NÉCROLOGIE
rant de myéline et d'une gaîne de Schwann, ou qui s'étendent au loin en se ramifiant de plus en plus.
Dans les cordons nerveux, les tubes sont simplement juxtaposés et restent parfaitement indépendants dans tout leur trajet, jusqu'au voisinage de leur terminaison. Ce n'est que dans les organes centraux qu'on voit parfois des fibres nerveuses se bifurquer. A leur entrémité terminale, dans l'épaisseur des organes, ces bifurcations deviennent extrêmement fréquentes, et l'on voit aussi les tubes s'anastomoser entre eux et môme former de véritables réseaux. Un grand nombre d'entre eux semblent se terminer par des extrémités libres, après avoir pris les caractères de fibres sans myéline d'une extrême finesse ; mais il est aujourd'hui certain que beaucoup aboutissent à des éléments celluleux spéciaux (cellules olfactives, cellules de la rétine, cellules glandulaires, etc.), dont la description a été donnée à l'occasion des organes qui les renferment. En étudiant la peau, nous avons fait connaître le mode de terminaison des nerfs sensitifs. Quant aux nerfs moteurs, il résulte des observations de Ch. Rouget et de Krause que les tubes nerveux, après s'être divisés plusieurs fois sans changer de caractères, se modifient considérablement au moment où ils touchent au faisceau musculaire auquel ils sont destinés : la gaîne de Schwann, suivant Rouget, s'évase et se continue directement avec le sarcolemme de ce faisceau ; la substance médulaire disparaît, et le cylindre-axe aboutit à un élément particulier, auquel on a donné le nom de plaque terminale. C'est une petite lame aplatie, de forme ovalaire, dont le grand diamètre, parallèle à l'axe du faisceau, mesure 0mi",05, dont la largeur est de 0ffim,02 et l'épaisseur de 0mm,004 à 0mm,006. Les plaques terminales sont formées d'une substance finement granulée, qui renferme de nombreux noyaux (5 à 16), analogues à ceux de la gaîne de Schwann. Deux points sont encore en litige relativement à ces plaques : le premier concerne leur siège exact, que Rouget place à la face interne du sarcolemme, tandis que, suivant Krause, les plaques terminales seraient appliquées contre la face externe de cette membrane. Le second point controversé est relatif aux rapports des tubes nerveux avec les plaques terminales : Rouget affirme que les plaques résultent de l'épanouissement du cylindre-axe. Suivant Krause, au contraire, chaque fibre nerveuse à contour foncé envoie dans l'intérieur de la plaque un ou plusieurs prolongements terminaux, munis à leur extrémité d'un renflement en forme de massue. Enfin, d'après les observations de Kùhne et de Cohnheim, le cylindreaxe des tubes nerveux se terminerait dans la plaque sous la forme d'une production rameuse, munie d'excroissances spéciales.
Le mode de terminaison des nerfs dans les muscles lisses a été beaucoup moins étudié que celui dont il vient d'être question; nous ne pouvons rapporter ici en détailles observations qui ont été faites à cet égard.
Les cellules nerveuses et les tubes nerveux, en se juxtaposant et se combinant entre eux et en s'enveloppant d'éléments accessoires, forment la substance blanche et la substance grise des organes centraux, ainsi que les cordons des nerfs périphériques et leurs ganglions.
D. Substance blanche et substance grise. La substance blanche de l'encéphale et de la moelle, de même que les nerfs qui en dépendent, est composée essentiellement defaisceaux de tubes nerveux, auxquels se joignent, comme éléments accessoires, dans les organes centraux, un stroma formé d'une substance conjonctive, dans les nerfs, du tissu conjonctif homogène ou fibrillaire consti-
TEXTURE DU SYSTÈME NERVEUX
tuant le névrilemme, dans les uns et les autres, une quantité variable de vaisseaux sanguins.
La substance grise, qui n'existe que dans l'encéphale, dans la moelle et dans les ganglions, résulte du mélange, en proportions diverses, des cellules nerveuses avec les tubes nerveux. Elle renferme, en outre, une quantité, souvent considérable, d'une substance amorphe finement granulée, servant de support aux éléments nerveux, des vaisseaux, bien plus nombreux que clans la substance blanche, parfois aussi de la substance conjonctive fibrillaire, formant des enveloppes aux amas de substance grise.
