‹ Traite d'anatomie descriptiveChapitre 191 sur 282 · CORNES · texte numérisé non relu

CORNES

postérieures.

1° Substance blanche. Chacun des cordons blancs de la moelle pourrait se décomposer en un grand nombre de segments verticaux, prismatiques et triangulaires, régulièrement disposés autour de l'axe de chaque moitié de l'organe. La coupe de ces segments serait un triangle isocèle, dont la base répondrait à la circonférence et dont le sommet, très-aigu, répondrait au centre ou axe de la moelle. Les segments sont en rapport immédiat les uns avec les autres; des prolongements vasculaires et celluleux, détachés du névrilème, établiraient une ligne de démarcation entre eux. Il résulte de mes observations que chaque segment de la moelle est jusqu'à un certain point indépendant des segments voisins, et Tanatomie pathologique confirme pleinement cette observation, en montrant qu'un seul segment peut être lésé, atrophié, dégénéré, au milieu des autres segments parfaitement intacts.

Les segments médullaires peuvent être décomposés eux-mêmes en filaments ou tubes très-ténus, juxtaposés et parallèles dans toute leur étendue, excepté à la face profonde de la substance blanche, et quelques-uns de ces filaments paraissent mesurer toute la longueur de la moelle. Ils sont tous indépendants les uns des autres, et liés seulement entre eux par une substance conjonctive et par des vaisseaux.

Division des cordons

de la moelle en segments.

Indépendance des segments les uns des autres.

Décomposition des segments enfilaments.

NEVROLOGIE.

Indépendance de chaque filament de la moelle.

Identité d'aspect entre les segments et les fibres médullaires.

Examen microscopique.

Tubes nerveux.

Leurs dimensions.

Nombre.

fibres transversales.

Fibres radiculaires

La structure de la substance blanche de la moelle est donc filamenteuse et fasciculée ; il y a une grande analogie, sous ce rapport, entre les filaments de la moelle et les filaments longs et parallèles qui constituent la substance propre des nerfs.

La conséquence très-importante de ces recherches, c'est l'indépendance, non-seulement de chaque segment, mais encore de chaque fibre de la moelle. Du reste, l'identité la plus complète d'aspect existe entre les segments et fibres médullaires appartenant aux cordons postérieurs et les segments et fibres médullaires appartenant aux cordons antéro-latéraux ; en sorte que, sous ce rapport, l'anatomie toute seule n'aurait jamais conduit le physiologiste à la différence d'usage de ces cordons de la moelle.

Étudiée au microscope, la substance blanche de la moelle se montre composée presque exclusivement de tubes nerveux, plongés dans un stroma de substance conjonctive qui les isole. Dans ce stroma se voient des noyaux nombreux, isolés ou groupés en amas ou en séries longitudinales, et aussi de rares cellules multipolaires, surtout dans les couches profondes. On n'y rencontre que peu de vaisseaux sanguins, entourés de tissu conjonctif.

Les tubes nerveux des cordons blancs sont presque tous longitudinaux et parallèles entre eux; les fibres obliques ou transversales qui les croisent dans certaines régions appartiennent soit aux racines nerveuses qui vont se rendre ou qui prennent naissance dans la substance grise, soit aux origines des fibres longitudinales dans cette substance. Ces fibres sont extrêmement délicates et se détruisent avec la plus grande facilité, ce qui est dû, d'après les recherches de Bidder et de Kupffer, à ce qu'elles sont dépourvues de gaine de Schwann; de sorte que la moelle nerveuse y est à nu dans la substance conjonctive du stroma. C'est aussi cette circonstance qui explique l'extrême tendance qu'ont ces fibres à devenir variqueuses.

Leurs dimensions, bien moins considérables que celles des racines nerveuses qui les croisent, varient entre 0mm,0025 et 0mm,(M0 ou même 0mm,0l5. Le plus grand nombre de ces tubes mesure 0mm,004 à 0mm,007. Une différence notable, au point de vue du calibre des tubes, se remarque entre les divers cordons de la moelle : les cordons antérieurs sont formés de tubes plus larges que les cordons postérieurs et la portion postérieure des cordons latéraux. De même, dans chaque cordon, les tubes superficiels sont généralement plus larges que les tubes profonds. Les tubes les plus fins sont ceux qui composent les cordons grêles ou pyramides postérieures. Tous ces tubes sont indépendants les uns des autres, et ne présentent, dans toute leur longueur, ni bifurcations ni anastomoses.

