CHAPITRE PREMIER
COiNSlDÉRATIONS GÉNÉRALl'iS.
On donne le nom d'aiières auK vaisseaux centrifuges, c'est-à-dire à ceu.v qui portent le sang du cœur aux organes.
Ces vaisseaux procèdent du cœur par deux troncs, parfaitement indépendants ciiez l'animal adulte, et. naissant, l'un du ventricule droit, l'autre du ventricule gauche.
Le premier de ces troncs, affecté au transport du sang noir, constitue Vartèt-e /mlinoludre ou le vaisseau centrifuge de la petite circulation. Le second est destiné au sang rouge : c'est Vurtève aorte ou le vaisseau cemrifuge de la grande circulation. 11 existe donc deux groupes d'artères : le système /inhnuna/re et le système aortique.
l-'ORMli D'ENSiiMULii. — Simples à leur point de départ, les deux systèmes artériels se divisent bientôt en troncs moins volumineux, subdivisés eux-mêmes en canaux successivement décroi-ssants, qui Unissent par se réduire ù un diamètre cvlréu^emeut
CIIAUVKAlf. — ïi* L'Jil.
5^1(5 t)i;S ARTÈUES.
'.CHU. El» 1111 mol, les troncs artériels présentent la disposition ranicscente des arbres qui appartiennent à l'embranchement des plantes dicotylédones. Il est à remarquer que le volume total des troncs secondaires l'emporte sur celui du tronc primiiif, et que le môme rapport existe entre les dimensions respectives des branches et de leurs rameaux, jusqu'aux divisions ultimes de l'artère. En ramenant par la pensée toutes les ramifications d'un même système à un canal unique, on trouverait donc que ce canal irait sans cesse en s'élargissaiit de son origine à sa terminaison, et qu'il représenterait un cône creux dont le sommet répondrait au cœur.
Forme des tubes artériels. — Chaque tube artériel affecte une forme régulièrement cylindrique, quel que soit son volume ; quand on mesure le diamètre de ces vaisseaux à leur origine et à leur terminaison^ entre deux rameaux collatéraux, on ne constate point de différence sensible.
Mode d'origine. — Les rameaux artériels se détachent angulairement des branches-mères qui leur donnent naissance. Tantôt l'angle de séparation est plus ou moins aigu (c'est le cas le plus commun), tantôt il est droit, tantôt il est obtus. On conçoit que l'ouverture de cet angle exerce une inGuence assez prononcée sur le cours du sang; par exemple, le sang d'un vaisseau principal, en s'engageant dans la lumière d'un vaisseau secondaire qui naît du premier à angle obtus, éprouvera un ralentissement notable, à cause du changement de direction qu'*il est obligé de subir; au contraire, la vitesse du sang ne sera point modifiée d'une manière appréciable dans les vaisseaux qui se sépnj-ent de lèur tronc d'origine en formant avec lui un angle très-aigu. Vers le point (le séparation, on remarque toujours à l'intérieur du vaisseau une sorte d'éperon dont le bord tranchant, tourné du côté du cœur, divise le courant sanguin et diminue ainsi les résistances. Cet éperon rappelle la disposition d'une pile de pont contre laquelle les eaux d'un fleuve viennent se couper pour courir ensuite à tlroite et à gauche.
Trajet. — Dans le trajet parcouru par une artère, il importe de considérer la situation occupée par le vaisseau, sa direction, ses rapports et les anastomoses qui le font communiquer avec les vaisseaux voisins.
Situation, — Les artères tendent constamment à s'éloigner des parties superficielles pour se loger parmi les parties profondes, et se dérober ainsi h l'action des causes vulnérantes extérieures ; tendance d'autant plus prononcée que les artères ont un volume plus considérable, et qui cesse de se manifester dans les ramuscules de peu d'importance. Ces vaisseaux occupent donc, soit les grandes cavités du tronc, soit les Interstices profonds de la face interne des membres ; et quand ils franchissent une articulation, c'est toujours du côté de la flexion. Or, comme dans les membres les articulations se fléchissent alternativement en sens opposé , il en résulte, pour les artères de ces régions, une disposition légèrement héliçoïde. Elle est manifeste pour Tarière fémorale qui contourne la face interne du fémur pour devenir l'artère poplitée; pour l'artère humérale qui, située d'abord en dedans de l'articulation scapulo-humérale, tourne autour de l'humérus pour se placer en avant de l'articulation du coude.
