‹ Traite d'anatomie descriptive (volume 2)Chapitre 63 sur 180 · RATE · texte numérisé non relu

RATE

La rate {ai^H-i, lien) est un organe spongieux et vasculaire, dont les fonctions, encore mal connues, paraissent hées à celles de l'hématose.

Elle est située profondément dans l'hypochondre gauche, en arrière et à gauche de lagrosse tubérosité de l'estomac, àlaquelle elle est liée par un replidu péritoine appelé épiploon gaslro-splénique. Elle est, en outre, maintenue dans sa position par ^un feuillet du péritoine qui, du diaphragme, se réfléchit sur elle, et par les vaisseaux qu'elle reçoit et qu'elle émet. Suspendue plutôt que fixée à des parties mobiles, la rate doit participer à leurs mouvements, et la contraction ou le relâchement du diaphragme, ainsi que les alternatives de distension et de resserreiment de l'estomac, exercent sur la rate une influence non équivoque; mais ces changements légers et temporaires de position ne constituent pas un véritable : déplacement. On peut même dire que les déplacements de la rate, très-rares id ailleurs, sont presque toujours des déplacements congéniaux. C'est ainsi que Hallcr a vu cet organe occuper le côté gauche de la vessie, chez un enfant d'un an ; Desault l'a trouvée dans la cavité droite du thorax, chez un fœtus ;\ terme. Je ne parle ici ni des cas de transposition complète des viscères, ni des cas où le changement de situation est une conséquence de l'augmentation de volume

Organe spongieux et vasculaire.

Situation.

Mobilité.

Déplacements.

SPLANCHNOLOGIE.

Adliéi'ciiccs acculeiilelles.

Nombre.

Rates surnuméraires.

Exemple de sept rates

chez le même sujet.

La rate a-lelle manque quelquefois?

Volume et poids

lie la rate, ou d'un (U'-placcmcnt de l'estomac (1;. J'ai dit ailleurs que, dans m, cas particulier, j'avais trouvé la rate dans la rc^gion ombilicale.

Les adhérences accidentelles de la rate sont si fréquentes qu'elles méritent à'^.u. mentioimt'es. Elles sont tantôt filamenteuses, tantôt celluleuses, et rendent douloureux les légers changements de position qu'éprouve cet organe dans les grandecontractions du diaphragme ou dans les grandes distensions de l'estomac, Cc^ adhérences sont presque toujours la suite des fièvres intermittentes.

Nombre. La rate est unique dans l'espèce humaine. Les va.ia's, surnumérain^ que l'on rencontre quelquefois dans son voisinage, ne sont autre chose que de petits fragments de rate, ovoïdes ou sphéroïdes, qu'on serait, au premier abord, tenté de prendre pour des ganglions lymphatiques. Je n'ai jamais vu plus d<^ deux rates surnuméraires chez l'homme. On dit qu'elles sont plus fréquenl( > chez le fœtus que chez l'adulte ; cette opinion est erronée (2), On dit encore avoir vu dix, douze et jusqu'à vingt-trois rates surnuméraires. Sans nier la possihiiilô du fait, j'étais porté à douter de son existence, lorsque j'ai eu l'occasion de rencontrer sept rates sur le môme sujet : 1° une rate d'un volume ordinaire ; 2" une rate moitié volume; 3° une rate du volume d'un petit œuf de poule ; 4" un.' rate du volume d'un œuf de pigeon ; ^° une rate du volume d'un œuf de moineau ; 6° et 7» deux rates du volume d'un pois chiche. Les deux premières étaient pourvues d'un épiploon ; les cinq dernières étaient appendues à un pédicule vasculaire très-long, en sorte qu'elles flottaient librement dans la cavité du péritoine. La rate étant constamment multiple chez un grand nombre d'animaux, on peut comidérer les rates surnuméraires de l'homme comme le vestige de celle disposition.

