‹ Traite d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 42 sur 180 · STiiccTuriK Dic i.'esiomac · texte numérisé non relu

STiiccTuriK Dic i.'esiomac

Préparation. L'élude (le la structure de l estoinac nécessite une distension prcaialjle de cet organe. Deux estomacs destinés h être disséqués, l'un de dehors en dedans, et l'auln' de dedans en dehors, sont indisi.eiisiiljles pour cet objet. On pourra renverser sur lui-même puis insnlller l'un de ces estomacs. Les glandes de l'estomac peuvent être étudiées au moyen de coupes très-llnes enlevées soit sur des pièces fraîches, sait, plus facilement, sur des pièces durcies dans l'acide chromique ou le chromale de potasse. Elles s'isolent avec la plus grande facilite sur des muqueuses qu'on a fait bouillir dans l'acide acétique ou macérer dans une solution de potasse caustique.

Les parois de l'esloniac résultent de la superposition de quatre membranes ou

yualic

inembraiies . - i --i- — ,^ ..i.v..n/, u,cto ui

uu luuiques lumques, de texture et de propriétés diffiirentes. Ces membranes sont, en proci'- 'rr.f' ''7' ^^^""'^ 1° ""^ membrane séreuse; 2° une membrane mus-

l esiomac. <"uleuse ; 3" une membrane celluleuse ; 4° une membrane muqueuse, richement pourvue de glandes. Nous aurons à e.vaminer. en outre, les vaisseaux, les nerfs et le tissu cellulaire qui entrent dans la composition de ces parois.

Men:bi'auc séreuse ou péiitoiiéale.

Sa (lisposilion.

La graudc et la petite

courbure soMt dépourvues de

péritoine.

Adhérence de la tunique séreuse.

«. — Membrane séreuse ou périlonéale.

Comme la plupart des viscères mobiles de l'abdomen, l'eslomac reçoit du pcriloine une enveloppe presque complète [membrane commune des anciens, membrane capsulaire, Chauss.), qui se comporte de la manière suivante: deux feuillels du péritoine adossés parlent de la scissure transverse du foie, et gagnent la petite courbure de l'estomac; là, ils s'écartent l'un de l'autre, laissent entre eux et celle petite courbure un espace triangulaire, dont la base répond à la petite courbure; le feuillet antérieur revêt la face antérieure, le feuillet postérieur revêt la face po'itérieure de l'estomac ; parvenus à la grande courbure, ces deux feuillels se rapprochent l'un de l'autre, laissant entre eux el celle grande courbure un espace triangulaire tout à fuit semblable à celui qui existe le long de la petite courbure, et se réunissent pour aller former le feuillet antérieur du grand épiploon. La même disposition a lieu par rapport à la grosse tubérosité de l'estomac. Un cercle vascu lait e occupe l'angle de réunion des deux feuillets du péritoine, le long de la grande et de la petite courbure.

Il suit de là que le péritoine forme à l'estomac une enveloppe complète, excepté au niveau de la grande et de la petite courbure, où se voit un espace triangulaire dans lequel s'enfonce, en quelque sorte, l'estomac, lors de sa distension. Je doute que, dans les grandes distensions de ce viscère, cet espace triangulaire puisse suffire; dans ce cas, il m'a paru que les deux feuillets antérieurs du grand épiploon cl les doux feuillels du petit épiploon étaient eux-mêmes attirés sur cel organe. Il esl d'ailleurs facile de voir que l'amplialion de l'estoniac se l'ail sui'Iout aux dépens de sa grande courbure.

L'adhérence de la tunique périlonéale aux tuniques subjacentcs, peu prononcée au voisinage de l'une el de l'autre courbure, va en augmentant à nu sure qu'on s'en éloigne, en soric qu'elle devient intime à hiparlie moyenne des deux faces de l'estomac. Le peu d'oxtensibililé do la tunique périlonéale né-

DE L ESTOMAC

cessite la disposition que nous avons indiquée le long des courbures de l'estomac.

i.a (unique périlonéale ne remplil d'ailleurs, rclativemenl à l'csloniac, que des usages mécaniques. liUe lui donne une partie de sa résistance, en assure la forme, et en facilite le glissement.

Dofaul il'extcusibililé

(le la membrane séreuse

Membraiift musculeuse.

La membrane musculeuse de l'estomac a beaucoup exercé la sagacité des anat tomistes, depuis P^allope, qui le premier l'a bien décrite, et en faveur duquel ' Morgagni (I) a revendiqué cette découverte contre Willis, qui se l'est attribuée. Helvétius en a fait le sujet d'un travail ex professa (2).

Les fibres annulaires qui composent cette membrane, sont loin de présenter la simplicité de disposition qu'on observe dans les autres portions du tube digestif, t Ce canal s'étant courbé au niveau de l'estomac, les faisceaux longitudinaux et circulaires ont éprouvé une déviation qui a modifié leurs rapporis avec l'axe de ce viscère.

