DES LYMPHATIQUES EN PARTICULIER
Nous commencerons par voir le canal thoracique et tous ses affluents, pour terminer par l'étude de la grande veine lymphatique.
Dans celle description, il ne sera question que des ganglions et des vaisseaux lymphatiques principaux, attendu que la disposition des réseaux a été examinée avec soin à propos de chaque organe, ou le sera plus tard pour le système nerveux, les appareils des sens et de la génération.
Article premier. — Du canal ihoracique (fig. 248, T, T').
Préparation. — Lier les jugulaires et les veines axillaires près de leur terminaison, ainsi que la veine cave antérieure vers le milieu de sa longueur ; metlre le canal thoracique à découvert, en abattant les côtes droites; ouvrir ce conduit près des piliers du diaphragme, et pousser à son intérieur deux injections au suif, l'une en avant, l'autre en arrière de l'incision. La première injection remplira le canal avec le réservoir veineux qui est intercepté entre les ligatures appliquées sur les vaisseaux sus-indiqués; la seconde, quoique dirigée en sens inverse des valvules, surmontera la résistance opposée par ces soupapes membraneuses, et se répandra dans la citerne de Pecquet et les principales branches qui viennent aboutir à ce confluent.
On pourra encore choisir une de ces branches dans la cavité abdominale, par exemple une de celles qui sont accolées aux artères coliques, près de l'origine de ces artères, et injecter le canal thoracique tout entier, de son origine à sa terminaison. Mais ce procédé exige plus d'habileté pratique que le premier, pour rechercher le vaisseau qui doit recevoir la canule ; il ne convient pas surtout quand on opère sur des animaux très-gras.
Le canal thoracique est le confluent général de tous les lymphatiques du corps, à l'exception de ceux qui reviennent du membre antérieur droit et de la moitié droite de la tôle, du cou et du thorax.
Étendue. — Il s'étend sous la colonne vertébrale depuis la première vertèbre lombaire jusqu'en dehors de l'entrée du thorax.
Origine. — Son origine est marquée par un renflement trèe-irrégulicr décrit sous le nom de réservoir sous-lombaire ou de citerne de Pecquet, et dans lequel viennent aboutir les principaux affluents du canal.
Ce réservoir, divisé h l'intérieur, par des lamelles, en plusieurs compartiments iu" compleis,"peut cire plus ou moins volumineux, plus ou moins bien circonscrit et pré-
576 LYMPHATIQUES
senler des formes très-variables. Il est placé au-dessus de l'aorte abdominale et de la veine cave postérieure, au niveau de l'artère i^rande niéscntérique, souvent même un peu en arrière.
y'rajet. — A ce réservoir succède un tube dont le calibre est fort irrégulier, et paraît singulièrement exigu quand on le compare au diamèire de la dilatation initiale ou à celui des vaisseaux aflluents qui le constituent : c'est le canal ihoracique lui-même. On voit ce conduit s'engager entre les deux piliers du diaphragme avec l'artère aorte, se dévier plus ou moins sur le côté droit de ce vaisseau, et le suivre ainsi jusqu'au niveau de la sixième vertèbre dorsale environ, en passant en dehors des artères intercostales droites, qu'il croise, et sous la grande veine azygos^ qui lui est accolée. Quelquefois cependant on le trouve reporté, dans cette première partie de son parcours, directement au-dessus de l'aorte thoracique, entre la double série des artères intercostales, sur la gauche de la veine azygos, laquelle se trouve alors immédiatement en contact avec le côté droit de l'aorte ; ou bien encore il rampe sur la droite de cette veine, dont il dérobe à la vue la plus grande partie. A partir de la vertèbre dorsale indiquée, le canal thoracique abandonne l'aorte et croise à gauche la crosse de la veine azygos, pour se prolonger en avant sur le côté gauche de la trachée, mais souvent aussi sur le côté droit. Il se place ensuite entre les deux artères axillaires, franchit l'intervalle compris entre les ganglions pré-pectoraux, sort de la poitrine et se termine alors de la manière indiquée ci-après.
Terminaison. — L'extrémité terminale du canal thoracique est toujours pourvue d'une ampoule analogue à celle qui existe à l'origine du conduit, mais beaucoup plus petite, mieux circonscrite et moins irrégulière, ampoule qui s'ouvre dans la veine cave antérieure, tantôt par un seul orifice garni de valvules, tantôt par deux branches trèscourtes, dont nous ne pouvons estimer la longueur à plus de 5 millimètres, et qui sont également valvuleuses à leur embouchure. Le lieu où se fait celte insertion est presque toujours le sommet de la veine cave, et précisément le point de jonction des deux jugulaires. Le canal thoracique s'ouvre rarement ailleurs; cela se rencontre quelquefois cependant, car il existe, dans le cabinet des collections de l'école de Lyon, une pièce sur laquelle l'embouchure de ce conduit se trouve placée entre la terminaison de la jugulaire gauche et celle de la veine axillaire correspondante.
Variétés dans les Solipèdes. — «Le canal thoracique est loin de se montrer toujours chez les Solipèdes tel que je viens de le décrire ; il y présente, sur son trajet et à son insertion, un grand nombre de variétés que nous devons passer en revue.
