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généralement enseignée, est pleine de sécheresse et de dégoût ; mais qu'à cet aride tableau, qu'à cette monotone énumération de faces, d'angles et de bords, qui ne s'adressent qu'à la mémoire, vous annexiez l'indication de l'usage immédiat, de la nécessité de telle ou telle circonstance d'organisation, de l'application de ces circonstances à la chirurgie et à la médecine, soit comme cause de maladie, soit comme moyen de diagnostic ou de traitement, faites, en un mot, de l'anatomie appliquée, alors à des peintures décolorées succédera un tableau plein de feu et d'intérêt. Ces nerfs, ces muscles, ces os eux-mêmes, s'animeront en quelque sorte sous notre scalpel; notre curiosité, sans cesse tenue en éveil, nous fera surmonter avec courage toutes les difficultés et tous les dégoûts ; notre mémoire conservera fidèlement des notions que nous aurons acquises avec un zèle proportionné à leur importance. Je compare l'anatomiste qui expose sèchement la conformation des organes, et qui croit enseigner l'anatomie, à un homme qui s'imaginerait avoir fait connaître un tableau lorsqu'il a rendu un compte exact de la position des personnages, des couleurs, des ombres, du clair-obscur, des dimensions exactes, etc., mais qui ne chercherait pas à pénétrer l'action, le motif du tableau, l'intention du peintre.
Je viens de dire le rang qu'occupe la médecine parmi les sciences naturelles; voyons maintenant le rang qu'occupe l'anatomie parmi les sciences médicales : or, il me sera facile de prouver que, sans anatomie, il n'y a point de physiologie positive, point de chirurgie, point de médecine.
4° Et d'abord la physiologie repose tout entière sur
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l'anatomie. Mais quelle espèce de physiologie? Est-ce cette physiologie transcendante qui, dédaignant les faits particuliers, crée à'priori des lois auxquelles elle soumet toute l'économie, et fait de la vie une espèce d'enchantement? Non, Messieurs, l'anatomie repousse cette physiologie, et ne vous étonnez pas si les physiologistes qui se livrent à ce genre de spéculations repoussent aussi l'anatomie. La physiologie qui appelle le secours de l'anatomie est cette physiologie d'observation et d'expérience qui ne vit que de faits, et qui n'aspire qu'au rôle d'être leur interprète iîdèîe. Voyez Fernel et Gaspard Hoffmann : certes, c'étaient des hommes riches de leur propre fonds ; mais ils ne connaissaient d'autre analomie que celle de Galien : ils avaient peu disséqué par eux-mêmes ; aussi quelle physiologie que la leur, si toutefois on peut appeler du nom de physiologie un amas d'hypothèses et d'erreurs ! Voyez encore Boerhaave : y eut-il jamais un génie plus étonnant que cet homme, auquel on écrivait : A Boerhaave en Europe? il possédait toutes les sciences humaines, les sciences métaphysiques, mathématiques, la botanique, la chimie ; mais, persuadé que l'anatomie était parvenue de son temps à son plus haut degré de perfection, il eut le malheur de la négliger : il s'en tint donc aux découvertes anatomiques de ses contemporains, et fut obligé d'adopter toutes leurs erreurs : aussi sa physiologie toute mécanique a— t— elle été funeste peut-être à la science. Et si Haller, son disciple, est venu arracher la physiologie à l'empire du mécanisme d'une part, du vitalisme exclusif d'une autre part, c'est qu'il a incorporé en quelque sorte
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l'analogie dans la physiologie. Et Barlhcz , de Montpellier, était — il encore un homme de génie? mais il professe l'opinion que la physiologie doit être étudiée indépendamment de l'anatomie; il étudie abstraclivement les fonctions, et vous savez si ses ouvrages, quelque remarquables qu'ils soient d'ailleurs, ont fait avancer la physiologie positive (1), qui n'est au fond que l'anatomie interprétée.
Les fonctions d'un organe découlent presque nécessairement de la connaissance de La structure de cet organe ; et si c'était ici le lieu, il me serait facile de prouver que l'histoire des fonctions a toujours suivi pas à pas les progrès de l'anatomie. Pourquoi ignorons-nous complètement les usages du thymus, du corps thyroïde, des capsules surrénales ? n'est-ce pas parce que leur structure est complètement inconnue? La découverte du canal excréteur du pancréas par Wirsung n'a-t-elle pas fait cesser l'incertitude qui régnait sur les usages de cet organe glanduleux? Il y a plus, lorsqu'une découverte physiologique n'a pas. été confirmée
(I) La Grande Physiologie de Haller est une preuve irréfragable de la thèse que je soutiens. Danscelimportantouvrage,la description anatomique de l'organe précède toujours f histoire de l'action de cet organe. Qui physiologiam ab anatomia avellere studuerunt (dit-il, page 1 1 préface), ii certè mihi videnlur cum mathematicis posse comparari qui machinœ alicujus vires et functiones calculo exprimere suscipiunt, cujus neque rotas cognitas habent, neque tympana, neque mensuras, neque materiem, etc. « Ceux qui veulent étudier la physiologie abstrac- « livement, indépendamment de l'organisation, ressemblent à cernait thématicien qui veut exprimer par le calcul, la force et le jeu d'une « machine très compliquée, sans connaître ses roues dentées, ses dite mensions et l'agencement réciproque de toutes les parties qui la « constituent. »
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par des données anatomiques correspondantes, elle a souvent été comme non avenue : témoin Césalpin , qui découvrit la grande circulation par la seule force de son génie ; mais comme cette découverte à priori Savait pas de fondement anatomique , elle ne germa nulle part. Harvey vient, qui prouve par l'anatomie, et principalement par la direction des valvules, que les veines ramènent le sang des extrémités au cœur, et le monde médical accueille ses idées avec enthousiasme.
2° L'anatomie est le flambeau du chirurgien. De quoi s'occupe le chirurgie? Des lésions dans la continuité, dans la contiguïté, dans la forme, dans les rapports, et souvent dans la structure des organes ; en un mot, de toutes les lésions dans les qualités physiques des organes, qui exigent, soit primitivement, soit consécutivement, l'application de la main. Or, l'anatomie physiologique s'occupe de toutes ces qualités dans l'état sain, et l'anatomie pathologique de toutes ces qualités dans l'état morbide. Qui osera pratiquer la moindre opération chirurgicale, s'il ne connaît mathématiquement, pour ainsi dire, les parties sur lesquelles il doit opérer, les changements de forme , de rapports et de texture qu'ont subis ces parties, la connexion de ces changements avec d'autres altérations analogues ou différentes qui existent dans l'économie? C'est l'anatomie qui nous apprend à connaître les couches successives de parties qui se trouvent dans chaque région , les rapports de ces couches entre elles et ceux des différents éléments qui constituent chaque couche; c'est elle qui , donnant au corps humain la transparence du cristal, conduit l'œil et la main du chirurgien, et lui in-