VAISSEAUX LYMPHATIQUES
Ces canaux se rapprochent des veines par beaucoup de points; aussi méritent-ils le nom de veines à sang blanc. Comme les veines, les lymphatiques se dirigent de la périphérie au centre de l'appareil circulatoire ; comme les veines, ils aiïcclcnt la forme de tubes noueux et cylindriques ; comme les veines, ils offrent à leur intérieur, au niveau des étranglements visibles en dehors, de nombreuses valvules dirigées vers le cœur; comme les veines, ils se partagent en deux ordres de canaux : les uns profonds, logés dans les gaines vasculo-nerveuses inlernmsculaircs ; les autres superficiels, situes à la surface des aponévroses de contention; comme les veines, les lymphatiques se terminent par deux troncs principaux, rappelant les deux veines caves; comme pour les veines, enfin, les parois de ces vaisseaux blancs se composent de trois tuniques, qui ne diffèrent guère de celles des parois veineuses que par leur extrême minceur.
En poussant ce parallèle plus loin, on trouverait même d'autres analogies à peine soupçonnées jusqu'à présent : les ganglions, ces organes d 'apparence glanduleuse qui semblent tout à fait propres au système lymphatique, ne sont-ils pas représentés dans le système veineux par le foie, cette glande énorme placée sur le trajet des veines abdominales à la manière des ganglions sur le i)arcoiirs des lymphatiques ?
Ajoutons que si Ton passe dans le domaine de la physiologie, il est facile encore do saisir plusieurs caractères communs dans les deux systèmes anatomiques que nous comparons : ils se partagent, en effet, avec part égale à peu près, la fonction absorbante, fonction qui s'accomplit dans le réseau radiculaire propre à ciiacun d'eux; el le procédé dynamique qui inq)rime l'impulsion aux finidcs (ju'ils charrient, s'il n'est pas tout à fait identique, se rapproche du moins dans beaucoup de points.
On peut constater cependant de nombreuses différences entre les veines et les lymphatiques, différences qui portent principalement sur la forme, le nombre, la capacité et la structure.
La forme dos canaux lymphatiques est, avons-nous dit, noueuse et cylmdrique;
DES LYMPHATIQUES
mais les nodosités extérieures de ces vaisseaux sont beaucoup mieux marquées et plus rapprocliées que dans les veines, ce qui tient au nombre plus considérable et au plus grand développement des valvules. De plus, comme ces canaux parcourent d'assez longs espaces en conservant leur forme régulièrement cylindrique, c'est-à-dire avec la même capacité, si l'on ramène par la i)ensée toutes les divisions du système lymphatique à un conduit unique, on n'obtiendra plus un cône creux dont le sommet répondrait au cœur, quoique la capacité des vaisseaux lymphatiques augmente du tronc vers les branches, mais ce conduit représentera une série de cylindres ajoutés bout à bout et successivement décroissants depuis son origine jusqu'à sa terminaison.
Quant au 7i07nbre des vaisseaux lymphatiques, considérés dans une région déterminée, il est toujours beaucoup plus élevé que celui des veines de la même région.
Mais comme les lymphatiques sont bien plus petits que les veines, il n'y a pas, comme on pourrait le croire au premier abord, une augmentation proportionnelle de la capacité totale de ceux-là. L'observaiion démontre, en effet, que le rapport entre la capacité des lymphatiques d'une région et celle des veines correspondantes ne dépasse
pas 1 : 2. ■ -
La structure des lymphatiques diffère de celle des veines en ce que, dans les vaisseaux de moyenne dimension, on trouve des fibres lisses dans la tunique adventice. La présence des fibres musculaires dans la tunique externe des lymphatique.s est jusiifiée par l'absence d'organe d'impulsion à l'origine du système; cet organe alors est disséminé en quelque sorte sur toute la longueur des conduits et vient en aide à la force a lercjo qui fait circuler la lymphe à leur intérieur.
