DURE-MÈRE
La duremère est une membrane fibreuse.
La dure-mère (meninx crassa, Galien) est une membrane fibreuse qui sert d'enveloppe protectrice à la partie centrale du système nerveux.
C'est la plus extérieure des membranes de l'encéphale (meninx exterior, Sœmmering) ; on la divise en dure-mère rachidienne et dure-mère crânienne.
Préparation
de la dure-mère rachidienne.
Préparation
de la dure-mère crânienne.
Préparation. 1° Bure-mère rachidienne. On peut la mettre à découvert : 1° en enlevant les arcs postérieurs des vertèbres ; 2° en enlevant les corps de ces os. Cette dernière préparation est peu usitée.
L'ablation des arcs postérieurs des vertèbres se fait au moyen du ciseau et du maillet, ou mieux à l'aide des divers rachitomes imaginés pour cet objet.
Le point important dans l'ouverture du rachis est de faire porter le trait de scie sur le pédicule des lames de vertèbres.
Pour bien voir la continuité de la dure-mère rachidienne avec la dure-mère crânienne, il faut, au moyen de deux traits de scie qui viennent tomber sur l'occiput, réunir les coupes du crâne et du rachis.
2° Dure-mère crânienne. Inciser crucialement, ou seulement d'avant en arrière, les téguments du crâne ; renverser les lambeaux, en ayant soin d'enlever le périoste en même temps que le cuir chevelu.
Les os du crâne étant mis à nu, on peut enlever la voûte soit avec le marteau, soit avec la scie. Le marteau est le moyen le plus expéditif et le meilleur. L'ébranlement et la déchirure du cerveau qu'on lui a reprochés, ne sont nullement à redouter lorsque l'instrument est convenablement manié. L'inconvénient d'entamer le cerveau est presque inévitable quand on a recours à la scie, qui n'a sur le marteau d'autre avantage que la netteté de la section. La coupe doit être circulaire, horizontale, et pratiquée à un travers de doigt au-dessus des arcades orbitaires. On enlève la voûte à l'aide de l'extrémité étroite du marteau, ou mieux à l'aide du crochet qu'on adapte généralement à l'extrémité libre du manche de cet instrument.
Si, dans la préparation, on se résout à sacrifier le cerveau, on s'y prendra d'une manière un peu différente. Deux traits de scie parallèles seront dirigés de chaque côté du sinus longitudinal supérieur et dans toute la longueur de ce sinus. Les extrémités antérieure et postérieure de chacun de ces deux traits de scie seront réunies par un trait de scie horizontal. Les segments d'ellipsoïde interceptés par la coupe horizontale seront enlevés ; il restera une zone osseuse intermédiaire, d'un pouce environ de largeur, étendue de la bosse nasale h la protubérance occipitale, et qui formera comme l'anse de la tête. On divisera la dure-mère le long des bords de cette anse, pour enlever ensuite le cerveau et le cervelet.
Si l'on ne voulait pas sacrifier le cerveau et le cervelet, il faudrait, après avoir enlevé la voûte crânienne de la manière accoutumée, diviser la dure-mère circulairement, au niveau de la coupe du crâne ; couper ensuite, à l'aide de ciseaux, l'extrémité antérieure de la faux du cerveau, et renverser d'avant en arrière toute la calotte fibreuse.
On peut encore, et je préfère ce dernier mode de préparation, inciser la dure-mère de chaque côté du sinus longitudinal supérieur et diviser ensuite l'extrémité antérieure de la faux, qu'on renversera d'avant en arrière.
Une belle préparation sèche de la dure-mère consiste à enlever sur le même sujet : 1 " la voûte et les parties latérales du crâne ; 2° la totalité de l'arc vertébral postérieur : le cerveau et la moelle seront enlevés par des incisions faciles à masquer. On remplit de suif la cavité de la dure-mère, et, plus tard, on se débarrasse du suif a l'aide de l'huile
DURE-MÈRE RACHIDIENNE.
essentielle de térébenthine. On peut encore arriver plus facilement au même résultat en remplissant de sable fin la dure-mère ainsi détachée.
A. — I>ure-nière rachidienne.
La dure-mère rachidienne (fig. 94) est un long cylindre fibreux, une sorte de fourreau étendu depuis le trou occipital jusqu'à la fin du canal sacré (1).
