SECTION 1. — DES ORGANES URINAIRES
des organes ui'ioaires.
Les organes urinaires constituent un appareil de sécrétion très-complexe, qui Parties couse compose {fîg. 189) : 1° des reins, organes sécréteurs, qui séparent du sang un siituantes liquide particulier, l'urine; 2° des uretères, canaux excréteurs des reins, qui conduisent l'urine dans la vessie; 3" d'un réservoir, la vessie, dans lequel l'urine s'amasse jusqu'au moment où elle est rejetée au dehors; 4» d'un deuxième canal excréteur, qui est définitif, et qui, chez l'homme, est commun aux organes génitaux et aux organes urinaires, l'urèlhre.
§ 1. — DES REINS
Les reins (vîtppoi) sont des organes glanduleux, destinés à sécréter l'urine.
I. Ils sont situés profondément dans la région lombaire de l'abdomen, appelée pour cette raison région des reins, de chaque côté de la colonne vertébrale, en dehors du péritoine, qui ne fait que passer au-devant d'eux, entourés par une grande quantité de tissu adipeux, qui leur forme une sorte d'atmosphère, et comme suspendus aux vaisseaux qui y pénètrent ou qui en sortent.
Maintenus d'une manière fixe dans le lieu qu'ils occupent, les reins sont peu susceptibles de déplacement. La plupart des changements de situation qu'ils présentent, sont congéniaux. Le rein droit descend ordinairement un peu plus bas que le rein gauche, ce qui lient sans doute à la présence du foie. Il n'est pas rare de voir l'un des reins occuper, soit le devant de la colonne vertébrale, soit l'excavation du bassin; et cette situation insolite peut, dans certains cas, jeter sur le diagnostic une grande obscurité (1).
J'ai rencontré plusieurs fois, chez les femmes qui usent de corsets fortement serrés, le rein droit tantôt dans la fosse iliaque du môme côté, tantôt au-devant de la symphyse sacro-iliaque, quelquefois même au-devant de la colonne vertébrale, au niveau du bord adhérent du mésentère, dans l'épaisseur duquel il était
Situation
Varictcs congéniales de situation
Déplacement produit par des pressions extérieures.
(I) J'ai eu autrefois dans mon gervice une T ji; cherchais inutilement la cause, soit dans le A l'ouverture, je trouvai les deux reins réunis, tum, et débordant un peu le détroit supérieur, lité de pus, qui s'était fait jour par le rectum.
îmme minée par une flAvre hectique, dont thorax, soit dans l'abdomen ; elle mourut, occupant le petit bassin, derrière le rec- Ce rein double contenait une grande quan-
SPLANCIINOLOGIE.
placé. Le rein ainsi déplacé accidenlellemenl jouit d'une certaine mobilité. Ci déplacement a lieu lorsque, par la pression exercée par le corset sur le foie, h
rem droit est chassé de l'espèce de loge qu'il occupe à la face inférieure do cet organe, à peu près comme un noyau entre les doigts qui le pressent. Or, Il est d'autant plus important d étre au fait de cette disposition, que j'ai vu un grand nombre de fois la tumeur formée par le rein droit déplacé traitée comme
P Appareil urinairc de la femme, vu par la face postérieure. - n. rein. - U uretère - T„, vessie
urinaire. — La, urethre. — A, aorte. — Vc, vciiic-cnvp a,, v.. . • • i
, ouiic. iLiuL-cave. — .Ar, ^ r, arlerc et veine rénales.
DES REINS
une obstruction du foie, ou comme une production morbide (1). S'il est quelquefois difficile de distinguer sur le vivant ces déplacements accidentels des déplacements congéniaux, il ne l'est nullement sur le cadavre ; car, dans tout déplacement congénial, il y a modification dans l'origine des vaisseaux artériels, et le rein congénitalement déplacé reçoit constamment un vaisseau de l'artère qui l'avoisine. Une circonstance que je ne saurais passer sous silence, c'est que la capsule surrénale reste toujours étrangère à tous les déplacements, soit accidentels, soit congéniaux, du rein.
Nombre. Les reins sont au nombre de deux.