Les tubes sont abondants dans les ganglions, dans la substance grise de la moelle et dans les ganglions du cerveau ; ils sont relativement rares dans l'écorce grise du cerveau et du cervelet.
La substance amorphe ou diffuse se compose d'une masse fondamentale demimolle dans laquelle sont disséminées une multitude de molécules ponctiformes. Elle forme la couche la plus superficielle de l'écorce du cerveau et du cervelet, ainsi qu'une lamelle très-mince qui recouvre la moelle épinière et le bulbe. On la rencontre également en couche très-ténue autour du canal central de la moelle et à la surface des cornes grises postérieures de cet organe.
De ces divers points, elle se prolonge entre les fibres et cellules de la substance blanche et grise des organes centraux, dont elle constitue en quelque sorte le stroma. Partout elle renferme de petits corpuscules arrondis qui ont une grande analogie avec les corpuscules lymphatiques.
E. Fonctions des éléments nerveux. Les fonctions de ces deux espèces d'éléments nerveux sont essentiellement distinctes. Les cellules forment la partie centrale et active du système nerveux ; ce sont elles qui produisent l'excitation qui détermine les mouvements, qui reçoivent et éprouvent les impressions sensitives, qui exercent une action spéciale sur les actes ds la vie végétative et qui enfin sont le siège des phénomènes de l'ordre intellectuel et subjectif. Les tubes nerveux sont de simples conducteurs, chargés de transmettre de la périphérie vers le centre les impressions des agents extérieurs sur l'organisme, et du centre vers la périphérie les incitations qui, portées sur les muscles, y déterminent des contractions. De là la distinction des tubes nerveux en sensitifs et en moteurs. Cette classification, généralement acceptée jusque dans ces derniers temps, a cessé d'être vraie absolument depuis qu'une étude plus approfondie des fonctions de certains nerfs a montré qu'un grand nombre de tubes nerveux, ceux, par exemple, que l'on trouve dans le nerf pneumogastrique, seraient difficilement rangés dans l'une ou dans l'autre catégorie. Mais elle n'en est pas moins applicable à la grande généralité des fibres nerveuses périphériques.
Une question qui se présente immédiatement à l'esprit, en présence de cette diversité de fonctions des tubes nerveux, est celle de savoir si des différences anatomiques correspondent à ces différences physiologiques. Or, tout ce que nous avons pu constater jusqu'àprésentne permet qu'une réponse négative. S'il est vrai,en thèse générale, que les tubes sensitifs sont ordinairement plus minces que les tubes moteurs, il faut reconnaître cependant que cette proposition ne saurait se soutenir d'une manière absolue, attendu qu'une foule de tubes moteurs présentent un calibre égal et même inférieur à celui de la généralité des tubes sensitifs. D'ailleurs, les expériences de M. Vulpian ont démontré que les mômes tubes peuvent être parcourus indifféremment soit par l'excitation cen-
Substance grise.
Substance amorphe.
Fonctions
des éléments
nerveux.
Cellules.
Tubes.
Sensitifs.
Moteurs.
NEVROLOG1E.
Tissu conjonctif.
Névrilemme.
Gaine lamelleuse.
Tissu conjonctif dans le système nerveux central.
Névroglie.
tripète qui engendre la sensation, soit par l'excitation centrifuge qui détermine le mouvement.
F. Éléme7its accessoires. — Les éléments essentiels du système nerveux sont unis entre eux par du tissu conjonctif, qui leur fournit aussi des enveloppes plus ou moins résistantes, destinées à les isoler les uns des autres et à les protéger contre les influences extérieures. Ils reçoivent des vaisseaux, chargés de pourvoir à leur nutrition.
