‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 76 sur 128 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On donne le nom d'artères aux vaisseaux centrifuges, c'est-à-dire à ceux (pii portent le sang du cœur aux organes.

Ces vaisseaux procèdent du cœur par deux troncs, parfaitement indépendants chez l'animal adulte, et naissant, l'un du ventricule droit, l'autre du ventiicule gauche.

Le premier de ces troncs, alfecté au transport du sang noir, constitue Vartère pahnonairi'. Le second est desliné au sang rouge: c'est Vartère aorte. Il existe donc deux groupes d'artères : le système pulmonaire et le système aortlque.

FoiiME D'ENSiiMîîLE . — Siojpk's à Kur poiut (le départ, les deux systèmes artériels se divisent bieiilot en troncs moins volumineux , subdivisés eux-mêmes en canaux successivement décroissants, qui finissent par se réduire à un diamètre extrêmement lénu. En un mut, les troncs artériels présentent la disposition raniescenle des arbres qui appartiennent à l'embranchement des plantes dicotylédones. Il est à remarquer que le volume total des troncs secondaires l'emporte sur celui du tronc jjrimitif, et que le même rapport existe entre les dimensions respectives des branches et de leurs rameaux, jusqu'aux divisions ullinies de l'artère. E\\ ramenant par la pensée toutes les ramifications d'un même système à un canal unique, on trouverait donc que ce canal irait sans cesse en s'élargissant de son origine à sa terminaison, et qu'il représente) ait un cône creux dont le sonimet répondrait au cœur.

FoiniE DES TUBES ARTÉi^iELS. — Chaque tube artériel affecte une forme régulièrement cylii)dri(iue, quel que soit son volume; quand on mesure le diamètre de ces vaisseaux à leur origine et à leur terminaison entre deux rameaux collatéraux, on ne constate point de différence sensible.

IMODE d'origini:. — Les rameaux artériels se détachent angulairement des branches-nièrcs qui leur donnent naissance. Tantôt l'angle de séparation est plus ou moins aigu (c'est le cas le plus commun), tantôt il est droit et tantôt obtus. On conçoit que l'ouverture de cet angle exerce une influence assez prononcée sur le cours du sang ; par exemple, le sang d'un vaisseau principal, en s'engageant dans la lumière d'un vaisseau secondaire qui naît du premier à angle obtus, éprouvera un ralentissement notable, à cause du changement de direction qu'il est obligé de subir ; au contraire, la vitesse du sang ne sera point modifiée d'une manière appréciable dans les vaisseaux qui se séparent de leur tronc d'origine en formant avec lui un angle très aigu.

Trajet. — Dans le trajet parcouru par une artère, il importe de considérer la situation occupée par le vaisseau, sa direction, ses rapports, et les anastomoses qui le font communiquer avec les vaisseaux voisins.

Situation. — Les artères tendent constamment à s'éloigner des parties superficielles pour se loger parmi les parties profondes, et se dérober ainsi à l'action des causes vulnérantes extérieures; tendance d'autant plus prononcée que les artères ont un volume plus considérable, et qui cesse de se manifester dans les ramuscules de peu d'importance. Ces vaisseaux occupent donc, soit les grandes cavités du tronc, soit les interstices profonds de la face interne des membres ; et quand ils franchissent une articulation, c'est toujours du côté de la flexion.

Direction. — Les artères sont tantôt rectilignes , et tantôt plus ou moins flexueuses. Cette dernière disposition a évidemment pour usage d'empêcher la dilacération des vaisseaux dans les organes susceptibles d'allongement et de raccourcissement, ainsi qu'on le remarque pour la langue, ou de modérer l'impétuosité de l'afflux sanguin, comme dans les carotides internes.

En général, les artères sont parallèles à l'axe du tronc et des membres.

