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Description du sabot

Le sabot du cheval, considéré dans son ensemble, représente une sorte de boîte engainante, qui enveloppe l'extrémité inférieure du doigt, en s'appliquant exactement sur la membrane kératogène, avec laquelle elle s'unit de la manière la plus intime, par une pénétration réciproque des prolongements et des cavités dessinées sur les surfaces en contact.

Sa forme générale est, comme l'a démontré Bracy-Clarck, celle d'une moitié de cylindre coupé très-obliquement en travers dans sa partie moyenne, et posé sur la surface de section. Elle aflecté cependant sur presque tous les pieds une disposition légèrement conoïde.

Une macération prolongée divise cette boîte en trois parties : la paroi, la sole et la fourchette.

Paroi. — La paroi, encore appelée muraille, est la |)artie du sabot apparente à l'extérieur quand le pied repose sur le sol. L'épaisse lame de corne qu'elle représente

APl'AUlvlL DUS SEiNS.

s'ai)pli(|ue. sa partie nioycnne, sur la face antérieuro. de la région ongulée, se contourne en arrière et de chaque côté en se rétrécissant graduellement, et en diminuant légèrement d'épaisseur, puis se réfléchit brusquement en dedans près des bulbes du coussinet plantaire, par ses extrémités, qui s'enclavent entre la fourchette et le bord interne de la sole, pour se confondre avec ce bord, vers son milieu ou son tiers antérieur, après s'être tout à fait rélrécies et amincies.

La partie moyenne, médiane ou antérieure de cette enveloppe cornée porte le nom de pince; on appelle mamelles les deux côtés de la pince; les deux régions latérales constituent les quartiers; les talons sont formés par les angles d'inflexion des extrémités; et ces extrémités elles-mêmes, repliées le long du bord interne de la solo, représentent les barres.

Envisagée au point de vue de la direction qu'elle affecte par rapport au sol, celte enveloppe se montre fortement inclinée dans sa région médiane, c'est-à-dire vers la pince, obliquité qui se prononce de moins en moins des mamelles à la partie postérieure des quartiers, oii la paroi est presque perpendiculaire à la surface du sol.

Voici les caractères qu'elle offre dans la conformation de ses faces, de ses bords et de ses extrémités.

La face externe., convexe d'un côté à l'autre, et parfaitement rectiligne du bord supérieur au bord inférieur, est lisse, polie, luisante, aspect qu'elle doit à une mince couche cornée, indépendante de la paroi proprement dite, et désignée sous le nom de périople.

Ce périople forme sur la pariie supérieure de la face externe de la paroi une espèce de cercle, en continuité, vers les bulbes du coussinet plantaire, avec la fourchette, dont il n'est qu'une dépendance, répondant, par son bord supérieur, au bourrelet périoplique qui le sécrète, et se perdant sur la paroi par son bord inférieur, que les frottements amincissent et détruisent incessamment.

La face interne présente, dans toute son étendue, des lamelles blanches parallèles qui s'engrènent avec les lames du tissu podophylleux. L'ensemble que forment ces lamelles ou feuillets prend le nom de tissu podophylleux.

Le bord supérieur est taillé en un biseau interne excavé, formant une espèce de gouttière circulaire dans laquelle se loge le bourrelet. Celte gouttière, appelée biseau de la paroi à cause de sa forme, cavité cutigérule en raison de ses rapports, offre à son fond une multitude de petits trous, originades canalicules cornés, dans lesquels s'enfoncent les villosités de la cutidure.

Le bord inférieur, en rapport avec le sol et soumis à l'usure, chez les animaux non ferrés, s'unit en dedans d'une manière intime avec la circonférence de la sole.

Les extrémités, consiituéos, comme on l'a vu, par les prolongements réfléchis et rentrés désignés sous le nom de barres, forment, en dehors, la paroi externe des lacunes latérales de la fourchcite; elles sont pourvues, en dedans, de feuillets comme le reste de la muraille. Le bord supérieur de ces prolongements se confond avec la fourchette et la sole; l'inférieur apparaît entre ces deux parties, et s'efface à une certaine distance de la pointe de la fourchette.

Sole. — La sole est une épaisse plaque cornée comprise entre le bord interne de la paroi et ses prolongements réfléchis, occupant ainsi la face inférieure du sabot.