Les tubes longitudinaux qui composent les cordons blancs de la moelle deviennent de moins en moins nombreux de haut en bas, attendu que les plus internes d'entre eux se recourbent successivement en dedans, pour pénétrer soit dans la commissure blanche ou grise, soit dans la substance grise, où nous étudierons leur trajet plus tard.

Indépendamment des fibres longitudinales, on trouve, dans la substance blanche de la moelle, des fibres transversales appartenant aux racines des nerfs rachidiens, et d'autres qui constituent la commissure antérieure. Les premières, ou fibres radiculaires antérieures et postérieures, réunies en faisceaux aplatis, croisent perpendiculairement les fibres longitudinales, dont elles restent parfaitement distinctes, et s'enfoncent dans la substance grise des

MOELLE ÉPINIÈRE

Commissure blanche.

Sa composition.

cornes antérieures et postérieures pour se* mettre en rapport avec les cellules dont elle se compose.

Outre les faisceaux de fibres qui vont constituer les racines nerveuses, on voit partir des faces latérales de la substance grise de la moelle une foule de faisceaux plus petits qui s'irradient dans la substance blanche, mais n'atteignent point la surface de l'organe, et forment dans les parties profondes une sorte de réticulum.

La commissure blanche ou antérieure (g, fig. 109) est une bandelette de fibres transversales et entre-croisées, qui occupe le fond de la scissure médiane antérieure et qui mesure toute la longueur de la moelle. Sa face antérieure, libre seulement sur la ligne médiane, est unie latéralement aux faisceaux postérieurs des cordons antérieurs ; sa face postérieure est en rapport avec la paroi du canal central. Ses bords latéraux, enfin, se perdent dans la partie la plus profonde des cordons antérieurs et dans la substance grise. Elle a une couleur blanche dans toute son épaisseur. Ses dimensions, plus considérables dans la région lombaire, sont en rapport avec le volume des racines nerveuses de la région que l'on observe. Variée de forme suivant les régions, elle présente, sur une coupe, des faisceaux de fibres entre-croisées sur la ligne médiane, formant un tissu feutré, des parties latérales duquel partent des fibres divergentes qui se perdent dans la substance grise des cornes antérieures, après avoir traversé la portion postérieure des cordons antérieurs.

La commissure antérieure, d'après Kupffer, Owsjannikow, etc., serait composée uniquement de fibres de tissu conjonctif; mais la plupart des anatomistes admettent, avec Stilling, Kœlliker, Remak, Clarke, qu'elle renferme de véritables fibres nerveuses à myéline, qui se continuent avec les racines des nerfs ou qui unissent entre elles les deux moitiés de la moelle. Ils sont loin, d'ailleurs, de s'accorder sur le trajet et les connexions de ces fibres : suivant Stilling, après s'être entre-croisées dans la commissure, elles s'irradient dans les cornes antérieures, où elles vont en divergeant : a, un grand nombre se dirigent vers les cornes postérieures pour rejoindre les racines postérieures ; o, d'autres vont en avant, dans la direction des racines antérieures ; c, d'autres, enfin, traversent toute l'épaisseur de la substance grise antérieure, passent dans les cordons latéraux, où elles deviennent longitudinales, puis retournent à la substance grise. Stilling admet, en outre, que beaucoup de ces fibres sont unies aux grosses cellules nerveuses isolées ou réunies en groupes dans la corne antérieure, et qu'un nombre restreint provient des cordons antérieurs. D'après Kœlliker, la commissure antérieure serait simplement le lieu d'entrecroisement des cordons antérieurs ; elle serait formée par les fibres les plus profondes de ces cordons, lesquelles, se recourbant obliquement en dedans, s'entre-croiseraient au devant du canal central, pour s'irradier dans la corne grise antérieure du côté opposé à celui d où elles proviennent. L'entre-croisement aurait lieu également dans le sens antéro-postérieur.

2° Substance grise. Elle comprend : a) la commissure grise et la substance grise centrale; b) la substance grise des parties latérales de la moelle.

La commissure grise ou postérieure (/", fig. 108), située au pourtour du canal commissure central, plus épaisse en arrière qu'en avant de ce canal, est moins nettement gnselimitée que la commissure antérieure, et se continue directement, sur les côtés, avec la substance grise des deux moitiés de la moelle. Moins épaisse que la commissure blanche au niveau des renflements cervical et lombaire, elle

Opinions diverses.

Substance grise.