Nous admettons, avec Haller (3) et avec le plus grand nombre. des anatomistes, trois plans de fibres :

Plan superficiel ou longitudinal. Le plan le plus superficiel fait suite aux fibres longitudinales de l'œsophage, qui, arrivées à l'orifice œsophagien, s'épanouissent en rayonnant. Disséminées sur les deux faces, sur la grande courbure et sur la grosse tubérosité de l'estomac, ces fibres sont rapprochées, disposées en

Membraue musculeuse.

Plan superficiel ou longitudinal.

(Pig. 86) [*).

manière de ruban le long de la petite courbure, qu'elles concourent à maintenir. Celte disposition a mérité aux fibres de la petite courbure' le nom de cravate de

Snim. ^''^ î''"';'*

Ces fifres longitudinales forment un plan continu, dont l'épaisseur, peu consi- |,a"effoi'-

dérable. augmente dans lu portion rélrécie de l'estomac, au voisinage du pylore. Là meut un

plan conli-

(■) Membrane musculeuse ilc l'csiomao.

(1) Morgagni, Advers. anal., III, pag. (!.

(2) llist. Acad. roy. des Sciences, 1710.

(3) l':inmen(aphystol.,\. \l,\i\>. XIX,se<'l. i, p. 126.

nu vers le pylore.

Sl'LANCIINOLOGIE,

Secoud plan

ou plan circulaire.

Anneau ou

sphincter

pylorique.

Il n'y a I oint de sphincter œsophagicn.

Troisième plan ou libres muscnleuses à anses.

Disposition (le ces libres à anses.

Les libres musculeuscs de l'escomac ne forment un plan continu que vers le pylore.

elles sont plus robustes, fasciculi'es, cl semblent en partie s'implanter sur l'anneau pylorique, en partie se continuer avecles fibres longitudinales du duodénum.

2° Le second plan ou plan circulaire est composé de fibres qui coupent perpendiculairement l'axe de l'estomac, et forment des anneaux successifs depuis l'œsophage jusqu'au pylore.

Rares sur la grosse tubérosité, ces fibres deviennent beaucoup plus multipliées au voisinage du pylore, dans toute la portion réirdcie de l'estomac. Au pylore mûnie. elles constituent un anneau épais, saillant en dedans, en forme de bourrelet, et que j'ai trouvé constamment plus développé dans la vieillesse qu'à aucune autre époque de la vie. C'est un vé- |ï ritable s;5/a'/ici;er,qiu s'oppose efficacement, par sa contraction, au passage des aliments et des gaz de l'estomac dans le duodénum. 11 n'est pas rare 'de voir l'anneau musculeux tout entier, ou seulement la moitié, les deux tiers de cet aimeau 1 acquérir une épaisseur de 6 à 8 millimètres indépendamment de toute lésion organique (I).

Les'anciens anatomistes admettaient aussi un anneau œso- 1 phagien [sphincter œsophagien), de tout point semblable à \ l'anneau pylorique, et auquel ils donnaient la faculté de ' fermer l'orifice œsophagien ; mais cet anneau n'existe en aucune manière. Les dernières fibres circulaires del'œsophage Reforment pas une couche plus épaisse ^ que les premières fibres de ce conduit.

Du reste, les divers anneaux des fibres circulaires de l'estomac se coupent un peu obliquement ou à angle très-aigu et s'envoient fréquemment des branches de communication. La disposition en spirale admise par Santorini ne peut pas être démontrée.

3" Le troisième plan, que je n'ai pu bien voir que sur des estomacs hypertrophiés, est composé de fibres à anses ou paraboliques, dont la partie moyenne embraï^se la grosse tubérosilé, depuis le côté gauche de l'orifice œsophagien jusqu'à la grande couibuie, dont la branche antérieure répond à la face antérieure, et dont la branche postérieure répond à la face postérieure de restoniac.

Les extrémités des faisceaux supérieurs de cette couche gagnent la petite courbure, celles des faisceaux inférieurs gagnent la grande courbure, celles des anses moyennes semblent se perdre sur l'une et l'autre face, ou plutôt se continuer avec les fibres circulaires. Cette couche paraît avoir pour but de comprimer la grosse tubérosité, afin de repousser dans le corps de l'estomac, du côté du pylore, les substances alimentaires qui y sont contenues.

Il suit de ce qui précède qu'à l'exception du voisinage du pylore, les plans musculaires de l'estomac ne forment pas une couche continue, et présentent une disposition aréolaire; que dans les mailles interceptées par ces aréoles

(') Section delà portion "pylorique de l'estomac. — 1, valvule pylorique. — 2, section de la muqueuse. — 3, section de la couche des fibres annulaires. — 4, section de la couche des libres longitudinales.