FiG. 250. — Vaisseau lymphatique avec ses valvules.
Nous terminons là ce court parallèle pour insister avec quelques détails sur plusieurs points de l'histoire générale des lymphatiques, points qui méritent une attention particulière; nous voulons parler de Y origine, du t^mjet et de la terminaison de ces vaisseaux.
Origine. — Longtemps encore après la découverte des vaisseaux lymphatiques, on était plongé dans une ignorance profonde sur leur origine. On pressentait néanmoins toute l'utilité d'une pareille solution^ qui devait servir de clef à la théorie de l'absorption, car elle fut l'objet d'une foule d'hypothèses.
Les anatomistes qui s'occupaient de cette question furent arrêtés dans leurs investigations par l'imperfection des moyens d'études dont ils disposaient. A part les gros ramuscules, les lymphatiques leur échappaient en raison de leur ténuité et de leur transparence. Mais grâce aux travaux et aux recherches patientes et minutieuses de Hunier, Cruikshank, Mascagni, Fohmann, Panizza, Cruveilhier et Sappey, les lymphatiques furent injectés par des matières colorantes ou du mercure et dès lors rendus visibles jusque dans leurs fines ramifications.
On sait aujourd'hui que les vaisseaux lymphatiques naissent \m- des capillaires qui forment des réseaux ou des culs-de-sac terminaux.
Les culs-de-sac terminaux existent dans les villosités intestinales. On n'admet plus maintenant à l'extrémité de ces petits appendices une ouverture par laquelle le lymphatique recevait le chyle qui baigne la muqueuse de l'intestin.
GONSIDÉBATIONS GKMKRALES. 671
Les j-éseanx représentent des mailles plus ou jnoins irrégulières et plus ou moins , U'ndues; leurformeet leurvolume varient souvent avec la disposition des tissus ou des r-anes où on les étudie. Ils peuvent être superficiels ou profonds, exister ensemble ou iilément. Dans beaucoup de membianes, on trouve les deux réseaux; le réseau super- , iiciel est alors plus mince que le profond. Ils sont mélangés ou superposés aux réseaux I sanguins; mais ne communiquent jamais avec eux. Les réseaux lymphatiques exislent-ils ins tous les tissus proprement dits ? Voilà j 111)0 autre question d'une importance inconj II stée, et dont la solution préoccupe encore j actuellement les anatomistes. En se bornant à consulter les analogies, on est tenté tout d'abord de répondre par l'affirmative : pourquoi, en effet, les lymphatiques ne seraientils point répandus dans tout l'organisme, puisque les capillaires sanguins sont parties constituantes de la trame de chaque tissu ? Il est vrai qu'on peut se demander si l'absorption lymphatique joue le rôle d'un acte nécessaire dans le mouvement vital ; et quoique la science soit loin d'être fixée sur ce point, on connaît quelques faits qui autorisent le Fjg. 251. — Lymphatiques de la peau ('). doute tout au moins. D'un autre côté, l'observation directe n'a pas encore révélé les réseaux lymphatiques dans tous les organes ; il est même des tissus dans lesquels on a absolument nié l'existence de ces réseaux, prématurément, il faut bien le dire, puisqu'on peut toujours accuser de l'insuccès d'une injection lymphatique^ soit l'imperfection des instruments employés pour la pratiquer, soit l'insuffisance des procédés mis en usage, soit encore certaines conditions paj-ticulières, et encore inconnues, des espèces animales sur lesquelles on cherche à mettre en évidence les réseaux lymphatiques d'une région. A l'appui de cette dernière assertion, nous ferons observer que lAJ. Sappey n'est point encore parvenu à injecter iles réseaux de "la pituitaire chez l'homme et le veau, et qu'il regarde leur existence I comme étant tout au moins douteuse, tandis que, chez le cheval, cet appareil lymphatique est aussi remarquable par sa richesse que par la facilité avec laquelle on peut I le remplir de mercure.
