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DES PRODUCTIONS CORNÉES

Les tissus cornés forment plusieurs groupes : le premier comprend les cornes des animaux ruminants; le second, les c/<«m<(/«es des solipèdes ; le troisième, la couche protectrice qui enveloppe l'extrémité des doigts, c'est-k-dire les ongles des carnassiers et des rongeurs, les onglons du porc, du bœuf, du mouton et de la chèvre, les sabots du cheval, de l'àue et du mulet. Ces dernières productions, rangées au nombre des organes les plus importants de l'appareil locomoteur des animaux solipèdes, nous arrêteront en premier lieu.

1° Du sabot des solipèdes.

Le sabot des solipèdes est d'une étude extrêmement importante, à cause des nombreuses maladies dont cette région peut être le siège. Aussi a-t-il fait à lui seul le sujet de plusieurs ouvrages volumineux au.xquels nous renverrons pour l'étude complète de son organisation (1), car nous ne pouvons donner ici que des détails descriptifs essentiels, c'est-à-dire ceux qui sont nécessaires pour remplir le cadre que nous nous sommes tracé.

Nous allons nous occuper d'abord de passer en revue les parties contenues dans le sabot, pour revenir ensuite sur la description de cette boîte cornée.

fi. Des parties contenues dans le sabol,

Ëll procédant de dedans en dehors, ou trouve h l'intérieur de la boîte cornée : 1° le troisième phalangien, le petit sésamoïde et la partie inférieure du deuxième phalaugien, os réunis par l'articulation du pied; 2" les quatre ligaments qui assujettissent cette articulation; 3" le tendon de l'extenseur commun des phalanges, qui l'affermit eu avantj et celui du perforant, qui la soutient en arrière, en se fixant sur l'os du pied après avoir glissé sur la face postérieure du petit sésamoïde ; k° l'appareil complémentaire du troisième phalangien ; 5° la matrice du sabot ou la membrane kératogène, prolongement du derme qui recouvre la région digitée ; parties auxquelles il faut joindre les vaisseaux et les nerfs de cette région.

La description des os a été faite pages 91 à 9Zi ;

Celle de l'articulation et de ses ligaments, pages 170 à 1?2 ;

Celle du tendon de l'extenseur antérieur des phalanges, pages 278 et 27^ ;

Celle du tendon du perforant, page 283 ;

Celle des artères, pages 586, 587, 588, 589 ;

Celle des veines, pages 65^ à 657 j

Celle des nerfs, page 807.

Il nous reste à nous occuper ici de {'appareil complémentaire du troisième phalangien et de la membrane kératogène,

(1) Voyez particulièrement, parmi les ouvrages français, le plus complet et le plus récent, le Traité de l'organisation du pied du chevul, par M. H. Bouley.

APPliNDlGLS TÈGOMENTAiilliS. 8/|7

A. Apparkil complémentaire de l'os du pied. - Dans l'indicalion que nous avons faite de cet appareil à la page 9/i, nous avons dit ([u'il se compose de « deux pièces latérales, les fibro-cartilages de l'os du pied, réunis eu arrière et en bas par le coussinet plantaire, masse fibreuse et élastique [sur laquelle repose le petit sésamoïde p;u l'intermédiaire du tendon perforant ». Nous allons prendre celle distinction pour base de notre étude.

1" i''ibro>cartiiage«t de l'os du pied. •— Chacune de CCS pièces représente une plaque aplatie d'un côté à l'autre, ofliant la forme d'un parallélogramme obliquangle prolongeant eu arrière le troisième plialangieu. — hawr face externe, convexe, percée de trous qui livrent passage à des veines, surplombe légèrement celle de l'os du pied. — La face interne, concave, creusée de gouttières vasculaires, recouvre en avant l'articulation du pied et le cul-de-sac synovial qui s'écliap|)c enlrc les deux ligaments latéraux de cette articulation; en bas et en arrière, elle s'unit au coussinet plantaire, soit par continuité de tissu, ce qui s'observe près du bord inférieur, soit par des tractus fibreux qui se portent de l'un à l'autre organe. — Le bord supérieur, tantôt convexe, tantôt rcciiligne, est mince et taillé en écaille; il est séparé du bord postérieur par un angle obtus, en avant duquel ce bord est souvent entaillé d'une encoche profonde, qui livre passage aux vaisseaux et aux nerfs de la portion digitée. — Le bord inférieur est attaché en avant sur les apophyses basilaire et rétrossale. En arrière de celle-ci, il se rélléchit en dedans pour se continuer avec le tissu de la face inférieure du coussinet plantaire. — Le bord postérieur, oblique d'avant en arrière et de haut en bas, est légèrement convexe, et rejoint les deux précédents. — Le bord antérieur, oblique dans le même sens, s'unit de la manière la plus intime au ligament latéral antérieur de l'articulation du pied, dont on ne peut le séparer que par un artifice de dissection. Il envoie sur ce ligament et sur le tendon de l'extenseur antérieur des phalanges une expansion fibreuse qui se confond avec celle du côté opposé.

