‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier Bichat (volume 2)Chapitre 30 sur 61 · MÉCANISME DU LARYNX · texte numérisé non relu

MÉCANISME DU LARYNX

Les moiivemens du larynx sont généraux ou particuliers.

véritaLie caractère. Pins tard , en ce même auteur à consi-

gné dans le Dictionnaire des S ciences médicales , le résultat de ses propres observations et les faits recueillis par M. Thuillier en i8l5 dans une dissertation inaugurale. Plus récemment, on doit îiM. Boiiillaiid , et au savant auteur du traité de V Auscultation médiate J de nouvelles recherches sur cette maladie, plus ordinairement désignée aujourd’hui sous le nomé! cedème de la glotte.

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§ Mouvemens généraux du Larynx.

Les mouvemens de totalité ont lieu , i® dans la déglutition, 2*^ dans la prononciation des sons.

Dans le premier cas, le larynx est élevé et porté en devant à l’instant où les alimens franchissent l’isthme du gosier, ce qui agrandit en haut le pharynx , dont la paroi antérieure tient à cette cavité. Ce mouvement d’ascension est déterminé par les muscles qui agissent sur l’os hyoïde, lequel tient au thyroïde, comme je l’ai dit. On sent facilement ce mouvement en plaçant, pendant la déglutition, la main sur la saillie thyroïdienne. Cette fonction est devenue très-difficile, presque impossible même dans les chiens auxquels j’ai assujetti le larynx par deux petites ficelles passées en haut dans des trous faits au cartilage thyroïde préliminairement mis à découvert, et fixées en bas à un bandage de corps ; celuici servait en même temps d’attache à d’autres liens destinés à retenir la tête en arrière, afin que le chien ne pût fléchir le cou en devant, et relâcher ainsi les deux petites ficelles qui empêchaient l’ascension du larynx. J’ai fait cette expérience avec d’autres qui avaient la voix pour objet, et dont je vais bientôt rendre compte.

Dans la production des sons aigus, le larynx monte sensiblement : on sent cette ascension, qui est graduée suivant les tons , en plaçant la main sur le cartilage thyroïde pendant qu’on chante la gamme. Dans les sons graves, au contraire, il y a une dépression sensible. Ces deux mouvemens sont néces-

sairement accompagnés, le premier d’im allongement , le second d’un raccourcissement de la trachéeartère ; double état c|ui détermine dans ce conduit , d’une part un rétrécissement, de l’autre un élargissement assez manifeste. Tous les auteurs ont remarqué ces différences dans la trachée-artère, suivant la production des sons graves ou aigus. Quelques-uns ont cru meme c|u’e]les en étaient la cause; maisil est évident que si elles ont sur cessons quelque influence, celle-ci est peu marquée, et que sans doute même elles ne sont que des effets des mouvemens du larynx, que la trachée accompagne toujours.

Quel rapport y a-t-il entre les sons et les mouvemens de totalité du larynx? Je ne l’expliquerai pas ; il faut se borner sur ce point à l’observation. J’observerai seulement que ces mouvemens sont étran . gers à la force ou à la faiblesse des sons, qu’il faut bien distinguer de leur gravité ou de leur acuité. J’ai entendu des sons très-forts sortir d’un larynx fixé en bas et rendu immobile , dans les expériences dont je vais parler. D’ailleurs, on peut s’en assurer sur soi-même : tant que la voix reste au même ton , le larynx ne bouge pas, quelle que soit la force ou la faiblesse de celle-ci,

§ IL Mouvemens particuliers du Larynx.

Tous ces mouvemens se rapportent spécialement à la glotte , et ont pour agens les muscles décrits plus haut, ainsi que les cartilages aryténoïdes, qui sont très-mobiles à cause de cela dans leurs articu-

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îatioDS. Pour bien examiner ces mouvemens et leur rapport avec la voix, rapport qu’aucun auteur n’indique d’une manière précise, j’ai tenté les expériences suivantes :

1®. J’ai fait sur plusieurs chiens une plaie transversale entre l’os hyoïde et le carhlage thyroïde, en intéressant la peau , les thyro-hyoïdiens , la membrane du même nom, et la glande épiglottique. Parvenu ainsi à l’épiglotte et au repli de la membrane muqueuse qui de ce cartilage s’étend aux aryténoïdes, j’ai laissé un peu reposer les animaux, afin de donner au sang le temps de s’arrêter. Pendant cet intervalle, je voyais, à chaque inspiration et expiration un peu fortes, la membrane se gonfler et se pré. sentersous la forme d’une vésicule, comme celle qui sort quelquefois sur les côtés de la tête des grenouilles. La voix n’a nullement été altérée par cette première expérience. Le sang ne coulant plus ou presque plus, j’ai ouvert le repli indiqué, ainsi que la portion membraneuse qui de la langue se porte à l’épiglotte. Par là j’ai eu au-dessus de la glotte une fente trans* versale communiquant au dehors, et à travers laquelle j’ai fait sortir l’épiglotte accrochée avec une érigne. Je croyais que les sons ne traversant plus la bouche ni les fosses nasales, mais directement la plaie extérieure, allaient tout à coup changer de timbre. J’ai été étonné d’entendre que ce changement était presque nul : ils sont restés tout aussi forts, et ont peu changé de caractère. Il est vrai que ce n’était point l’aboiement, mais ce cri particulier aux chiens lorsqu’ilssouffrent dans nos expériences. En mettant une lumière devant les fosses nasales,

