CHAPITRE PREMIER
APPAREIL DU TOUCHER
Le sens du toucher est préposé à l'appréciation des sensations tactiles et, accessoirement, de celles qui résultent des variations de température.
L'appareil qui le constitue est formé par les radicules périphériques des nerfs de la sensibilité générale, dispersées dans le tégument externe, c'est-à-dire dans la peau, cette membrane résistante qui enveloppe exactement tout le corps de l'animal, et se continue au pourtour des ouvertures naturelles avec le tégument interne ou les membranes muqueuses.
La peau tout entière représente donc l'organe du toucher; mais cette membrane offre, comme dans l'homme, certaines régions privilégiées qui jouent un rôle beaucoup plus actif que les autres dajis l'exercice de ce sens : ce sont les quatre extrémités et les lèvres.
L'étude de la peau, quoique étant du ressort de l'anatomie générale, sera faite ici avec quelques détails; on examinera ensuite la disposition de ses appendices, les poils et les productions cornées.
Article premier. — De la peau proprlment dite.
La peau proprement dite se compose de deux parties : le derme el Vépiderme.
Derme, — Le derme ou le ckorion forme presque la totalité de l'épaisseur de la membrane. Sa face interne adhère plus ou moins aux parties sous-jacentes par l'intermédiaire d'une expansion cellulo-graisseusc. Sa face externe, couverte par l'épiderme, qu'elle sécrète, est percée de trous qui livrent passage aux poils, ou qui versent à la surface de la peau le produit de sécrétion des glandes sudoripares et sébacées ; celte face
8^,2 APPAREIJ, DES SENS.
externe présente de plus une multitude de petites élevnres désignées sous le nom de papilles, et dans lesquelles se terminent le plus grand nombre des extrémités nerveuses.
Le derme n'a point partout la môme épaisseur ; il est beaucoup plus mince dans les points qui se trouvent protégés par leur position même contre les causes vulnénmlt's, comme le dessous du ventre, la face interne des membres, l'entre-deux des cuisses, etc. ; il est aussi fort peu épais au pourtour des ouvertures naturelles, pour ménager la transition entre les deux téguments, et laisser à ces ouvertures toqle la (lexibilité dont elles ont besoin,
strnotnre. — Le deroïc est constitué par des faisceaux de tissu conjonclif entrecroisés et nattés d'une façon solide, entre lesquels existent quelques fibres musculaires lisses qui déterminent, par leur contraction, le phénomène appelé c^a?> de poule. Assez lâche dans ses parties profondes, couche réticulaire, le derme loge le fond des follicules pileux, les glandes sudoripares et des pelotons adipeux; son tissu est au contraire trèscondensé dans sa partie superflcielle, couche papillaire, où, sur les dernières limites de la membrane, il forme un liséré amorphe.
FiG. 302. — Coupe de la peau du cheval (ailes des naseaux) (*).
Les papilles se distinguent en papilles vasculaires et en papilles nerveuses ; elles sont disposées suivant un ordre régulier en séries parallèles. Les papilles abondent dans les points où la peau est plus particulièrement préposée à l'exercice du touclier, connue sur les lèvres et sur la membrane kératogène, ou bien encore dans les régions où la sensibdité est très-vive ; exemple : le scrotum, le fourreau, les téguments du pénis. Les prolongements papillaires du derme sont coniques ou fongiformes et pédicuiés. Leurs dimensions sont très-variables ; elles peuvent mesurer de 0'"'",03 à 0"™,07 de largeur à leur base, et 0">°>,07 h 0"'"',25 de longueur. Les papilles nerveuses sont les organes du tact; elles renferment, soit un corpuscule de Weissner, soit un corpuscule de Kraiise.
Les glandes sébacées mwi accolées aux follicules pileux ; chaque poil est flanqué de deux glandes sébacées. Ces petits organes, à épithélium fortement granuleux, sonthabi-
.In 'Lrmt''- tTani.l^p'xnrlt'lîn; lu' ""T''^ '""f' ''''P"'"me : 2, corp^ muq.ienx <le Mnlpiel.i ; 3, couche pnpillBirc
APPENnir.KS TÉGUMENTAIRES. ' 8A3
iiiellemeiu ovoïdes, leur diaruètre transversal est de 5 à 7 centièmes do millimètre et leur longueur, de 0""",3 environ.