392 ^ÉVROLOGIE.

atteint une épaisseur presque double de celle de cette dernière dans les autres régions de la moelle. Elle se compose d'une substance homogène, finement granulée, parcourue par des fibrilles conjonctives et par de rares fibres nerveuses fines, qui unissent entre elles les deux moitiés de la moelle, et dont les unes sont transversales, les autres obliques clans divers sens et entrecroisées. Ces fibres nerveuses sont, en général, plus fines que celles de la commissure antérieure. La couleur grise et la demi-transparence de la commissure postérieure sont dues à l'abondance du tissu conjonctif et au petit nombre des fibres nerveuses qu'elle renferme.

La commissure grise de la moelle est creusée dans toute sa longueur d'un canal central, trace du canal bien plus considérable qui existe chez l'em- Canai bryon (1). Ce canal, qui persiste dans la majorité des cas, même chez l'adulte, centrai. s'oblitère quelquefois, surtout dans la région cervicale. De forme arrondie, en général, souvent ovalaire ou triangulaire, il a un diamètre qui est en rapport proportionnel avec le diamètre de la moelle : très-étroit à la région dorsale, où il n'a que 0mm,045 dans le diamètre antéro-postérieur et 0mm,01 dans le sens transversal, il prend des dimensions doubles dans les régions cervicale et lombaire. Il s'élargit beaucoup au voisinage du bec du calamus en se prolongeant dans le bulbe et s'ouvre dans le ventricule du cervelet ; d'autre part il s'étend dans le filum terminale. Ce canal s'ouvre chez l'homme, d'après

(I) Plusieurs anatomistes ont admis, en outre, que chaque moitié de moelle était

•creusée d'un canal. Calmeil rapporte qu'il a -vu la moelle épinière d'un aliéné, mort dans

un état profond de démence, présenter, sur une coupe pratiquée à un pouce environ de

la protubérance, trois canaux, un médian et deux latéraux, de la grosseur d'une petite

plume et placés de champ l'un à côté de l'autre.

Foville (ouvrage cité, p. 28G) admet comme constant un ventricule central médian, creusé aux dépens de la commissure de la moelle, et plus particulièrement de la commissure de la substance grise. Ce ventricule central, « ordinairement unique, est quelque- « fois triple, un médian, séparé des deux latéraux par des cloisons très-minces ; il est « constant chez les animaux vertébrés, il ne l'est pas moins chez l'homme en bas âge. « On le rencontre accidentellement à toutes les autres époques de la vie humaine; mais, « dans bien des cas, sa démonstration est difficile chez l'adulte, tandis que jamais elle « ne l'est chez les nouveau-nés, pour peu qu'on procède à son examen avec les précau- « lions convenables. » D'après cet auteur, ce ventricule commencerait vers la pointe du renflement lombaire, et se prolongerait jusqu'au bec du calamus, au-dessus duquel il s'évaserait pour former le ventricule cérébelleux, bientôt rétréci en un entonnoir qui se prolongerait dans l'aqueduc de Sylvius.

Morgagni (Adversaria Anat., VI, p. 17) a parlé un peu légèrement de ce canal, qu'il n'eut pas le temps de suivre au delà d'une étendue de cinq travers de doigt. 11 raconte qu'ayant séparé, par une section horizontale, la moelle allongée de la moelle proprement dite, il vit, dans l'épaisseur de la moelle, et dans l'espace de cinq travers de doigt (et fortasse etiam lo?igius, si quis tune otium liabuisset ulteriorem medullum e vertebris eximendi), une cavité qui pouvait admettre l'extrémité du doigt; tout lui parut dans l'état naturel, à l'exception de cette cavité. Il ajoute qu'il n'a jamais rencontré une cavité aussi considérable, ce qui suppose qu'il l'avait vue d'autres fois : Neque enirn alias tantum aut quœ huic accederet vidi.

Gall rapporte qu'en examinant le corps d'un enfant affecté de spina-bifida il coupa transversalement la moelle et vit qu'elle était creusée de deux canaux, qu'il suivit jusque dans l'épaisseur du bulbe rachidien et de la protubérance annulaire, sous les tubercules quadrijumeaux et jusqu'aux couches optiques, où ils se terminaient par une poche du volume d'une amande.

MOELLE EPINIERE.

Stilling, dans le sillon longitudinal postérieur, au sommet du renflement lombaire, mais se montre de nouveau plus bas et se termine en cul-de-sac vers le milieu de la longueur du fîlum.

