CHAPITRE IV APPAREIL DE LA VISION
Préposé à la perception des images extérieures rendues visibles par les rayons lumineux, le sens de la vue dépend de l'activité du nerf optique, dont l'extrémité terminale s'épanonit en une mince membrane au fond de Vœil, organe globuleux pair, logé dans la cavité orbitaire, mû par des muscles qui lui font exécuter des mouvemenisen tous sens, protégé par des voiles membraneux et mobiles désignés sous le nom de paupières, voiles dont le jeu sur la surface de l'œil est facilité par l'humeur lacrymale, hquide qui humecte constamment leur face interne.
Nous décrirons d'abord le globe de l'œil, ou Yorgane essentiel de la vision; puis, sous le nom de parties accessoires de l'appareil visuel, nous ferons connaître le réceptacle du globe, ou la cavité orbitaire, les muscles qui le meuvent, les voiles qui le protègent, c'est-à-dire les deux paupières et le corps clignotant ou la paupière accessoire, et enfin l'appareil lacrymal qui concourt à la protection du globe oculaire, par l'humeur qu'il verse incessamment à sa surface.
Art. piiEMiER. — Organe essentiel de la vistoN ou globe de l'oeil (fig. 310).
Le globe ou bulbe de l'œil est une coque sphéroïdale, dont l'intérieur se trouve rempli de parties liquides ou semi-fluides appelées milieux de l'œil.
Les parois de celte coque sont formées par une enveloppe continue, très-résistante, enveloppe incolore, limpide et translucide dans sa partie antérieure qui constitue la cornée transparente, blanche el opaque dans le. reste de son étendue qu'on désigne sous le nom de sclérotique.
Sur la face interne de la sclérotique s'étend une seconde membrane, la choroïde, membrane noire, que tapisse, en dedans, l'expansion du nerf optique, c'est-à-dire la rétine et qui, aux environs du point de réunion des deux parties constituantes de I enveloppe externe, projette, dans l'intérieur de l'œil, l'iris, diaphragme elliptique percé a son centre d'une grande ouverture.
Immédiatement en arrière de ce disque," se trouve soutenu et comme enchatonné, à la manière d une rose en brillants, au centre d'une zone circulaire dépendance de la choro de, une lentille biconvexe, le cristallin, l'un des milieux de l'œil, qui divise ams, 1 intérieur de la cavité oculaire en deux compartiments : un postérieur, très-
GLOBli DE l'oeil. 863
vaste, occupé par V humeur vitrée; un antérieur, partagé lui-même, par l'iris, en deux cliainbres d'inégales dimensions, que remplit Vhumeur aqueuse.
Considéré à l'extérieur, dans son ensemble, l'organe résultant de la réunion de toutes ces parties représente un corps globuleux, dont la région antérieure, qui répond à la cornée, est plus bombée que les autres points, ce qui tend à augmenter le diamètre autéro-postéricur de l'œil ; mais comme le sphéroïde oculaire, auquel s'a joute en avant ce segment d'un autre sphéroïde plus petit, est sensiblement déprimé d'avant en arrière, il eu résulte que les deux autres principaux diamètres du globe, c'est-à-dire le vertical et le Iransverse, présentent sensiblement les mêmes dimensions que le premier ; Girard a pu avancer môme que celui-ci est le plus court. Sur un œil durci par l'acide chromique, nous avons trouvé que le diamètre transversal mesurait C'jOSG, et le diamètre vertical 0'"jOZiO.
Deux paragraphes vont être consacrés à la description des parties constituantes de ce globe : l'un pour les membranes, l'autre pour les milieux.
DKS MEMBRANES DE L'OEU..
1" De la sclérotique (flg. 310, b).
La scléroti([uc est Une membrane blanche, très-solide, formant à elle seule les quatre cinquièmes environ de la coque extérieure du globe de l'œil.
Fie. 310. — OImI de cheval, coupe Ihcorique (*).
Sa face externe, en rapport avec les muscles droits et du tissu adipeux, reçoit à son fond, non pas au milieu, mais plus bas, l'insertion du nerf' optique, qui traverse
(*) a, nerf optif|ne ; h, sclMi'otii|ili! ; c, i;horoï(lc ; d, ivliiio ; i>, cnrai'i' ; f, iris ; U, ppitIi? ni cni'|is,ciliniro», ilopen- (Ihiiok <Ih In clioi'iiiile ilont ils ont iHi; n;|iirscnti'S isnlrs pour mieux irulirpinp leurs limites; i, iiisin'tioii dos procès eiiiairi'S !iiir le oristfilliii ; j, fristiilliii ; /f, eiipsiilc rrisliilliiu' ; /, corps vilré ; m, », l'Iinmlm- diî riiiimciir n(|tieiisi' ; 0, indicnlion tlii'oriijiu' de la memljrnnc de rimnieiir iwpiciisc ; /), l'irse ; 7, iiu'mlir'iiie lilireiise des piiupiiTO» ; r, muscle relcvoiir de In pniipii'rc! supérieure ; s, m liieulaire des |mupiere» ; /, peiui de» paupière» ; 11, eoiiionotive ; 11, Iniue épldermi'|uc qui représente cette mernhrniie sur In cornée ; x, muscle droit poHlérieur j y, nniscle droit supérieur ; 5, muscle droit inférieur; tu, gnlne libreiuu de l'orliilu.
gg^ APPAKEIL DliS bliNS.
