CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La névrologie est cette portion de l'anatomie quia pour objet l'étude de l'ap- objet de pareil nerveux. Rouage essentiel de la mécanique animale, principe de toute néTro*0 ; sensation et de tout mouvement, l'appareil nerveux joue dans l'économie animale le rôle le plus élevé ; il domine en quelque sorte tous les autres appareils, dont il excite et règle le fonctionnement. Il préside, en outre, à l'exercice des facultés intellectuelles et constitue l'intermédiaire indispensable dans tous les rapports entro l'organisme et le monde extérieur.
§ l. — IDÉE GÉNÉRALE DE L'APPAREIL NERVEUX. — DIVISION (1).
Une masse nerveuse considérable, logée dans la cavité crânienne et désignée sous le nom d'encéphale (flg. 74) ; une longue tige nerveuse appelée moelle épi- ■ niêre, qui, de l'encéphale, s'étend dans le canal rachidien; une multitude de cor- «on dons, les nerfs, qui se détachent de la face inférieure de l'encéphale et des faces des Partieslatérales de la moelle pour se ramifier dans toutes les parties du corps : telles sont les parties essentielles de l'appareil nerveux, qui comprend, en outre, des enveloppes de diverses natures et de nombreux vaisseaux ramifiés dans son intérieur.
L'appareil nerveux, envisagé dans son ensemble, a pu être comparé à un arbre dont la tige serait renfermée dans la cavité crâno-rachidienne et dont les branches, se détachant régulièrement des divers points de la hauteur de cette tige, se distribueraient dans tous les organes, qu'elles pénètrent de leurs innombrables filets. D'après cette comparaison, on a considéré le système nerveux comme composé de deux portions bien distinctes, quoique continues: „. . . , 1° d'une portion centrale (systema nervosum centrale), centre nerveux encéphale- système médullaire, axe cérébro-spinal, formée par la moelle épinière et la masse encé- nerveux en
portion
phalique ; 2° d une portion périphérique ( systema nervosum periphericum), que centrale et constituent les nerfs proprement dits. en portion
Cette division, en apparence si simple et si rationnelle au point de vue de phérique. l'anatomie descriptive, paraîtra moins justifiée aux yeux du physiologiste, attendu que, sur le trajet des cordons nerveux dont l'ensemble constitue le système nerveux périphérique, se rencontrent fréquemment des amas de substance nerveuse dont la composition histologique et les fonctions présentent de grandes analogies avec celles des centres encéphalo-médullaires. Ces amas s'observent surtout sur les cordons nerveux qui se distribuent aux organes de la vie dénutrition ;ils sont beaucoup plus rares, mais ne font pas complètement
(1) Les figures relatives à la description du système nerveux sont en grande partie empruntées à l'atlas de L. Hirschfeld ; nous les devons à l'obligeance de l'auteur et de l'éditeur, M. Masson.
NEVROLOGIE.
Fi". SI
Unité
du système nerveux.
défaut sur les cordons destinés aux organes de la vie de relation, et c'est cette répartition inégale qui a motivé la division du système nerveux périphérique en deux portions : l'une, constituée par les nerfs affectés à la vie de relation et formant avec l'encéphale et la moelle le système nerveux cérébro-spinal ( encéphalo-médullaire ) ; l'autre, comprenant les cordons nerveux qui se ramifient dans les organes de la vie nutritive, cordons qui se font remarquer par le grand nombre de renflements nerveux ou ganglions disséminés sur leur trajet, et qui forment par leur réunion le système nerveux de la vie organique ou végétative, ou système du grand sympathique. Ce dernier système, dont les connexions avec la moelle et l'encéphale sont moins évidentes que celles des nerfs de la vie de relation, a été considéré, à une certaine époque, comme complètement indépendant du système cérébro-spinal, mais à tort, car il a de nombreuses racines dans l'encéphale et dans la moelle. A quelque point de vue qu'on le considère, le système nerveux est donc unique ; les divisions qu'on y a introduites sont tout artificielles et ne répondent pas d'une manière parfaite à la disposition des parties. Néanmoins ces divisions , quelque imparfaites qu'elles soient, doivent être conservées pour la description, puisqu'elles per-
(*) Sin. I. s., sinus longitudinal supérieur. — N. olf., nerf olfactif. — C. post., artère cérébrale postérieure. — Prot., protubérance. — M. oc. ex., nerf moteur oculaire externe. — Car. int., artère carotide interne. — Mot. com., nerf moteur oculaire commun. — Basil., artère basilaire. — Fac.,Aud., nerfs facial et auditif. — GL, Pn., Sp., nerfs glosso-phul. ryngien, pneumogastrique et spinal. — Hypo., nerf hypoglosse. — Gan. c. sup., ganglion cervical supérjeur. — ^4. vert., artère vertébrale. — Gan. Sp., ganglion spinal. — Br. ant., branche antérieure des nerfs rachidiens. —Plex. brac., plexus brachial.— G. th., ganglion thoracique. — Br. a., branche antérieure des nerfs dorsaux. — Gr. sp., nerf grand splanchnique. — Pet. sp., petit nerf splanchnique. — Fil. t., filum terminale. — Gan. lomb., ganglion lombaire. — PL lomb , plexus lombaire. — PI. sac., plexus sacré.
t.ufiMoacf.u.sc
Organes nerveux centraux, vus par la face antérieure, cordons nerveux qui s'en détachent. (D'après L. Hirsclifeld.) (*).