Elle ofl're deux faces et deux bords ou circonréi ences,

La face inférieure ou externe forme une espèce de voûte plus ou moins concave, suivant les sujets. — La supérieure, encore appelée face interne, répond à la portion périphérique du tissu velouté; elle présente une multitude do petits orifices, analogues

APPENDICES '1 É;( ; U M HNT A I « li S.

à ceux de la cavité cutigéi ale, et dans lesquels s'enfoncent les papilles do la niond)miie kératogène.

Le boi'd externe, ou la f/rande circonférence, s'unit dans toute son étendue au contour interne du bord inférieur de la paroi au moyen de dentelures qui se pénètrent réciproquement avec les dentelures que la face interne de la paroi présente près du bord inférieur. — Le bord interne ou la petite circonférence, représente une profonde écliancrure, en forme de V ouvert en arrière, qui répond aux barres, et dans le fond de laquelle s'enclave le sommet de la fourchette.

Fourchette. — C'est une masse de corne de forme pyramidale, logée entre les deux portions rentrantes de la paroi.

On doit y reconnaître quatre plans, une base, un sommet.

Le plan inférieur et les deux plans latéraux constituent la surface extérieure de l'organe. — Le premier est creusé d'une excavation longitudinale, peu profonde dans les pieds bien conformés, appelée lacune inédiane de la fourchelle, séparantdeux saillies ou branches, divergentes en arrière, qui vont rejoindre les talons. — Les deux autres plans, obliquement dirigés de haut eu bas et de dehors en dedans, sont intimement adhérents, par leur tiers supérieur, à la face latérale externe des barres, et antérieurement au bord interne de la sole. «Cette union est telle, qu'il n'existe pas entre ces parties de ligne de démarcation, et que leur séparation ne peut être obtenue que par une macération prolongée. La portion non adhérente ou libre forme le côté interne des cavités angulaires désignées sous le nom de lacunes latérales ou de commissures de la fourchette, dont le côté externe est constitué par la face inférieure des barres. » (IL Bouley.)

Le plan supérieur, formant la face interne de la fourchelle, criblé de ( rous comme celui de la sole, se moule exactement sur le corps pyramidal du coussinet plantaire. Aussi représente-t-il une excavation triangulaire, divisée postérieurement en deux goulliéres latérales, par une saillie allongée d'avant en arrière, à laquelle les traducteurs de Bracy-Clarck ont donné le nom à' arête- fourchette, expression à laquelle M. H. Bouley préfère celle A'arête de la fourchette.

V vxawOBçiiEM.sc.-

FlG. 306.

— Sabot du cheval (*).

APPARElt DES SENS.

La base, ou Vextrémité postérieure de la fourchette, constituée par l'extrémité des branches de l'organe, forme deux éminenccs arrondies, flexibles, élastiques, séparées l'une de l'autre par le prolongement de la lacune médiane, recouvrant les angles d'inflexion de la paroi, et se continuant à ce point avec la bande pôrioplique, Bracy- Clarck les appelle les glômes de la fourchette.

Quant au sowmef ou à V extrémité antérieure de l'organe, c'est une pointe enclavée dans l'angle rentrant compris entre les deux portions du bord interne de la sole.

Dans l'Ane et dans le Muivt, le sabot toujours plus étroit que celui du cheval, c'est-àdire déprimé d'un côté à l'autre, tire de cette forme une apparence cassée en pince. La muraille est du reste plus haute et plus épaisse, la sole plus concave, la fourchette plus petite et profondément enfoncée au fond de l'excavation formée par la sole, la corne beaucoup plus dure et plus résistante.

Structure de la corne du sabot. — La structure de la corne a été l'objet d'un

FiG. 307, — Corne du sabot du cheval (*).

p.ivlnant'T'ne Slo ' t-tT^'f- 7. ^' ^P','''*'""» àaus la corne molle de la cavité entigérale ; 2, cellules \iir::Z\lî"Z^'^:,tl^^lJZÏÎ^^ '\ l-'--- - »^ .'-I- transversale de lu paroi p?,.pen.llculai.-e ù la cavités munies ,1e corpusouk-s ; 3 3 ^intS.d.rt, h, . v"""" l"'"'}^"^''"-'^ ■ 2-2. paroU dos tubes parsemées .1,.

coupe transversale <le la par,, f™ UéeTa la Itas^e ^ ' "■■'^■g'îlà'^s granuleuses et opaques. -

l iîure montre le moH» ,1e sti-liiifinn i I otasse. — 1, substance intertubulau-e ; i.', pai-ois des tubes. - Cette

- D <rup^i^,sTu, inale de .Î^a tre^n^^ épithélialcs dans la paroi .les Ld^e^ et il substance intertubulaire.