Le tissu conjonctif se présente dans le système nerveux sous des formes nombreuses, dont quelques-unes s'éloignent notablement de celles qu'on rencontre habituellement. Les cordons qui constituent les nerfs périphériques sont enveloppés d'une gaîne fibreuse appelée névrilemme, analogue, quant à sa texture, au tissu des tendons et des aponévroses, et qui envoie dans leur intérieur des cloisons, servant à isoler les faisceaux de divers ordres dont ils se composent. Ces cloisons, de plus en plus fines à mesure qu'elles enveloppent des faisceaux plus petits, communiquent elles-mêmes avec des gaines homogènes, parsemées de noyaux, enveloppant un très-petit nombre de tubes ou même un seul, dont M. Ranvier nous a fait connaître la véritable disposition.
Les plus petits faisceaux de tubes sont enveloppés d'une gaîne hyaline (Henle), doublée à sa face interne d'un endothèlium à larges cellules analogues à celui des séreuses. Autour des faisceaux plus volumineux, cette enveloppe s'épaissit par l'addition de couches analogues et constitue la gaine lamelleuse de Ranvier. Celle-ci est formée de lames connectives cylindriques, emboîtées les unes dans les autres, et constituées par du tissu conjonctif et élastique dont les fibres sont, en général, longitudinales et d'autant plus distinctes qu'elles appartiennent à une lamelle plus superficielle. Sur les faces de ces lamelles sont appliquées des cellules endothéliales disposées en couches continues. Les lamelles sont unies entre elles, d'espace en espace, par des prolongements membraneux qu'elles s'envoient ; elles sont toutes perforées de trous qui leur donnent un aspect fenêtre et qui permettent aux liquides et aux corpuscules lymphatiques de les traverser.
Dans l'intérieur du faisceau, chaque tube est entouré de tissu conjonctif lâche, à fibrilles extrêmement ténues, avec des cellules plates à leur surface. Plusieurs faisceaux nerveux entourés de leur gaîne lamelleuse sont réunis souvent dans une gaîne lamelleuse commune par du tissu conjonctif à fibrilles nettes. Enfin le nerf tout entier reçoit une enveloppe lamelleuse très-épaisse, plongée au sein du tissu conjonctif lâche qui l'environne.
Des vaisseaux sanguins cheminent dans les interstices qui séparent les lamelles des gaines, et, traversant les orifices de ces lamelles, parviennent jusqu'à la surface des tubes nerveux, où ils forment des réseaux capillaires caractéristiques, à mailles quadrangulaires, allongées dans le sens de l'axe du nerf.
Dans le système nerveux central, le tissu conjonctif fibrillaire fournit à l'encéphale et à la moelle des enveloppes, d'où partent des prolongements de même nature qui pénètrent dans l'intérieur de ces organes, sous la forme de cloisons ou de gaines entourant les vaisseaux un peu volumineux. Dans l'épaisseur des organes et entre les éléments nerveux, on ne rencontre plus de tissu conjonctif fibrillaire, mais seulement une substance formée d'une matière amorphe et de réseaux de cellules étoilées, sorte de gangue que Kœlliker rapporte à la substance conjonctive et qu'il désigne sous le nom de reticulum {névroglie de Virchow). Ce reticulum, qui entre pour une part considérable dans la composition de la
DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL
substance blanche, ainsi que de la substance grise, sert de soutien aux éléments nerveux et renferme un grand nombre de noyaux. Quand cette substance est accumulée en masses un peu considérables, comme à la surface de la moelle, elle paraît homogène, finement granulée et parsemée de noyaux. Si, dans l'interprétation de cette substance, j'adopte l'opinion de Kœlliker, je dois faire remarquer cependant que bon nombre d'observateurs se rallient plus ou moins explicitement à celle de Henle, qui veut que la substance granulée interposée aux éléments de la substance grise de l'encéphale et de la moelle soit de nature nerveuse et constitue une sorte de substance ganglionnaire diffuse.
Les vaisseaux sanguins du système nerveux offrent peu de particularités vaisseaux, remarquables : plus abondants dans les organes centraux que clans les cordons périphériques, et dans la substance grise que dans la substance blanche, ils ne pénètrent, en général, entre les éléments nerveux qu'après s'être ramifiés à la surface des organes, et forment des réseaux dont les mailles sont d'autant plus serrées que les éléments celluleux sont plus abondants. Les lymphatiques, encore mal connus, ont été, dans ces dernières années, l'objet de recherches intéressantes, sur lesquelles nous reviendrons à l'occasion des organes nerveux centraux .