Pour bien apprécier la capacité de cette gaine fibreuse, il faut préalablement la distendre par une injection faite dans sa cavité : alors on voit que cette membrane représente un cylindre infundibuliforme, très-considérable à la région cervicale, qui se rétrécit à la région dorsale, s'élargit à la région lombaire, et se termine à la région sacrée, en se subdivisant en plusieurs gaines destinées aux nerfs sacrés. La dure-mère a une capacité bien supérieure au volume de la moelle épinière ; complètement distendue, elle remplit, à peu de chose près, le canal rachidien (2).
La dure-mère rachidienne adhère à
(*) D. m., dure-mère crânienne. — Sin. I. s., sinus longitudinal supérieur. — Sin. L, sinus latéral. — Sin. occ, sinus occipital. — mén.p., artère méningée postérieure. — mén. m., artère méningée moyenne. — vert, artère vertébrale. — br. ont. branche antérieure des nerfs rachidiens. — br. post., branche postérieure. — gan. sp., ganglions spinaux.
(1) D'après une idée ingénieuse, confirmée par l'étude du développement, la duremère crânienne , en pénétrant dans le rachis, se diviserait en ses deux feuillets, dont l'externe servirait de périoste interne aux vertèbres et dont l'interne seul constituerait l'enveloppe de la moelle.
(2) Pourquoi la dure-mère a-t-elle une capacité supérieure au volume de la moelle? La solution de ce problème, qui avait exercé la sagacité de presque tous les anatomistes, a été donnée par Cotugno et par Magendie (Recherches sur le liquide céphalorachidien. Paris, 1842) : c'est pour contenir le liquide céphalo-rachidien.
Capacité le la dure mère rachidienne.
Surface externe.
Surface extérieure de la dure-mère; plan postérieur (d'après L. Hirschfeld) [*).
NEVUOLOG1E.
Tissu adipeux spinal.
Prolongements fibreux.
Games
ûbreuses
fournies aux
iaehidiens.
Surface interne de la dure-mère.
Son extrémité
inférieure.
Sou extrémité supérieure.
Vaisseaux.
Artères.
peine, par sa surface externe, aux parois du canal rachidien, et ce défaut d'adhérence est en harmonie avec les mouvements qui ont lieu entre les diverses pièces de la colonne vertébrale. Entourée d'un réseau veineux en arrière, elle n'adhère nullement à l'arc postérieur des vertèbres et aux ligaments jaunes : une graisse fluide, rougeâtre, entremêlée de vaisseaux veineux, toujours infiltrée de sérosité chez le fœtus et dans l'enfance, remplit les vides. Cette graisse, qui se trouve surtout en abondance dans la région sacrée, peut être comparée, pour l'aspect, au tissu médullaire des os longs.
En avant, la dure-mère tient au ligament vertébral commun postérieur par des prolongements fibreux qui se détachent de ce ligament de distance en distance ; ces prolongements, qui manquent presque entièrement à la région dorsale, sont nombreux et très-longs à la région lombaire, beaucoup plus nombreux encore à la région cervicale, où ils deviennent plus serrés et moins longs. L'adhérence de la dure-mère est intime au niveau du corps de la deuxième vertèbre cervicale.
De chaque côté, la dure-mère spinale fournit des prolongements fibreux qui servent de gaine aux différentes paires de nerfs, sortent avec elles par les trous de conjugaison et se perdent immédiatement en se confondant avec le périoste.
La surface interne de la dure-mère est lisse et humide ; elle doit cette disposition au feuillet séreux qui la revêt en y adhérant intimement. En avant et en arrière, des prolongements cellulaires unissent la face interne de la duremère à la pie-mère. Sur les côtés, la dure-mère reçoit les insertions du ligament dentelé, que la plupart des anatomistes regardent comme une dépen. dance de la dure-mère. Rien, sur ces adhérences, ne trahit l'existence d'une membrane séreuse, non plus que sur le ligament dentelé.
On voit aussi, de chaque côté, le double orifice du conduit fibreux qui donne passage aux racines antérieures et aux racines postérieures des nerfs rachidiens.
La dure-mère se prolonge jusqu'au sommet du sacrum, bien au delà par conséquent de la moelle épinière. A la fin de la région lombaire, elle forme autour des nerfs de la queue du cheval une vaste ampoule, qui paraît n'avoir d'autre utilité que de servir de réservoir au liquide céphalo-rachidien.