3, tubeetsubsttt,^e inir^^^^^ P'^™'" " ^ ''«^ '"l^^s cornés; 2, substance intertvibulaire ;

APPENDICES TÉGUMENTAIRES. 855

t^iaiid nonihi'P de recluTclics iGiuIt, Dclafoiid, MM. Boulcy, Gourdori el Ercolani eu DUl donné des descriptions; aussi n'avons-nous que quelques détails à ajouter aux tra^ vaux de ces auteurs.

La substance cornée qui constitue le sabot des aninnaux solipèdes se présente avec lin aspect fibreux, très-nettement prononcé dans la paroi, moins apparent dans la fourchette et les parties profondes de la solo, et inipossible à distinguer dans la couche superficielle de cette dernière région du sabot, où le travail de désagrégation dont cette I ouche est le siège sépare la corne en fragments écailleux plus ou moins épais et plus on moins étendus, ta consistance de cette substance est toujours moindre dans la fourchette que dans la paroi et la sole. Sa couleur est tantôt noire, tantôt blanche, tantôt marbrée par un mélange de ces deux nuances. Jamais la face interne de la paroi ne présente la première, et quand le membre porte une balzane ou un principe de bal' zane, on peut être sûr que toute l'épaisseur de la muraille offrira la couleur blanche dans les points qui correspondent aux taches blanches de la robe, et partant dans toute l'étendue du sabot si la balzane est complète.

Excepté dans le tissu kéraphyileux, la corne unguéale se présente toujours avec les mêmes caractères d'organisation intime. Partout elle est creusée de canaux cylindriques dont l'extrémité supérieure, évasée en entonnoir, engaîne les papilles de la matrice de l'ongle, soit du bourrelet, soit du tissu velouté, pendant que l'extrémité inférieure vient s'ouvrir, dans la paroi, sur le bord plantaire, dans la sole et la fourchette, à la face externe ou inférieure. Il est très-rare d'en rencontrer dans les feuillets de la face interne de la paroi.

Ces canaux sont rectilignes, à l'exception de ceux de la fourchette qui se montrent plus ou moins flexueux.

Tous affectent la même direction oblique de bas en haut et d'arrière en avant, c'est-à-dire qu'ils suivent l'inclinaison de la partie médiane de la muraille. Ils sont donc à peu près exactement parallèles entre eux, non-seulement dans la même région du sabot, mais encore quand on les envisage dans deux régions différentes.

Leur diamètre peut varier dans des proportions considérables. Ainsi on en trouve qui mesurent seulement 0'"'",02, d'autres qui vont jusqu'à 0'°",2 ou 0""',4. Du reste, les plus petits sont toujours ceux du périople. Dans la paroi, on les voit d'autant plus étroits qu'on les observe plus près de la surface externe.

Ces tubes ne sont point simplement creusés dans la substance cornée, ils ont des parois propres d'une très-grande épaisseur, formées elles-mêmes de nombreuses couches concentriques emboîtées les unes dans les autres. La substance cornée qui les réunit ne présente pas la môme disposition stratiforme apparente.

Remplis par les papilles de la membrane kératogène à leur extrémité supérieure, ces can<aux ne sont point vides dans le reste de leur étendue ; ils contiennent une substance particuHère de couleur blanche, et d'une opacité telle, qu'elle paraît d'un beau noir quand on l'examine par transparence sous le microscope. Cette substance n'est pas uniformément déposée dans la longueur des canaux de la corne. Ainsi on la trouve souvent interrompue de distance en dislance, de manière h figurer une corde noueuse ou lin chapelet. D'un autre côté, dans les points où elle existe, elle ne remplit pas toujours exactement le calibre du tube corné qui la renferme ; on constate un intervalle entre la paroi intérieure de celui-ci et le dépôt intra-lubulaire que cette substance constitue. Quelquefois elle se voit en dehors des tubes parmi les lamelles concentriques de leurs parois, et même dans la substance cornée inlertubulaire.

