pas une simple cavité de récepiion : il joue, au contraire, un rôle actif très important dans l'acte de la respiration. On sait, en effet, qu'il se dilate et se resserre alternativement par le jeu du diaphragme et des côtes (voy. p. 137 et 241). Or, le poumon étant immédiaiement appliqué sur les parois ihoraciques, et ne pouvant à aucun moment en êire séparé par un vide, suit cette cavité dans ses mouvements, c'est-à-dire qu'il se dilate en aspirant l'air atmosphérique, et qu'il so resserre en expulsant celui-ci, après lui avoir soustrait une certaine quantité d'oxygène, qu'il remplace par une quantité équivalente d'acide carbonique.

Les mouvements du thorax sont donc d'une importance capitale; ils constituent le phénomène initial de la respiration, et tiennent sous leur dépendance tous les autres actes de la fonction.

DiFFÉRiiNCES. — Dans le Bceuf, le thorax présente, à sa partie supérieure surtout, une longueur moindre que dans les Solipèdes, en raison du peu d'obliquité du diaphragme et de son mode d'attache sur les côlcs. Du reste, la capacité totale de celle cavité se trouve certainement inférieure h celle qu'offre la poitrine du cheval. Il en e^t de même, relativement bien entendu, dans le Moaton, la Chèvre et le Porc, tandis que le Chien possède, sous ce rapport, une incontestable supériorité sur les Solipèdes. Ajoutons que tous ces animaux, sans exception, se distinguent du cheval, de l'âne et du mulet par la conformation du médiastin postérieur; cette cloison n'est plus découpée à jour dans sa partie inférieure, mais aussi solide, aussi épaisse et ans?,! complète dans ce point que partout ailleurs; aussi l'épancliement consécutif à une pleurésie se localise-t-il aisément dans l'un des sacs pleuraux, chez les premiers animaux, tandisque cette localisation est impossible dans les seconds.

g IV. — Du poumon (fig. 136).

Préparation. — On étudiera la disposition du poumon dans la cavité thoracique en plaçant un sujet en deuxième position, en ouvrant la poitrine par l'excision des côtes, comme

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dans la figure 137, et en insufflant l'organe par la trachée, au moyen d'un tube à robinet. Pour l'étude de sa conformation cxlérieure, le poumon devra être sorti de sa cavité de réception, avec le cœur et les gros vaisseaux, et insufflé comme précédemment.

Situation. Disposition générale. — Organe essentiel de la respiration, le poumon est un viscère spongieux, logé dans la cavité ihoracique, et divisé en deux moitiés latérales, tout à fait indépendantes, qui occupent chacune l'un des sacs séreux formés par les plèvres. Aussi décrit-on à volonté deux lobes pulmonaires ou deux poumons, l'un droit, et l'autre gauche, celui-ci un peu moins volumineux que le premier.

Forme et rapports. — Les poumons affectent dans leur ensemble la forme de la cavité thoracique; chacun d'eux représente donc la moitié d'un conoïde, et offre à étudier : une face externe, une face interne, une base, un sommet, un bord supérieur, un bord inférieur, un bord postérieui\

La face externe ou costale est convexe et moulée sur la paroi externe du thorax.

La face interne ou médiastinc forme un plan vertical séparé du poumon par le médiastin. Elle offre : 1° une partie antérieure peu étendue, appliquée sur le médiaslin antérieur; 2" au niveau du cœur, une excavation dans laquelle est logé cet organe ; 3" immédiatement en arrière de cette excavation et un peu au-dessus, la racine du poumon, faisceau formé par les tubes aériens et les vaisseaux pulmonaires en enirant dans le viscère; Zi" une portion postérieure plus étendue que les deux autresàelle seule, répondant au médiastin postérieur, et s'attachantsur cette cloison, au moyen d'un lepli qui se développe autour de l'organe pour former la plèvre pulmonaire, repli constituant, en arrière, un petit ligament séreux fixé à la fuis sur le médiastin et sur la face postérieure du diaphragme ; on remarque sur celte portion du poumon deux gouttières antéro-postérieures : l'une creusée près du bord supérieur de l'organe pour recevoir l'aorte thoracique; l'autre située plus bas, moins profonde que la première, plus marquée à gauche qu'à droite, et destinée à l'œsophage. Dans le poumon droit, cette face médiastine présente un petit lobule particulier qui manque du côté gauche.

La base ou la face diaphragmât i que ôa poumon, coupée obliquement de haut en bas et d'arrière en avant, est concave et moulée sur la face antérieure du diaphragme. On y voit, sur le poumon droit, la face postérieure du petit lobule signalé du côté interne, et une sorte d'échancrure |)rofonde creusée entre ce lobule et le lobe principal pour le passage de la veine cave postérieure.

Le sommet du viscèie, situé derrière la première côte, représente une espèce d'appendice détaché, qu'on désigne sous le nom de lobule antérieur du poumon.