Direction. — Les artères sont tantôt rectiHgnes, et tantôt plus ou moins flexueuses. Cette dernière disposition a évidemment pour usage d'empôcher la dilacération des vaisseaux dans les organes susceptibles d'allongement et de raccourcissement, ainsi qu'on le remarque pour la langue, ou de modérer l'impétuosité de l'afflux sanguin, comme dans les carotides internes.
Rapports. — Dans leur trajet, les artères peuvent se mettre en rapport avec les Viscères, les nerfs, les muscles, les os, la peau, le tissu conjonctif.
a. Sur presque tous les points de l'économie, les artères entretiennent avec les veines
CONSIDÉRATIONS GÉNÉUALES. 5iî|7
les rapports les plus intimes : tantôt avec deux de ces vaisseaux, ol alors l'artère est placée entre eux; tantôt avec un seul, qui est toujours plus superficiel.
b. Les artères sont ordinairement accompagnées par des cordons nerveux du système cérébro-spinal ou du système ganglionnaire. Ceux qui appartiemient à celle dernière catégorie se distinguent par l'enlacement réticulairc qu'ils forment autour des artères viscérales; nous y reviendrons plus loin à propos de la structure.
c. Logées pour la plupart dans les interstices des muscles, les artères affectent avec ces organes <les rapports fort importants à connaître au point de vue chirurgical. Quelques-uns de ces muscles marchent parallèlement aux artères importantes, et ont été désignés pour cette ralsoit sous le nom de muscles satellites ; ils servent de guide au chirurgien dans la recherche des artères, par le relief plus au moins saillant qui révèle leur présence sous la peau.
Il est digne de remarque que les artères ne sont pas comprises dans les gaines librcuses qui enveloppent les muscles ; ces vaisseaux occupent presque toujours, avec les nerfs qui les suivent, des loges spéciales résultant de l'adossement de plusieurs gaines aponévrotiques; quand ils traversent l'épaisseur d'un muscle, ce qui arrive quelquefois, ils sont entourés par une arcade ou un anneau fibreux, qui les protège contre l'action compressive exercée par la contraction musculaire, cette arcade ou cet anneau recevant par sa convexité l'insertion des fibres du muscle.
d. Rien n'est plus commun que de voie les artères en rapport direct avec les oSj témoins l'aorte, les intercostales, etc. Il n'est pas rare non plus de rencontrer une couche charnue plus ou moins épaisse entre les artères et les pièces du squelette. Dans tous les cas, la connaissance des connexions des artères avec les os importe au chirurgien, car elle lui permet d'interrompre temporairement la circulation dans ces vaisseaux, en exerçant une pression extérieure sur les points de leur trajet qui répondent aux pièces osseuses, et en obturant ainsi leur calibre par aplatissement.
e. En vertu de leur situation profonde, les artères sont, en général, éloignées de la peau; il en est cependant qui rampent presque immédiatement sous la face interne de cette membrane; celles-ci ne se trouvent qu'à la tête et aux extrémités.
f. Enfin toutes les artères sont enveloppées d'une couche de tissu conjonctif, quileui' forme une sorte de gaîne, généralement difficile à déchirer avec le seul secours des doigts, et à isoler des parties avoisinanles, des veines principalement. Ce tissu conjonctif^ plus ou moins abondant suivant les régions, est toujours assez lâche pour permettre aux artères de rouler et de se déplacer avec la plus grande facilité, et de fuir ainsi sous l'effort des corps vulnérants introduits accidentellement dans les tissus.
Anastomoses. — Très-souvent les branches artérielles sont reliées entre elles par des communications qui ont reçu le nom di anastomoses, et qui assurent la distribution du sang en la régularisant. On distingue :
1° Des anastomoses par convergence, formées par deux vaisseaux qui se joignent angulairement, à leur extrémité terminale, pour constituer un troisième tronc plus volumineux.
