DÉVELOPPEMENT DE L' APPAREIL DIGESTIF
Dans ce paragraphe, on étudiera d'abord le développement du canal alimentaire, l)uis celui des organes qui sont annexés à ce conduit.
A. Canal alimentaire. — Ou a VU comment l'cmbryou , cu s'infléchissant en forme de nacelle, divisait la vésicule blastodermique en deux parties communiqiianl entre elles par un large pédicule. La partie externe est la vésicule ombilicale; le pédicule, le conduit omphalo-mésentérique, et la partie interne, la cavité intestinale.
Cette dernière peut se décomposer en trois portions : Vintestin antérieur, qui formera le pharynx et l'œsophage; Vintestin postérieur, qui donnera naissance au rectum, el l'intestin moijen, qui deviendra l'estomac et l'intestin.
L'intestin moyen est représenté d'abord par un lube cylindrique, uniforme, dont le diamètre se modifie ensuite pour constituer les organes compris entre l'œsophage et le rectum.
1" Bouche. — Elle commence par une dépression limitée par les bourgeons maxil-
l;iircs. Ce cul^k-sac htccal s'iigrgndit de deliors en dedans cl marche à la rciiconiro du pharynx, dont il n'est plus séparé îi une cerlainc époque que par une mince membrane. Enfin, celte cloison se résorbe et la bouche communique avec les premières voies digeitives. Jnsciu'au troisième mois, la bouche est confondue avec les cavités nasales ; dés ce moment, apparaît la voûte palatine qui isole les deux cavités.
2" /Miigiie. — Représentée d'abord par une petite saillie des bourgeons maxillaires, la langue se complète par l'adjonction à cette saillie d'un bourgeon parti du deuxième arc branchial. Son épithélium et ses glaudules proviennent du feuillet blaslodermiquc externe ; ils se développent aux troisième et quatrième mois.
3° Pliarynx et œsophage. — Ces deux organes s'agrandissent et s'allongent au fur et à mesure que le fœtus se développe. L'œsophage communiquait d'abord avec la trachée ; il se ferme insensiblement et finit par se séparer complètement de ce conduit.
L\° Estomac. — 11 se forme par la dilatation de la partie antérieure de l'intestin moyen. Celte dilatation est fusiforme et son grand axe est longitudinal ; elle s'incurve bientôt et son grand axe devient transversal. Chez les animaux ruminants, l'estomac est simple au moment de son apparition, mais il ne tarde pas ù montrer des sillons à sa surface, et à son intérieur des cloisons comme à l'état normal. Pendant la vie fœiale, l'estomac est peu volumineux ; ses dimensions augmentent rapidement après la naissance, surtout lorscjue l'animal prend des aliments solides. Chez les ruminants, on remarque pendant le régime lacté, une prédominance de la caillette sur les autres compartiments gastriques; dès que le jeune sujet consomme des alimcnis fibreux, le rumen s'accroît rapidement et bientôt il devient l'organe le plus considérable.
5^ Intestin. — Le tube intestinal possède d'abord un calibre uniforme ; mais bientôt on dislingue les diverses régions qui le composent. D'après A. Bacr, le ccecuni se montre de bonne heure chez les animaux ongulés; il est situé au voisinage du conduit omphalo-mésentérique. Ce conduit se détache de l'extrémité d'une anse intestinale qui est entraînée vers l'anneau ombilical ; pendant que celui-ci s'atrophie et marche vers une oblitération complète, l'anse intestinale remonte du côté de la cavité abdominale.
L'intestin, qui est lisse à sa face'interne dans les deux premiers mois, présente pendant le troisième les villosilés et les glandes de Licberkuhn. Les glandes de Brunner et les follicules clos se montrent un peu plus tard.
6" Rectum. — Il provient de l'intestin postérieur; il se développe comme le reste do l'intestin.
7° Anus. — Vers l'extrémité caudale du fœtus, on remarque une dépression analogue au cul-de-sac buccal. Celte dépression se creuse de' plus en plus et se relie au rectum et aux organes génito-urinaires. Plus lard, elle se sépare de ces derniers, et appartient alors exclusivement au canal alimentaire.
B. Annexes du canal alinicnlairc. — Cc SOnt Ics glandcs salivaircs, Ics dcnlS, le foie, le pancréas et la rate.
1" Glandes saUvaires. — Elles se développent dans un bourgeon cellulaire solide qui est en relation avec l'épithélium des premières parties de rai)pareil digestif. Ce bourgeon grossit et en même temps se creuse de cavités avant la forme des culs-desac glandulaires. La glande sous-maxillaire est celle qui apparaît la première ; d'après Bischoir, on la voit entièrement sur un fujlus de vache de douze lignes. La parotide est celle qui se forme en dernier lieu.
2" Dents. — Ces organes se développent h l'inlérieur d'une cavité appelée sac ou follicule dentaire, au moyen des éléments de trois germes, l'un appartenant à l'ivoire, i'aulre îï l'émail, elle troisième au cément.
970 liMnilYOLOGlIi.