(I) Chez plusieurs inilividus qui avalent présenté dans les deririers temps de leur vie tous les symplôines d'un rétrécissement du pylore, je n'ai trouvé d'autre altération qu'une hypertrophie ti'è.s-reinarqual)le de l'anneau pylorique. Ce rétrécissement était-il la cause, élait-il un effet des vomi.ssements continuels éprouvés par le malade? Je n'ose me prononcer à cet é^r.rd ; j'ose à peine dire qtieces hypertrophies de l'anneau pylorique ont été fréquemment prises et m'ont été présentées pour des rélrccissemenls squirrlicux par des personne peu versées dans la connaissaiico de ranalomie saine cl morbide.

DE l'estomac.

existent des espaces assez considérables, complètement dépourvus de fibres musculaires.

A quelque plan qu'elles appartiennent, les fibres musculaires de l'estomac '^«colora-

tiou des fî *

sont décolorées, bien plus encore que celles de l'œsopbage, et font partie du bies mussystème musculaire do la vie organique. Elles présentent, lorsqu'elles sont cuiaiies. vues à travers la membrane péritonéale, un aspect nacré, qui a pu en imposer '^,^acrée.'^^ i pour des fibres aponévrotiques. D'où l'erreur d'Helvétius, de Winslow et d'au- ! très analoniistes, qui ont regardé conmie les ligaments du pylore deux lignes i blanches qui parcourent longitudinalement l'une et l'autre face de l'estomac, entre les deux courbures. Ces lignes blanches ne sont autre chose que des fibres musculaires longitudinales. D'autres ont admis seulement des intersections tendineuses.

Quant à l'épaisseur de la tunique musculeuse, elle n'est pas uniforme dans doiatuni- 1 les divers points de son étendue. Extrêmement ténue sur la grosse tubérosité, que muscu-

cette tunique devient beaucoup plus épaisse au voisinage du pylore. Elle présente d'ailleurs beaucoup de variétés, suivant les individus. Peu développée chez ceux qui ont un estomac volumineux, elle est bien plus prononcée chez les individus qui ont un estomac étroit. Il est une hypertrophie physiologique et une hypertrophie morbide de cette membrane. Dans l'hypertrophie morbide, la tunique musculeuse peut acquérir de 14 à 16 millimètres d'épaisseur.

leuse.

c. — llembrane cellnlense.

Alternativement admise et reietée, la membrane celluleuse est intermédiaire '^f'")"'^"^

•* ' celluleuse.

a la membrane musculeuse et à la membrane muqueuse : elle était connue des anciens sous le litre de membrane nerveuse. Cette membrane, dont le tissu est très-lTiche, adhère assez fortement avec la "^"^

, , . 11 . T 11, saurait elre

muqueuse, et se plisse avec elle, tandis qu elle est unie très-lâchement à la confondue

membrane musculeuse. Elle est loin de présenter la texture serrée des aponé- a^e^ le vroses ou des membranes fibreuses d'enveloppe; elle est formée de tissu con- ''"'ueu^'"" jonclif, dont les filaments ou lamelles entre-croisés peuvent être isolés par l'in- Elle est réti sufflation ou l'infiltration. C'est dans son épaisseur que se ramifient les vaisseaux, avant de pénétrer dans la muqueuse gastrique. Cette membrane est très-susceplible d'hypertrophie, et, dans certains cas de maladie de la membrane muqueuse, elle peut acquérir une grande épaisseur.

cl. — llembrane muqueuse.

L'histoire de cette membrane est curieuse. Longtemps confondue avec le mu- Membrane eus qui la tapisse, elle était regardée comme du mucus desséché (i). Indiquée Hisioîrrdc par Fallope, qui lui a donné le nom de tunique veloutée, elle a été décrite pour «a découla première fois par Willis comme une tunique particulière, sous le titre de tunique glanduleuse; cette découverte a été confirmée par les belles injections de Uuysch, qui lui donna le nom iVé[nthélium, sans attacher à cette expression la même idée que les modernes. Plus tard, on l'a considérée comme une membrane

(l)Riolan dit positivement (/l/î</iropo/., 1. Il, c. xii, p. 171) que l'estomac, comme d'ailleurs les intestins, est composé de trois membranes : une commune extérieure, une nerveuse, une musculeuse, et qu'un mucus très adliérenl, formé par la partie la plus épaisse du cliyle, la tapisse à l'intérieur.

SPLANCHNOLOr.lK

Siii face ndhérenle. Surface libre.

Plis de In membrane iniiqiieiise.

Ces plis sont surtout longitudinaux.

Ils sont coupés p.ir d'au très plii obliques.

La valvule pylorique

n'est qu'un repli muqueux.