Les glandes mdoripnrcs sont situées pins profondément que les glandes sébacées. Elles se composent d'un tube de 0'"'",035 à 0""",05 de diamètre, entortillé dans la couclie réticuliiire dn derme, de façon à former un glomérnle toujours elliptique et généralement oblique (chez le cheval) à la surface de la peau. Le môme tube se détache du glomérule, constitue le canal excréteur, traverse le derme, puis l'épiderme en décïivant, dans cette dernici-e couche, plusieurs tours de spire.
Les vaisseaux sanguins forment un réseau très-riche dans la couche papillaire du derme ; des réseaux entourent aussi les glandes sébacées et les glandes sudoripares. Les lymphatiques sont disposés comme les capillaires sanguins.
Les nerfs présentent deux réseaux superposés : l'un assez lâche, dans la couche réticulaire ; l'autre très-serré, dans la couche papillaire. Ce dernier est traversé par des fibres récurrentes et laisse échapper des tubes qui montent dans les corpuscules ner-, veux des papilles.
Épiderme. — Vépidermc est une mince pellicule recouvrant la face superficielle du derme; pellicule privée de nerfs et de vaisseaux, formée de cellules qui sont incessamment déposées sur le choricMi,, qui s'aplatissent en lamelles en s'éloignant de celui-ci, ' et se détruisent par les frottements extérieurs.
Celte pellicule possède une épaisseur de 0«'m,.5 à 0°"",25. Par sa face profonde, elle ' se moule sur la face externe du derme ; par conséquent, elle loge les papilles et s'en- ! fonce dans les follicules et les canaux excréteurs des glandes de la peau. Sa face externe ne répèle pas très-exactement toutes les particularités de la surface du derme; l'épi- I derme tend à s'égaliser et à combler, en grande partie^ les dépressions qui existent entre Iles papilles. Cette face se trouve couverte par les poils.
Striictare. — L'épiderme comprend deux couches qui ne sont pas très -nettement distinctes chez le Cheval.
La couche profonde, ou corps muqueux de Malpighi, se compose de cellules molles, à noyau, pigmentées, rondes à la surface du derme^ polyéilriques dans le reste de son épaisseur.
La couche superficielle ou couche cornée est constituée par des cellules dures, cornées, aplaties, qui renferment encore dans leur intérieur quelques granulations pigmentaires. Ces cellules se confondent insensiblement avec celles de la couche mU' queuse.
Chez les Solipèdes et d'autres animaux, l'épiderme est généralement coloré en noir par des corpuscules pigmentaires dont le nombre augmente avec la situation profonde de ses cellules. Cette coloratiqji a pour but de prévenir les effets rubéfiants dé l'ardeur des rayons solaires, en augmentant le pouvoir absorbant et rayonnant de la surface cutanée. Dans le plus grand nombre des cas, cette coloration manque chez le Mouton, dont la peau se trouve protégée par une toison épaisse, et le plus souvent aussi chez le Porc, que ses habitudes, à l'état sauvage, comme en domesticité, tiennent éloigné de l'action directe du soleil.
Art. il — Des appendices tégumentaires.
On désigne ainsi les poils et les productions cornées^ dépendances de la couche épidermique de la peau.
Les poils sont les fi lit ments qui forment par leur ensemble le revêtement extérieur de la peau des animaux.
Chez le cheval, on doit distinguer les crim des ^^oils proprement dits : ceux-ci, fins, courts, surtout dans les régions où la peau est mince, imbriqués les uns sur les antres, et répandus sur toute la surface du corps, en une couche continue qui prend le nom de robe; ceux-là, longs et flottants, occupant le sommet de la têle, où ils représentent le toupet, le bord supérieur de l'encolure, où ils constituent la crinière, et enveloppant d'une belle toufl'c l'appendice caudal. Quelques-uns forment, au bord libre des paupières, les organes spéciaux désignés sous le nom de cils, et les tentacuHes des lèvres.
Lorsque les poils sont fins, longs et onduleux, ils forment la laine; on leur donne le nom de soies, quand ils sont droits et roides, comme dans le Fore.
Dans l'Ane et le .Wniet, le toupet et la crinière sont nuls ou rudimentaires; et les crins de la queue, moins abondants que dans le cheval, chez ce dernier animal, sont à peine suffisants chez le premier pour composer un simple bouquet à l'extrémité de l'organe.
Chez le Bœuf, il n'existe de crins, comme dans l'Ane, qu'à l'extrémité de la queue.
Il n'y en a point dans les autres animaux, qui ne possèdent que les poils de la robe.
Structure. — Les poils sont implantés dans l'épaisseur du derme et quelquefois même dans les tissus sous-jacents, enveloppés par leur base dans un follicule au fond duquel se développent les éléments de ces appendices. Il faut donc étudier : 1° la structure du poil proprement dit; 2° celle du follicule pileux.
