II . — THYMUS
Préparation. Enlever le sternum ; écarter les deux lames du me'diastin antérieur ; prolonger la dissection jusqu'à la région cervicale, disséquer avec soin les muscles de la région sous-hyoïdienne, sous lesquels le thymus se prolonge. Cette préparation doit être faite^sur le corps d'un enfant nouveau-né ou sur celui d'un fœtus de 7 à 9 mois.
Le thymus, organe d'apparence glanduleuse, bien que, comme le corps thyroïde, il soit dépourvu de canal excréteur, est situé dans l'épaisseur du médiastin antérieur, derrière le sternum, et se prolonge jusqu'à la région cervicale, à travers l'orifice supérieur du thorax.
Le thymus présente ce caractère remarquable qu'il est un organe transitoire, appartenant essentiellement à la vie fœtale. Son aspect extérieur est assez exactement celui des glandes salivaires, et plus particulièrement des glandes sousmaxillaires et sublinguales; mais sa couleur est infiniment plus rosée, quelquefois mâme elle est d'un rouge lie de vin foncé. Sa densité moindre tient à l'absence de tissu fibreux. Son volume et son poids, si variables suivant les âges, ne sont pas moins variables suivant les individus; sa forme est irrégulière et difl'ère, d'ailleurs, suivant les sujets : c'est une masse glanduleuse convexe en avant, aplatie, un peu concave en arrière, bilobéé en bas et surtout en haut, où elle présente deux espèces de prolongements ou cornes. Aslley Cooper (1), qui a fait sur l'anatomie comparée du thymus un travail des plus intéressants, dit n'avoir pas rencontré deux thymus semblables quant à la forme, qui est tantôt ronde, tantôt allongée, et, dans ce dernier cas, le thymus est quelquefois si peu épais que la disposition tortueuse de ses lobes peut être aperçue sans aucune dissection préalable.
BapDorts. Bien que la portion cervicale du thymus humain soit peu considérable et réduite à une sorte d'appendice, tandis que dans le fœtus de la vache cette portion cervicale est très-volumineuse et unie à la portion tlioracique par une espèce d'isthme, j'étudierai successivement les rapports de cette glande dans sa portion thoracique et dans sa portion cervicale.
1° Dans sa portion thoracique, le thymus occupe la partie supérieure du médiastin antérieur; au moment de son maximum de développement, il occupe toute la hauteur du médiastin et atteint le diaphragme (2). 11 vé'^onà, en avant, à la partie supérieure du sternum, aux articulations sterno-claviculaires, dont il est séparé par les insertions inférieures des muscles stcrno ou cléido-hyoïdiens et sterno-thyroïdiens. En arrière, il répond au péi'icarde, auquel il adhère par des prolongements fibreux émanés de cette membrane, à la crosse de l'aorte et aux trois troncs artériels qui en partent, aux veines thyroïdiennes inférieures et
(1) Anatomie de la glande thymus (traduction de MM. Pigné et Tobin, Journal hebdomadaire, 1832, p. I3i et 183).
(2) Rappelons ici que le médiastin antérieur représente la forme d'un saljller dont la iBoitié supérieure serait moins évasée que la moitié inférieure. C'est la moitié supérieure qui est destinée au thymus, tandis que la moitié inférieure est destinée au cœur.
Situation.
Le thymus n'est pas un organe permanent.
Variétés de forme.
Rapports.
Rapports de la portion thoracique du thvmus.
Sl'LANCHNOLOGlE.
Rapports de la portion cervicale.
Lobes.
Lobules.
Granulations, Suc thymique.
Disposition cellulaire.
Préparation nécessaire pour bien voir le réservoir Ihymique.
Chaque lobe représente un collier <le perles.
Cellules lliymiqiK s.
(Fig. 187)
au tronc veineux brachio-ct'phalique gauche; sur les cd/éi, le thymus répond auv plèvres, qui le séparent du poumon.
2° Dans sa portion cervicale, que j'ai vue se prolonger jusque sur les côtés du larynx, le thymus répond, en avant, aux muscles de la région sous-hyoïdienno. dont il est séparé par le feuillet profond de l'aponévrose cervicale; — en arrièi. à la trachée, aux veines jugulaires internes et aux artères carotides primilivo Structure. Le Ihymus est composé dedeuxlobesinégaux, l'un droit^l'autregaucl;. juxtaposés, toujours séparables, lors même qu'ils paraissent intimement uni Ces lobes se divisent en lobules, et les lobules en granulations; une envelopi celluleuse, formée de tissu conjonctif et de fibres élastiques, unit le thymus aux parties environnantes et pénètre entre ses lobules et ses granulations.