TEXTURE DU SYSTÈME NERVEUX
mettent de séparer autant que possible les organes présentant de nombreuses analogies de ceux qui en offrent moins.
Nous étudierons donc successivement le système nerveux cérébro-spinal et le système du grand sympathique, et nous commencerons cette étude par celle des centres nerveux, c'est-à-dire de l'encéphale et de la moelle. Mais avant tout il est nécessaire de donner une idée générale de la texture du système nerveux et des éléments qui entrent dans sa composition.
Fig. 82 (*).
§ 2. — TEXTURE DU SYSTÈME NERVEUX
Le système nerveux tout entier, aussi bien sa portion centrale que sa portion phériphérique, est formé de l'assemblage d'un nombre très-restreint d'éléments essentiels ou éléments nerveux, et de quelques éléments accessoires, se rattachant plus ou moins directement au tissu conjonctif.
I. Éléments nerveux. Les éléments essentiels du système nerveux sont au nombre de deux : la cellule nerveuse ou le globule nerveux, et le tube nerveux ou la fibre nerveuse.
1° Cellules nerveuses, corpuscules nerveux on ganglionnaires. Ce sont des cellules à noyau qui se trouvent en grand nombre duns la substance grise des organes centraux, dans les ganglions situés sur le trajet des racines postérieures des nerfs spinaux et des nerfs encéphaliques, dans les ganglions du grand sympathique, ainsi que dans la rétine, le limaçon, les membranes muqueuses, etc. On en rencontre également dans certaines régions de la substance blanche des organe's centraux.
Les cellulles nerveuses, ayant les caractères généraux des cellules, nous présentent à considérer une enveloppe, un contenu et un noyau muni d'un nucléole.
Venveloppe est mince, amorphe, homogène. Admise sans contestation, pour toutes les cellules nerveuses, à l'époque où la doctrine de Schwann régnait exclusivement, cette membrane paraît manquer sur toutes les cellules des organes centraux et de beaucoup de ganglions périphériques , lesquelles seraient donc de simples protoblastes .
Outre cette enveloppe amorphe, beaucoup de globules ganglionnaires présentent une gaine à noyaux assez épaisse, formée de tissu conjonctif, et #£.. qui se prolonge sur les tubes nerveux dont ils sont le point de départ. Traitée par le nitrate d'argent,
cette gaine secondaire paraît formée de lamelles isolées, analogues aux cellules épithéliales et renfermant chacune un noyau.
Le contenu ou protoplasma des cellules nerveuses est une substance finement granulée, molle, visqueuse comme de la cire molle, légèrement élastique, dont
(*) Cellule nerveuse bipolaire du brochet, dont les deux pôles se prolongent en un tube nerveux à double contour. Grossissement de 350 diamètres. — a, gaîne conjonctive de la cellule. — b, gaine de Schwann. — c. moelle nerveuse. — d, cylindre d'axe qui se continue avec le contenu e de la cellule. (D'après Kôlliker.)
Éléments
du système
nerveux.
Cellules nerveuses.
Euveloppe.
Game à novaux.
l'ro toplasma.
la partie fondamentale, plus ferme et plus résistante que le contenu ordinaire des cellules, surtout dans les grosses cellules, ne présente pas toujours un aspect parfaitement homogène; quelquefois ce contenu paraît avoir une constitution fibrillaire ou granulo-fibrillaire (1).
Le protoplasma des cellules nerveuses, dont la coloration est plus ou moins foncée, tient en suspension une multitude de granulations pâles et fines, uniformément distribuées dans toute sa masse. Dans beaucoup de régions on trouve, en outre, des granulations pigmentaires jaunes, brunes ou noires, dont le volume est plus considérable et qui, réunies ordinairement dans la région du noyau, remplissent quelquefois toute la cellule. Le volume et la coloration de ces granulations pigmentaires augmentent généralement avec l'âge.
Le noyau, toujours unique, occupe la partie centrale de la cellule. C'est une vésicule transparente, sphérique, à contours très-nets, formée d'une membrane distincte et d'un contenu transparent, dans lequel se voit un nucléole brillant, rarement multiple.