à ce point celle membrane el la choroïde pour aller former la rétine. Sa face interne est «nie d'une manière assez lâche à la choroïde, par des vaisseaux, des nerfs el du lissu cellulaire.
La sclérotique offre en avant une ouverture ellipsoïde, dont le gr and diamètre est transversal-, et donl le bord, taillé en biseau du côté interne, s'unit de la manière la plus intime à la circonférence de la cornée.
L'épaisseur de celle membrane traversée par des vaisseaux el des nerfs nombreux, n'est pas la même dans tous les points. C'est vers le fond de l'œil, autour de l'insertion du nerf optique, que cette épaisseur est le plus considérable; elle diminue gradui'llemenl jusqu'au niveau du grand axe de l'organe; elle augmente ensuite jusqu'à
la cornée transparente.
SriiucruiiE. La sclérotique est entièrement formée par des faisceaux de tissa.
conjonciif entrecroisés d'une manière très-serrée, entre lesquels on rencontre quelques fibres élasliques et de petits amas de pigment, surtout en arrière. Parmi ces faisceaux, un grand nombre sont dirigés d'avant en arrière; ils sont coupés à angle droit par d'autres faisceaux qui sont enroulés circulairement autour du globe oculaire. Les superficiels se continuent avec le névrilème du nerf optique.
Les artères de la sclérotique proviennent des artères ciliaires antérieures et postérieures; les veines se rendent dans les troncs parallèles aux artères ciliaires. Des nerfs existeraient dans la sclérotique du lapin. Leydig n'en a pas trouvé dans celle du veau.
(' On trouve souvent dans l'àne, surtout lorsqu'il est vieux, le fond de la sclérotique incrusté d'une couche osseuse bien marquée. Ce fait a échappé à Carus, qui avance que nulle part, dans les mammifères, cette membrane ne présente d'ossifications (1). »
2" De la cornée transparente (llg. 310, e).
La cornée est une membrane transparente, conuiie son nom l'indique, formant la parlie antérieure ou la vid-e de l'œil, à l'inlérieur duquel elle permet l'entrée des rayons lumineux. Elle bouche l'ouverture antérieure de la sclérotique et complète ainsi l'enveloppe ou la coque extérieure du globe, dont elle représente la cinquième partie environ.
Ellipsoïde comme l'ouverture qu'elle ferme, la cornée présente : 1" deux faces parfaitement polies, l'une externe, convexe, l'autre interne, concave, formant la paroi externe de la chambre antérieure; 2^ une circonférence taillée en biseau aux dépens de la lame externe de la membrane, circonférence reçue dans le biseau de l'ouveriure de la sclérotique, à la manière d'un verre de montre dans le cercle qui le soutient.
Structure. — Trois couches entrent dans la composition de la cornée : une externe, une interne et une moyenne.
Couche moyenne. — Cette couche, ou la membrane cornéenne proprement dite, est remarquable par son épaisseur. Lorsqu'on la presse entre deux doigts, ou peut aisément faire glisser ses deux faces l'une sur l'autre, preuve que son tissu se dispose en plans superposés et parallèles ; il est possible, en effet, de décomposer la cornée en plusieurs lames et lamelles; mais le norïibre de ces couches étant susceptible de varier suivant le degré d'habileié que l'on peut consacrer à leur séparation, on doit les considérer comme un produit artificiel de la dissection.
Au microscope, on la voit formée par des faisceaux de fibrilles conjonctives excessi-
(1) Lecoq, Traité de r extérieur' du cheval, etc.
GLOBi; oi' 1,'oiîir,. 865
veillent fines, légèremcni ondniés, disposés parallùlemenl à la surface de la cornée. Ces liiisceaiix ondulés, en s'iiccolant les mis aux aulrcs, limilenl de nombreux espaces, elliptiques sur une coupe transversale, espaces reliés entre eux par de fins canalicuies, et contenant des éléments cellulaires arrondis qui peuvent cheminer d'un espace à l'autre.
Entre les faisceaux de la cornée se trouve répandue une substance amorphe liquide, M)rie de « sérosité tiansi)arente comme elle, qui entretient sa souplesse, et qui, comme l'Ile aussi, perd sa transparence sous l'influence de différentes causes. Il suffit, sur un d'il encore frais, de comprimer le globe pour amener dans la cornée un trouble en rap- [lorl avec le degré de compression, et cependant la membrane reprend sa transparence aussitôt que la compression a cessé. Serait-ce à un semblable effet déterminé par le gonflement de l'œil que serait dû le trouble de la cornée dans l'ophthalmie ? » (F. Lecoq.)
