‹ Traité d'anatomie descriptive (volume 3)Chapitre 2 sur 140 · AVANT PH0P0S. IX · texte numérisé non relu

AVANT PH0P0S. IX

une intelligence unie à des organes destinés à la servir. »

L'anatomie , qui est l'objet de cet ouvrage , est le fondement de la médecine. Pour découvrir quel est le rouage qui pèche dans une machine compliquée , et les moyens de rétablir cette machine dérangée , il faut connaître exactement tous ces rouages, leur degré d'importance et leur mode d'action. Le corps humain, dit Bacon, ressemble, par son organisation compliquée et délicate , à un instrument de musique très parfait qui se dérange avec la plus grande facilité. Toute la science du médecin se réduit donc à savoir accorder et toucher la lyre du corps humain, de manière qu'elle rende des sons justes et agréables.

Mais ranatomie étant , pour ainsi dire , le vestibule de l'édifice médical , il importe de faire connaître à celui qui entre dans la carrière le terrain sur lequel il va être placé , et d'assigner le rang que tient , d'une part , la médecine parmi les sciences naturelles ; d'une autre part , l'anatomie parmi les sciences médicales.

On appelle science , d'après la belle définition de l'orateur romain , une connaissance certaine, déduite de principes certains : cognitio certa ex principiis certis exorta. Les sciences sont métaphysiques , mathématiques et naturelles. Les deux premières n'ayant pas trait à notre objet, nous nous bornerons aux sciences naturelles.

Les sciences naturelles , ou la physique , prise dans son acception la plus générale, a pour but la connaissance des êtres matériels qui composent l'univers , et des lois qui les régissent. Elles se divisent en sciences physiques et en sciences physiologiques ou zoologiques.

x avant-propos;

Les sciences physiques embrassent tous les phénomènes que présente le règne inorganique ; elles comprennent : \° X astronomie , qui étudie les corps qui roulent dans l'espace , et apprécie , à l'aide du calcul , les lois qui président à leurs mouvements ; 2° la physique proprement dite, qui étudie les propriétés des corps en masse, et appelle à son secours l'expérience pour mettre les phénomènes dans tout leur jour , et le calcul pour féconder les résultats de l'expérience; 3° la géologie , qui étudie la surface du globe et les couches successives qui se rencontrent dans sa profondeur, remonte au-delà de toutes les traditions historiques , fait sortir pour ainsi dire des entrailles de la terre , et trace d'une main sûre l'histoire du globe et des diverses révolutions qu'il a subies; 4° la chimie , qui étudie l'action réciproque des corps réduits à l'état moléculaire.

Les sciences zoologiques ou physiologiques s'occupent de tous les phénomènes que présentent les corps vivants. La botanique s'occupe de l'organisation et de la vie des végétaux , la zoologie proprement dite , de l'organisation et delà vie des animaux. L'élude de l'organisation constitue Yanatomie ; l'étude de la vie constitue la physiologie.

Les sciences zoologiques présentent en outre un ordre de connaissances tout à fait étrangères aux sciences physiques. Les corps inorganiques obéissent en effet à des lois constantes, immuables, dont aucune n'est en opposition avec l'autre : mais les corps vivants sont à la fois soumis aux lois physiques qui régissent la matière , et aux lois vitales qui luttent incessamment contre leur empire.

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Cette lutte , c'est la vie ; la mort , c'est le triomphe absolu des lois physiques sur les lois vitales. Mais de cette lutte, ou plutôt de cette association difficile des forces qui président à la nature organique, et des forces qui régissent la nature inorganique, résultent souvent des dérangements, soit dans l'organisation, soit dans les fonctions; et ces dérangements sont d'autant plus fréquents, d'autant plus compliqués, que l'organisation est plus développée, et que l'animal est plus élevé dans l'échelle.

La connaissance de ces dérangements et des moyens propres à rétablir l'organisation et la vie dans leur état d'intégrité , constitue la médecine', et le rang que je viens d'assigner à cette branche si importante des sciences zoologiques, prouvera mieux que tous les raisonnements, que l'étude de l'organisation et de la vie dans l'état physiologique doit précéder celle de l'organisation et de la vie dans l'état pathologique, et que l'anatomie forme le premier anneau delà chaîne dont se composent les sciences médicales.