Follicule. — Le follicule dentaire est une cavité ovoïde dont les parois comprennent deux conciles : i'cxlerne est fibreuse et complète ; l'interne, molle et gélatiniforme, se trouve relice, vers son fond, à l'organe ou germe de l'iiioire. (Jelui-ci est une saillio qui se détache du fond du follicule ; il a exactement la forme de la dent. Sa structure comprend, au centre, un tissu conjonctif délicat, pourvu de vaisseaux el de nerfs, et, ii la surface, une couche de cellules allongées. Au sommet du follicide, en face du germe de l'ivoire, existe le germe de l'émail ; il s'applique exaclemeut sur la pulpe dentaire qu'il coilfe comme une sorte de capuchon. Il se conq)ose d'ime petite masse de tissu conjonctif muqucux recouverte d'une couche de cellules cylindriques, reliée à l'épithéliura buccal par le gubernaculum dentis. Quant à l'organe du cément, il existerait manifestement chez le poulain, d'après M. iMagitot. On le trouve à la base du germe de l'ivoire; il disparaît rapidement après avoir rempli son rôle.
Comment se développent les différentes parties du follicule dentaire? — Sur le bord libre des maxillaires, l'épithélium de la muqueuse buccale forme une saillie allongée nommée crête dentaire. Au-dessous de cette crête, l'épithélium constitue un bourgeon qui augmer.te de volume et s'enfonce dans la profondeur de la muqueuse. Ce bourgeon cellulaire est le germe de l'émail ; il présente une couche de cellules cylindri(|ues a sa surface profonde, et, à son centre, des cellules arrondies. Après un certain temps, il n'est plus relié à l'épithélium que par un cordon très-mince de cellules, le gubernaculum dentis. Pendant que ce germe de l'émail pousse de dehors en dedans, il recouvre par son fond un bourgeon conjonctif qui s'élève du derme muqucux. Les deux bourgeons s'adaptent réciproquement ; puis autour d'eux le tissu conjonctif se condense et donne naissance aux parois du follicule. On voit, d'après cela, que l'organe de l'émail est une dépendance de l'épithéliiuii, et l'organe de l'ivoire une production du derme muqueux.
Formation de Vivoire, de rémail et du cément. — L'ivoire et l'émail se développent par la modification des éléments situés à la surface de leur germe.
On a vu que le germe de l'ivoire ou pulpe dentaire avait exactement la forme de la dent future, par conséquent l'ivoire qui prendra naissance à sa périphérie présentera la forme de celle dent. L'ivoire est constitué par les cellules du germe qui s'allongent, poussent des prolongements, fibres dentaires, ramifiés et anastomosés, et par une substance inlercellulaire qui s'imprègne de sels calcaires, se moule autour des fibres tout en formant les canalicules dentaires.
L'émail provient des cellules profondes de son germe qui s'allongent en prismes et se durcissent en s'appliquant à la surface de l'ivoire.
Le cément se développe aux dépens des parois du fond du follicule, d'après les règles de l'ossification du tissu conjonctif.
Eruption. — Au fur et à mesure que l'ivoire se forme, la dent augmente de longueur et presse de bas en haut le germe de l'émail; celui-ci, constamment comprimé, s'atrophie el finit par disparaître, lorsque la dent est arrivée au sommet du follicule. Par le môme procédé, le jeune organe perce le follicule dentaire, la gencive, et fait son éruption au dehors.
Tel est le mode de développement dos dents caduques. Les dents persistantes se forment de la môme manièie ; on voit même, pendant le développement du germe de l'émail des dents caduques, un bourgeon se détacher de ce germe et se porter en arrière pour servir plus tard à la formation de la dent persistante.
2° /'bze. — Celte glande commence à se développer de très-bonne heure dans toutes les espèces. Elle apparaît \\ la surface de l'inteslin duodénum sous la fonne de deux
on d'im plus grand nombre de bourgeons, suivant lo nombre des lobules du foie l'adulte. A ces bourgeons oxlernds correspondent des bourgeons internes partis de répillid'lium intestinal.
Les premiers grandissent et enveloppent la veine oinplinlo-méscnlériquc ; les seconds sû ramifient à leur intérieur et forment le système des canaux biliaires.
Le foie s'accroît rapidement, et vers le tiers de la vie nlùrino il remplit presque enlitremcnt la cavité abdominale; plus lard son accroissement est moins marqué; toutefois, dans [c fœtus à terme, le foie est proportionnellement plus volumineux que dans l'adulte.
U° Pancréas. — Le pancréas se montre d'abord, ainsi que les glandes salivaircs, sous la forme d'un bourgeon cellulaire plein qui se creuse ensuite de cavités ramescentes.
5° /{aie. — D'après Biscliod", ce corps se développerait au deuxième mois sur la grande courbure de l'estomac. D'après Arnold, il se formerait en même temps que lo pancréas dans une languette étendue de l'estomac au duodénum. Il se séparerait ensuite du pancréas et se fixerait à l'estomac, où ses éléments prendraient le caractère du tissu spléniquc.