Si l'on divise le thymus, on voit qu'il est pénétré d'u). plus ou moins grande quantité d'un suc visqueux blai; châtre, analogue, pour l'apparence, à la crème de lail chez un certain nombre de sujets, cette quantité est trè; considérable, et l'on voit que la glande est creusée de cellules d'inégale capacité, qui paraissent s'ouvrir les une dans les autres.
Pour bien étudier cette disposition, il faut, d'après Asti Cooper, piquer le thymus avec un tube à injection, inje( 1er de l'alcool dans son réservoir, plonger la pièce dar. l'alcool ou dans une solution d'alun : lorsque le durcissement est opéré, on voit manifestement la cavité centrale de chaque granulation s'ouvrir dans celle du lobule correspondant, les cavités centrales des lobules s'ouvrir les unes dans les autres, de manière à former des réservoirs particuliers, lesquels s'ouvrent dans le réservoir commun. Mais Simon a fait observer avec raison que ce système de cavités pourrait bien èlre simplement le résultat des moyens mis en usage pour les démontrer.
Si l'on dissèque avec soin les lobules et les granulations qui constituent le thymus, on trouve que les lobules de chaque lobe sont inégaux en volume et arrangé? autour d'une cavité ou d'une sorte de pédicule creux qui parcourt la partie centrale du lobe; que chaque lobe développé et comme étalé par la dissection représente, dans ce dernier cas, un cordon parsemé de nœuds, ou mieux un collier de perles. La chaîne des lobules du côté droit ne communique pas avec celle du côté gauche (1).
Si l'on entame la glande, on voit que chaque lo])ule est creusé d'une petite cavité, qui restera béante si l'on a fait préalablement durcir la glande par son immersion dans l'alcool, et de cette cavité s'échappera un liquide blanc et visqueux. En examinant avec attention les
(I) Pour pouvoir disséquer à fond le tlnmus, Astley Cooper recommande de commencer cette dissection sous l'eau, et de ne la poursuivre qu'après avoir fait durcir cette glanJe dans l'alcool.
n Fragment a-un thymus <lc veau, dont les lobules ont été séparés par la dissection. - «, canal princ.pal. - b, lobules g andula.res - c, granulations glandulaires iso'ées, refosant sur le canal , rincipal. (.randeur naturelle (d après hœllikci).
DU THYMUS.
néservûir thymiqiio.
iFig. 188) (')
parois de ces cavités durcies, on voit qu'elles communiquent par leur base avec la «grande cavité centrale creusée dans chaque moitié du thymus et que sir Astley Cooper nomme le réservoir du thymus, ou avec le pédicule creux qui relie les lobules entre eux. 11 y a donc un réservoir pour le lobe droit, un réservoir pour le lobe gauche, et chaque réservoir est en communication avec tous les lobules de la moitié correspondante du thymus. Sa direction est tortueuse ou en spirale; les lobules s'y ouvrent par des orifices en forme de fente.
Les plus petits lobules dans lesquels se décompose le thymus, sont formés des granulations glandulaires ou acini disposés autour de la cavité centrale; mais ces granulations ne sont distinctes qu'à la face externe des lobules, lorsqu'on a ^^^■'"^^'^''^^ enlevé le tissu conjonctif, mêlé défibres élastiques, qui leur sert d'enveloppe; laTious'thydans l'épaisseur des lobules, elles sont si intimement adhérentes et confon- miques. dues entre elles que la surface interne du lobule ne présente aucune trace de la division en granulations. Cette face interne est tapissée d'une membrane trèsmince, formée de tissu conjonctif, et dans laquelle cheminent les vaisseaux sanguins du lobule avant de fournir leurs ramifications ultimes.
Extérieurement on trouve une membrane fibroïde ou presque homogène, extrêmement mince, qui se continue sur toutes les granulations dumâme lobule, et dans laquelle on a voulu voir l'analogue de la membrane des follicules clos de l'intestin. Entre ces deux membranes existe une substance molle, de couleur grisâtre, qui constitue la masse principale de la paroi du lobule, et qui se compose exclusivement de cellules à noyaux et de noyaux libres, avec une petite quantité de liquideinterposé. Les cellules, toujours en petit nombre, mais ne faisant jamais défaut, ont 0""°,0l à 0°"°,02 de diamètre; elles renferment un noyau et une substance pâle ou des granulationsgraisseuses. Les7ioyaux libres, beaucoup plus abondants que les cellules, ont des dimensions de moitié moindres qu'elles; ils sont arrondis et contiennent un nucléole et une substance transparente qui se trouble sous l'influence de la soude et de l'acide acétique.