Voici, du reste, les notions les mieux acquises sur le sujet qui nous occupe actuellement.
Les vaisseaux lymphatiques de la peat<sont très-nombreux et forment deux réseaux: l'un, à mailles extrêmement fines, occupe l'épaisseur de la couche la plus superficielle du derme ; l'autre, placé sous la face profonde du tégument, comprend des vaisseaux plus volumineux que le premier, et communique avec lui par des ramuscules multipliés. Ces réseaux lymphatiques sont loin d'être également développés dans toutes les régions; on est cependant d'accord pour reconnaître qu'aucune ne s'en trouve dépourvue.
Sur le tégument interne ou \q% membranes muqueuses, on rencontre une disposition 'analogue des vaisseaux lymphatiques. Il est plus que probable qu'ils existent dans
(*) I, ivseaii lyoïpliali'ilie colaiic ; 2, 2, 2, troncs (luitont de ce réseau et passant Joue le tissu eclliil ■ iji'alssoiixsous- ■fcutané.
g72 '^l^S LyMl'HATl(,>UES.
louie l'éiendue de ce léguineni, bien que leur démonsliaiion positive soii difficile à donner pour quelques régions. Sur d'autres régions, l'injection de ces réseaux est, au ; contraire, très-facile et donne les plus magnifiques résultais; nous citerons parliculièrcnienlles muqueuses linguale, intestinale et piluilaire. l es lyinplialiqucs qui appartiennent à celte dernière membrane se présentent avec un si bel aspect cbez le cheval que nous conseillerons toujours de choisir cet animal aux analomistes qui voudront les injecter. L'opération est simple et réussit constamment ; aussi serions-nous étonné qu'elle eût échoué entre les mains de quelqu'un ; elle ])ermet de remplir non-seulement les deux réseaux do la membrane, mais encore les troncs nés de ces réseaux, troncs qui se dirigent vers rentrée des cavités nasales, se rassemblent en plusieurs grosses branches au pourtour de la narine, et s'infléchissent ensuite sur le chanfrein, pour gagner la cavité sous-maxillaire, où ils se jettent dans les ganglions logés à droite et à gauche de celle cavité.
La plupart des analomistes admeltenl les rt seaux lymphatiques dans les séreuscf splanchniques ou synoviales. M. Sappey les nie. Il considère les vaisseaux qu'on injecte si facilement en piquant la surface extérieure d'un viscère comme appartenani au tissu propre de celui-ci, et non pas à la membrane séreuse qui le recouvre. Ceux qu'on arrive quelquefois à remplir de mercure sur la face interne des parois des cavités splanchniques ou synoviales ne lui semblent pas davantage provenir de la tunique séreuse, mais bien des tissus sous-jacents.
Les lymphatiques n'exislent pas dans les vaisseaux, quoiqu'ils aient été admis par quelques analomistes modernes dans le feuillet interne de l'appareil circulatoire. Les games lymphatiques découvertes par His, Ch. Robin et Tomsa, autour des capillaires sanguins de la grenouille et autour des capillaires dn cerveau et de la raie de l'homme, ne doivent pas être considérées comme les lymphatiques des vaisseaux ; en efl'et, elles entourent les dernières ramifications vasculaires et ne naissent pas dans l'épaisseur de leurs parois. ' .
Dans le tissu nerveux, on n'a pas découvert de lymphatiques ; pourtant ils existent dans les méninges.
Ils sont douteux dans le tissu osseux et dans les muscles. Mais ils sont abondants, et forment les réseaux les plus beaux, les plus riches, les plus faciles à mettre en évidence, dans les glandes et les organes glandiformes de l'économie anirnale.
Nous disions plus haut que les lymphatiques commençaient par des capillaires disposés en réseaux. Ces réseaux constituent- ils l'origine réelle ou seulement l'origine apparente des lymphatiques? C'est une question vivement discutée et encore pendante à. l'heure qu'il est. On croit que les réseaux sont alimentés par des radicules très-déliés qui plongent dans la profondeur des tissus.