Sillons de la muqueuse gastrique.

Une couche de mucus rcvct la membrane muqueuse.

(Fis. 88)

L^pidermique, analogue A répidcriiic de la peau (I), susceptible d'exioiiation el de réparation. Celte membrane, à laquelle on a fait jouer un si grand rôle dans ces derniers temps {tanqmm omnium lerna malonim), est devenue, de nos jours, l'objet d'une foule de recherches du plus grand intérêt.

La surface adhérente de la membrane muqueuse de l'eslomac est unie à la membrane ccUuleuse à l'aide d'un tissu cellulaire assez dense. La surface libre présente les caractères suivants: t" lorsque l'eslomac est fortement revenu sur lui-même, elle offre des plis ondulés, dont les principaux suivent la direction

de l'axe longitudinal de ce viscère ; ces plis, qui dimiiment et s'eflacent par l'effet de la distension, ainsi qu'on peut s'en assurer sur un estomac rclourné. ces plis n ont d'autre usage que de permettre l'ampliation rapide de l'estomac, ampliation à laquelle la muqueuse n'aurait pu que difficilement se prêter, vu son peu d'extensibilité. Ces plis longitudinaux temporaires, bien distincts des replis permanents que nous observerons dans d'autres parlies du canal alimentaire, sont surtout prononcés du côté du pylore ; ils sont quelquefois extrêmement réguliers, tantôt droits, lanlôt flexueux, el marchent parallèlement de l'orifice cardiaque vers l'orifice pylorique. Le plus ordinairement ils sont coupés plus ou moins obliquement par d'autres plis, flexueux, de divers ordres, qui donnent à la face interne de l'estomac un aspect aréqlaire. Il suit de celte disposition que la dilatalion de l'estomac se fait surlout perpendiculairement à son grand axe. Les ressources de la dilatalion dans le sens du grand axe sont beaucoup moins nombreuses.

Parmi les replis de la membrane muqueuse, le plus important est, sans contredit, celui qui porte le nom de valvuh pylorique, et qui n'est souvent que le simple soulèvement de la muqueuse parle sphincler musculeux. Ce repli circulaire ne s'oppose pas plus au reflux des aliments du duodénum dans l'estomac qu'à leur passage de l'eslomac dans le duodénum; il s'efface complélement par la distension. Ce repli appartient autant au duodénum qu'à l'estomac. La moitié supérieure présente les caractères de la muqueuse gastrique; la moitié inférieure présente les caractères de la muqueuse duodénale. Les maladies respectent quelquefois celte ligne de démarcation.

Indépendamment de ces plis, la muqueuse pré.sente une mullitude innombrable de très-petits sillons flexueux, contournés, qui la divisent en pelils espaces ou compartiments mamelonnés, losangiques, hexagones, polygones, circulaires, oblongs, irréguliers.

Examinée à l'œil nu, la muqueuse présente une surface molle, spongieuse, tomentcuse, veloutée, d'où le nom de membrane villcuse ou veloutée, sous lequel elle est assez généralement connue.

Une couche plus ou moins épaisse de mucosités revêt cette menibrane, cl ne peut en être détachée qu'à l'aide du frottement avec un linge rude. Pour éviter

(•) Surface interne de l'eslomac revenu sur lui-même. I.n muqueuse osl plisscc cl mamolonnoe. (I) Telle était encore l'opinion de Haller. E'em. lih XIN. P- <3-2.

Uli l'estomac.

Il j iuconvéïuciils <le ce rrotleinciil, qui alli'ro plus ou iiioins le lissa de la membrane, j'ai coutume d'avoir recours à un lilcl d'eau, qui la débarrasse compl(5tement du mucus, sans produire aucune altération.

11 est des estomacs qu'on peut appeler granuleux, car la membrane muqueuse présente l'aspect d'une couche de granulations; on dirait au premier abord des grains de glandes salivaires disséminés à la surface interne de l'estomac; mais cette disposition granuleuse n'est qu'apparente et tient à l'épaisseur de la membrane muqueuse, à la disposition circulaire ou demi-circulaire des sillons qui donnent aux espèces d'îles ou de presqu'îles interceptées par eux l'aspect spbéruïdal. Cet aspect ne s'observe presque jamais dans lout« l'étendue de l'estomac ; il est rare de le voir occuper la grosse tubérosité. Je l'ai trouvé limité à la grande courbure; le plus souvent il occupe le voisinage du pylore; quelquefois cette disposition s'observe dans toute la partie de l'estomac située à droite de l'œsophage. Les granulations sont à leur maximum de développement dans l'estomac du cochon.