Quant aux exemples d'absence congéniale ou accidentelle de la rate qu'on trouve mentionnés dans quelques auteurs, il est à remarquer qu'ils coïncidaieni avec des maladies graves de l'abdomen, et que des rates petites, adhérentes, perdues en quelque sorte au milieu des organes environnants, ont bien pu échapper à une observation peu attentive.

Volume et poids. Les dimensions moyennes de la rate ont été estimées de la manière suivante :

Longueur 0'n,12

Largeur 0°',08

Épaisseur 0™,03

et son poids moyen, à 200 grammes. Mais il n'est aucun organe qui présente plu? de différences que la rate sous le rapport du volume et du poids. Ces dilTérences peuvent se rattacher aux chefs suivants : 1° Différences individuelles : c'est vaino-

(t) La grosse tubérosité de l'estomac est la partie la plus fixe de ce viscère, à raiison dr l'insertion de l'œsophage. Les changemenls de situation de cet organe portent, d'une pari, sur sa portion intermédiaire au pylore et au cardia, d'autre part, sur la portion pjioriqix' elle-même.

(2) Il est vrai qu'on cite un plus grand nombre de cas de rates surnuméraires chez le fti' tus que chez l'adulte; mais il est facile d'expliquer le fait, si l'on considère que les raies .«nr numéraires ne peuvent pus échapper chez le fœtus, tandis qu'elles sont souvent difficiles .i voir chez l'adulte, à cause de la graisse qui surcharge les épiploons. Sur une femme de quarante- quatre ans, j'ai trouvé deux petites rates .surnuméraires : l'une grosse comme un pois, l'autre grosse comme une aveline ; elles étaient appendues au colon à l'aide d'un pli péritonéal.

DE LA RATE

lient qu'on a chercli(5 à établir un rapport entre le volume de la rate el celui lu Ibie, entre le volume de la rate et la stature,. le poids de l'individu, la constiiition, le genre de vie (1).

i° Différences relatives à des conditions physiologiques. On rencontre souvent la petite, ridée, ratatinée, comme flétrie et affaissée; cet état ne suppose-t-il

, une autre condition pr(?alable, la distension? Dans d'autres cas, la rate est (ilumineuse, et comme tendue. Doit-on admettre, avec Lieutaud (2), que la presion exercée sur la rate contre les côtes par l'estomac distendu pendant la digesion stomacale diminue le volume de cet organe, qui deviendrait au conti aire le iL^e d'un afflux sanguin dans l'intervalle des digestions? Nous verrons plus oin que c'est précisément l'inverse qui a lieu.

3° Différences relatives à l'âge. La rate est proportionnellement plus petite chez e fœtus que chez l'adulte, plus volumineuse chez l'adulte que chez le vieilard.

i» Différences relatives aux maladies. Sous le point de vue des différences mor- )ides, la rate donne lieu aux considérations les plus importantes : chez un grand mmbre de malades affectés de fièvres intermittentes, surtout lorsque la rate est b jà volumineuse par suite d'accès antérieurs, on sent manifestement la rate se uméfier pendant chaque accès.

L'augmentation de volume de la rate peut être portée cà un degré extraordilaire; à tel point que cet organe qui, dans l'état naturel, relégué dans le fond ie l'hypochondre gauche, n'est point aperçu à l'ouverture de l'abdomen, rem- )lit, dans certains cas, la presque totalité de la cavité abdominale, et que son loids, qui varie de soixante-cinq à deux cent cinquante grammes dans Tétat )rdinaire, peut être de cinq, dix, quinze kilogrammes. On cite même un exemple 111 la rate pesait vingt et un kilogrammes el demi.

Les cas i'atrophie de la rate ne sont pas très-rares; j'ai vu des rates réduites au )oids de huit grammes.

Le poids spécifique de la rate est de 1160.

