‹ Traité d'anatomie comparée pratiqueChapitre 31 sur 82 · CLASSE DES ANTIIOZOAIRES OU CORALLIAIRES · texte numérisé non relu

CLASSE DES ANTIIOZOAIRES OU CORALLIAIRES

Cnidaires à tube stomacal infléchi, à replis mésentériques et à tentacules en nombres déterminés. Animaux vivant isolément ou plus souvent en colonies, fixés au sol sauf dans leur extrême jeunesse. Cormes monomorphes, très rarement dimorphes ou composés de deux sortes d’individus. Les produits sexuels se forment toujours sur les cloisons mésentériques et par conséquent dans l'endoderme. Les individus ainsi que les cormes peuvent être hermaphrodites ou à sexes séparés.

On admet deux ordres :

1° Les Octactiniens ou Alcyonaires. Polypes vivant le plus souvent en colonies monomorphes et à sexes séparés, munis de huit tentacules et d’autant de cloisons mésentériques. Il y a toujours des conformations squelettaires, tantôt en spiculés épars, tantôt formant des polypiers plus solides. Les cloisons ne sont jamais calcifiées ( Alyconium , Pennatula, Veretülum , Gorgonia, Corallium , Tubiporà).

2° Les Hexactiniens ou Zoanthaires. Polypes vivant isolés ou en cormes, souvent charnus, ordinairement à squelette continu et à cloisons mésentériques calcifiées, munis de tentacules au nombre de six ou des multiples de ce nombre ( Antipathes , Actiniens , Cerianthus , Madrepora , Fungia , Astraea , Mœandrma, Caryophyllia , Turbinolià). Les espèces formant les récifs à coraux appartiennent à cet ordre.

coralliair.es.

Type : Alcy onium digitatum (1). Nous avons choisi ce type, très commun sur toutes les côtes rocheuses de l’Europe à une profondeur de quelques mètres, parce qu’il présente des dispositions moyennes au point de vue de la formation du squelette. Après avoir examiné des colonies vivantes, on peut étudier le corme durci par les moyens ordinaires, surtout par l’alcool et en faire des coupes longitudinales et transversales, sans avoir besoin de recourir à l’emploi des acides dilués pour dissoudre préalablement le squelette calcaire, comme c’est nécessaire pour les autres coraux. L’acide acétique dilué sert à la dissociation des tissus ; il est également utile pour décalcifier la masse, lorsqu’on veut étudier les tissus en détail.

Nous distinguons en première ligne les polypes et ensuite le polypier, dans l’épaisseur duquel les polypes sont logés.

Les polypes étalés ont la forme de fleurs à calices allongés et à huit pétales. (Pour ne pas encombrer les dessins, nous avons seulement représenté les quatre ou cinq tentacules qui se montrent au même niveau lorsqu’on examine les polypes au microscope.)

Nous distinguons, sur les polypes, les huit tentacules (a, fig. 41) entourant en cercle la bouche centrale, la collerette à huit bourrelets ô, le col traversé par le tube buccal c, et la partie gastrale cl garnie de huit plis mésentériques.

Les tentacules montrent au centre une continuation, fort subtile d’ailleurs, de la cavité gastrovasculaire. Leur masse est formée par un tissu homogène, très délicat, continuation de la lamelle de soutien. Dans l’épiderme sont implantés des cnidoblastes très petits, mais en très grand nombre; il faut un grossissement très fort pour les distinguer autrement que comme des corpuscules ovalaires à contours fortement arrêtés. A la base des tentacules, on distingue sous des grossissements forts et sur des préparations fixées par un réactif contractant (alcool, acide chromique dilué) de fines fibrilles musculaires.

Les tentacules jouissent d’une contractilité très grande. Ordinairement, on les voit sur les coupes et sur les colonies conservées dans l’esprit de vin, entièrement contractés et repliés dans l’intérieur de la collerette; étalés d’une manière modérée, ils présentent la forme de pétales très allongés à bords en scie (fig. 41), mais dans certains cas, toutes les parties s’allongent de telle manière, que les tentacules ressemblent à des cornes de cerf, garnies des deux côtés d’an-

(1) Les différentes espèces distinguées sous les noms de A. digitatum, palmatum, lobatum, etc., ne sont, suivant nous, que des variétés dont la forme et le développement dépendent du support où elles sont fixées, et de l’alimentation en nourriture et en carbonate de chaux. Notre travail a été fait sur des exemplaires recueillis sur les côtes provençales, à Cette et à Agde.