Les dimensions des cellules nerveuses sont extrêmement variables ; tandis que
Fig. 83
certaines cellules sont tellement petites qu'elles se distinguent à peine des corpuscules du tissu conjonctif, d'autres atteignent jusqu'à 0rara,110 et 0mm,140.
(*) Grosses cellules multipolaires des cornes antérieures de la moelle humaine. Grossissemenl de 350 diamètres. Chacune d'elles présente plusieurs prolongements ramifiés et un prolongement court et transparent, qui parait être un prolongement cylindre d'axe de Deiters. (D'après Kôlliker.)
(1) Remak, dont les observations ont été faites sur la raie et sur la moelle des mammifères, admet deux espèces de fibrilles dans le contenu des cellules : les unes concentriques autour du noyau, les autres convergentes vers les deux pôles. Frommann, Axmann, Lieberkuhn, Beale décrivent diversement les fibrilles du contenu cellulaire, dont ils trouvent l'origine soit dans le noyau, soit dans le nucléole : leurs observations devront être confirmées avant de prendre rang définitivement dans la science.
TEXTURE DU SYSTEME NERVEUX
Ces différences de volume ont fait distinguer les cellules nerveuses en petites, moyennes et grosses. Le noyau, généralement proportionné à la cellule, a un diamètre qui varie entre 0mm,004 et 0mm,002 ; le nucléole, enfin, mesure habituellement entre 0nim,001 et 0mm,007.
La forme des cellules nerveuses présente de nombreuses différences, qui tiennent surtout à la disposition des prolongements qu'elles fournissent ; elle peut être sphérique, piriforme, fusiforme, étoilée. Quelques cellules semblent complètement indépendantes des autres éléments nerveux : on les appelle cellules apolaires, mais leur existence n'est pas universellement admise. La plupart fournissent par leur périphérie un, deux ou plusieurs prolongements (cellules unipolaires, bipolaires, multipolaires), en forme de fibre pâle, sans moelle, que l'on considère le plus souvent comme étant les origines des fibres nerveuses, ou comme servant à unir les cellules nerveuses entre elles.
Les cellules apolaires sont considérées par quelques auteurs comme n'étant que des cellules mutilées, dont les prolongements ont été arrachés. Les cellules unipolaires se rencontrent particulièrement dans les ganglions spinaux des vertébrés supérieurs. Les cellules bipolaires, qui prennent la forme d'un fuseau quand les prolongements partent des deux pôles opposés, paraissent n'exister que dans les ganglions spinaux des poissons. Mais on a décrit aussi des cellules fournissant deux prolongements partant d'un même pôle et dont l'un est rectiligne et s'entoure de myéline, tandis que l'autre, plus pâle, s'enroule en spirale autour du premier. La nature et la signification de ces fibres spirales sont encore problématiques. Les cellules munies de trois prolongements prennent une forme triangulaire : telles sont celles qu'on rencontre en grand nombre dans l'écorce grise du cerveau et du cervelet. Enfin beaucoup de cellules fournissent des prolongements multiples qui s'étendent dans diverses directions et leur donnent une forme étoilée.
Les cellules des organes centraux fournissent toutes des prolongements ramifiés qui partent directement du protoplasma et que Deiters appelle pour ce motif prolongements protoplasmiques. Ces prolongements, larges à leur point de départ, se divisent en ramifications de plus en plus nombreuses et se réduisent finalement en filaments d'une extrême ténuité. Mais chaque cellule émet, en outre, un prolongement spécial, plus homogène, rigide, indivis, qui se continue directement avec une fibre nerveuse à double contour, en s'entourant de myéline à peu de distance de la cellule : ce prolongement a reçu le nom de prolongement cylindre axe. Cette continuité a été observée d'une façon certaine entre les cellules des cornes grises antérieures de la moelle et les racines nerveuses antérieures. Henle dit avoir constaté les mêmes rapports entre les cellules des cornes grises postérieures et les racines postérieures de la moelle.
Quant aux prolongements protoplasmiques, après s'être ramifiés et subdivisés en une multitude de fibrilles, ils se continueraient également, suivant Deiters, avec des cylindres axes ténus, reconnaissantes à leur grande tendance à devenir variqueux. Mais d'après d'autres histologistes ils se termineraient dans ces réseaux inextricables de fibrilles qu'on rencontre au sein de la substance granulée des centres nerveux.
Certains de ces prolongements servent-ils à unir entre elles des cellules nerveuses voisines, ou plus ou moins éloignées l'une de l'autre ? La physiologie admet cette opinion, mais le fait est difficile à établir anatomiquement et il
Forme des cellules nerveuses.
Cellules apolaires, unipolaires, bipolaires,
multipolaires.
Prolongements protoplasmiques.
Prolonge • ment cylindre axe.
NEVROLOGII*:.
Structure du protoplasma.
Classification des cellules.
Cellules motrices, sensitives.
Tubes ner-