CHAPITRE VI DE LA LANGUE
Lsi langue (I), organe du goût, que nous avons décrite précédemment (voy. p. 42), est, de tous les organes des sens spéciaux, celui dont la structure a le plus d'analogie avec celle de la peau. Aussi la langue, en même temps qu'elle est l'organe du goût, est-elle aussi un organe de tact et de toucher.
Le sens du goût réside essentiellement dans la membrane papillaire qui revôt la face supérieure de la langue. Nous avons vu que les éminences perforées qui occupent la base de la langue, ne sont pas des papilles, mais des glandules, et nous avons divisé les papilles proprement dites en papilles grosses ou caliciformes, disposées en V à la base de la langue, et en papilles petites, qu'on peut subdiviser en papilles coniques, filiformes, fongiformes, d'après les figures variées qu'elles présentent.
La structure musculaire de la langue, qui semble n'avoir trait qu'à des usages relatifs à la mastication, à la déglutition et à l'articulation des sons, est intimement liée à la gustation, qui serait très-imparfaite si la membrane gustative ne pouvait pas être promenée sur les corps sapides.
Ufie membrane papillaire étendue sur un organe musculeux très-compliqué , susceptible de se mouler, de glisser légèrement sur les corps, ou de s'appliquer fortement à leur surface, membrane papillaire, maintenue dans un état habituel d'humidité, et occupant la première des cavités que présente l'appareil digestif: tel est l'appareil de la gustation. On trouve, dans la membrane gustative, tous les éléments de la peau : i° Un chorion, qui ne le cède en rien, sous le rapport de la densité, au chorion cutané, et auquel viennent s'insérer un très-grand nombre de fibres musculaires : en sorte que la membrane linguale peut éprouver non-seulement des mouvements en masse, mais encore des mouvements isolés dans chacune de ses parties.
2° Des papilles qui hérissent la surface de la langue, et qui représentent le corps papillaire de la peau à son summum de développement (2).
Les nerfs des papilles, avant de pénétrer dans leur intérieur, forment des plexus <dans le lissu sous-muqueux 3 leur présence dans les papilles de la langue est I bien plus facile à démontrer que dans les papilles cutanées. Ilaller a poursuivi I les filets du nerf lingual jusque dans les papilles ; je les ai suivis également, mais sans pouvoir déterminer comment ils se terminent. Ordinairement 5 à 10 tubes nerveux à double contour pénètrent dans une papille filiforme ; les papilles fongiformes en reçoivent un plus grand nombre. Tous ces tubes se divisent en
(1) Bien que par dos expériences ingénieuses on ait voulu prouver que diverses parties de -la cavité buccale, et plus particulièrement le voile du palais et ses piliers, sont susceptibles Ide recevoir l'impression de certaines saveurs, il n'en est pas moins certain que la langue •est l'organe essentiel du goiU.
(2) Lorsqu'on a enlevé les tubes épidermiques si remarquables do la patte de l'ours, les pupilles mises à nu représenleut exactement les papilles do la langue.
Le sens du goût réside dans la membrane papillaire.
Idée générale de l'appareil
de la gustation.
Densité du ehorion iingual.
Papilles linguales.
Leurs nerfs.
SPLANCHNOLOGIK.
Leurs \aisseaiix.
HiSseau lymphatique.
La langue est'trèsabondani-
nicnt pourvue de nerfs.
Le nerf laryngé supérieur envoie constamment à la base de la langue un filet.
Le nerf facial y eavoyait un rameau dans un cas particulier.
Le nerf lingual et le nerf glossopharyngien
sont les nerfs gustatifs.
plusieurs branches dans leur trajet inlrapapilluire. Les travaux les plus réccnis permettent de croire que les nerfs de la langue n'aboutissent point à dos corpuscules analogues aux corpuscules du tact des papilles cutanées. Suivant Axel Kcy, les ramifications des tubes nerveux gustatifs se terminent dans de petits organes spéciaux, en forme de bâtonnet, situés entre les cellules nerveuses et munis sur leur face libre, de prolongements filiformes faisant saillie, à la surface de la langue. Des organes semblables termineraient les nerfs olfactifs.