je me suis assuré que presque point d’air n’y passait; iaboucîie était d’ailleurs serrée avec une corde. Mais comme J malgré la plaie, extérieure, la résonnance pouvait toujours se faire dans les cavités palatines et nasales , j’ai tiré un peu plus fortement l’épiglotte avec i’érigne , de manière à amener la glotte entre les bords de la plaie, et à empêcher toute espèce de direction des sons vers ces deux cavités : la voix de l’animal, que j’irritais pour le faire crier, est toujours restée la meme. J’ai fait alors un petit trou à l’épiglotte ; j’y ai passé une petite ficelle, que j’ai ensuite fixée autour du cou, de manière à retenir toujours la glotte en devant à travers la plaie. Plusieurs chiens ont ainsi passé une ou meme deux nuits, pendant lescjuelies leurs cris ont été si forts, que le domestique de l’amphithéâtre a été obligé de les éloigner de la chambre oh il couchait. Ces animaux vivent plus ou moins long-temps avec cette ouverture, en criant toujours par elle quand on les irrite. Une fois, un de ceux soumis à cette expérience est mort le lendemain d’une angine séreuse exacte^ ment analogue à celle qui suffoque tout à coup les malades, et qui a son siège dans les deux replis de ! membrane muqueuse étendus entre les aryténoïdes et l’épiglotte.

Il résulte de ces premières expériences, d’abord que, si beaucoup de modifications de voix appartiennent au nez et à la bouche, la voix brute elle- 1 même est entièrement formée dans la glotte, quoi- I que cependant son timbre change un peu chez : l’homme dans le nez , comme on le voit en boucharit 1 les ouvertures antérieures des fosses nasales. Il est

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évident ensuite que Fépigiotte est nulle dans la pro, duction de la voix , piiisqii’étant tenue renversée et immobile par la petite ficelle qui la fixait en bas, les sons ont continué à être [rendus ; et cpf on peut même, dans cette expérience, la retrancher totalement dans sa partie supérieure, sans changement des phénomènes.

J’ai poussé plus loin ces essais , pour bien connaître les moiivemens delà glotte. îl était connu, et je me suis encore assuré qu’en ouvrant la trachée dans un point quelconque , pour donner passage à l’air , ou encore en fendant la membrane cricothyroïdienne, la voix se perd, à moins que, l’ouverture n’étant pas suffisante , il ne passe encore de l’air par la glotte ; ce qui prouve sans réplique c|ue c’est à cette ouverture que naissent les sons. Mais où sont-ils produits ? Est-ce exclusivement à la glotte , ou les replis muqueux de l’ouverture du larynx y concourent-ils aussi ? Voici ce qu’on aperçoit : toutes les fois que l’animal rend un son , la glotte elle-même se resserre, et cela d’autant plus sensiblement que ce son est plus fort. Quant aux replis muqueux qui la surmontent , ils restent écartés ; quelquefois cependant ils se rapprochent, mais toujours iis sont étrangers à la voix. En fendant leur bord supérieur, celle-ci reste la même. Le resserrement de la glotte a toujours lieu à un degré quelconque pendant la production des sons; jamais je ne'i’ai vue se dilater alors. On observe même sensiblement que ce resserrement à lieu à chaque expiration où aucun son n’est produit, et qu’au contraire la glotte se dilate à chaque inspiration ; cela a été constant sur tous les

et de ses DîÎPENDAI^CES. 419

chiens soumis à mes expériences. L’homme a la faculté de rendre pendant Finspiration des sons qui prennent alors un timbre tout particulier. Gela tient probablement à ce qu’ alors il fait, contre l’ordre ordinaire , coïncider le resserrement de la glotte avec le mouvement inspiratoire.

y. Pour mieux examiner l’influence de la glotte dans la production des sons , j’ai coupé le sommet des aryténoïdes avec de petits ciseaux : la voix a été un peu altérée. Elle a cessé lorsque ces cartilages ont été divisés dans leur milieu.

4^. Le cartilage thyroïde ayant été fendu longitu« dinalement , elle a cessé aussi. En réfléchissant aux connexions de ce cartilage avec les replis et le ligament de la glotte, et avec le ligament inférieur de l’épiglotte, on voit que l’opération indiquée par Desault, dans la bronchotomie faite pour extraire un corps étranger, ne doit pas être sans inconvéniens pour la voix, à cause de la cicatrice , où les parties conservent rarement leur disposition primitive d’une manière exacte ; considération qui est^ au reste, de peu d’importance en comparaison de l’ur- ^ gence des cas où la section du thyroïde peut être ! indiquée.