Les fibro-cartilages comprennent, dans leur structure, un mélange de tissu fibreux et de tissu cartilagineux, mélange qui est loin d'être parfaitement homogène et fait partout dans les mêmes proportions.

Ceux du membre antérieur sont plus épais et plus étendus que les postérieurs.

2" Coussinet plantaire. — Le coussinet plantaire représente une espèce de coin •situé dans l'iniervalle des deux plaques cartilagineuses du troisième phalaugien, entre le tendon perfoi ant et la paroi inférieure de la boîte cornée. Sa forme permet d'y considérer une face antéro-supérieure, une face inféro-postérieure, une base, un sommet, deux bords latéraux ^

La face antéro-supérieure^ moulée sur l'expailsion aponêvrotique du tendon perforant, est « revêtue d'une membrane cellulo-fibreuse, tunique propre du coussinet plantaire, qui fait continuité par sa face interne aux cloisons fibreuses dont la substance de ce coussinet est traversée, et adhère par sa face externe (c'est-à-dire la face lantérieure) à la r/aîne de renforcement interposée entre elle et le tendon perforant » (Bouley). « Cette expansion, qui se prolonge par en haut jusqu'au boulet, où elle se confond avec le fascia superficiel de la région métacarpienne, est bordée latéralement ide deux bandelettes ligamenteuses, sorte d'ourlets très-résistants qui croisent très-obliquement, dans leur partie moyenne, le faisceau formé par les vaisseaux et les nerfs du loigt. Chacune de ces bandelettes se fixe supérieurement, d'une part, à la base du doigt rudimentaire désigné sous le nom d'ergot, d'autre part, au boulon du métacarpien latéral; leur extrémité inférieure s'attache en dedans de l'apophyse rétrossale.

La face inféro-postérieure du coussinet, couverte par la membrane kératogène,

g^jj APPAIIEIL DES SENS.

présente daiîs son milieu le corps pyramidal, relief dont la forme rappelle exactement celle de la fourchette, h laquelle ce relief répond. Il présente donc, en avant, un prolongement conique impair; en arrière, deux saillies divergentes séparées par une excavation médiane.

La base de l'appareil, tournée en arrière et en haut, est divisée par une dépression en deux renflements latéraux, désignés sous. le nom de bulbes du coussinet plantaire^ renflements sur lesquels arrivent, en dedans, les saillies postérieures du corps pyramidal, et qui se confondent en dehors avec l'angle postérieur et inférieur des plaques cartilagineuses. Celle partie du coussinet esl, comme la face antérieure, couverte d'une . expansion cellulo-fibreuse qui la sépare de la peau du paturon, expansion attachée par ses bords latéraux sur le bord postérieur des cartilages, et continuée supérieurement sur la surface de l'expansion antérieure, avec laquelle elle ne tarde pas à s'unir.

Le sommet forme un bord tranchant, plus ou moins régulièrement convexe, fixé sur la face plantaire de l'os du pied, en avant de la crête semi-lunaire et de l'insertion du tendon [lerforant, avec lequel le coussinet plantaire confond ses fibres à ce point.

Les bords latéraux présentent plus de largeur en arrière qu'en avant, à cause de la forme en coin qu'affecte l'organe tout entier, Ils sont en continuité avec la face interne des cartilages latéraux de la manière que nous avons indiquée en décrivant ceux-ci.

V organisation du coussinet plantaire diffère beaucoup de celle des cartilages. Il a pour base un canevas fibreux, continu avec celui qui constitue la trame fondamentale de ces deux appareils latéraux, extrêmement serré vers la face inféro-poslérieure de l'organe, devenant de plus en plus lâche en s'éloignant de cette région, et circonscrivant des aréoles remplies d'une pulpe jaunâtre. Celle-ci est formée par un mélange de fibres élastiques fines et de fibres connectives au milieu desquelles on rencontre quel- , ques cellules adipeuses. Des vaisseaux sanguins et des nerfs abondants complètent; cette organisation .

B. TÉGUMENT SOUS-CORNÉ OU MEMBRANE KÉRATOGÈNE. — La membrane kératogène enveloppe l'extrémité du doigt, en s'étalant sur l'expansion terminale du tendon i de l'extenseur principal des phalanges, par l'intermédiaire d'un fascia fibreux, dépendance des cartilages latéraux, sur la moitié inférieure de la face externe de ces carli-lages, sur les bulbes du coussinet plantaire, le corps pyramidal, la partie antérieure de.' la face plantaire du troisième plialangien, et sur la face antérieure du même os. Elle? recouvre toutes ces parties à la manière d'un bas, sur lequel le sabot se trouve appliqué: comme le soulier qui chausse le pied humain.