Le bord supérieur, épais, arrondi et convexe, est logé dans la gouttière veitébrocostale. — L'inférieur, beaucoup plus court et plus mince, se trouve profondément échancré au niveau du cœur, plus du côté gauche que du côté droit. — Le postérieur est ellipsoïde et circonscrit de toutes parts la face diaphragraatique, qu'il sépare des faces costale et médiastine.

Structure. — Une enveloppe séreuse extérieure, un tissu propre fondamental,' des vaisseaux fonctionnels, des vaisseaux nutritifs, des lymphatiques, des nerfs : tels sont les éléments qui entrent dans l'organisation du poumon,

UZh APPAREIL RESPIRATOIRE.

Enveloppe séreuse. — Cette enveloppe n'est autre chose que la plèvre pulmonaire, déjà décrite.

Tissu fondamental. — Le tissu pulmonaire se présente chez l'adulte avec une belle couleur rosée; il est plus foncé chez le fœtus qui n'a point respiré. Quoique très mou, il offre une très grande force de résistance ; on ne le déchire qu'avec difficulté. Son élasticité est remarquable; elle concourt à l'affaissement qu'éprouve le poumon lorsqu'on fait pénétrer de l'air dans les plèvres. Ce tissu est très léger : plongé dans l'eau, il surnage s'il est sain. Celte légèreté spécifique doit être attribuée à l'air emprisonné dans les vésicules pulmonaires. On en a la preuve dans ce qui se passe quand on insuffle le poumon d'un fœtus : plus lourd que l'eau avant celte opération, il devient alors plus léger, parce que, malgré toutes les manipulations mises en œuvre pour expulser l'air introduit dans les vésicules pulmonaires, il en reste toujours une certaine quantité. Par contre, le poids absolu du poumon est relativement plus considérable dans l'adulte que dans le fœtus, ce poids représentant chez le premier 1/30'= de la masse totale du corps et 1/60*^ seulement chez le second.

Voilà les caractères physiques du tissu fondamental du poumon ; étudions-en maintenant les caractères anatomiques.

Le tissu pulmonaire est partagé en un grand nombre de petits lobules polyédriques, par des cloisons celluleuses qui semblent être des prolongements du chorion de la meiubrane séreuse extérieure , celte segmentation en lobules est un fait d'organisation commun à tous les mammifères; mais elle se démontre plus facilement chez les uns que chez les autres : peu évidente dans les Solipèdes, et surtout chez les Carnassiers, elle se constate, au contraire, avec beaucoup plus de netteté chez les Ruminants et les Pachydermes.

L'organisation de ces lobules rappelle d'une manière frappante celle des lobules salivaires. Chacun d'eux reçoit, en effet, un petit tuyau bronchi(|ue, et celui-ci se prolonge dans le lobule |)ar plusieurs courtes branches terminales sur lesquelles s'abouchent un certain nombre de vésicules élémentaires. En assimilant pour un moment le poumon à une glande, on voit que cet organe devrait être rangé dans la catégorie des glandes en grappe.

Pour démontrer la structure vésiculaire du poumon, on peut insuffler l'organe, le soumettre à la dessiccaiion, et pratiquer ensuite des coupes sur lesquelles apparaissent les vésicules pulmonaires. [\Jais ce procédé a l'inconvénient d'agrandiroutre mesure ces vésicules, eu amincissant et en détruisant même leurs parois. Il vaut mieux avoir recours à celui-ci : laisser le poumon dans la cavité thoracique non ouverte; pousser dans le cœur droit, par la jugulaire, une injection de suif très chaud, en employant une certaine force pour faire revenir la matière à injection de l'artère dans les veines pulmonaires; ouvrir la cavité thoracique après refroidissement ; et retirer le poumon au dehors. Celui-ci, imprégné de suif solidifié, ne s'affaisse plus au contact de l'air ; des coupes pratiquées en différents sens montrent alors d'innombrables porosités parfaitement rondes, qui ne sont autre chosequeles vésicules pulmonaires ouvertes.

On démontre bien ainsi la présence des vésicules pulmonaires; mais pour en étudier convenablement la disposition, il faut prendre le moule de ces vésicules au

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moyen d'une matière solidifiable coulée ihm les bronches, et détruire ensuite par la macération le tissu pulmonaire. L'alli;ige IJarcet, em])loyé de cette manière, donne souvent de fort beaux résultats. On constate alors (|ue les vésicules pulmonaires forment dans chaque lobule des culs-de-sac renflés en ampoule de O'""',^ à O^'^SS de diamètre, s'ouvrant par trois, cjuaire ou cinq sur une bronchule terminale. Celle-ci s'abouche avec les branches analogues du même lobule par un tube bronchique commun, auquel toutes les vésicules se trouvent ainsi suspendues.

On a prétendu que les vésicules pulmonaires communiquent entre elles comme les aréoles d'un tissu érectite; il ne faut pas observer avec beaucoup d'attention pour se convaincre qu'elles sont parfaitement indépendantes.