Il est assez fréquent de ne trouver qu'un seul rein; mais alors, presque toujours, les'deux reins sont réunis en ci'oissant au-devant de la colonne vertébrale, le bord concave dirigé en haut. On voit encore les deux reins réunis occuper l'une ou l'autre région lombaire, ou mfime l'excavation du petit bassin. Il faut bien distinguer ce dernier cas de celui où l'un des reins est atrophié (2). Il y a cependant des cas dans lesquels il n'existait véritablement qu'un seul rein, soit qu'il occupât sa place normale, soit qu'il fût déplacé. Quand cette circonstance s'est présentée chez l'adulte, le rein unique était presque toujours hypertrophié.
D'autre part, Blasius, Fallope, Gavard, etc., rapportent des exemples d'individus qui avaient trois reins; dans ces cas, tantôt deux reins étaient situés du môme côté, tantôt le rein surnuméraire était placé au-devant de la colonne vertébrale.
Volume. Le rein n'est pas soumis à des variations de volume et de poids aussi considérables que beaucoup d'autres organes. Ses dimensions ordinaires sont : longueur, 10 à 12 centimètres; largeur, 6 centimètres; épaisseur, 3 centimètres. Son poids est de 64 à 128 grammes. Les reins m'ont présenté un tiers en sus de leur volume habituel chez un diabétique. Lorsqu'un rein est atrophié, l'autre rein se développe d'une manière proportionnelle, et quelquefois au point de doubler de volume. L'atrophie du rein peut être telle que cet organe, réduit au poids de 6 à 8 grammes, semble avoir disparu au milieu de son chaton adipeux ; lîv présence de ce chaton ne permet pas de confondre ce cas avec celui d'absence congéniale d'un rein (3).
Densité, couleur. Le tissu du rein est plus dur que celui des autres glandes. Sa
(1) Si le rein gauche n'est pas aussi souvent déplacé que le droit, cela tient à ce que l'iiypochondre gauche, occupé par la rate et par la grosse tubérosité de l'estomac, supporte bien plus impunément la pression du corset que l'hypochondre droit.
(2) La réunion des reins en un seul organe placé au-devant de la colonne vertébrale est une des anomalies les plus fréquentes que présente l'économie. Dans ce cas, la disposition la plus constante des reins est celle-ci : la concavité du croissant que représentent les deux reins réunis est en haut; les deux bassinets, bien distincts, pourvus chacun d'un uretère, occupent la partie antérieure et supérieure de l'organe. Les deux uretères sillonnent en avant la partie du rein sur laquelle ils reposent; le bord inférieur du rein présente une échancrure médiane pour l'aorte, et sa face postérieure une espèce de gouttière ou de dépression pour le même vaisseau. Le rein reçoit : 1» une artère aortiquc, qui, née de la région antérieure de l'aorte, se divise en deux branches, l'une pour le rein droit, l'autre pour le rein gauche ; 2» deux artères hypogastriqucs, l'une droite, l'autre gauche. Les deux veines rénales présentent la disposition accoutumée. Une troisième veine rénale va se jeter dans la sacrée moyenne. .' „
(3) Je ne parle pas ici des cas d'augmentation pathologique dans le volume des rems, un trouve plusieurs exemples de reins extrêmement volumineux dans mon Anatomie pat/ioiogique du corps humain, avec planches, 1" et 18<= livraison.
l'ossibililé lie distiii- (luer les déplacemeats accidentel!
des déplacements coii';éniaui
Variélcs do nombre.
Volume et
poids.
Différence de volume et de poids
Densité, fia gilitc.
SPLA.NCIINOLOGIE.
Couleur.
Figure.
Rapportsdu rein eu avant.
Conséquences.
Rapports en arrière.
Conséquences.
Circonférence.
Scissure ou bile.
Extrémités (lu rein.
fragilité explique sa déchirure par l'effet de chocs directs, ou de commolions produites par une chute d'un lieu élevtl'. Sa couleur est d'un rouge lie de vin, assez analogue à celle de la chair musculaire, et présente d'ailleurs diverses nuances.
Figure. La figure du rein ne saurait être mieux comparée qu'à celle d'un haricot (Eustachi), dont le hile serait en dedans. Cette forme permet de lui considérer deu.x faces et une circonférence.
Rapports. La face antérieure du rein, qui regarde un peu en dehors, est convexe (!) et recouverte par le colon lombaire correspondant, quelquefois parle péritoine seulement, le colon lombaire étant en dedans du rein; elle est, en outre, en rapport, à gauche, avec la rate, le pancréas et la grosse tubérosité de l'estomac; à droite, avec le foie et la deuxième portion du duodénum.