Rapports. — Dans leur trajet, les artères peuvent se mettre en rapport avec les viscères, les nerfs, les muscles, les os, la peau, le tissu cellulaire.

a. Sur presque tous les points de l'économie, les artères entretiennent avec ks veines les rapports les plus intimes : tantôt avec deux de ces vaisseaux, cl alors l'artère est placée entre eux; tantôt avec un seul, qui est toujours plus superficiel.

b. Les artères sont ordinairement accompagnées par des cordons nerveux du système cérébro-spinal ou du système ganglionnaire. Ceux qui appartiennent à cette dernière catégorie se distinguent par l'enlacement réticulaire qu'ils forment autour des artères viscérales.

c. Logées pour la plupart dans les interstices des muscles, les artères affectent avec ces organes des rapports fort importants à connaître au point de vue chirurgical. Quelques-uns de ces muscles marchent parallèlement aux artères importantes, et ont été désignés pour celte raison sous le nom de muscles satellites; ils servent de guide au chiringicn dans la recherche des artères, par le relief plus au moins saillant qui révèle leur présence sous la peau.

Il est digne de remarque que les artères ne sont point comprises dans les gaines fibreuses qui enveloppent les muscles ; ces vaisseaux occupent presque toujours, avec les nerfs qui les suivent, des loges spéciales résultant de l'adossement de plusieurs gaines aponévrotiques; quand ils traversent l'épaisseur d'un muscle, ce qui

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arrive quelquefois, ils sont entoures par une arcade ou un anneau fibreux, qui les protège contre l'action compressive exercée par la contraction musculaire , cette arcade ou cet anneau recevant par sa convexité l'insertion des fibres du muscle.

d. Rien n'est plus commun que de voir les artères en rapport direct avec les os: témoins l'aorte, les intercostales, etc. Il n'est pas rare non plus de rencontrer une couche charnue plus ou moins épaisse entre les artères et les pièces du squelette. Dans tous les cas, la connaiss;ince des connexions des artères avec les os importe au chirurgien, car elle lui permet d'interrompre temporairement la circulation dans ces vaisseaux , en exerçant une pression extérieure sur les points de leur trajet qui répondent aux pièces osseuses, et en obturant ainsi leur calibre par aplatissement.

e. En vertu de leur situation profonde, les artères sont, en général, éloignées de la peau ; il en est cependant qui rampent presque immédiatement sous la face interne de cette membrane; celles-là ne se trouvent qu'à la tête et aux extrémités.

f. EnOn toutes les artères sont enveloppées d'une couche de tissu cellulaire, qui leur forme une sorte de gaîne, généralement difficile à déchirer avec le seul secours des doigts, et à isoler des parties avoisinantos, des veines principalement. Ce tissu cellulaire, plus ou moins abondant suivant les régions, est toujours assez lâche pour permettre aux artères de rouler et de se déplacer avec la plus grande facilité, et de fuir ainsi sous l'efForl des corps vulnérants introduits accidentellement dans les tissus.

Anastomoses. — Très souvent les branches artérielles sont rehées entre elles par des communications qui ont reçu le nom à' anastomoses , et qui assurent la distribution du sang en la régularisant. On distingue:

1° Des anastomoses par convergence^ formées par deux vaisseaux qui se joignent angulairement, à leur extrémité terminale, pour constituer un troisième tronc plus volumineux.

2° Des anastomoses en arcade ou par inosculation, dues à l'abouchement de deux branches qui s'infléchissent l'une vers l'autre, se rencontrent et se réunissent en formant un canal unique et curviligne.

3" Des anastomoses par communication transversale, représentées par des rameaux jetés transversalement entre deux artères parallèles.

W" Des anastomoses mixtes ou composées, dans lesquelles ou retrouve une combinaison des différents types indiqués plus haut.

Mode de distribution. — Les branches qu'une artère distribue dans les organes environnants se distinguent en terminales et en collatérales :

Les troncs artériels, après avoir accompli un certain trajet, se divisent en plusieurs branches, presque toujours deux, artères nouvelles qui continuent le vaisseau primitif, et prennent le nom de branches terminales, parce qu'elles commencent, en effet, à l'extrémité terminale de ce vaisseau.

Quant aux branches collatérales, elles naissent à diverses hauteurs sur le trajet même des artères, en s'échappant latéralement.