Si l'on cherche à compléter la connaissance de celte organisation intime de la corne

du sabot pai- l'étude des éléments anatomiques qui ea constiiueiU ia base, on reconnaît que le tissu corné est formé de lamelles épitbéliales appartenant au genre d epidcrme le plus répandu dans l'économie animale, c'est-à-dire à i'épitliéiium pavimenteuY.

Les lamelles épithéliales de i;i corne, très-minces, pâles, polygonales, et généralement oblongues, se présentent avec des bords nets et des faces finement graimiées. Elles offrent quelquefois un noyau avec nucléole simple ou multiple, noyau qui occupe tantôt le centre, tantôt un autre point de la surface, et qu'on peut rencontrer même tout à fait sur les bords; elles renferment encore des granulations pigmentaires plus ou moins colorées, en plus ou moins grand nombre. L'acide acétique n'agit que trèslentement sur elles, et encore se borne-i-il à les rendre plus transparentes. Quant à la potasse et à la soude, elles les ramollissent d'abord, les gondent, en font disjjaraîire l'aspect grenu et arrondissent leurs contours ; sous riiifluence de ces puissants réactifs, elles deviennent tout à fuit diaphanes, et finissent enfin par se dissoudre complètement.

Examinées dans leurs rapports réciproques, ces lamelles épithéliales de la corne ne se présentent point agglomérées confusément les unes à côté des autres. Elles se montrent, au contraire, disposées d'une manière assez régulière, et forment dans le sabot une véritable charpente inlérieure qui concoure singulièrement à en assurer la solidité et la flexibilité. Dans les parois des tubes cornés, on les voit, en effet, grou|)ées à plat autour du canal intérieur de ceux-ci, et stratifiées de dedans en dehors de manière à former des couches successives et concentriques. Dans la corne intertubulairc ces lamelles s'arrangent d'une manière toute dilférente. Leur stratification n'est plus parallèle à la direction des tubes, mais bien perpendiculaire à cette direction ; la corne intertubulairc est donc formée de lamelles épithéliales empilées les unes sur les autres, dans les intervalles qui séparent les tubes cornés. Il est évident que ce changement de direction ne s'opère pas brusquement, et qu'au pourtour des tubes on voit des lamelles épithéliales dirigées obliquement.

Sur des coupes transversales de la paroi, on aperçoit autour des tubes, dans la sub stance intertubulairc, ainsi que dans les lamelles du tissu kérpahylleux, de petits espaces irrégulièrement elliptiques renfermant un amas solide à contours dentelés, d'une teinte brune et s'imprégiiant très-facilement de carmin. Ces corps, plus allongés dans la substance intertubulairc que dans les parois des tubes, offrent une certaine analogie de forme avec des capsules cartilagineuses et surtout avec des cavités osseuses munies de leur contenu. Leur longueur varie entre 0"", 010 et 0""", 018, et leur largeur entre 0"'",005 et O""", 008.

Indépendamment de ces lamelles épithéliales dures, sèches et aplaties, on trouve la substance opaque qui remplit en partie les tubes et qui se rencontre aussi quehiuefois dans l'épaisseur de leurs parois. Cette substance ne diffère pas de la précédente par sa nature; elle est formée aussi, comme l'ont dit MM. Ercolani et Gourdon, par des cellules irrégulières, granuleuses, qui se colorent par le carminate d'ammoniaque.

Les corpuscules pigmentaires existent dans l'épaisseur des cornes colorées. Ils sont disposés isolément ou en petites masses dans les lamelles épithéliales de la substance intertubulairc.

On a nié la présence de ces corpuscules et l'on a attribué la coloration delà corne à une condensation plus grande, dans certains points, des éléments épitliéliaux. Des granulations pigmentaires fines sont disséminées dans l'épaisseur des lamelles épithéliales ; mais il est évident qu'en dehors de ces lamelles, il existe, dans quelques points, des

APPENDICES TÉCUMENTAIKES. f^57

corpuscules pigmeiiiaires. lin effet, après avoir traité une coupe de corne colorée par la soude, les éléments épitliéliaux se distendent, palissent bientôt, disparaissent à l'reil l'ii laissant apercevoir néanmoins çà et là dans la préparation des amas do granulations iKiires.

Donc, la coloration de la corne est due à autre chose qu'à une simple condensation (les lamelles cornées. Ces corpuscules manquent, bien entendu, quand la corne est blanche.