\.a. couleur la plus habituelle de la rate, soit à sa surface, soit dans sa profonleur, est lie de vin foncé. Cette couleur présente d'ailleurs beaucoup de vaiiités, depuis le rouge-brun foncé jusqu'au gris pâle. Lorsque sa surface a été luelque temps au contact de l'air, elle devient rosée, comme la surface du sang 'f'ineux retiré d'une veine dans la palette. L'âge, le genre de mort, les maladies . rifluent beaucoup sur cette coloration, qui n'est pas toujours uniforme dans les I lifférents points de la rate. J'ai vu une rate couleur brun-marron foncé. {! Consistance. Un des caractères du tissu de la rate, c'est son extrême friabilité.

ISn général, il se déchire et crie sous le doigt qui le presse, en fîiisant éprouver (1) La rate est proportionnellement plus volumineuse chez l'homme que chez les animaux, 'n a dit, comme s'il était possible d'établir un rapport entre deux termes aussi variables, [lie la rate était la -.leux centième partie du corps. (2) Lieutaud prétend qu'il a constamment vu la rate moins volumineuse chez les indivii lus morts pendant la digestion stomacale que chez ceux qui n'ont succombé qu'après cette 'i-'estion ; mais telles sont les dilTérences de volume qu'elle présente, qu'on ne saurait 'iparer la rate d'un individu à celle d'un autre individu. On a fait une expérience ingéiise, dont le résultat est en opposition avec l'idée de Lieutaud; quatre chiens nouveau- S (le la même portée, en ont été le sujet : à deux, on a donné du lait, les deux autres ont privés de tout aliment. Les quatre animaux ayant été sacrifiés, on trouva que chez tous ■ rate avait le même volume.

nifféienccs individuelles de volume et de poids.

DilTérences

relatives à des con-

ditioos physiologiques-

Différences relatives à l'âge.

Différences relatives aux maladies.

Alropliie.

Poids spécifique.

Couleur.

Friabilité.

SPLANCHNOLOGIE.

Variétés de consistance.

iDduratioii.

Ramollissement.

Figure.

Face externe ou costale.

Face interne

ou

gastrique.

Scissure ou hile de ta rate.

Variétés dans la

disposition de cette

faceinterne.

une sensation do ci'aquemont, semblable à celle qui est connue en minéralogie sous le nom de cri de l'élain. On peut considérer la i-ate comtue le plus friable de tous les organes, aprt'is le cerveiiu. Aussi existc-l-il des exemples de décbirure de la raie par suile de coups, de chutes sur l'abdomen, et même par suile de commotion générale ou de contraction du diaphragme et des muscles abdominaux, dans un effort violent, etc.

Du reste, la consistance de la rate présente beaucoup de variétés, suivant les individus et suivant les maladies; c'est même à l'augmentation ou à la diminution de consistance que se rapportent les altérations les plus importantes de cet organe. Dans l'induration, qui est, en général, accompagnée d'hypertrophie, le tissu de la rate est dense, cassant, sec, et se rompt à la manière d'un raisiné cotn-t pacte; au summum du ramollissement, la rate est convertie en une sorte de! bouillie ou pulpe, tout à fait semblable à celle qui résulterait du pétrissage t entre les doigts d'une rate saine contenant une quantité de sucs plus grande que j dans l'état naturel. On observe souvent cet état à la suite des fièvres pernicieu- 1 ses (1). Dans ce cas, lorsque les membranes sont déchirées, la boue spléniquej s'écoule spontanément.

Forme. La rate a la forme d'un croissant, dont le grand diamètre serait verli- -, cal, la concavité à droite et la convexité à gauche. Ou peut la comparer, avecl Haller, à un segment d'ellipsoïde coupé suivant sa longueur.

On lui considère une face externe, une face interne et une circonférence.

Face externe ou costale. Convexe, lisse, en rapport avec le diaphragme, qui la sépare des 9", 10% côtes (2); d'où l'influence exercée sur la rate par les contractions du diaphragme, qui peuvent la déchirer à la suile d'un effort violent. Od explique en partie par ce rapport la douleur qu'on ressent à la région splénique par suite d'une course forcée, la gêne et la douleur qu'éprouvent souvent, dans une forte inspiration et pendant une course rapide, les individus dont la rate est hypertrophiée.

On voit assez souvent le foie, prolongé en languette, recouvrir presque complètement la face externe de la rate.