Une remarque sur laquelle on ne saurait trop insister, c'est la dilTérence d'aspect que présentent la muqueuse de la grosse tubérosité, d'une part, celle de la portion d'eslomac située à droite de l'œsophage, d'autre part. Quelquefois la démarcation est établie par une ligne parfaitement circulaire, disposition fort remarquable en ce que, chez l'homme, qui a un estomac unique, elle peut Ctre considérée comme le rudiment des estomacs multiples qu'on observe chez certains animaux; car ce qui fait la pluralité des estomacs, c'est plutôt la difl'érence de structure de la muqueuse que l'existence de compartiments divers ou de cavités distinctes.

il n'est pas sans intérêt de rapprocher du caractère précédent la forme biloculaire de certains estomacs dont nous avons parlé.

Voici d'ailleurs quels sont les caractères de la membrane muqueuse dans la partie œsoplinr/ienne et dans la partie prjlorique de l'estomac :

La première est plus ténue, plus molle, plus vasculaire, et ne peut être séparée en général que par lambeaux. Lorsque l'estomac contient des liquides après la mort, elle se convertit en une espèce de pulpe, qui devient noirâtre par l'effet de l'action des acides gastriques sur le sang contenu dans les vaisseaux de l'estomac. C'est le ramollissement puliacé, ramollissement que je regarde comme cadavérique, et qu'on a confondu à tort avec le ramollissemen t géUuinifurmc.

La seconde portion de la membrane muqueuse, c'est-à-dire celle qui est située à droite de l'œsophage, est plus épaisse, plus résistante, plus blanche, et peut être séparée des autres membranes dans toute son étendue. Les maladies respectent très-souvent cette ligne de démarcation qui existe entre la partie gauche et la partie droite de l'estomac.

I.es palliologistes de l'école physiologique ayant altaclié une grande importance à l'état de la nmqucuse gastrique, il est devenu d'un haut intérêt de déterminer les caractères de cette muqueuse à l'état sain. Ces caractères sont déduits 1» de la coloration de la muqueuse; '1° de son épaisseur; 3" de sa consistance.

1" Couleur. Or, rien de plus difficile à résoudre que cette question : Quelle est la couleur de la muqueuse f/aslrique dans l'élal normal ? car l'opinion médicale, soutenue avec un immense talent, d'après laquelle la mu(|ueuse gastrique serait primitivement ou consécutivement alfectée dans le plus grand nouil)re des maladies, a dû l'aire récuser pour la solution de celte quesliou les faits recueillis

Ksloniacs granuleux.

Iliiïérence (l'aspect que présente la

muqueuse, à droite cl à gauche de rœsophage.

Caractères de la muqueuse dans la partie œsophagienne de reslonian.

(Caractères de la muqueuse dans

la partie pylorique

Des caractères pliysiologiqucs (le la inu-

qucus(^ gastrique.

De la couleur de cette muqueuse dans l'élal normal.

Sl'LANCHNOLOGIK.

Aspects divers de la muqueuse gastrique.

Comment la muqueuse devient noire.

Effet du frottement de la muqueuse injectée.

Couleur ardoisée, pointillé général.

L'épaisseur de la muqueuse est variable :

I" Chez les divers individus; 2" Dans les différentes parties de 1 estomac.

Différences de consistance.

sur les individus qui ont succoaibi'i à dus maladies aiguës ou chroniques, et mi^mc cl des lésions Iraunialiques d'une certaine durée. On a donc été obligé d'avoir recours aux morts accidentelles qui ont surpris dans l'état de santé le plus florissant. Or, chez les individus morts accidentellement, chez ceux des suppliciés, par exemple, morts l'estomac vide, on trouve la muqueuse d'un blanc grisâtre, avec une légère teinte de jaune et de rose (1). Si l'individu est mort pendant le travail de la digestion, on trouve la muqueuse d'un rouge variable, depuis le rose tendre jusqu'à la coloration rouge la plus vive; sur les cadavres dont la putréfaction est un peu avancée, on trouve une couleur rouge lie de vin, et souvent d'un noir de bistre, qui occupe la grosse extrémité de l'estomac et le bord libre des plis ou rides que longent les vaisseaux ; souvent encore, on rencontre des plaques et des marbrures noirâtres; ces colorations sont le résultat d'une teinture ou transsudation cadavérique.

Dans le ramollissement pultacé et noirâtre de la membrane muqueuse, ce sotit les acides gastriques qui produisent la couleur noire. Quand l'estomac contient de la bile, la muqueuse se teint en jauae ou en vert {'i), et la teinture résiste quelquefois à la macération la plus prolongée.

Si l'on frotte la muqueuse avec un linge rude, on produit, pour peu que les vaisseaux contiennent du sang, un pointillé rouge, qu'on a souvent pris pour un caractère de l'inflammation. Enfin, chez les vieillards, il n'est pas rare de voir une couleur gris ardoisé, soit par points, soit par plaques, soit générale; couleur qui atteste incontestablement une irritation ancienns, mais qui est bien certainement étrangère à toute maladie éprouvée dans les derniers temps de la vie. Ces différentes colorations de l'estomac ne doivent pas être confondues avec les colorations morbides.