2" Des anastomoses en arcade ou par inosculation, dues à l'aboucliement de deux branches qui s'infléchissent l'une vers l'autre, se rencontrent et se réunissent en formant im canal unique et curviligne.
?)" Des anastomoses par communication transversale^ représentées par des ranjeaux jetés transversalement entre deux artères parallèles.
li" Des anastomoses mixtes ou composées, dans lesquelles on retrouve Une combinaison des différents types indiqués plus haut.
5û8 IJI-S AHTKUES.
La connaissance dos anusloinoses esl du plus haut inlérèt prali(|ue. Ces conmiunicalions permellent au cliirurgien de lier dans des cas extrêmes l'arlère principale d'une région sans que celle-ci éprouve un trouble nutritif considérable, le sang continuant d'arriver dans la région par les voies collatérales qui, d'abord très-petites, se dilatent peu à peu par suite de la pression excentrique que supportent leurs parois. Ces anastomoses, si elles présentent cet immense avantage, entraînent aussi des inconvénients; nous voulons parler des difficultés que l'on éprouve, dans la blessure de certains organes, à arrêter l'hémorrliagie qui se pi oduit par le vaisseau principal et .par les vaisseaux collatéraux mis en communication avec lui.
Mode de distribution. — Les branches qu'une artère distribue dans les organes environnants se distinguent en terminales et en collatérales :
Les troncs artériels, après avoir accompli un certain trajet, se divisent en plusieurs branches, presque toujours deux, artères nouvelles qui continuent le vaisseau primitif, et prennent le nom de branches terminales, parce qu'elles commencent, en elîet, à l'extrémité terminale de ce vaisseau.
Quant aux branches collatérales, elles naissent à diverses hauteurs sur le trajet même des artères, en s'échappant latéralement. Il est à remarquer que la marche des branches collatérales augmente au fur et à mesure que les artères deviennent plus superlicielles. Les ramuscules sont surtout abondants autour des articulations et dans les organes situés en saiUie à la surface du corps ; cette abondance de vaisseaux a pour but d'entretenir à un degré moyen la température de ces parties qui sont exposées par leur structure ou leur situation à se refroidir rapidement.
La distinction des artères en branches terminales et en branches collatérales n'est pas toujours fïïcile à établir, et est loin d'avoir une valeur absolue ; elle a cependant son importance, car elle facilite beaucoup les descriptions.
Terminaison. — Les artères se terminent dans l'épaisseur des tissus par des ramuscules excessivement ténus, fort nombreux, et si fréquemment anastomosés entre eux (lu'ils se disposent en un plexus ou réseau microscopique à mailles très-serrées. L'ensemble de ces ramuscules représente le système capillaire. En se reconstituant, de proche en proche, en rameaux de [)kis en plus considérables, ils donnent naissance aux veines. Le système capillaii^e n'est donc qu'un lacis ou réseau de canaux microscopiques intermédiaires aux veines et aux artères.
Dans les tissus érectiles, le mode de terminaison est dificrent : les artérioles s'ouvrent quelquefois directement au sein des cellules placées à l'origine des veines, sans passer par l'intermédiaire d'un réseau capillaire. Quand nous nous occuperons des organes génitaux, nous décrirons avec détail la terminaison des artères dans les tissus caverneux.
Structure. — Les parois des artères offrent une certaine rigidité, qui permet à ces vaisseaux de rester béants quand ils sont vides de sang. Les anciens croyaient que c'était l'état normal de ces vaisseaux qu'ils supposaient rempli d'air pendant la vie. C'était une grave erreur; un vide parfait existe dans tout le système circulatoire. La béancc des artères doit être attribuée tout simplement aux propriétés physiques de leurs parois.
Ces parois comprennent trois tuniques superposées : une interne, une moyeniie, une externe.
La tunique interne se continue d'une part avec l'endocarde du cœur gauche, d'autre part, avec les capillaires et les veines. Pendant longtemps, on l'a assimilée à une membrane séreuse, mais elle n'en présente pas absolument la texture. Elle se compose
CONSlDÉItATlONS Gf'lISÉliALKS.