Mais où ces radicules prennent-ils naissance ? Dans les épithéliums, pour Kuss; dans les cellules plasmaliques du tissu conjonclif, pour Virchow ; dans les membranes séreuses, pour Recklinghausen, depuis que cet anatomiste a vu les graisses pénétrer dans les lymphatiques par la face abdon)inale du diaphragme. L'opinion de Virchow est ébranlée, aujourd'hui, par les recherches de Ranvier qui ont modifié les descrip lions que l'on avait faites du tissu conjonclif. En eiïei, pour Ranvier, les cellules plasmatiques n'exislent pas dans le tissu conjonclif; ce qui a été décrit comme tel, par Virchow, ne serait que des espaces étoilés limités par les faisceaux de fibres conncclives et à l'inlérieur desquels circuleraient des éléments analogues aux globules lymphatiques. Ajoutons que les faisceaux de fibres sont recouverts par de grandes cellules plaies qui donneraient à ces espaces l'apparenec d'une cavité séreuse à chaque instant
CONSIOÉKA PIONS (i KNÉUALUS.
Lloisoiiiice. Gos coiiclusions de ixaiivier iillii intMaiciiL donc l'iiypotlii'sc du professeur de W iirzboiirg et nous nionlreraionl dans le lissii conjonciif de lïîconoinie un(! infinité de petites cavités séreuses dans lestpielies viendraient s'ouvrir les vaisseaux iyuiplialiciues, dans lesquelles circulerait la lymphe et (|ui seraient mises en coinmunicaliou, d'autre part, avec les grandes séreuses splanciiuiques. IJâtons-nous de dire que ces déductions ne sont qu'liypotlièses, surtout dans la période d'évolution scieiililique que nous traversons.
TuAJiiï. — Les lymphatiques suivent le trajet des veines, et se divisent exactement comme celles-ci en vaisseaux superficiels et en vaisseaux profonds. Ces derniers, parallèles entre eux, se groupent immédiatement autour des veines correspondantes, auxquelles on les trouve en général superposées. Les premiers, quoique placés à proximité des vaisseaux veineux superficiels, s'étalent à leurs côtés dans une assez grande étendue, h la surface des aponévroses superficielles, en formant comme les lymphatiques profonds des faisceaux parallèles.
La direction suivie par les lymphatiques dans leur parcours est presque toujours rectiligiic ou à peu près ; jamais ces vaisseaux n'oiïrent les flexuosités qui sont si développées sur le trajet de certaines artères et même de quelques veines. Ils ne communiquent point non plus de l'un à l'autre par des anastomoses en arcade ou transversales sendilables à celles qu'on rencontre si communéinent dans les deux autres ordres de canaux de l'appareil circulatoire. Cependant, dans leur marclie parallèle, ils s'abouchent assez fréquemment avec les vaisseaux voisins après s'être bifurqués.
iMais de toutes les considérations relatives au trajet des vaisseaux lymphatiques, les plus intéressantes sont celles qui se rapportent aux corps glandiformes échelonnés sur le parcours de ces vaisseaux et dont nous allons faire ci-après l'histoire abrégée.
Terminaison. — Nous avons déjà signalé le canal thoracique et la grande veine lymphatique droite comme étant les aboutissants de tous les vaisseaux absorbants du corps, et nous avons dit que ces deux troncs se jettent dans le système veineux général : c'est à l'origine de la veine cave antérieure que s'accomplit cette réunion du système sanguin et du système lymphatique, et cette veine peut être considérée comme le confluent général de tous les absorbants du corps. Ce sont les recherches de Haller, (Iruiksank et Mascagni qui ont mis ce fait important en lumière; et c'est à celles de Fohmann, Panizza, Rossi, etc. , qu'on doit la consécration de cette découverte.