2° Épaisseur. L'épaisseur de la muqueuse gastrique est difficile à apprécier d'une manière rigoureuse. De même que pour la membrane musculeuse, elle varie chez les divers individus; dans l'inflammation chronique, cette épaisseur est quelquefois double, triple et même quintuple de l'état naturel.

Ce qu'il impoi'te de se rappeler dans la détermination de l'épaisseur de la muqueuse gastrique, c'est la différence que présentent, sous ce rapport, la portion oesophagienne et la portion pylorique : la première est extrêmement ténue; la seconde a une épaisseur deux à trois fois plus considérable.

3» Consistance. Les mêmes réflexions s'appliquent à la consistance : ainsi, il existe beaucoup de variétés individuelles à cet égard. La muqueuse de la portion œsophagienne se déchire avec la plus grande facilité, tandis que la muqueuse de la portion pylorique est d'un tissu tellement serré, que le dos et même le tranchant du scalpel peuvent être promenés avec assez de force sur elle sans l'entamer. Pour peu qu'il y ait de liquides ou d'aliments dans l'estomac au moment de la mort, la muqueuse de la portion œsophagienne, macérée, s'en va en bouillie; une simple traction exercée sur les parois de l'estomac la fait se fendiller, et met à nu la tunique cellulcuse; la pulpe du doigt, promenée à la surface de la muqueuse, la détruit. Faute d'avoir assez réfléchi sur ce sujet, des

(1) Chez un grand nombre d'individus morts de maladies aiguës ou chroniques, on trouve la muqueuse gîistrique dans le même état que chez les individus morts accidentellement : (loncla muqueuse gastrique n'est pas toujours afTectée, soit primitivement, soit seconrlaircment, dans les maladies.

(2) On a dit qu'on ne rencontrait jamais de bile dans l'estomac des cadavres ; c'est niic

erreur.

l'estomac.

hommes d'un grand mérite ont commis de graves erreurs dans l'apprc'cialion (les lésions morbides. Dans le ramollissement gélatiniformc, la muqueuse gastiique, comme d'ailleurs les autres tuniques de Feslomac, devient diffluenle i la manière d'une solution de gélatine. Par contre, chez beaucoup de vieillards et chez quelques adultes, j'ai trouvé la niuqueusc si épaisse et si résislunle, qu'on pouvait la séparer par la dissection dans toute son étendue, et l'enlever tout d'une pièce. Cet état coïncidait avec une couleur ardoisée, que je ronsidére comme le signe caractéristique d'une irritation chronique de l'cstoaiac anciennement éprouvée.

Si l'on examine à l'aiile d'une forte loupe, sous l'eau, exposée à l'action des rayons solaires, la muqueuse gastrique^ on voit une surface trés-inégale, mamelonnée, sillonnée de manière à présenter une disposition assez analogue aux circonvolutions intestinales. Ces mamelons, beaucoup plus prononcés du côté du pylore que du côté de l'œsophage, sont criblés de irons ou de petits enfoncements semblables aux alvéoles d'une ruche à miel, enfoncements alvéolaires bien décrits par Home, et qu'il n'admet qu'au grand cul-de-sac^ tandis que, d'après lui, les villosités occupent le reste de l'estomac.

La surface libre de la muqueuse gastrique ne présente de prolongements d'aucune sorte, et c'est à tort que des auteurs y ont décrit soit des villosités, soit des papilles. Il faut cependant faire une exception pour la portion de cette muqueuse qui avoisine le pylore. Dans cette région, les ouvertures glandulaires sont moins serrées les unes contre les autres, et les ponts de muqueuse qui les séparent sont aplatis et couverts de fines villosités filiformes ou lamelleuses, dont la hauteur est d'environ 0°"",0o, suivant Henle.

Ces villosités sont distribuées très-irrégulièrement; quelquefois leur nombre est extrêmement limité, d'autres fois on les a vues s'étendre à toute la face interne de l'estomac.

4° Structure. La muqueuse stomacale, ainsi que les villosités de la région pylorique, est recouverte d'une simple couche li'épilhélium cylindrique, laquelle, trèsadiiérente pendant la vie, se détache si rapidement après la mort, qu'il est rai'e d'en rencontrer les cellules en place sur le cadavre. Cet épithélium repose sur un chorion muqueux dans lequel il convient de distinguer deux couches : une couche profonde ou musculaire, et une couche superficielle ou glanduleuse. La première, adhérente par sa face externe avec la tunique celluleuse^ forme une membrane continue, dense, extensible, composée de faisceaux de fibres musculaires lisses mélangés de tissu conjonctif. Ces fibres, près du pylore, sont parallèles au grand axe de l'estomac; partout ailleurs elles s'entre-croisenl dans différentes directions. Elle a lhère intimement à la couche glanduleuse, et se trouve en contact immédiat avec les culs-de-snc des glandes.