Le canal central est tapissé intérieurement d'un épithélium cylindrique vibra- Ependyme. tile, dont les cellules ont 0mm,01o de hauteur. Ses parois, qui constituent Yépendyme des auteurs, sont surtout épaisses au niveau du renflement lombaire ; elles sont limitées, en avant, par les fibres de la commissure antérieure, en arrière, par des fibres conjonctives transversales et la commissure postérieure; ses parties latérales, mal délimitées, répondent à l'intervalle entre les cornes antérieures et postérieures. Elles sont formées d'une substance (substance gélatineuse centrale, Stilling) que Kœlliker rapporte aux tissus conjonctifs et qui est composée de petites cellules étoilées, unies entre elles et avec la substance conjonctive de la moelle et de la pie-mère par leurs prolongements filiformes. . D'autre part, ces prolongements se continuent avec les cellules de l'épithélium. On y trouve aussi quelques vaisseaux très-fins.

Le canal central renferme une petite quantité d'un liquide séreux et, chez Contenu, les vieillards surtout, de nombreux fragments de cellules épithéliales.

Dans la commissure grise cheminent, sur les côtés du canal central, les deux veines centrales de la moelle. veines

De chaque côté, la commissure grise se continue avec la substance grise qui °e" ra es' forme la partie centrale des deux moitiés de la moelle. Cette substance se compose grise.

Section transversale de la moelle, au niveau de l'origine des racines inférieures de la be paire cervicale (d'api^ès Stilling) (*).

de cellules nerveuses, de tubes nerveux extrêmement multipliés et d'une substance conjonctive, sorte de stroma qui leur sert de soutien (névroglie de Virchow). a. Les cellules nerveuses, avec leurs prolongements, constituent la partie

(*) AA', cordons antérieurs de la moelle. — BB\ cordons postérieurs. — CC\ cordons latéraux — D, racines posténeures du 5e nerf rachidien. — E, racines antérieures du 5° nerf rachidien — ab scissure médiane antérieure. - c, canal central. - de, scissure médiane postérieure. - g, commissure antérieure. -/, commissure postérieure. — h, cornes grises antérieures. - i, cornes grises postérieures. j, substance gélatineuse. - *, racines antérieures dans les cordons antérieurs. - l, racines postérieures dans les cordons postérieurs. - m, fibres qui, des cornes postérieures, vont aux antérieures. - 1, groupe antérieur ou interne de grosses cellules des cornes antérieures. 2, groupe postérieur ou externe de grosses cellules des cornes antérieures.

Cellules nerveuses.

NÉVROLOGIE.

Prolongements.

Distribution

des

cellules

nerveuses.

Recherches

de Bidder

et de ses élèves

sur les animaux inférieurs.

Objections.

Cellules motrices.

essentielle de la substance grise de la moelle. Dépourvues d'enveloppe propre, elles sont considérées par Bidder et par Max Schultze comme de simples renflements du cylinder axis des tubes nerveux, avec un noyau.

Leur forme est très-variable, mais elles présentent toutes ce caractère commun d'être pourvues de prolongements multiples [cellules multipolaires), généralement ramifiés. Il n'existe point de cellules apolaires dans la moelle. Quant à la nature de ces prolongements, on les considère habituellement comme représentant des cylindres axes. Mais il résulte des recherches de Deiters qu'ils sont de deux espèces différentes : les uns sont simples dans tout leur trajet, sans ramifications, et se dirigent vers les racines nerveuses ou les cordons blancs, pour se continuer probablement avec des tubes à double contour; Deiters leur donne le nom de prolongements de cylindre axe. Les autres, qu'il appelle prolongements du protoplasme, se ramifient en filaments très-ténus, dont les connexions et le mode de terminaison sont encore peu connus. Il est probable que certains de ces prolongements unissent entre elles les cellules d'un même côté de la moelle, ou représentent des commissures entre les cellules de l'un et de l'autre côté. Mais l'observation laisse encore beaucoup à désirer sous ce rapport.

La distribution des cellules nerveuses dans la substance grise de la moelle est extrêmement irrégulière, et d'autant plus difficile à exposer d'une manière parfaitement nette que les auteurs sont encore en désaccord sur les caractères qui distinguent les cellules des corpuscules de tissu conjonctif. L'ensemble de la texture de la moelle étant beaucoup plus simple chez les animaux inférieurs, Bidder et ses élèves, Owsjannikow et Kupffer, en particulier, ont porté leurs investigations sur la moelle des poissons et des amphibies. 11 résulte de leurs travaux que, chez ces animaux, il n'y a d'autres cellules nerveuses dans la moelle que les grosses cellules des cornes antérieures, et que chacune de ces cellules est munie de quatre prolongements, toujours simples, non ramifiés et à direction constante : un de ces prolongements se porte en haut, pour se continuer avec les fibres blanches des cordons ; un autre se dirige en dehors et en arrière, vers les racines postérieures; un troisième, en dehors et en avant, vers les racines antérieures ; le quatrième, enfin, gagne la ligne médiane pour s'unir à une cellule nerveuse de la moitié opposée de la moelle.