Développement du sabot. — Le sabot, qui est une dépendance de l'épitlcrme, se développe connue celui-ci, c'est-à-dire par la formation incessante de cellules dans la couche qui répond au corps muqueux de Malpighi, aux dépens du plasma exhalé par les vaisseaux nombreux delà membrane kéraiogéne. Le tissu velouté est le point de départ des éléments de la sole et de la fourchette; le bourrelet périoplique, l'organe formateur du périopie, et le bourrelet principal, la matrice de la paroi. Sur ces dilférentes parties, les cellules épilliéliales se n)ullij)lient, et ces cellules s'aplatissent en lamelles dans le sens des surfaces de la membrane kératogène, au fur et à mesure qu'elles s'en éloignent. La paroi s'accroît; donc de son bord supérieur à son bord inférieur, et les deux autres parties du sabot, de leur face interne à leur face externe.

Les villosilés du bourrelet et du tissu velouté sont des organes autour desquels s'entassent les lamelles épithéliales ; leur présence détermine donc la structure tubuleuse de la corne; leur rôle se complète par l'exhalation d'un certain fluide qui entretient la flexibilité du sabot et, probablement, par le développement à leur surface des cellules irrégulières qui se lassent à l'intérieur des tubes. ^

Le tissu feuilleté, à l'état physiologique, ne concourt pas d'une manière notable au développement de la paroi. Les cellules qui le recouvrent se multiplient en décrivant un mouvement de haut en bas et d'arrière en avant ; elles s'appliquent bien à la face interne de la paroi, mais elles ne constituent pas les lames kéraphylleuses. Celles-ci se forment au bourrelet, à l'origine des lames podophylleuses ; elles descendent avec la paroi en glissant à la surface de la couche de cellules qui les sépare du tissu feuilleté, mouvement de descente qui est facilité, du reste, par la multiplication, dans le même sens, desdites cellules. Cette opinion sur le rôle du tissu feuilleté est basée sur l'anatomie comparée,' sur la présence de quelques tubes longitudinaux dans les lames kéraphylleuses et sur l'observation des faits pathologiques.

Lorsque le tissu podophylleux est enflammé, qu'il soit ou non mis à nu, son activité latente se manifeste rapidement. Il donne naissance à une grande quantité de corne dure, consistante, creusée, comme l'J vu M. Gourdon, de tubes obliques d'avant en arrière. Ces tubes, plus irréguliers que ceux de la paroi normale, sont disposés en séries parallèles; ils se forment autour de villo-papilles ([ui se sont développées sur le bord libre des feuillets. Dans ces cas de production de coi ne par la seule action du tissu podophylleux, on ne voit jamais entre les feuillets de chair, des lames cornées nettes et distinctes au milieu des autres cellules, comme on l'observe dans la paroi formée par le bourrelet.

F, a corne qui prend naissance à la surface du podophylle, immédiatement après l'ablation d'im fragment de paroi, n'est pas une corne définitive; elle doit être remplacée par la corne du bourrelet. Ce remplacement est complet ; l'examen microscopique démontre que la paroi qui descend du bourrelet munie de lames kéraphylleuses s'engage au-dessous de la paroi provisoire et glisse par l'action combinée (pie nous avons indiquée plus haut h la surface des cellules molles du tissu feuilleté, Dès que ce

g58 APPAHEIL DES SENS.

lissii modifié par l'innammation est recouvert par la paroi définitive, ses papilles s'atrophient et son rôle rentre dans les limites restreintes de l'état physiologique. .

2° Des onglons des ruminants et des pachydermes.

Chez le Bœuf^ le Mouton ct le Porc, le coussinet plantaire recouvre le bulbe du talon de chaque doigt où il forme une masse convexe ; il se prolonge sur l'insertioa des tendons fléchisseurs profonds des phalanges en s'amincissant et eu devenant triangulaire.

Dans le Dromadaire, l'appui sur le sol se fait par la face inférieure des deux dernières phalanges. Celles-ci sont protégées par un coussinet élastique double, mai» recouvert en arrière par une semelle cornée simple. La troisième phalange est seule reçue dans un onglon court et fortement convexe, présentant une certaine analogie avec une griffe.