1° Le poil présente une partie libre, tige, et une partie cachée dans le follicule, la racine; celle-ci est renflée à sa base, bulbe du poil, pour embrasser la papille ou le germe du poil.
Trois couches superposées forment le poil. — L'épiderme est une mince lamelle constituée par des cellules cornées, aplaties, imbriquées comme les tuiles d'un toit. Ses éléments se dessinent à la surface du poil par des lignes foncées, anastomosées en réseau; ils se gonflent et deviennent plus apparents sous l'influence d'un alcali. L'épiderme appartient à la tige et à une partie de la racine; près du bulbe, il est remplacé par des cellules à noyau, molles et implantées perpendiculairement. — La substance corticale forme la plus grande partie de l'épaisseur du poil. Elle est striée longitudinalement et munie de granulations pigmentaires en nombre plus ou moins grand suivant la couleur du pelage. Dans les poils blancs, ces granulations font défaut, mais on y trouve, ainsi que dans les poils colorés, de petits espiices remplis d'air qui possèdent une teinte foncée sous le microscope. Aidé par la potasse ou l'acide sulfurique, on peut décomposer la substance corticale en fuseaux allongés qui eux-mêmes se décomposent en lamelles épithéliales, étroites et sans noyau. En arrivant dans la racine, les cellules changent de caractères; elles deviennent polyédriques, gonflées de liquide, présentant un noyau parfaitement limité et plus ou moins de pigment. — La substance médullaire remplit une étroite cavité, irrégulière, qui occupe le centre du poil, depuis le bulbe ou la terminaison de la racine jusqu'à la pointe.
Elle a pour base des cellules rectangulaires, rarement arrondies, qui renferment, d'après Kollikcr, des granulations graisseuses et des bulles d'air.
2° Le follicule pileux est une étroite cavité, légèrement rétrécie à son orifice, et un peu dilatée à son fond, où il porte la papille du poil.
APPËNDICKS TÉCUMENTAIIŒS. 8Û5
Ce follicule est un simple refoulement de la peau, ainsi que le démontre l'examen (le sa siruclurc. Eu elVet, il présente, de dehors eu dedans : 1° une couche conjonctive ii^sez lâche analogue à la couche réliculaire du derme cutané; 2" une couche dermique ]]ilerne, dense et serrée, comme le corps pa|)illaire de la peau ; y un liséré amorphe;
FiG. 303. — Follicule pileux, d'après Morel el Villemin (*).
U° une zone épidermiquc, gaîne externe de la racine du poil, formée par des cellules semblables à celles du corps rauqueux de Malpighi ; 5° une deuxième zone épidermique, gaîne interne de la racine, qui répète la couche cornée de l'épiderme, et se confond avec la terminaison de l'épiderme du poil, vers le tiers inférieur des follicules.
La papille, ou le germe du poil, est un petit prolongement conique, vasculaire et nerveux, qui est coifl'é par le bulbe pileux. Cet organe apporte au poil les éléments de son accroissement et de son entrelien.
Les parois des follicules des énormes poils, tentacules, qui garnissent les lèvres du Cheval ou hérissent les lèvres du Chat, moustaches, sont pourvues de ramifications nerveuses qui donnent à ces appendices une sensibilité excessive et leur fait jouer un rôle important dans l'exercice du loucher.
Deux glandes sébacées et un faisceau musculaire lisse sont annexés aux follicules pileux. Les glandes sébacées, dont nous avons déjà parlé à propos de la peau, s'cuvrent diins la gaîne du poil par un petit canal excréteur qui traverse les parois fibrillaires du follicule. Le faisceau nuisculaire est situé du côté de l'inclinaison du poil et de son follicule; il part de la face superficielle du derme, et se termine sur le fond du folli-
(') I, l'oiiclie ilurmiqur externe du follimili'; 8, conclio (leiiiiiquu iiitHi'nu; 3, liséni mnoinlio ilu l'olllcule; 4, couche BpiiU rmiqiie «xtenie : li, biillic (mIciix; 7, impillu viisciilnir t- ; 8, cellules ili> lu fnlistnncc iiHHliiIlnin"..
g^(5 A1>1»ABE1L DliS SENS.
culc qu'il redresse eu se coulractant. Quaud les faisceaux musculaires du derme se coniracteuL sur uue grande surface, l'éteudue de la peau diminue, le poil est redressé et chassé en partie au dehor^j (chair de poule).