Vaisseaux fonctionnels du poumon. — On sait que le sang revient de toutes les parties du corps par les veines, après avoir perdu, avec sa couleur rouge rutilante, les propriétés qui le rendent propre à entretenir la vie dans les tissus. Il arrive ainsi à l'intérieur du cœur droit, d'où il est chassé dans le poumon, pour être régénéré en traversant cet organe, au contact médiat de l'air. C'est Vartère pulmonaire qui transporte ce fluide au sein du parenchyme du poumon ; et ce sont les veines de même nom qui le ramènent au cœur : l'artèie est divisée d'abord en deux branches, puis ramifiée, jusfju'à passer à l'état de réseau capillaire, dans les parois des vésicules aériennes ; les veines, iimoinbrables et ténues, comme les artérioles, à leur origine, sont fondues à leur terminaison en quatre à huit troncs principaux, qui s'abouchent avec l'oreillette gauche du cœur.

Ces deux ordres de vaisseaux participant d'une manière nécessaire au rôle physiologique du poumon, comme la veine porte par rapport au foie, on les a distingués, avec raison, des autres veines ou artères de l'organe pulmonaire, en les désignant sous le nom de vaisseaux fonctionnels. Il ne faudrait cependant pas croire qu'ils sont exclus de toute espèce de participation aux actes de nutrition. De bons esprits admettent aujourd'hui que le sang de ces vaisseaux concourt à entretenir le mouvement vital dans le tissu du poumon, en commun avec le fluide nutritif charrié par les artères et les veines qu'il nous reste à signaler.

Vaisseaux nutritifs. — On désigne ainsi les divisions des artères et des veines bronchiques, dont les ramuscules terminaux se rendent non-seulement dans les bronches, mais encore dans l'épaisseur du parenchyme pulmonaire lui même.

Lymphatiques. — Ces vaisseaux , très nombreux autour des lobules pulmonaires, se rendent, pour le plus grand nombre, aux ganglions bronchiques.

Aerfs. — Les branches nerveuses destinées au tissu du poumon viennent de la même source que celles des tuyaux bronchiques. Elles émanent donc des nerfs pneumogastriques et du grand sympathique.

Fonctions. — Rappeler que le poumon est le siège de l'absorption de l'oxygène et de l'expulsion de l'acide carbonique du fluide nutritif, phénomènes accompagnés de la transforiuation du sang noir en sang rouge, et probablement de plusieurs autres métamorphoses encore douteuses ou inconnues, c'est donner sur la fonction de cet organe les seuls renseignements authentiques qu'il soit besoin de ( (innaître; en ajoutant toutefois que les actions moléculaires intestines, d'où résultent tous ces phénomènes, s'opèrent au sein du poumon, par le contact médiat de l'air atmosphérique introduit pendant l'inspiration dans les vésicules pulmo-

naircs et du fluide sanguin qui traverse les parois de ces vésicules. Quant au mécanisme intime de ces actions moléculaires, nous n'avons point à nous en occuper ici. DÉVELOPPEMENT. — Quoique le poumon soit sans activité chez le fœtus, c'est un des organes qui se développent de bonne heure. Pendant toute la durée de la vie intra-utérine, sa texture lobuleuse est beaucoup mieux marquée que dans l'adulte ; et il apparaît alors exactement conformé comme les glandes en grappe. Des coupes disposées pour l'examen microscopique permettent d'observer très nettement la présence des vésicules et leur arrangement. On connaît déjà les différences de couleur et de densité qui distinguent le tissu pulmonaire du fœtus de celui de l'adulte; signalons encore la moindre vascularité du premier; on verra, en effet, que le sang de l'artère pulmonaire passe presque entièrement dans l'aorte postérieure par le canal artériel.

Différences. — Le poumon du Bœuf, du Mouton et de la chèvre est remarquable par la netteté avec laquelle les lobules se distinguent les uns des autres.

Ces lobules sont, en effet, séparés les uns des autres par d'épaisses lames de tissu cellulaire, continues avec la face interne de la plèvre viscérale. Dietéricks, qui a le premier appelé l'attention sur cette disposition dans les grands Ruminants, a fait remarquer, avec juste raison , qu'elle explique parfaitement les caractères tout spéciaux des lésions de la pneumonie chez ces animaux.

La forme d'ensemble des poumons des Ruminants ne diffère point de celle qu'on observe chez le cheval ; on remarquera cependant que le gauche est divisé en deux lobes, et que le droit en présente ([uatre, dont un antérieur se recourbe en avant du cœur. La figure 139 permet de saisir aisément celte particularité.

Dans le Porc, les poumons se comportent h peu près comme chez les Ruuiinants.

Chez le Chieu et le Chat, il n'existe point d'échancrure bien marquée, ni à droite ni à gauche, au niveau du cœur, (jui se trouve ainsi presque complètement enveloppé par le tissu pulmonaire. L'organe du côté gauche offre trois lobes, et le droit quatre, séparés les uns des autres par des sillons profonds qui se prolongent , en général, jusqu'à la racine des poumons. Les lobules sont petits, très serrés, et le tissu pulmonaire offre ainsi une grande compacité.

(*) Fig. 139. — Poumons du mouton {■vue inférieure). — ^, Poumon droit, 2. Poumon gauche. 3. Trachée. 4. Cœur. 5. Artères carolides. 6. Veine cave postérieure.

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