Cette distinction n'est pas toujours facile à établir, et est loin d'avoir une valeur absolue; elle a cependant son importance, car elle facilite beaucoup les descriptions.

Termlnaiso.n. — Les artères se terminent dans l'épaisseur des tissus par des

raniiiscules excessivement ténus, fort nombreux , et si fréquemment anastomosés entre eux qu'ils se disposent en un plexus ou réseau microscopique h mailles très serrées. L'ensemble de ces ramuscules représente le système capillaire. En se reconstituant, de proche en proche, en rameaux de plus en plus considérables, ils donnent naissance aux veines. Le système capillaire n'est donc qu'un lacis de canaux microscopiques intermédiaires aux veines et aux artères.

Dans les tissus érectiles, le mode de terminaison est différent : les artérioles s'ouvrent directement au sein des cellules placées à l'origine des veines, sans passer par l'intermédiaire d'un réseau capillaire.

Structure. — Les parois des artères offrent une certaine rigidité, qui permet à ces vaisseaux de rester béants quand ils sont vides de sang. Elles comprennent trois tuniques: une interne, une moyenne, une externe. — V interne peut être assimilée à une membrane séreuse. — La moyenne est remarquable par son épaisseur, son élasticité et la couleur jaune qu'elle présente dans les vaisseaux principaux. — V externe w' Q^\. autre chose qu'une lame celluleuse fort mince, qui jouit cependant d'une grande force de résistance, car un nœud de fil serré fortement autour d'une artère détermine la rupture des autres membranes, et n'entame point la tunique externe.

Les mcmbianes artérielles reçoivent des nerfs ([ui proviennent, soit du système ganglionnaire, soit du système cérébro-spinal, avec des vaisseaux sanguins désignés sous le nom de vasa vasorum. On y trouve aussi des lymphatiques, qui naîtraient, suivant les uns , de la membrane interne, et de la membrane moyenne suivant les autres.

AiNOMALiiiS DLS ARii-iRES. — Les artères présentent fort souvent dans leur dis- . position des anomalies contre lesquelles le chirurgien doit se tenir en garde. Ces anomalies portent ordinairemeii'; sur le nombre, le point d'origine et le volume des \ai8seaiix. Elles n'oOrent iuicun intérêt au point de ^ue de l'analomie et de la phy.Mologie pures; il importe peu, en effet, que le sang vienne d'une source plutôt (lue d'une antre, qu'une ^oie collatérale devienne voie principale aux dépens de la branche mère (|ui la fournit, pourvu que les rapi)orts ne changent point, et que le principe de l'immuabilité des connexions se iiouve ainsi respecté.

Préparation des artères. — - La préparation des artères exige deux opérations successives: 1" V injection ; 2" la dissection.

Injcdion des aiières. — I.'iiijectiou est une opération qui a pour but l'introduction à l'iiiti'ncur des vaisseaux d'une substance suliiiiliable, destinée à rendre à ces canaux le volume cl la conloinialion qu'ils prcseulent pendant la vie quand ils sont remplis de sang.

Le suif, coloré p;ir du noir de fumée, est la matière à injection dont l'emploi est le plu;? commode et le plus liabitucl. Ou se sert aussi quelquefois d'une solution de gélatine additionnée d'une certaine quaulité de plâtre à mouler; mais ce procédé est peu usité dans les écoles françaises.

Une seringue en cuivre ou en laiton et une canule à robinet ajustée sur l'extrémité de la seringue, sont les seuls instruments nécessaires pour pousser ces matières dans les vaisseaux artériels.

Voici les détails du manuel opératoire quand on veut faire une injection générale :

L'animal étant couché sur une table, on n)et l'urtèrc carotide à nu, au moyen d'une incision pratiquai' dans la gouttière jugulaire. Le vaisseau est fendu longitudinalement. Une ligature est appliquée au-dessus de louvcrlure, et la canule a robinet est fixée solidement dans la lumière de l'artère, du côté du cœur, à l'aide d'une seconde ligature. La matière à injection,

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