CNIDAIRES.

douillers très longs, comme nous les avons représentés dans la figure 43 ( a ). Nous avons quelques cormes conservés dans l’esprit de vin, où tous les polypes ont les tentacules étendus de cette manière démesurée, sans que nous sachions dire à quelle cause nous devons cet état, ces cormes ayant été traités comme les autres, sur lesquels les polypes sont contractés.

AJ

La collerette ( b , fig. 41) se distingue par sa forme en cupule et par les huit bourrelets longitudinaux, séparés les uns des autres, qui se marquent sur son pourtour et sont dus à un épaississement de la lamelle de soutien ou mésoderme, dans lequel sont déposés de nom-

Fig. 41. — Coupe transversale d’un rameau d’Alcyonium femelle, montrant la disposition d’ensemble. A1 et A2, polypes étalés; B*-B7, polypes retirés dans leurs loges, coupés à différentes hauteurs et dans des directions diverses; C1 et C2, loges gastrovasculaires remplies d’œufs; D’-D6, canaux gastro-vasculaires à cloisons incomplètes, dont deux contiennent encore quelques œufs; a, tentacules; b, collerette; c, col; d. partie gastrale des polypes; e, tube buccal; f, plis mésentériques; g , coenenchyme à spiculés; h, croûte externe; i, gaine du col.

CORALU AIRES.

breux spiculés, ordinairement colorés en rouge. Ces spiculés sont disposés en chevrons dont la pointe est dirigée vers les tentacules. Leur nombre est variable ; on trouve des polypes où ils sont accumulés en grand nombre, de manière que la collerette présente huit bandes rouges; chez d’autres polypes ils sont plus rares et incolores; mais ils ne manquent jamais. Les bourrelets font saillie aussi vers l’intérieur, de manière que la coupe de l’œsophage présente une figure octogone. Vers la base de la collerette, les bourrelets s’aplatissent et les spiculés se rangent dans une direction transversale. L’ectoderme et l’endoderme sont composés de simples cellules en pavé sans cnidoblastes interposés. Traités à l’acide acétique dilué, les bourrelets de la collerette privés de leurs spiculés se font à peine remarquer.

Le col (c, fig. 41), est formé par une gaine homogène transparente, élastique, à double contour très apparent et marqué souvent par des plis transversaux, comme en produirait une grosse étoffe plissée. Nous avons cru quelquefois y voir, à l’extérieur, un revêtement de fines cellules en pavé, mais dans la plupart des cas, il nous a été impossible de constater cet épithélium. Dans l’intérieur de cette gaine et parfaitement distinct et détaché d’elle, court le canal buccal ou œsophagien (e, fig. 41 ; d, fig. 43), formé de parois très minces à revêtement cellulaire. On n’y remarque aucune trace de disposition rayonnée.

La partie gastrale (< d , fig. 41) est toujours enfoncée dans le polypier, et même par la plus grande extension du polype elle ne sort jamais entièrement de la loge globuleuse dans laquelle elle est renfermée. Les huit franges mésentériques, qui l’occupent au point qu’elles ne laissent qu’une fort petite cavité au milieu, ressemblent à de gros rubans fortement plissés en ondulations serrées. Ces festons ne sont que des duplicatures de la paroi interne en continuation directe avec le tube buccal. Ils sont constitués par un axe clair, homogène, qui se manifeste comme un épaississement considérable de la lame de soutien mésodermique, très mince dans les parois du tube buccal, et qui est revêtu sur ses faces libres par de grandes cellules presque arrondies et remplies de granules, munies de cils vibratils très fins sur leur surface. On y trouve en outre des fibres musculaires, de la disposition desquelles nous parlerons plus loin; les cellules jouent évidemment le rôle le plus considérable dans la digestion. Les festons mésentériques ne se montrent dans leur position naturelle que lorsque le polype est complètement étendu (A1, fig. 41); ils convergent alors ^ers la base de la loge, conformément à la forme globulaire de cette dernière. Lorsque le polype est contracté (fig. 42) et replié dans sa cellule, comme c’est ordinairement le cas sur les portions, préparées