Mais, outre qu'il n'est pas démontré que ces données, supposées exactes, soient applicables aux mammifères et à l'homme, on ne saurait disconvenir qu'il est peu physiologique d'assigner une origine commune, dans une même cellule, à une racine motrice et à une racine sensitive. D'autre part, il existe manifestement, même chez les animaux examinés par Bidder et son école, des cellules à prolongements ramifiés. Chez l'homme, d'ailleurs, on rencontre de nombreuses cellules pourvues de plus de quatre prolongements, et dont les unes paraissent étrangères au système nerveux, telles que les cellules qui entourent le canal central et se continuent avec les cellules épithéliales, tandis que d'autres pourraient bien être des cellules nerveuses. Il importerait donc, avant tout, de faire le départ de ces diverses cellules et de ne plus ranger indistinctement parmi les éléments nerveux, comme on le faisait autrefois, toutes les cellules distribuées dans la substance grise. Malheureusement cette séparation est fort difficile et l'on est encore loin de s'entendre à ce sujet. Voyons les régions où se trouvent des cellules.

1° Dans les cornes antérieures (fig. 109), on rencontre de grosses cellules multi-

MOELLE EPINIERE.

polaires, que tout le monde s'accorde à considérer comme nerveuses. Ces cellules, remarquables par leur volume et généralement appelées cellules motrices, à cause de leurs connexions avec les racines antérieures des nerfs rachidiens, sont réunies ordinairement en deux groupes dont le volume est proportionnel à celui des cornes, l'un interne et antérieur, l'autre externe et •postérieur, subdivisés eux-mêmes en groupes secondaires. Mais on en trouve aussi, çà et là, dans le reste de la corne antérieure. Leur diamètre varie entre 0mm,067 et 0mm,13o; celui de leur noyau est de 0mm,011 à 0mm,0i8. Elles ont une forme polygonale, plus ou moins triangulaire, et leurs angles sont toujours orientés de telle manière que l'un d'eux est dirigé vers les racines antérieures. Leurs prolongements, au nombre de 3 à 9 ou même davantage, ont 0mm,009 à 0mm,011 de largeur initiale et peuvent être suivis sur un assez long trajet. Les uns paraissent se continuer avec les fibres des racines motrices ou avec celles des cordons antérieurs ou latéraux ; les autres se ramifient et se terminent par des filaments excessivement fins.

2° Dans les cornes postérieures, on distingue, même à l'œil, mais surtout à un faible grossissement, une portion antérieure, ou portion spongieuse, dont l'aspect est le même que celui des cornes antérieures, et une portion postérieure, dite gélatineuse, qui revêt en arrière et latéralement les cornes postérieures, sous la forme d'une couche demi-transparente, de 0mm,3 d'épaisseur à la région dorsale, un peu plus épaisse dans la région cervicale, mais qui acquiert son plus grand développement dans la région lombaire. — a) Dans la substance gélatineuse, les cellules, en général très-petites, extrêmement nombreuses, mesurent de 0mm,009 à 0mm,018 : Bidder les range parmi les corpuscules de la substance conjonctive. Elles ont une couleur jaunâtre, une forme triangulaire ou en fuseau, et deux ou trois prolongements seulement. Ces cellules sont disséminées au sein d'une substance granuleuse analogue à celle qui entoure le canal central, et traversée par des faisceaux recourbés de fibres antéro-postérieures qui se continuent avec les racines postérieures. — b) Les cornes postérieures proprement dites ou substance spongieuse présentent, dans toute la région dorsale, des cellules qui sont situées à la face externe des extrémités antérieures de ces cornes, sur les côtés et un peu en arrière de la commissure grise, où elles forment un groupe arrondi, désigné sous le nom de noyau dorsal de Stilling ou colonne de l'iarke. La colonne de Clarke a près d'un millimètre de diamètre dans la portion inférieure de la région dorsale ; elle s'amincit au-dessus et au-dessous de cette région et se perd près du renflement cervical et du renflement lombaire. Ces cellules, plus arrondies que les cellules de la corne antérieure, le plus souvent fusiformes, à grand diamètre longitudinal, sont aussi moins colorées et munies de nombreux prolongements ; leur grand diamètre est de 0m,04o à 0m,090. Un de leurs pôles se continue avec une fibre nerveuse; l'autre, plus mousse, envoie des prolongements dans diverses directions. — c) On trouve, en outre, des cellules isolées disséminées dans toute la corne postérieure ; quelques-unes d'entre elles sont analogues aux cellules motrices des cornes antérieures, tandis que d'autres, accumulées particulièrement au voisinage de la substance gélatineuse, sont fusiformes ou triangulaires, à deux ou trois prolongements, dont un seul, indivis (prolongement cylindre d'axe), semble en connexion avec les racines postérieures.