Face interne ou gastrique. Elle est concave dans tous les sens, et présente, à la réunion des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur, une série peu régUr lière de trous, irréguliers eux-mêmes, plus ou moins nombreux, plus ou moins espacés, disposés suivant la longueur de la rate. Cette série de trous est appelée scissure ou hile de la rate. C'est au niveau de celte scissure que s'attache Vépiploon gaslro-spWiique. Quelques vai'iétés se remarquent dans la disposition de la face interne de la rate : ainsi, tantôt elle présente une concavité uniforme, et tantôt elle offre, au niveau de la scissure, une espèce d'angle saillant, qui la divise en deux parties inégales, une antérieure, plus considérable, une postérieure» plus petite. Dans ce dernier cas, qui est fréquent, la rate présente la forme prismatique et triangulaire.

Les rapports de cette face interne sont les suivants : dans toute la partie située

(1) Voyez Anatomie patholoi/., avec planches, 2" livraison, Maladies de la rate. W pu recevoir dans une flole à médecine le liquide spléniquc et le soumettre à diverses expériences.

(2) On dit que les côtes lais.sent sur la rate l'empreinte delà pression qu'elles exercent sur elle pendant la vie; je n'ai jamais observé ce phénomène, que je ne concevrais d'ailleurs qu*' dans le cas d'hypertrophie de la rate.

DE LA RATE

au-devant de la scissure, elle rtipond à la grosse lubérosité de l'eslomac; à gauche et en arrière de cette tubérosité, à l'épiploon gastro-splénique et aux vaisseaux situés dans son épaisseur. Le foie, que nous avons vu recouvrir quelquefois la face externe de la rate, répond plus souvent, par son extrémité gauche, à la face iaternc de cet organe. Derrière la scissure, la rate répond au rein, à la capsule surrénale et au pilier gauche du dinphragnie, qui la séparent du rachis, et à la pelite extrémité du pancréas.

La circonférence, qui est elliptique, présente 1» un bord postérieur, plus épais en haut qu'en bas; il est en rapport avec le rein, qu'il recouvre quelquefois dans toute sa longueur; 2° urxbord antérieur, plus mince, qui s'applique contre l'estomac; 3" une extrémité supérieure, épaisse, souvent recourbée sur elle môme, et qui répond au diaphragme, dont elle est quelquefois séparée par le foie ; 4° une .extrémité inférieure, terminée en pointe, qui appuie sur l'angle formé par le colon transverse avec le colon descendant, ou sur la portion de mésocolon transverse qui soutient cet angle. Cette circonférence est sillonnée par des échancrures, et quelquefois par des scissures plus ou moins profondes, qui se prolongent sur l'une et l'autre face de la rate, particulièrement sur la face externe et la divisent en lobules plus ou moins nombreux et plus ou moins distincts. Cette disposition lobulaire est le vestige des rates multiples dont nous avons parlé.

. Les rapports que nous venons d'exposer, sont ceux qu'affecte la rate dans l'état Ida vacuité de l'estomac; mais dans l'état de distension de ce viscère, ces rap- ) ports présentent quelques différences. La rate, que l'épiploon gastro-splénique ^ séparait de l'estomac, s'applique alors immédiatement sur cet organe, se moule i sur lui et redouble en quelque sorte les parois. Elle abandonne les rapports j qu'elle affectait avec le rein et la colonne vertébrale, et occupe la partie inférrieure et postérieure de la grosse lubérosilé de l'estomac, et nullennent son extrémité gauche. Sa direction, de verticale qu'elle était dans l'état de vacuitr eest devenue horizontale, ou au moins très-oblique en bas et eh avant; son extrémité supérieure regarde en haut et en ariière, son extrémité inférieure en î bas et en avant.

Ses rapports.

Circonférence." Bord postérieur.

Bord antérieur.

Extrémité supérieure.

Extrémité inférieure.

Sillons ou scissures de la rate.

Rapports de

la rate pendant la distension de l'estomac.

Page 1