A son extrémité supérieure, intimement unie au pourtour du trou occipital, au corps de l'axis et de la troisième vertèbre cervicale, elle se continue avec la dure-mère crânienne. Entre l'occipital et l'atlas, elle est traversée de chaque côté par l'artère vertébrale et unie en arrière au ligament occipito-atloïdien postérieur. L'adhérence intime de la dure-mère au pourtour du trou occipital, son adhérence au sacrum par les gaines sacrées, aux parties latérales de la colonne vertébrale par les gaines cervicales, dorsales et lombaires, maintiennent cette membrane dans un état de tension éminemment favorable à ses fonctions protectrices.
La dure-mère rachidienne est beaucoup plus épaisse en arrière qu'en avant ; elle présente la texture des membranes fibreuses, mais se fait remarquer par la quantité énorme de -fibres élastiques en réseaux qu'elle renferme, quantité qui n'est guère inférieure à celle des faisceaux parallèles de fibres conjonctives qui la constituent essentiellement.
Les vaisseaux de la dure-mère rachidienne qui lui appartiennent en propre sont grêles et peu nombreux. Les artères proviennent des branches spinales que fournissent les artères vertébrales, intercostales, lombaires et sacrées. Les veines se rendent dans les veines intra-rachidiennes.
DURE-MÈRE CRANIENNE
ques. Nerfs.
Les vaisseaux lymphatiques et les nerfs de la dure-mère rachidienne n'ont pas encore été démontrés.
Ses usages sont surtout relatifs à la protection qu'elle fournit à la moelle ; en Usages outre, la dure-mère fixe solidement en place la tige médullaire, qui, grâce au ligament dentelé, ne peut se déplacer dans aucun sens. Par son élasticité, enfin, elle intervient dans les mouvements du liquide céphalo-rachidien, comme il sera dit plus loin.
B. — Dure-mère crânienne.
i. La dure-mère crânienne est une poche fibreuse qui sert à la fois de périoste interne au crâne, qu'elle tapisse, et d'enveloppe au cerveau, dont elle sépare les diverses parties au moyen de prolongements ou de cloisons incomplètes.
La surface externe de la dure-mère crânienne s'applique exactement contre
La durenière sert à
la l'ois de périoste
interne et d'enveloppe fibreuse.
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Surface extérieure de la dure-mère crânienne; plan latéral {d'après L. Hirschfeld) (*}.
la surface interne des os du crâne, auxquels elle adhère par une foule de petits prolongements fibreux et vasculaires. Les débris de ces prolongements se
( ') D. mère, dure-mère. — mén. a., artère méningée antérieure. — mén. p., artère méningée postérieure — mén. m., artère méningée moyenne. — car. int., carotide interne. — sin. lat., sinus latéral. — N. opt., nerf optique. — N. max. s., nerf maxillaire supérieur. — N. max. inf., nerf maxillaire inférieur. — N. pn. g., nerf pneumogastrique.
NÉVROLOGIE.
Adhérences
de la dure-mère.
Prolongements
ou canaux libreux de la duremère.
Surface terne
de la dure mère.
voient très-bien quand on plonge sous l'eau la membrane détachée du crâne; ils donnent à la surface externe de la dure-mère un aspect rugueux, qui contraste ave le poli de sa surface interne. Sur cette face externe se voient les ramifications des artères et veines méningées, qui proéminent sur la membrane, comme si elles étaient simplement appliquées contre elle.
V adhérence de la dure-mère aux parois du crâne présente d'ailleurs de grandes différences dans les diverses régions. Ainsi, elle est moins considérable à la voûte du crâne qu'à la base, où il est généralement impossible de séparer la dure-mère des os qu'elle revêt. Je signalerai plus particulièrement, sous ce rapport, les parties saillantes de la base du crâne, le bord supérieur du rocher, l'apophyse crista-galli, le bord postérieur des petites ailes du sphénoïde et le pourtour du trou occipital. Au niveau des portions déprimées de cette base, au contraire, l'adhérence est bien moins intime ; il est des régions, telles que les surfaces orbitaires, les fosses occipitales, la portion écailleuse du temporal, où l'adhérence est si peu prononcée, qu'on a pu croire que la dure-mère était complètement libre à leur niveau (i). L'adhérence de la dure-mère est plus forte au niveau des sutures que dans les autres points.