CNIDAIRES.

pour être débitées en coupes fines, les festons sont repliés transversalement {h‘, fig. 42) et tellement enchevêtrés les uns dans les autres, qu’on ne voit que rarement (B4, fig. 41), au milieu, un espace clair, indiquant la continuation de la cavité gastrique vers les canaux gastrovasculaires qui parcourent le corme. Les festons mésentériques se continuent en cloisons incomplètes sur toute la longueur des canaux gastrovasculaires, et c’est même dans ces canaux-là, où ils sont réduits à leur plus simple expression, qu’on peut le mieux étudier leur structure primitive. On voit alors en effet, sur des coupes transversales

minces , que ces cloisons rudimentaires sont formées d’un axe mésodermique homogène , revêtues d’un épithélium endodermique, lequel forme encore des épaississements sur le tranchant libre des cloisons , lorsque la coupe a passé dans le voisinage du polype.

C’est sur la partie inférieure des festons mésentériques, là où ils sont encore renfermés dans la loge du polype, que se forment en premier lieu les œufs et les cellules mâles à zoospermes, suivant que le corme est mâle ou femelle. Nous n’avons en effet, jamais trouvé, dans des cormes isolés, des polypes des deux sexes; il n’y avait que des œufs ou des cellules spermatiques; les Alcyoniums sont donc dioïques.

La formation d’œufs ou de cellules spermatiques, une fois commencée dans la partie inférieure des festons, se continue encore sur les cloisons gastrovasculaires rudimentaires, jusqu’à une certaine distance du polype et, ces produits augmentant de volume, on trouve souvent, sur des coupes, des canaux élargis en chambres qui ne con-

Fig. 42. — Coupe longitudinale d'un polype retiré dans sa loge à un faible grossissement. a, croûte externe chargée de spiculés; b, portion formant péristome sans spiculés; c, orifice buccal de la loge; d, coenenchyme; e, pli rentrant extérieur de la loge; f, invagination formant la gaine du col et de la collerette; g, tentacules et collerette repliés; li, canal buccal central; g‘ , paroi de la loge; h plis mésentériques; i, épithélium endodermique; k, continuation de la loge dans un canal gastro-vasculaire; l, point d’attache des fibres musculaires; m, embouchure d’un canal nourricier.

CORALLIAIRES

tiennent que des œufs attachés aux cloisons, comme à un pédon cule (C, fig. 41).

Les polypes se retirent en cachant d’abord leurs tentacules contractés au minimum dans l’intérieur de la collerette et en retirant le col plissé, de manière à refouler au fond les festons mésentériques qui rentrent aussi en partie, avec le tube buccal, dans la collerette. Les éminences extérieures en forme de mamelons, qui entourent l’orifice de la loge du polype, se replient en dernier lieu pour fermer cet orifice. On voit sur des coupes réussies (B1, fig. 41), de ces polypes entièrement invaginés, qui montrent en haut seulement huit éminences en forme de verrues séparées et sur le corps globuliforme desquels on distingue encore les bourrelets de la collerette par les spiculés. Nous avons donné la figure d’une coupe longitudinale d’un polype retiré (fig. 42). La coupe a passé par l’axe du tube buccal. On voit le repli formé par la gaine de la collerette et du col, les festons mésentériques plissés en travers et la continuation de la loge du polype dans le canal gastrovasculaire revêtu de son épithélium.

Nous devons revenir ici sur la structure et la disposition du tube buccal et des plis mésentériques.

Fig. 43. — Portion décalcifiée d’une coupe longitudinale d'une branche d’un corme, dont les polypes étaient dans le maximum d’extension. A, polype étendu; a, tentacules digitiformes ; b, collerette dont les bourrelets sont à peine visibles; c, gaine de la collerette et du col; d, tube buccal; e, portion gastrique avec les plis mésentériques; f, cloisons, continuation des plis mésentériques; B1 et B2, bourgeons dont B1 est plus avancé ; g , invagination extérieure commençante ; h, tentacules; i, bouche; h, plis mésentériques ; l, invagination formant la gaine du col en voie de différenciation ; m m, canal collecteur des réseaux nourriciers entourant le bourgeon B2; n, réseau capillaire des canaux nourriciers dans le coenenchyme ; o, croûte périphérique du polypier; p , faisceau de fibres musculaires.

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