» Le canal simple se sépare quelquefois, sur un point de sa longueur, en deux branches qui, après avoir marché parallèlement l'une à l'autre, se réunissent bientôt pour reconstituer le canal unique. Cette division s'opère habituellement au niveau de la base du cœur, c'est-à-dire à l'endroit où s'abouchent les lymphatiques des ganglions bronchiques et œsophagiens; elle forme un anneau dont l'ouverture n'a souvent pas plus de 1 centimètre de diamètre, ou une ellipse dont le grand axe a de 1 à 2 décimètres d'étendue. On la voit se produire une, deux et même trois fois sur la moitié antérieure du canal, qui redevient simple à son insertion comme il l'était à son origine. Les espaces circonscrits par les bifurcations constituent ce qu'on appelait autrefois les insula.
D Le canal, au lieu de demeurer simple, devient fort souvent double dès son point de départ (lig. 253, /;). Alors les deux canaux sont sensiblement égaux, ou l'un est plus grand que l'autre. S'ils sont inégaux, c'est ordinairement le droit qui l'emporte sur l'autre; cependant le contraire a lieu quelquefois. Dans tous les cas,' les deux
nu CANAL THORACIOUE.
Vio. 253. Différentes variétés du canal llioracique chez le cheval {*).
(*) A, li; pùaervoii' du cliyli! ; H, les lirnnclies siins-loinliiiii'i;s ; C, lu bi'iiiiclii! iiir'si>nti'i'ii|m' niilùrieni'tî ; D, lu branche mi'si^nti'Tiqiie posUM'ieiire. — Dans la ligure a le cnnnl est simple, ilispositlnri lit plus iirilinairo, el il s'insère par deux courtes hraiiches an sninmet de la veine enve antérieure. On le trouve double dans la ligiiro b. Il oll'ro dans la figure c une longue brandie, i|ui part de l'entrée du lliornx et va rejoindre le eiiind llK)i'aoii|ue, par un trajet rétrograde, pré» des piliers du diapliragmi;. (Kmpnintée nu Tmilr ilo plni^inlD'/ir fonijin irt: dcx iinimauj: doincsllijucs pur M. Colin. 2e édition, Paris, 1871. t. II.)
678 J^ES LYMPHATIQUES
canaux sont, isolés, l'un à droite, Tautre à gauche de l'aorte. En s'avançant vers l'entrée du thorax, ils restent complètement séparés, ou ils communiquent entre eux par une ou deux branches anastomoliques transversales plus ou moins volumineuses. Parvenus à 25, 20 et même quelquefois à 3 à 4 centimètres de leur abouchement au golfe des jugulaires, les deux canaux se rapprochent et se confondent en un seul. C'est généralement au niveau de la base du cœur que leur fusion s'opère. Jamais je n'ai vu les deux canaux rester distincts dans toute leur étendue et venir s'insérer isolément dans la veine cave.
» Quelquefois (fig. 253, c) il émane des ganglions de l'entrée du thorax un long canal qui marche parallèlement au premier avec lequel il va se joindre par un cours rétrograde vers les piliers du diaphragme.
« Le canal thoracique, double dans la plus grande partie de son étendue et à partir du réservoir sous-lombaire, finit parfois par devenir triple. Dans ce cas le plus grand des deux canaux se divise en deux branches ; puis les trois canaux, après avoir parcouru un certain trajet, se joignent ensemble au même endroit, ou bien deux d'entre eux se réunissent d'abord en un seul, auquel le troisième va s'aboucher à une distance variable du confluent des premiers (1). »
Des affluents du canal thoracique. — Les branches lymphatiques qui viennent se jeter dans le canal thoracique sont aussi remarquables par leur nombre que par leur volume. Les unes aboutissent au réservoir sous-lombaire; quelques rameaux s'ouvrent sur te trajet même de la grande veine blanche du thorax ; et les autres branches s'abouchent avec ce conduit près de son insertion dans le système veineux.
Les premières, variables dans leur nombre et les plus grosses de toutes, sont plus spécialement considérées comme les racines du canal thoracique. Ordinairement on en distingue trois principales avec une certaine quantité de petits troncs accessoires. L'une des grosses branches se jette dans la partie postérieure de la citerne ; assez souvent double et même multiple, elle provient d'un groupe énorme de ganglions placés à la région sous-lombaire, autour de l'extrémité postérieure de l'aorte et de la veine cave abdominales, groupe ganglionnaire sur lequel se rassemblent tous les vaisseaux des membres postérieurs, du bassin, des parois abdominales et des viscères pelvi-inguinaux. Les deux autres troncs gagnent le côté gauche de la citerne et résultent de la réunion des lymphatiques qui ont leur source dans les organes digestifs abdominaux ; parmi ces lymphatiques cependant, il en est quelques-uns, appartenant aux parois de l'estomac et au parenchyme du foie et de la rate, qui abordent du côté droit la citerne sous-lombaire, et s'abouchent isolément avec ce réservoir.
Quant aux affluents que le canal thoracique reçoit sur son trajet, ils viennent des viscères contenus dans la cavité thoracique et des parois de cette cavité.
Ceux qui se terminent à l'extrémité antérieure du canal sont formés par les lymphatiques du membre antérieur gauche et de la moitié gauche du thorax, du diaphragme, du cou et de la tête.
Livrons-nous à un rapide examen de toutes les branches radiculaires dç ces affluents. Art, il — Des lymphatiques qui forment les affluents du canal thoracique.
Nous diviserons en cinq groupes ces vaisseaux lymphatiques : 1° ceux du membre abdominal, du bassin, des parois abdominales et des organes pelvi-inguinaux; 2» ceux
(1) G. Colj)!, Traité de -physiologie compapée des animaux domestiques, S» édition. Paris, 1871, t. II.