Les rapports du rein droit avec le foie sont plus ou moins étendus; quelquefois le rein est entièrement recouvert par le foie, qui est excavé à son niveau pour le recevoir; dans d'autres cas, le rein, refoulé en bas, n'affecte aucun rapport avec ce dernier organe.
Le rein droit a quelquefois des rapports avec la vésicule biliaire, qui est couchée au-devant de lui dans toute son étendue. Enfin, j'ai vu le rein en rapport immédiat avec la paroi antérieure de l'abdomen, à. travers laquelle on le sentait avec la plus grande facilité.
Comme conséquences pratiques de ces rapports, nous noterons 1° la difficulté de l'exploration des reins à travers la paroi antérieure de l'abdomen, à cause de leur situation profonde; 2° l'ouverture des abcès du rein dans le colon.
La face postérieure, moins convexe que l'antérieure, regarde en dedans; elle répond au carré des lombes, dont la sépare le feuillet antérieur de l'aponévrose du transverse, au diaphragme, qui la sépare des deux ou trois dernières côtes, et au psoas, qui la sépare de la colonne vertébrale. Ces rapports expliquent 1» la possibilité de l'exploration du rein par la région lombaire, à travers le carré des lombes; 2° l'ouverture d'abcès du rein à la région lombaire; 3» pourquoi des calculs rénaux ont pu se faire jour par la même voie; pourquoi on a pu proposer l'opération de la néphrotomie. Il importe de faire remarquer que les rapports du rein avec les côtes sont plus ou moins étendus, et qu'il arrive souvent que cet organe ne dépasse pas la dernière côte.
Circonférence. Elle présente 1» un bord externe, convexe, demi-ellipiique, dirigé en arrière ; 2° un bord interne, dirigé en avant, profondément échancré à sa partie moyenne, pour constituer la scissure du rein {hilus renalis). Cette échancrure, plus prononcée en arrière, où elle répond au bassinet du rein, qu'en avant, où elle répond à la veine rénale, a de 30 à 36 millimètres de hauteur.
L'extrémité supérieure, qui regarde en dedans, est embrassée plus ou moins immédiatement, en manière de casque, par la capsule surrénale; elle est ordinairement plus volumineuse que l'inférieure, qui regarde un peu en dehors, et qui déborde la dernière côte.
(I) Il n'est pas très-rare de voir la scissure du rein occuper la face antérieure de cet organe. Dans un cas de ce genre, le rein (c'était le droit) occupait la fosse iliaque droite ; il y avait deux artères : la supérieure se rendait directement à la scissure, l'inférieure naissait de l'angle de bifurcation de l'aorte, au-devant de l'artère sacrée moyenne, et se tendait à l'extrémité inférieure de cet organe.
DES REINS. 311
Du reste, la forme du rein est sujette à quelques variations. On rencontre parfois variétés de des reins dont le diamètre vertical est très-allongé (fuj. 190, B) ; sur d'autres, il dépasse à peine le diamètre transversal. Dans ce dernier cas,, le rein peut repré-
(Fig. 190) (*).
senter un disque presque complet, la scissure rénale étant reportée sur une des faces, ordinairement la face postérieure (C). Au lieu d'un bord interne concave, le rein peut offrir une simple fente verticale (A), ou une sorte d'incisurc oblique ou horizontale (D).
Quand on écarte l'une de l'autre les deux lèvres de cette espèce de fente qm porte le nom de hile ou scissure, on pénètre dans une cavité profonde, aplatie d'avant en arrière, dans laquelle sont contenus, au milieu d'un lissu cellulaire
(*) Reins de diverse» formes, avec le commencenient d« l'urclcrc, vus par la face poslén-
SPLANCHNOLOGIE.
graisseux, les ramifications des vaisseaux sanguins, des nerfs et des conduits excréteurs du rein. La veine rénale est en a\ant, les calices et le bassinet son
en arrière, l'artùre rénale, (Fig. i9i)r). au milieu. Après avoii
enlevé toutes les parties, on reconnaît que les parois du sinus sont lisse au voisinage de son ei.
Irée, où l'on ne lrou\ que quelques sillons, en.
preintes des branches dl'artère rénale ; que plus profondément, ces paroi sont rugueuses et présen tent des saillies conoïdtadhérentes par une lar^:
base à la substance d rein, libres dans le resi.
de leur étendue et terminées en pointe mousse • ce sont les papilles rénales.