‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier Bichat (volume 2)Chapitre 31 sur 61 · DÉVELOPPEMENT DU LARYNX · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DU LARYNX

Les différences du larynx suivant les âges ne sont pas moins marquées et moins tranchantes que celles suivant les sexes dans l’âge adulte. Ces différences se rapportent à deux périodes principales, savoir, aux années qui précèdent la puberté et à celles qui la suivent ; car c’est spécialement aux environs de cette époque que s’opèrent les grands changemens dans l’organisation laryngée , laquelle suit en partie, sous ce rapport, le développement des parties génitales.

On n o])serve aucune distinction , chez le fœtus et chez l’enfant, entre le larynx de l’im et de l’autre sexes. Cette distinction appartient tout entière à l’époque dont nous avons parlé ; jusque là , même volume , même formes arrondies , même défaut de saillie , etc. Cet organe est alors beaucoup moins développé proportionnellement dans l’un et l’autre sexe , dans l’homme surtout , qu il ne le sera par la suite. Cela est frappant en examinant l’os hyoïde qui le surmonte, et qui, déjà très-formé relativement à l’âge , fait plus de saillie cpi’il ne doit un jour en offrir. Il s’avance en devant du larynx; tandis que, dans l’adulte, c’est le larynx qui proémine plus que lui, chez l’homme surtout. Ce volume de l’os hyoïde tient au développement précoce de la langue , à laquelle il sert de base.

Le cartilage thyroïde n’a presque point d’angle saillant en devant chez l’enfant : il est arrondi dans

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ce sens , évasé à peu près comme chez la femme , cpiel que soit alors le sexe. Rien de particulier ne se remarque sur le cartilage cricoïde. En arrière, toutes les parties du larynx présentent la meme disposition que dans la suite, sauf la différence de volume proportionnel.

Il parait que c’est à cette petitesse et à cette unité de conformation dans le larynx du fœtus et de l’enfant de l’un et de l’autre sexes c[u’est due la nature particulière de la voix. A cette période de la vie, on remarque, i® que son timbre est grêle, a” qu’il a une uniformité assez constante , quel que soit le sexe. Si on observe une différence , elle n’est point la même que celle qui distingue par la suite la voix mâle de l’homme de la voix délicate de la femme.

A mesure que l’accroissement fait des progrès , le larynx parvient à l’état dans lequel nous l’avons trouvé chez l’adulte. Cependant il est incontestable qu’il ne suit point dans son accroissement la même proportion que beaucoup d’autres organes. Je l’ai vu chez des enfans de six mois égaler celui des enfans

de deux ans. Dans les amphithéâtres, on peut faire facilement ces comparaisons , que quelques auteurs ont déjà indiquées avant moi, et qui offrent un résultat constant. Quelquefois, dans un enfant de troisans, le larynx est plus petit que dans un autre d’un an ; tandis que dans la stature des deux il y a proportion exactement relative à l’âge.

A f époque de la puberté , on remarque dans les fonctions du larynx un changement presque subit, ou au moins beaucoup moins progressif que celui qu’on avait pu observer jusque là. Ce changement

prouve que l’état organique de cette cavité en subit un semblable , et que son développement se fait alors avec plus de rapidité. En effet, il survient en même temps dans les fonctions génitales une révolution semblable: or, elle est évidemment due au développement presque subit et à l’énergie de nutrition qu’acquièrent leurs organes. Ces cliangemens sont plus remarquables dans riiomme que dans la femme, attendu que chez celle-ci le larynx reste bien plus petit que chez le premier, après la puberté.

Cependant il est difficile de croire que la nutrition des cartilages , organes essentiellement lents dans leur mode de vitalité , s’accommode à la rapidité qu’offre souvent le changement de la voix à l’époque de la puberté. C’est principalement sur les muscles et sur la surface muqueuse que portent ces révolutions subites ; les cartilages ne se mettent que peu à peu en proportion avec les premiers. Cela est si vrai , que souvent la voix. conserve pendant six mois et plus un timbre particulier, qui n’est ni celui de l’enfance qui a précédé , ni celui de l’âge adulte c{ui doit succéder. Certaines parties du larynx , celles à vitalité plus active, ont crû plus vite que les autres : il y a de la discordance entr’elies, jusqu’à ce qu’elles soient de niveau dans leur nutrition. Alors seulement la voix a acquis le timbre qu’elle gardera toujours.

Au-delà de la puberté, le larynx n’éprouve plus de changement bien marqué : ses formes vont seulement toujours en se prononçant davantage, et sa saillie thyroïdienne devient plus grande chez l’homme.

Chez le vieillard , les cartilages continuant toujours à se pénétrer de phosphate calcaire , finissent par égaler les os en dureté. C’est le thyroïde où se manifeste surtout cet état , puis le cricoïde et les aryténoïdes. Le fibro - cartilage épiglottique en est presque constamment exempt, à cause de son mode particulier d’organisation, qui le rapproche de ceux du nez , des oreilles , etc. Je ne l’ai jamais vu meme avec un noyau osseux, disposition favorable à ses fonctions , qu’il ne pourrait remplir s’il perdait sa souplesse. La voix change constamment chez les vieillards elle devient faible , cassée. Cela tient à la faiblesse des muscles laryngés , à la rigidité des ligamens articulaires des cartilages : c’est le meme phénomène que celui qu’offre la locomotion à cette époque.

Quand on retranche les testicules, la voix de l’homme prend bientôt un timbre tout différent , et qui se* rapproche de celui de la voix de la femme. Survient-il alors un changement d’organisation dans le larynx? Je n’ai jamais eu occasion de disséquer des eunuques. '

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