Les papilles reçoivent des vaisseaux artériels et veineux tellement abondanis que dans les injections heureuses, il semble que le corps papillaire soit entièrement vasculaire.
3° Un réseau lymphatique. Si l'on pique au hasard, mais superficiellement, soit la langue, soit les bords de la face dorsale, on trouve un réseau lymphatique tout à fait semblable à celui de la peau.
JVer/s de /a langue. Il n'est peut-ûtre aucun organe qui, pour un volume donmi, reçoive autant de nerfs que la langue ; une paire tout entière lui est destinée : c'est la douzième ou le grand hijpoglosse ; le nerf glosso-pharyngien ou nerf delà neu\ièmc paire s'y distribue en grande partie ; le nerf lingual, branche volumineuse de la cinquième paire, lui appartient exclusivement ; le nerflarynijè supéiieur, branche du pneumo-gastrique, envoie constamment à la base de la langue un filet, qu'on peut suivre jusqu'au V lingual : ce filet est exclusivement affecté à la membrane muqueuse de la base de 1* langue. J'ai vu une fois le nerf facial envoyer à la langue un rameau assez considérable ; d'ailleurs la corde du tympan se perd dans la langue, vers sa face dorsale. Il faut ajouter, enfin, des filets du nerf grand sympathique, qui suivent l'artère linguale et émanent du ple.xus intercarotidien.
Quel est celui ou quels sont ceux de ces nerfs qu'on doit considérer comme nerf gustatif ? Ce sont évidemment ceux qui se distribuent aux papilles linguales. A ce titre, depuis Galien, le nerf lingual était regardé comme le nerf gustatif. Ce nerf, en effet, pénétrant la langue par ses bords, s'épanouit en rameaux qui se portent verticalement en haut, gagnent la membrane papillaire, et se distribuent seulement à la moitié antérieure ou libre de la langue. De nos jours, cependant, les fonctions gustatives du nerf lingual et de la portion de la muqueuse linguale à laquelle il se distribue, ont été niées par quelques physiologistes.
Le nerf glosso-pharyngien. nerf de la base de la langue, va se rendre exclusivement à la membrane muqueuse qui revêt cette base. Aucun filet du glosso-pharyngien n'est destiné aux fibres musculaires, et, chose bien remarquable, dans le cas mentionné plus haut, oïl le nerf facial envoyait à la langue un rameau supplémentaire du glosso-pharyngien, ce rameau se distribuait absolument de la même manière que le glosso-pharyngien, c'est-à-dire qu'il se rendait exclusivement à la membrane de la base de la langue. D'après ce qui précède, il paraît anatomiquement démontré que le nerf lingual et le nerf glosso-pharyngien sont les nerfs spéciaux de la langue (I).
(1) Un fait (l'anntomie pathologique non moins démonstratif est le suivant. Un individu avait une paralysie complùlc du mouvement dans la moitié droite de la langue. Cette moitié de langue était atrophiée, et avait à peine lo tiers de l'épaisseur de la moitié saine. La sensibilité tactile et gustative était développée au même degré de l'un et de l'autre côté. A la mort de cet individu, on trouva un kyste acéphalocyste engagé dans le trou condylicii postérieur : ce kyste avait coinplétcment atrophié le nerf grand hypoglosse. Je me suis assuré que les libres musculaires de la moitié correspondante de la langue avalent subi la transformation graisseuse.
DU NEZ. '^75
I.c nerf grand hypoglosse, d'autre part, se porte d'arrière en avant, entre le gé- ^ ^'«^'jl^^ i nio-glosse et le stylo-glossc, et communique avec le nerf lingual, de manière à ^losse constituer un plexus, plexus lingual. 11 est certain qu'aucun des filets nerveux du -st un n. grand hypoglosse ne se rend aux papilles et que la totalité de ces filets se perd dans les muscles de la langue.