Il suit encore de là que l'homme étant à la fois sous l'empire des lois physiques et sous celui des lois propres aux corps vivants qu'on appelle prop?'iété$ vitales, forces vitales, il importe de connaître les unes et les autres, et d'établir les limites qui les séparent dans les phénomènes qui se passent au sein de l'organisme. Eh bien ! un des points fondamentaux de la physiologie et de la pathologie, c'est de faire le départ des phénomènes qui , dans l'économie, tiennent aux lois physiques de ceux qui tiennent aux forces vitales. De tout temps, les doctrines médicales ont été divisées en celles qui accordaient trop aux pre-

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mières , el en celles qui accordaient trop aux secondes. La médecine a été de tout temps ou trop vitaliste , ou trop matérialiste, ou métaphysique, hyperorganique, ou mécanique, chimique.

Il appartient à la génération qui s'élève en ce moment , plus versée que celle qui l'a précédée dans la connaissance des sciences physiques, parvenues elles-mêmes à un plus haut degré de perfection, il appartient, dis— je, à cette génération de poser les limites : mais n'oublions jamais que dans l'étude de l'économie vivante, l'application des sciences physiques ne peut être considérée que comme jouant un rôle secondaire, et que nous devons concentrer tous nos efforts sur les sciences physiologiques et pathologiques , dont l'anatomie est la clef, le fondement, le flambeau (1).

Chaque science a sa méthode et ses motifs de certitude. Les sciences métaphysiques et morales ont la certitude métaphysique et morale. Les sciences mathématiques partent d'un petit nombre de principes évidents puisés dans la nature des choses, marchent graduellement du connu à l'inconnu, et s'appuient sur les propositions démontrées, comme sur autant des principes à l'aide desquels elles s'élèvent comme par échelons à des vérités nouvelles. Les sciences naturelles sont fondées sur l'observation , et l'observation n'est autre chose que l'expression rigoureuse du

(1) Los recherches de MM. Andral el Gavaret sur le sang, celles de MM. Bright, Rayer et Alfred Becquerel sur les urines, les résultais imporianls ohienus dans ces derniers temps à l'aide du microscope, prouvent quels éminerïis services la médecine veut attendre des sciences chimiques el physiques, étudiées et appliquées dans une bonne dirccii n.

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témoignage de nos sens. Les faits bien observés, voilà leurs principes : le raisonnement vient ensuite, appuyé sur les faits et sur l'analogie. Il serait absurde d'étudier les sciences naturelles à la manière des sciences métaphysiques.

On conçoit très bien que, parmi les sciences naturelles, les sciences physiques se composent de phénomènes constants, auxquels le calcul peut être appliqué (d'où les sciences physico-mathématiques), mais que dans les sciences zoologiques les produits varient sans cesse comme les facteurs; et celui qui voudrait importer le calcul dans la médecine, ressemblerait à ce savant (Condorcet) qui conçut le projet bizarre d'appliquer la rigueur mathématique aux vraisemblances morales, qui voulait substituer des a -f- h aux preuves juridiques écrites ou testimoniales, qui admettait des moitiés de preuves, des fractions de preuves, et les réduisait en équations à l'aide lesquelles il prétendait décider arithmétiquement de la vie, de la fortune et de Thonneur des citoyens.

Il est pénible de l'avouer, à quelque degré de précision et de délicatesse que soient portés nos moyens d'observation, nous ne pourrons jamais arriver à connaître dans les objets autre chose que des surfaces ; et lorsque nous disons que nous connaissons la texture d'un corps, nous ne disons rien autre chose, sinon que nous connaissons des surfaces plus petites comprises dans la surface générale. La vue et le toucher, seuls moyens d'investigation que nous ayons pour apprécier les qualités des corps en masse, ne peuvent apprendre à connaître que des surfaces, des apparences et des propriétés relatives, mais non point des propriétés

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