L'adhérence de la dure-mère aux os du crâne varie d'ailleurs suivant les âges, soit pour l'intimité de cette adhérence, soit pour le mode suivant lequel elle s'effectue. Ainsi, chez le vieillard, elle est tellement intime qu'il est presque toujours impossible d'enlever la voûte du crâne sans arracher en même temps des lambeaux de la dure-mère. Il semble qu'il y ait, dans ce cas, ossification des lames les plus extérieures de cette membrane. Chez l'enfant nouveau-né, l'adhérence est plus forte que chez l'adulte, surtout au niveau des sutures.
Parmi les moyens d'union de la dure-mère aux os du crâne, nous devons noter les canaux fibreux que cette membrane fournit aux nerfs et aux vaisseaux passant par les trous de la base du crâne ; ces canaux forment à ces organes des gaines, qui cessent, en général, avec les trous ou canaux osseux qu'ils traversent, pour se continuer avec le périoste de la surface externe du crâne. Ces prolongements de la dure-mère s'observent au niveau 1° du trou optique : le nerf de la vision, à son passage dans ce trou, est entouré de deux gaines fournies, l'une, par la pie-mère, l'autre, par la dure-mère ; la première se continue avec la sclérotique, la seconde, au sortir du trou optique, va constituer le périoste orbitaire. Ces deux gaines sont séparées par un peu de tissu conjonctif lâche ; 2° de la fente sphénoîdale ; ce prolongement s'accole à la paroi orbitaire et ferme la fente sphéno-maxillaire ; 3° des trous grand rond et ovale, pour les nerfs maxillaires supérieur et inférieur ; 4° du trou déchiré postérieur, pour les nerfs glosso-pharyngien, pneumogastrique et spinal, et pour la veine jugulaire interne ; 5° du trou condylien antérieur, pour le nerf grand hypoglosse, et 6° des trous qui livrent passage aux veines émissaires.
La surface interne de la dure-mère crânienne est lisse, polie et incessamment lubrifiée par de la sérosité : elle doit cet aspect au feuillet arachnoïdien qui la revêt et dont elle ne peut être séparée. Cette surface interne
(1) Une erreur anatomique longtemps accréditée, c'est que les adhérences de la duremère aux os sont morbides ; on avait même admis l'existence d'un espace entre la dure-mère et les os du crâne. Ces erreurs étaient la conséquence d'une hypothèse physiologique sur la cause des mouvements du cerveau, qui étaient attribués à la contraction de la dure-mère.
DURE-MÈRE CRANIENNE
est libre de toute adhérence, excepté dans les points où les veines cérébrales vont s'ouvrir dans les différents sinus : contiguë à l'arachnoïde cérébrale, elle répond médiatement aux circonvolutions du cerveau.
De la surface interne de la dure-mère crânienne partent des prolongements ou chisons incomplètes, qui divisent la cavité du crâne en un certain nombre de compartiments. Ces prolongements, au nombre de quatre, sont désignés sous les noms de faux du cerveau, tente du cervelet, faux du cervelet et repli pituitaire (tente du corps pituitaire, diaphragme de l'hypophyse, Valentin).
1° Faux du cerveau (faix magna, processus falciformis). C'est une lame fibreuse située dans le plan médian, entre les deux hémisphères du cerveau. Sa forme est celle d'une faux étendue de l'apophyse crista-galli à la tente du cervelet.
Cloisons
de la
dure- mère.
Faux du cerveau :
Sln.hn
E.vCBMùRCIsEit.SC
Surface interne de la dure-mère crânienne, avec la faux du cerveau, la tente du cervelet et la faux du cervelet (d'après L. Hirschfeld) [*).
Sa pointe, qui est en avant, s'enfonce dans le trou borgne et enveloppe l'apo- sa pointe; physe crista-galli; sa base est en arrière et tombe perpendiculairement sur la Sa base; partie moyenne delà tente du cervelet, avec laquelle elle se continue et qu'elle soulève en la maintenant tendue. C'est sur le trajet de l'intersection entre la
(*) Sin. long, s., sinus longitudinal supérieur. — A cér. a., artère cérébrale antérieure. — Sin. lai., sinus latéral. — Sin. pëtr., sinus pétreux supérieur. — Sin. dr., sinus droit. — V. Gai., veine de Galien. — Faux cerv., faux du cerveau. — Tente du cerv., tente du cervelet. — Ophth. W., nerf opthalmique de Willis. — Max. s., Max. i., nerfs maxillaires supérieur et inférieur. — Péd. cér., pédoncule du cerveau. — Gl. pin., glande pinéale. — Cor. coll., corps calleux.
Cruveilhier et Sée, 5e édition.