3° Bans toute la substance grise de la moelle, mais particulièrement dans la corne postérieure, il existe des cellules isolées, petites, dont le diamètre ne

Substance spongieuse.

Substance gélatineuse.

Noyau dorsal de Stilling.

NEVROLOG1E.

Tubes nerveux de la substance

grise.

Trajet des

racines

antérieures.

Trajet des racines postérieures.

Substance conjonctive

dépasse pas 0m,u,018, et qui sont munies de nombreux prolongements ramifiés. De ces prolongements, il en est toujours qui se portent vers les racines antérieures et postérieures ; d'autres semblent se continuer avec les fibres des cordons latéraux et postérieurs. Faut-il considérer toutes ces cellules comme des cellules nerveuses, ou ne voir dans un grand nombre d'entre elles que des corpuscules de tissu conjonctif? Il paraît impossible, dans l'état actuel de la science, de distinguer nettement les cellules nerveuses des autres espèces de cellules par leur aspect, leur l'orme, leur volume, le nombre de leurs prolongements.

4° Au 'pourtour du canal central, on trouve de petites cellules qui paraissent appartenir aux éléments du tissu conjonctif.

b. Les tubes nerveux de la substance grise, difficiles à différencier d'avec les fibres conjonctives, sont extrêmement nombreux et présentent, en général, un calibre bien inférieur à celui des fibres des cordons blancs. Ces tubes, entrecroisés dans tous les sens, forment à la base des cornes antérieures et postérieures un enchevêtrement inextricable, et ce n'est que dans l'épaisseur de ces cornes qu'on peut reconnaître une direction déterminée à certains d'entre eux. Parmi ces derniers, il faut distinguer : 1° les fibres qui appartienenl aux racines antérieures et postérieures ; 2° celles qui émanent des commissures.

Les fibres des racines antérieures ou motrices, après avoir croisé perpendiculairement les fibres longitudinales des cordons antérieurs et latéraux, pénètrent dans les cornes grises antérieures et s'y étalent ; les plus internes se mettent en rapport avec le groupe interne des grosses cellules de ces cornes, auxquelles elles s'unissent pour la plupart ; quelques-unes, suivant Kœlliker, passent simplement entre ces cellules et gagnent la commissure antérieure, puis le cordon antérieur du côté opposé. Les fibres les plus externes des racines antérieures se dirigent en dehors, vers les cordons latéraux, s'unissent aux cellules motrices du groupe externe, ou bien, se recourbant en haut, deviennent longitudinales et rejoignent le cordon latéral du même côté. Lesfibres intermédiaires vont directement en arrière et gagnent la base des cornes antérieures, où on les perd de vue.

Lesfibi'es desracines •postérieures cheminent horizontalement entre lesfaisceaux longitudinaux des cordons postérieurs et latéraux, et s'engagent dans la substance gélatineuse, qu'elles ne font que traverser. Les plus externes se dirigent en avant, vers l'enchevêtrement central de la substance grise, et s'y perdent, en se continuant avec les fibres des racines antérieures (Stilling, Kœlliker) ; d'autres se réfléchissent en haut ou en bas, dans l'épaisseur de la corne postérieure, pour devenir longitudinales; d'autres, enfin, se rendent dans les deux commissures. Les fibres les plus internes cheminent d'arrière en avant, gagnent la base des cornes antérieures et entrent en connexion avec les cellules postérieures de ces cornes, ou bien se dirigent vers la commissure

c. La substance conjonctive, appelée quelquefois substance fondamentale, et dont l'existence a été démontrée parBidder et ses élèves, se compose, d'après Kupffer, d'une substance amorphe, comme gélaLineuse, qui se continue avec la pie-mère; cette substance renferme unemultitude de corpuscules étoiles, à un ou plusieurs noyaux, et dont les prolongements ramifiés s'anastomosent entre eux pour former des réseaux. De la lame de tissu conjonctif qui occupe le sillon antérieur de la moelle partent de nombreux faisceaux du même tissu qui s'irradient

MOELLE ÉPINIÈRE

du fond de ce sillon vers la portion postérieure de la substance grise, en formant des lamelles concentriques autour du canal central, et qui envoient des prolongements dans les cordons blancs antérieurs. Les irradiations que cette lame envoie dans les cordons antérieurs se continuent avec la substance fondamentale. 11 en résulte une sorte de canevas fourni par la pie-mère à la moelle tout entière. Au fond du sillon antérieur, les faisceaux de l*un et de l'autre côté s'entre-croisent, comme les tubes nerveux de la commissure antérieure. Suivant Kupffer, cet entre-croisement de fibres conjonctives constituerait même seul la commissure blanche ou antérieure.