La membrane kèratogène présente les mêmes régions que dans le cheval. Le bourrelet périoplique est séparé du bourrelet proprement dit par un sillon bien marqué ; il est muni de papilles très-développées. Le bourrelet pariétal est large et peu saillant, d'une teinte brune dans sa moitié supérieure, blanchâtre dans sa moitié inférieure. Il se confond, en arrière et en dehors, aVec le tissu velouté qui couvre le coussinet plantaire ; en dedans, il se termine en pointe. Les papilles qui hérissent ce bourrelet sont plus petites que celles du périople et du tissu velouté. Les lamelles du tissu feuilleté sont plus rapprochées et plus larges, proportionnellement, que dans les animaux solipèdes.

L'enveloppe cornée qui revêt l'extrémité des doigts du Bceuf, du Mouton et du Porc, représente une espèce de cupule ayant à peu près la forme de la troisième phalange, et généralement désignée sous le nom d'onglon.

U onglon àn Bœuf possède une face externe ressemblant à la paroi du cheval ; une face interne légèrement concave de haut en bas et d'avant en arrière, parcourue par des sillons ondulés. Il résulte de la concavité de celte partie, que les deux onglons ne se touchent que par les extrémités de leurs faces adjacentes. La face plantaire de l'ongton, légèrement déprimée est peu développée ; elleest bientôt suivie par le coussinet qui est lui-même couvert d'une lame de corne tubuleuse assez mince et très-souple. Si l'on examine l'onglon par la face interne, on voit une cavité cutigérale large et peu profonde, criblée de très-fines porosités, et des feuillets plus minces et plus nombreux que chez le cheval. Les tubes de la paroi de l'ongle sont très-petits; ils sont surpassés en diamètre par les tubes du périople et par ceux de la sole.

On distingue encore à chaque membre, au-dessus et en arrière des onglons, deux petits onglons rudimentaires qui prennent particulièrement le nom d'ergots. Ils manquent chez le Dromadaire.

3» Des ongles des carnassiers et des rongeurs.

Chez ces animaux, la troisième phalange des doigts est enveloppée d'un étui conique recourbé par en bas comme cette phalange elle-même. Cet étui corné, désigné sous le nom iVongle ou de giHffe, présente à peu près la même organisation que les cornes des Ruminants ; il se développe et s'accroît de la même manière que le sabot des Solipèdes ; sa matrice est un prolongement du chorion tégumeutaire, qui s'étend

APPAREIL DU GOUT

sur la troisième phalange après s'être enfonc6 clans la rainure circulaire creusée autour de la base de cet os.

Placé h l'extrémité de la région digitée, l'ongle, chez aucun de ces animaux, ne sert en rien dans les actes locomoteurs, l'appui des membres sur le sol s'opérant, non par l'extrémité des doigts, mais par toute l'étendue de leur face plantaire. Aussi trouve-t-on sur celte face une sorte de semelle épidcrmiquc couvrant cinq tubercules fibro-graisseux : quatre petits, placés sur le trajet des quatre doigts principaux (le pouce n'est jamais assez développé pour appuyer à terre), et un plus gros, central, circonscrit en avant par les autres : tubercules destinés à amortir l'effet de la pression du corps.

Chez le chat, les griffes, très-aiguës, sont rétractiles, c'est-à-dire qu'elles se relèvent en se renversant dans les espaces interdigités, à l'aide d'un petit ligament jaune , élastique qui se porte de la seconde à la troisième phalange. Elles constituent le plus j puissant moyen d'attaque et de défense de cet animal. Dans le lapin, elles permettent à n'animai de fouir le sol. Elles peuvent avoir le même usage chez le chien.

4° Des cornes frontales.

Ce sont des étuis coniques plus ou moins larges, plus ou moins contournés, plus ou ■ moins annelés transversalement, formés de couches ou cornets concentriques dans la constitution desquels n'entrent qae des lamelles épithéliales et quelques corpuscules ipigmentaires. Les cornes s'accroissent comme l'épiderme et les poils ; leurs éléments ■sont sécrétés parla portion du chorion qui s'étend sur les chevilles osseuses du frontal et les enveloppe complètement, portion de peau remarquable par sa grande vascularité.

5° Des châtaignes.

On appelle châtaignes une petite plaque cornée qui existe chez le cheval, sur la face interne de l'avant-bras, vers le tiers inférieur de la région, et à l'extrémité supérieure de la face interne du canon, au membre postérieur. C'est un amas de cellules épithéliales disposées en tubes, comme l'ergot et comme la corne de la paroi. La châtaigne représente le vestige du pouce chez les Solipèdes.

Les châtaignes postérieures manquent dans I'Ane. Celles du Mulet sont fort petites.

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