Ces éléments ne sont pas déposés simplement entre les deux membranes qui constituent les limites de la paroi du lobule; ils sont disposés dans les mailles formées par les
vaisseaux sanguins qui se ramifient et s'anastomosent dans l'épaisseur de cette paroi, mailles dans lesquelles s'enlre-croisent également des trabécules très-fines de tissu conjonclir.
Les artères thymiquei viennent surtout de la mammaire interne et de la thyroïdienne inférieure. Les veines thymiques principales vont se rendre dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche ; quelques veines thymiques se jettent dans la veine mammaire interne et dans la thyroïdienne inférieure.
Yaissi'jut.
(•) M'.ilic du thymus rie riiommc, montrant dan? sa position inférieure éliirB'e noinlireux orifices, qni onduiscnl dons l'intérieur des lobules. D'nprcs Kœlliker.
vaste cavité et de
SPLANCIINOLOGIE.
Les vaisseaux lymphatiques et les nerfs du thymus n'ont pas été suffisammeni étudiés.
Usages. Usages. Les usages du thymus sont, sans aucun doute, relatifs au liquide qu n
sécrète et qui séjourne dans son intérieur; l'absence de conduits excréteurs noi> oblige à admettre que ce liquide est absorbé et probablement mêlé au san; L'analyse chimique du suc Ihymique du veau fait par M. Morin (1) et par M. Dow- 1er (2) ne jette aucune lumière sur la question des usages de cette glande. Celli circonstance que le thymus appartient à la vie fœtale, et par conséquent à un époque où la respiration n'est pas encore établie, a induit à admettre qu'il remplit en quelque sorte des fonctions supplémentaires de celles du poumon.
L'anatomie pathologique de cette glande pourra peut-être un jour nous éclairer sur ses fonctions. J'ai trouvé le thymus tuberculeux, à la manière des poumon r chez un enfant d'un an mort dans le marasme (3). Développe- Développement. Voici en quels termes Haller décrit le développement du thyment- mus : lii fœtu ingens glandula, cumque pancreate et thyridceâ omninà glandularum maxima, vix ipso rené minor est, adultohomine diminuitur, et constricta, exsucca, durior, multo in adipe circumfuso ferè sepelitur. In modô nato homine granorum vero 28, granorum 90.
Le thymus, suivant Simon, serait d'abord situé le long des carotides et s'étendrait depuis le cœur jusqu'au niveau de la mâchoire inférieure. Les rudiments du thymus forment deux utricules, dont les parois se composent de cellules à noyaux et d'une membrane formée de tissu conjonctif embryonnaire. A leursurface poussent des bourgeons, qui donnent naissance aux lobules de la glande. Chez l'homme, le thymus est déjà lobulé à sapartieinférieuredans la septième semaine, mais il est encore simple àsa partie supérieure. SuivanlMeckel, son volume absolu augmente jusqu'à la fin de la première et môme de la deuxième année, mais son volume relatif diminue notablement. Puis survient un temps d'arrél, pendant lequel le thymus reste slationnaire ; ensuite, il diminue peu à peu de volume et tînit par s'atrophier complètement. A Fépoque de la puberté, il est déjà notablemeni réduit; mais il n'y a rien de fixe relativement au début et à la marche de cette atrophie, qui consiste essentiellement en une résorption progressive des éléments glandulaires, avec dépôt de graisse dans les granulations et dans le tissu cellulaire interlobaire ; très-souvent, sur des sujets morts dans la vingtième année, Kœlliker a trouvé le thymus conformé encore comme chez les enfants. L'époque delà disparition complète du thymus n'est pas moins variable; ce n'est que dans des cas exceptionnels, cependant, qu'on en rencontre des vestiges apri'f l'âge de quarante ans et chez le vieillard.
(1) Journal de chimie médicale, t. III, p. 40.
(2) Voy. le Mémoire d'Aslley Cooper.
(3) Je suis porté à admettre que c'est au développement de la partie movenne du oorr? thyroïde, laquelle se serait prolongée derrière le sternum, et non au thvmus, comme le pensait Aslley Cooper, qu'il faut rapporter les accès de dyspnée auxquels succomba la jeune ûlle de dix-neuf ans dont parle ce cliirurgien célèbre.
DES REINS