A la surface de la moelle, la substance conjonctive forme une couche d'une certaine épaisseur , ne renfermant aucun élément nerveux ; c'est elle qui constitue la prétendue subsistance grise périphérique de cet organe, dont il a été question plus haut. Son épaisseur est variable suivant les points qu'on examine ; elle augmente considérablement au niveau des angles que laissent entre eux deux faisceaux blancs voisins, car elle comble ces. angles et donne ainsi à la surface de la moelle une plus grande régularité. En outre, elle se prolonge dans les scissures médianes, et même, sous la forme de minces cloisons, entre les faisceaux qui composent les cordons.

Un réseau vasculaire très-serré occupe toute la substance grise ; il provient de la pie-mère, soit par la lame conjonctive du sillon antérieur et par ses prolongements, soit par les parties latérales de la moelle, et principalement par les points d'insertion du ligament dentelé. Il résulte des observations de His que des canaux périvasculaires appartenant au système lymphatique s'observent dans la substance blanche et dans la substance grise de la moelle.

3° Connexions des éléments de la moelle. Après avoir énuméré les divers éléments nerveux qui entrent dans la composition de la moelle épinière, il importerait de préciser les connexions de ces éléments entre eux, afin de permettre au physiologiste de suivre pas à pas la voie des incitations centrifuges ou centripètes qui traversent cet organe, ainsi que celle des incitations qui ont la moelle pour point de départ.

Autrefois le problème de la texture de la moelle paraissait extrêmement simple : il était admis généralement que toutes les fibres des racines nerveuses se réfléchissent simplement de bas en haut pour gagner l'encéphale, en remontant, les racines antérieures, le long des cordons antéro-latéraux, les racines postérieures, le long des cordons postérieurs. Les cordons blancs de la moelle représentaient ainsi tout simplement la somme des fibres radiculaires des nerfs rachidiens, qui étaient venues successivement rejoindre la tige centrale. Volkmann, le premier, chercha à prouver par des mensurations que le volume de ces cordons n'est pas en rapport avec celui des nerfs qui en partent, et que„ par conséquent, beaucoup de fibres radiculaires doivent naître de la moelle, sans remonter jusqu'à l'encéphale. Kœlliker, au contraire, s'évertua à démontrer que la substance blanche de la moelle peut très-bien rendre compte de toutes les racines des nerfs rachidiens. Des estimations plus récentes, faites par Slilling et d'autres, sont plutôt favorables à l'opinion de Volkmann.

Cette méthode n'ayant conduit à aucun résultat certain, c'est à l'observation directe qu'il fallut recourir. Il est aujourd'hui certain que les fibres des racines antérieures se terminent toutes (Schilling), ou du moins en grand nombre (Kœlliker), dans les grosses cellules des cornes antérieures, en se confondant chacune avec le prolongement dirigé en avant et en dehors que présentent

Prétendue substance grise périphérique.

Vaisseau* de la membrane grise.

Connexions

des éléments nerveux de la moelle.

Opinion ancienne.

Volkmann.

Kœlliker.

Observation directe.

Racines antérieures.

NEVROLOGIE.

Cordons antéro- latéraux.

Racines postérieures et cordons

postérieurs.

Kntre- croisement des fibres dans les commissures.

toutes ces cellules. Or, ces mêmes cellules sont pourvues de deux autres prolongements, dont l'un se porte vers l'encéphale, en rejoignant les fibres des cordons antéro-latéraux, et dont l'autre1 se dirige en dedans, pour aboutir probablement à une cellule motrice voisine on à une cellule motrice du côté opposé.

Les fibres des cordons antérieurs et latéraux ne sont donc pas simplement la continuation de celles des racines motrices : ce sont des fibres de transmission, qui font communiquer les cellules des cornes antérieures avec d'autres cellules situées plus haut, soit dans l'encéphale, soit dans la moelle elle-même. On peut se demander, dès lors, si chaque fibre radiculaire est représentée dans les cordons blancs de la moelle par une fibre de transmission distincte. La chose paraît peu probable ; mais les preuves à l'appui de cette opinion sont plutôt tirées de l'observation physiologique que de l'examen anatomique.