Cette membrane se continue avec la peau de la région digitée au niveau d'une ligne circulaire qui coupe la partie moyenne de la deuxième phalange, en s'inclinant obli-quement d'avant en arrière et de haut en bas.

En dessous de cette ligne, le tissus sous-ongulé forme, en avant et sur les côtés, uni renflement semi- cylindrique, couvert de prolongements villeux, et désigné sous le nomi de bourrelet.

Sur le coussinet plantaire et la face inférieure de l'os du pied, elle représente une tunique également villeuse, le tissu velouté, tunique contiime vers les bulbes du coussinet avec les extrémités du bourrelet.

La partie étalée sur la face antérieure du troisième phalangien constitue \q tissu feuilleté, ainsi appelé à cause des lames ou feuillets parallèles qu'il présente à sas surface.

APPliNDIClîS TÉGUMliNTAlRES.

iNoiis allons étudier successivement ces trois régions de l'appareil kératogène.

1" Uourrelet. — Encore appelé cutidure (Bracy-Clarck), cet organe, qui repré- M iite la matrice de la paroi, se trouve logé dans la cavité creusée au bord supérieur de I cite partie du sabot. Il forme, selon l'expression de M. H. Bouley, une saillie arrondie

« proéiniu'j à l;i manière d'une coriiulie d'entablement» au -dessus du tissu podophy lieux.

Son bord inférieur est séparé par une zone blanchâtre de l'exiréniiié supérieure des feuillets qui constituent ce dernier.

Le ùord supérieur est limité par une petite bordure en saillie, large- de 2 on 3 millimètres, désignée sous le nom de bourrelet périoplique, parce que c'est elle qui donne naissance à la corne du périople. Entre cette bordure et le buu?-relet principal cxisle un sillon nettement accusé.

Les extrémités, plus étroites que la partie moyenne, arrivent près des bulbes du coussinet plantaire, et se replient au-dessous d'eux dans les lacunes latérales du corps pyramidal, où elles se confondent avec le tissu velouté.

Quant à la surface l'organe, elle présente les prolongements filiformes, un peu étranglés à leur base, appelés papilles, villo-papilles, villosités, houppes villeuses, prolongements dont les dimensions sont d'autant plus considérables qu'ils sont rapprochés du bord inférieur du bourrelet, où ils atteignent 5 ou 6 millimètres de longueur. Ceux du bourrelet périoplique ont à peine un demi-millimètre de profondeur. Enfoncées dans les orifices du bord supérieur de la paroi, ces papilles forment, quand on les considère dans leur ensemble, après la chute du sabot déterminée par macération, comme un gazon touffu, qui apparaît de la manière la plus parfaite quand ou examine ces petits organes sous l'eau.

La structure du bourrelet rappelle celle du derme cutané, dont cet organe n'est que la continuation. Elle comprend une trame fibreuse remarquable par son épaisseur, sa condensation, avec un nombre considérable de vaisseaux et de nerfs, dont on peut suivre les ramifications jusqu'à l'extrémité des prolongements villeux. Le bourrelet doit à sa grande vasculariié la couleur rouge vif qu'il présente à sa surface, couleur qui est parfois dissimulée par du pigment noir appartenant au corps muqueux du sabot.

2° Tissu velouté. — Beaucoup plus mince que le bourrelet, le tissu velouté, organe formateur de la sole et de la fourchette, s'étend sur toute la région plantaire du troisième phalangien, et sur le coussinet plantaire, dont il recouvre les bulbes et le rendement pyramidal, en s'adaptant exactement aux reliefs et aux cavités de celle masse élastique.

Sa surface, qui rappelle tout h fait par sa configuration générale la surface plantaire du sabot, se décompose eu deux régions : l'une centrale, répondant au corps pyramidal et à la fourchette, et se continuant, sur les bulbes du coussinet, avec les extrémités des deux bourrelets, mais principalement avec celui du périople ; l'autre, périphérique,

(*) 1, iHiuiTelct iiéiioplicpiu ; 2, bourrelft priDcipul ; 3, tissu podopliylleiix ou rcnilleté ; i, villositcs qui hérissent l'''xtr«>iiilté iiifijricnru dos feuillets.

CKAUVEAU. — 2" (Sdil. 5*

couverte par la sole, séparée du tissu podophylleux par le bord plantaire du pied, envahie en arrière, dans une petite partie de son étendue, par les feuillets de ce tissu qui correspondent aux barres, se continuant, au-dessus de ces feuillets, c'est-à-dire par les extrémités du croissant qu'elle représente, avec le bourrelet principal.