La couche glanduleuse mérite d'autant mieux ce nom que les glandules y sont tellement serrées les unes contre les autres qu'elles en forment la masse principale et ne sont séparées entre elles que par un peu de substance amorphe, dans laquelle cheminent les vaisseaux. Il résulte de là que celte couche est molle et cassante, et que les bords de ses fragments présentent un aspect fibroïde.

Qu'on se figure une série de tubes, fermés par celle de leurs extrémités qui repose sur la couche musculeuse, s'ouvrant à la surface libre de la muqueuse par des orifices plus étroits que le reste du tube, tellement nombreux et serrés que leurs parois se louchent dans presque toute l'étendue de la muqueuse, et Ion aura une idée approximative de l'appareil glandulaire de l'estomac. Ces H. 9

Papilles.

Muqueuse gastrique vue à la loupe.

Enfoncements alvéolaires.

villosités de la région pylorique.

Épithélium.

Cliorion muqueux.

Couche musculaire.

Couche gluntluleusc.

SPLANCIINOLOGIE,

I)ispositioii des glaiidu!es tiibuleuscs.

Glandes à pepsine.

Glandes muqueuses.

glandes correspondent aux glandules de Liebcrkuhn, ou mieux deGaleali, en faveur duquel Lacaucliic a revendiqué la dikouvcrle. Longtemps oubliées, elles

n'ont reparu dans la science qu'en (Fig. 89) (* . 183U, époque à laquelle a été publié

un travail de Sprolt-Boyd dans le journal de médecine et de chirurgie d'Édimbourg.

Les glandules de l'eslomac traversent toute l'épaisseur de la muqueuse, à l'exception de la couche musculeuse. Leur longueur varie, par conséquent, comme cette épaisseur: elle est de un demi-millimètre à un millimètre et demi, suivant les régions.

Elles ont un diamètre de O'"",^} à 0""",07 à leur partie moyenne, et se renflent en massue à leur extrémité en cul-de-sac. Elles s'ouvrent ordinairement, au nombre de deux ou trois, au fond d'une dépression commune de la muqueuse, de 0""°,2 de profon- ' deur, de forme cylindrique, garnie d'un épithélium cylindrique, et que quelques

auteurs considèrent comme un (Fip;. 90) canal excréteur commun.

Ces glandes sont de deux espèces : 1° les unes, dites glandes à pepsine, de beaucoup les plus nombreuses, présentent une surface irrégulière, bosselée et un aspect foncé, dû tà leur contenu.

Celui-ci se compose de cellules spéciales, arrondies, de 0""',0I7 de diamètre moyen, renfermant un noyau spliérique et de nombreuses granulations moléculaires. Les glandes à pepsine, répandues sur toute la surface de la muqueuse, sont ordinairement simples, chez l'homme ; au voisinage du cardia, on les voit quelquefois se diviser en deux ou trois canaux secondaires ; 2° les autres glandes, appelccs fjlnndcs muqucmes, sont tapissées dans toute leur étendue par un épithélium cylindrique analogue à celui de

le'

(*) Seclion fine de la muqueuse gastrique au voisinage du cardia. Les glandes ont clé isolées à l'aide de la macération dans une solution île potasse à 3î pour 100.

[") Section lioriiontale de la mii(|uciiBe de la région cardiaque de l'estomac, pratiquée près de la surface (pièce conservée dans le cliromale de potasse).

DE l'estomac.

l'estomac, mais à cellules plus courtes. Ces glandes ne se rencontrent que dans une région (rés-restreinte , circonscrite au voisinage du pylore. Elles sont parfaitement cylindriques, sans bosselures extérieures, et sont tapissées par un . pithélium cylindrique très-régulier.

. — Vaisseaux et nerfs de Pestomac.

i" Artères. Elles sont très-volumineuses et Irès-multipliées.

Toutes viennent du tronc cœliaque ; 0 sont: 1° l'artère coronaire stomachique; 2° la pylorique et la gastro-épiploïque droite , branches de l'hépatique; 3" la gaslro-épiploïquc gauche Qt les vaisseaux courts, branches de la ,-pIéniquc.

Ces artères forment un cercle anastomotique autour de l'estomac, cercle appliqué contre l'estomac dans l'état de

distension de ce viscère, et qui en est distant dans l'état de vacuité. De ce cercle artériel partent des branches qui se placent d'aboi'd entre le péritoine et la membrane musculeuse, et,

après un certain nombre C'ig- 9-) (*')•

de divisions et d'anastomoses , traversent les membranes musculeuse et celluleuse, se divisent et s'anastomosent encore un grand nombre de fois, jusqu'à ce que les vaisseaux , devenus capillaires, pénètrentla membrane muqueuse.