11 existe une communication entre les racines motrices d'un côté et celles du côté opposé, par l'intermédiaire des cellules des cornes antérieures; car, chez un animal décapité, une excitation unilatérale produit des mouvements réflexes dans les deux moitiés du corps. En fait, il y a des fibres nerveuses dans la commissure antérieure, et les cellules motrices présentent toutes un prolongement interne; mais il a été impossible jusqu'ici d'observer la continuité entre ces parties. D'autre part, Kœlliker admet que certaines fibres radiculaires traversent la commissure antérieure et se continuent dans les cordons antérieurs du côté opposé.

Nos connaissances sontencoremoinsprécises pour ce qui est des connexions des racines postérieures, et nous nous trouvons ici en face d'opinions trèsdivergentes. D'après R. Wagner, une portion des fibres de ces racines se terminerait dans les cellules des cornes grises postérieures ; d'autres traverseraient simplement la substance grise et iraient rejoindre les cordons postérieurs, pour s'élever avec eux jusqu'à l'encéphale, ou passeraient, à travers la commissure postérieure, dans la moelle du côté opposé ; d'autres, enfin, s'étendraient des cornes postérieures aux cornes antérieures et se termineraient dans les cellules motrices. Ces fibres qui vont des cornes antérieures aux cornes postérieures sont assez faciles à voir (fig. 109, m) : mais unissent- elles les racines antérieures aux racines postérieures directement ou par l'intermédiaire de cellules? C'est encore un point en litige, que l'observation directe pourra seule décider.

Une autre question qui a reçu des solutions contradictoires est celle des entre-croisements de fibres qui auraient lieu dans les commissures. Suivant M. Luys, toutes les fibres des cordons antérieurs naîtraient des cellules du côté opposé et s'entre-croiseraient sur la ligne médiane; Kœlliker, avons-nous dit, veut qu'il y ait continuité entre une portion des racines motrices et les fibres des cordons antérieurs du côté opposé : ces entre-croisements antérieurs, peu en rapport avec les faits de l'ordre physiologique, ne sont pas généralement admis. En arrière, on paraît plutôt disposé à admettre, avec Schrœder van der Kolk, une décussalion des fibres des cordons postérieurs, dans toute la longueur de la moelle.

4° Vaisseaux de la moelle cpinière.

L'artère spinale antérieure et les deuxartéres spinales postérieures, étendues sur toute la longueur de la moelle, donnent naissance à une multitude de rameaux qui s'anastomosent en réseau dans le névrilème de l'organe. De ce réseau partent

MOELLE ÉPINIÈRE

de nombreux ramuscules qui pénètrent dans l'épaisseur de la moelle. M. Duret les distingue en artères médianes, radiculaires et périphériques.

Des artères médianes, les unes sont antérieures, les autres postérieures. Les premières pénètrent dans le sillon médian antérieur, fournissent de fines ramifications aux cordons antérieurs et, parvenues au fond du sillon, se divisent en un pinceau d'artérioles qui se distribuent aux commissures et surtout aux cornes antérieures. Les artères médianes postérieures s'enfoncent dans le sillon médian postérieur, donnent des ramifications très-ténues aux cordons postérieurs, et s'étendent jusqu'à la commissure postérieure, dans laquelle elles se perdent.

Les artères radiculaires pénètrent dans la moelle en suivant le trajet des racines nerveuses. Les antérieures plongent dans les cordons latéraux et gagnent les cornes antérieures, où elles forment des réseaux autour des cellules nerveuses; les postérieures, accompagnant les racines correspondantes, sont destinées aux cornes postérieures et fournissent de nombreuses ramifications aux parties postérieures et internes des cornes antérieures.

Les artères périphériques, très-grêles, s'engagent dans les cordons de la moella avec les cloisons conjonctives fournies par le névrilème, et se répandent surtout dans la substance blanche. Au voisinage de la substance grise, elles s'anastomosent avec les vaisseaux de cette substance.

Les veines de la moelle, moins bien connues que ses artères, naissent surtout de la substance grise, où elles forment deux canaux longitudinaux situés sur les côtés du canal central. Elles sont unies par des veinules horizontales et rayonnantes, occupant les cloisons conjonctives, à un réseau superficiel, à larges mailles, qui repose sur le névrilème. De ce réseau partent des branches qui aboutissent à un tronc antérieur et à un tronc postérieur parallèles aux artères spinales, lesquels vont se rendre aux plexus intra-rachidiens en traversant la dure-mère.

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