; 5^. Toutes ces expériences ont été faites le larynx

étant resté en place , tenant sur les cotés à l’os ] hyoïde , qui lui communiquait encore des mouvej mens de totalité , et s’en trouvant seulement isolé ;j en devant et en haut par la section de la partie :i moyenne de la membrane thyro-hyoïdienne. J’ai voulu ensuite séparer entièrement cette cavité de 1 l’os hyoïde, afin de pouvoir mieux examiner scs

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mouvemens. Cet isolement est difficile à cause de riiémorrhagie. J’ai Fai fait cependant, et la voix a cessé presque entièrement, quoique la glotte fut intacte : ce que j’attribue à la section des nerfs laryngés. Quelques faibles sons sortaient encore quand on irritait l’animal, et toujours alors la glotte se resserrait un peu. Meme phénomène à chaque expiration , et phénomène inverse dans l’inspiration.

Voilà quelques essais pour servir à Fhistoire de la voix. La plupart conilrment ce que la théorie des livres nous apprend. On y voit la glotte être le siège essentiel de la production des sons, et se resserrer toujours plus ou moins à l’instant oli ils sont produits. L’aryténoïdieri est le grand agent de ce resserrement lorsqu’il a lieu dans le sens transversal, comme on le voit presque toujours. Quand il se fait d’avant en arrière, ce c|ue j’ai observé aussi, les aryténoïdiens latéraux et les thyro-aryténoïdiens le produisent conjointement avec les crico-thyroïdiens, par l’espèce de bascule que ces derniers font exécuterai! thyroïde. J’avoue cependant cpie cette bascule est difficile à bien concevoir; on ne la voit point sur les chiens en mettant le cartilage à découvert. Peutêtre même les crico-thyroïdiens ne servent-ils qu’à fixer le thyroïde, pendant que les thyro-aryténoïdiens y prennent leur point fixe.

Les crico-aryténoïdiens postérieurs sont les seuls agens de la dilatation de la glotte : d’où l’on voit que les puissances du resserrement sont bien supérieures et bien plus variées ; ce qui a rapport à cè que j’ai observé dans mes expériences , savoir , que ce resserrement a toujours lieu pendant la production des

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sons , soit dans un sens , soit dans un autre , et souvent dans tous les deux en meme temps.

Quand les thyro^aryténoïdiens et crico-aryténoïdiens latéraux d’une part , et les crico-aryténoïdiens postérieurs , d’autre part, agissent simultanément, le ligament thyro-aryténoïdien est fortement tendu : il peut vibrer ; mais l’inspection ne m’a rien appris sur ces vibrations , qui cependant sont trèsprobables. Elles peuvent avoir lieu dans le rétrécissement transversal de la glotte , lorsque l’aryténoïdien et le crico-aryténoïdien postérieur combinent leur action , cas où le ligament ci-dessus est tendu. Dans le resserrement d’avant en arrière de la glotte , on les conçoit difficilement , vu le relâchement de ce ligament.

Au reste , je crois que l’explication de la production des sons graves et aigus sera long-temps encore un objet de théorie, attendu que les animaux soumis aux expériences c[ue je viens d’indiquer ne rendent que des sons plus ou moins forts, plus ou moins faibles, et qui toujours sont étrangers à des gradations harmoniques. Mais au moins on peut affirmer que plus la voix est forte et éclatante , plus la glottese rétrécit, soit transversalement, soit d’avant en arrière ; qu’au contraire plus elle est faible et devient basse, moins cette ouverture s’éloigne de l’état où elle se trouve dans l’inspiration. Or, on sait que la force ou la faiblesse sont totalement différentes de la gravité ou de l’acuité des sons; qu’un son grave ou aigu peut rester tel , qu’il soit fort ou faible. Est-ce que la largeur plus ou moins grande de la glotte est surtout relative aux deux premières mo-

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difications de la voix tandis que les fibrations du ligament aryténo “thyroïdien ont plus spécialement rapport aux deux dernières ? C’est un objet intéressant de recherches; je serais assez tenté de le penser. Les physiologistes, en distinguant ces modifications, ne les ont point assez isolées dans leurs théories sur la production des sons.

Bien certainement la force et la faiblesse des sons ne tiennent point au même mécanisme que leur gravité et leur acuité, puisque ces deux choses peuvent se séparer. On rend des sons graves ou aigus à voix basse comme à voix haute : on peut s’en assurer en fredonnant un air de la première manière. Or, il est évident que la tension plus ou moins grande du ligament aryténo-thyroïdien peut coïncider , d’après le mécanisme de la glotte , avec rélargissement ou le rétréciL^sement de cette cavité. Pour cela il suffit que le crico -ary ténoïdien postérieur ne combine pas ou combine son action avec Fary ténoïdien.

Gertaiiaement la quantité plus ou moins grande d’air rejetée par l’expiration est pour beaucoup dans la production des sons forts et faibles ; mais mes expériences mettent hors de doute que les états divers de la glotte y contribuent aussi (i).

(i) Voyez les nouvelles théories de la production des sons proposées dans ces derniers temps par MM. Cuvier , Dutrocliet , Magendie et Biot, et plus récemment par M. Savart. Voyez aussi les articles Voix du Dictionnaire des Sciences médicales et du Dictionnaire de médecine.

i;T OE SES DÉPENDANCES.

ARTICLE CINQUIÈME

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