Après avoir fourni un petit nombre de branches à la couche musculaire , les artériolcs s'élèvent perpendiculai-

• remcnt entre les giandules, en s'envoyant des branches de communication latérales, ce qui forme autour de ces dernières des réseaux à mailles rectangulaires.

' Au niveau des orifices glandulaires, tous ces vaisseaux communiquent entre eux, et constituent un réseau superriciol qui entoure ces orifices. ^ 2° Los veines naissent de ce réseau superficiel, passent entre les giandules, s anastomosent, au-dessous de la muqueuse, en un réseau veineux sous-muqucux,

(•) Même section faite an voisinage du ciil-dc-sac terminal <1ob glamics.

\ ') Section verticale de la muqueuse du côlon. — A, arlcre. — V, veine. — a,a, brandies vcincusos oescendonles. — bb, réseau veineu» superliciel. — c, réseau cipillairc comoris dans l'épaisseur de la muqueuse (l'aprcs Enisl;.

Volume.

Plui alité des altères.

Cercle artériel anastomotique.

Tissu cellulaira.

Veines.

d'où partent les branches qui perlent le môme nom, suivent la mûme direction que les arlCires, et vont concourir à la formation de la veine-poite.

Schmiedcl (1) a vu la veine coronaire stomachique s'anastomoser avec la veine rénale, la veine pylorique communiquer avec la veine azygos, et une veine courte communiquer avec la veine phréniquc.

vaisseaux 3° Vaisseaux lymphatiques. Très-multipliés, ils prennent leur origine dans la coulymphati- ^^^g glanduleuse de la muqueuse et forment au-dessous de celte membrane un réseau serré de vaisseaux d'un certain calibre qui, après avoir traversé la tunique musculeuse, cheminent sous le péritoine, pour se rendre aux ganglions lymphatiques qui occupent les deux courbures de l'estomac.

Quant aux conduits parlicuhers allant directement de la rate à l'estomac, conduits que les anciens considéraient comme le véhicule de l'atrabile, ils n'ont jamais existé que dans l'imagination de ceux qui les ont admis. Nerfs. 4» Nerfi (2). Ils sont de deux ordres : les uns viennent des pneumo-gastriques,

les autres viennent du plexus solaire.

Nerfs ccré- Les deux nerfs pneumo-gastriques forment un plexus autour de l'orifice œsobro-i-achi- pi^agien^ et se distribuent, le gauche à la face antérieure, le droit à la face postérieure de l'estomac. On suit ces nerfs jusque dans la membrane musculeuse, où ils se perdent. Dans la muqueuse gastrique, ils se dérobent complètement à la vue.

Nerfs gan- Les rameaux qui émanent du centre nerveux épigastrique, forment des plexus giioi.iiaires. ggj.j.^îg autour de l'estomac, et portent les mêmes noms que ces artères ; l'estomac appartient au système des ganglions du grand sympathique et se trouve intimement lié aux nombreux viscères de l'abdomen.

f. — Développement «le l'estomac.

)évcioppe- L'extrémité inférieure de la portion orale du tube digestif donne naissance à ment. l'estomac sous forme d'une dilatation ampullaire, qui s'accroît peu à peu. On ne Chez le le reconnaît d'abord que par la légère bosselure qu'il présente. Yerlical dans les f*'"'- premiers temps, il s'arrondit à gauche ; de là la grande courbure, tandis qu'à droite, se trouve un bord droit qui ne s'incurve que plus tard, pour former la petite courbure. L'estomac tend à devenir horizontal lorsque le pylore se porte à droite. La valvule muqueuse qui lui correspond, n'est pas visible à la fin du troisième mois, suivant Meckel; elle est même peu prononcée chez le nouvcau-né. Change- Lcs changements que subit l'estomac chez l'adulte, les variétés qu'il présente lîients chez ^^^^ rapport du volume, tiennent peut-être moins à des variétés congéniales ' qu'à diverses habitudes. Les ditl'érences relatives au sexe dépendent manifestement

des pressions auxquelles l'estomac de la femme est soumis, soit par des corsets, soit par l'utérus chargé du produit de la concepiion. Enfin, je rappellerai le développement de l'anneau musculeux du pylore et de la tunique musculeuse de la portion attenante de l'estomac chez les vieillards.

(1) Variet. vasorum, p. 2G, n» 19.

(2) 11 est à remarquer que les artères, veines et nerfs gastro epiploïques sont communs a l'estomac et an côlon transverse, disposition qui explique Tëtroile sympathie qui lie ces deux organes, et dans l'état sain et dans l'état morbide.

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