I.a cotœhe externe n'est pas autre chose que l'épithélium conjonctival étendu sur la face antérieure de la cornée. Cet épitliélium mesure O"'",!;! d'épaisseur; il est stratifié, cylindrique dans sa profondeur, aplati h sa surface, et immédiatement appliqué sur la couche moyenne, dont il n'est pas sépai'é, comme on le remarque dans beaucoup d'espèces, par une membrane propre anhiste.
La couche interne est une portion de la membrane de l'humeur aqueuse. Elle se compose d'une membrane anhiste de 0°"",02 d'épaisseur, qui devient légèrement fibreuse à la périphérie de la cornée, où elle forme, en se portant sur l'iris, le ligament pectine ; '2° d'un épilhélium simple à cellules polygonales munies d'un noyau volumineux.
Vaisseaux. — La cornée est très-peu vasculaire. Les vaisseaux forment des anses sur les bords de cette membrane ; ils s'avancent jusqu'au milieu dans le mouton.
Nerfs. — Ils ont été découverts par Schlemm. Ils pénètrent par la périphérie de la cornée et forment un réseau à la surface. D'après Kiihne, Hoyer et Conlieim, les dernières ramifications nerveuses pénétreraient dans l'épithélium de la face antérieure, et arriveraient entre les cellules les plus superficielles.
3" De la clioroïde (fig. 310, c).
La choroïde est une mince membrane d'une couleur foncée, étalée sur la face interne de la sclérotique, dont elle répète la conformation générale. Elle est divisée en deux zones par Vora serrnta, ligne denticuléc qui répond au point où la rétine change de caractères.
Zone postérieure ou choroidienne. — Dans toute l'étendue de celte zone, la choroïde, mince, mais d'une épaisseur uniforme, répond par sa face externe l\ la sclérotique ; par sa face interne, elle se met en contact avec la rétine, sans y adhérer. —
(*} A. IjOoiiplm moyeiini; nu iiuMiilirnni! |ii'fi|ii'0 noi'niieiiiie iivoc scf l'nisccaiix oikIiiIi'-s Jo siilislaiico oonjonclive ; 2, ùpit.lii'-liiiiii cniistitiiunt la cimulir (^\te^llt; ; lus ri'llulus [inifnnili's sciiil liiiiiR'iliiiU'mcnt a])[)lii|nùo9 sur la membraiio |ii ii|in% — M. i, riiiiclii! iiKiyonrii; ili; lu coi'ni'u ; 2, inurnljcaiio aiiliislci île lu cciimlii! iiitei'ru' on de lu iiloiillu aUL' de l'Iiiiiiiinir ui|ii<MiHe (iiKniliraue limite irttci'ne); 3, épitliélinrii simple do la eouclie interne.
CHAUVKAU. — 2' édil. 55
APPAllElL DES SENS.
A son fond, la membrane choroïdienne offre l'orifice qui livre passage au nerf optique, En avant, c'esl-à-dire près de l'ouverture antérieure de la sclérotique, elle se conti- ■ nue avec la zone antérieure.
Lorsqu'on regarde la choroïde par sa face interne, on voit qu'elle reflète une cou-leur qui n'est pas uniforme. Elle est parfaitement noire dans la partie inférieure de ; l'œil; celte teinte s'arrête brusquement suivant une ligne horizontale qui passe à 2 ou i 3 millimètres au-dessus. de la papille. A partir de celte ligne, sur un segment de cercle de 12 à 15 millimètres de hauteur, la choroïde présente des couleurs vives et brillantes; elle est d'abord d'un bleu venlâtre, ensuite d'un bleu azuré, puis d'un bleui brunâtre, et enfin se fond avec une teinte noire intense qui occupe tout le reste de lat coque de l'œil. La portion claire est désignée sous le nom de tapis ou tapetum.
Zone antérieure ou ciliaire. — Elle comprend deux parties : le cercle ciliaire et le corps ciliaire. Le cercle ou ligament ou muscle ciliaire i)résente une largeur qui varie entre I et 2 millimètres. Sa face externe adhère intimement à la sclérotique; l'interne se confond avec le corps ciliaire. Le bord postérieur se continue avec la zone choroïdienne: vers le point d'union existe le canal de Fontana. Le bord antérieur donne attache à la grande circonférence de l'iris. Nous parlerons plus loin de sa structure et de ses usages.
Le corps ciliaire est une sorte de zone ou d'anneau plus large que le cercle ciliaire, et qui dépasse par conséquent ce dernier en avant et en arrière. Il s'étend, d'un côlé, sur la face interne de la clwroïde, de l'autre, sur la face postérieure de l'iris. Quand on a enlevé la cornée et la sclérolique, de manière à découvrir le cercle ciliaire, on ne voit nullement la zone dont nous nous occupons maintenant. Il faut, pour la metire en évidence et l'étudier convenablement, exciser toute la partie postérieure de la coque ;