La surface du tissu velouté est hérissée de villosiiés semblables à celles du bourrelet, et, comme elles, de dimensions égales. Les plus longues, qui ont de 5 à 6 millimètres, existent vers la circonférence de cette surface ; les plus courtes, dans la lacune médiane du corps pyramidal. Toutes se logent dans les porosités de la face interne de la sole et de la fourchette.

Le tissu velouté présente la même organisation que le bourrelet. Le chorion vasculaire, qui en forme la base, se trouve doublé, dans la portion périphérique de la membrane, d'un lacis fibreux nommé réticulum plantaire, dans les mailles duquel sont soutenues les veines de la face inférieure du pied.

Fie. 305. Union du tissu feuilleté avec la paroi (grossissement de 25) (*).

3° Tissu feuilleté. — Cette partie de la membrane kératogène est encore appelée fort souvent tissu podophylleux. Elle est étalée sur la face antérieure du troisième phalangien, où elle occupe l'espace compris entre le bord plantaire de cet os et le bord inférieur du bourrelet; son étendue en hauteur est donc plus considérable dans sa partie moyenne, c'est-à-dire au milieu de la face antérieure de la phalange, que sur les côtés, où l'on voit les extrémités de la membrane se réfléchir en dessous des bulbes du coussinet plantaire sur le tissu velouté.

Celte membrane doit son nom aux feuillets qu'elle présente à sa superficie, feuillets au nombre de cinq à six cents, parallèles entre eux, séparés par des sillons profonds, dans lesquels s'engrènent les feuillets analogues de la face interne de la paroi, s'étendant de la zone blanchâtre qui limite le bord inférieur du bourrelet, où leur saillie est

n 1, coupe transversale de lu tjal'ol ; 2, 2, feuillet Je eorne (tissu kéroiihylieux); 3, tissu feuilleté; 4, feuillet île eelui.ci hérisse sur ses fuee» de feuillels secondaires; 5, .5, 5, eellnles molles « imprégnant de cm^rnin, com^ri^, s entre le tissu i.odoi.hyilcu.x et le tissli hérai)liyileux ; 6, eoupc de» tubes de la poi-oi.

APPENDICES TÊC.UMENTAIRFS. 85l

à peine sensible, jusqu'au bord plantaire du pied, où ils se terminent par cinq ou six prolongements villeux fort développés, qui s'enfoncent dans les tubes cornés de la circonférence de la sole.

Les feuillets du tissu podopliylleux vont en augmentant de largeur de haut en bas. I.cur bord libre est découpé en denticules très-petites qui, sous l'inllucnce d'une cause inllammatoire (fourbure, ablation de la paroi), prennent un grand développement et se transforment en de véritables papilles. Leurs faces sont parcourues par des plis au nombre d'une soixantaine qui s'étendent sans interruption de l'extrémité supérieure à l'extrémité inférieure. Ces plis secondaires ou lamelles sont insérés obliquement sur les faces de la lame principale, comme les barbes d'une plume sont attachées sur leur rachis (fig. 305, h).

Le tissu podophylleux n'est pas immédiatement en contact avec le tissu kéraphylleux ou les feuillets de corne de la face interne de la paroi; entre les deux existe une masse de cellules molles, elliptiques, toujours dépourvues de pigment, s'imprégnant facilement de carmin, et semblant hérisser les ramifications des feuillets du premier tissu. Une coupe transversale de l'union du sabot avec le tissu feuilleté traitée par lô carmin présente un très-bel aspect ; on dirait autant de feuilles de fougère ou d'acacia de Judée enfoncées entre les lames kéraphylleuses; la nervure principale et les nervures secondaires des feuilles étant représentées par la lame et ses replis latéraux , le limbe des feuilles, par les jeunes cellules répandues autour de ces derniers replis (fig. 305);

La structure de la membrane podophylleuse rappelle celle des autres parties de l'appareil kératogènc. Son chorion est, comme celui de la partie périphérique du tissu velouté, séparé de l'os du pied par un reticulum fibreux qui supporte les veines, et qui forme en quelque sorte le périoste de la troisième phalange.

Les feuillets de la membrane podophylleuse sont d'immenses papilles lamelleuses» ïjui doivent être rangées au nombre des principaux instruments de la sensibilité tactile du pied du cheval, et qui jouent de plus un véritable rôle mécanique, en concourant, par leur engrènement avec les lames kéraphylleuses, à assurer la solidité de l'union du sabot avec les parties vives. Les cellules qui se multiplient à sa surface entrent pour fort peu de chose dans la formation de la corne à l'état physiologique. On reviendra plus loin sur leur rôle.

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