PARTICULIER
L’oeil est formé de membraneè et d’humeurs. En dehors , la sclérotique et la cornée composent pour ainsi dire son écorce solide. Au-dessous de cette première enveloppe se rencontrent la choroïde, l’iris et
la rétine, qui servent pins immédiatement à ses fonctions. Enfin, au milieu se trouvent le corps vitré, le cristallin et l’humeur aqueuse. Des nerfs et des vaisseaux nombreux sont disséminés parmi toutes ces parties; mais on trouve entr’elles très-peu de tissu cellulaire : on dirait meme que rintérieur de l’œii est presque entièrement privé de cet élément d’organisation , si abondamment répandu dans le plus grand nombre des autres parties.
§ E’’. Membranes extérieures de V OEiL
a. Membrane sclcj'otique.
Elle occupe à peu près les quatre cinquièmes, de l’œil comme je l’ai dit, et protège efficacement par sa résistance les parties subjacentes. Sa forme est celle d’uhe sphère tronquée en devant. i°. Elle a extérieurement les mêmes rapports que l’œil. ‘E. En dedans , elle correspond à la choroïde dont on la détache avec facilité, quelques vaisseaux et nerfs, et quelques lames celluleuses d’une nature particulière, leur étant seulement intermédiaires. Le fluide choroïdien lui donne une teinte noirâtre, phénomène qui n’a pas lieu pendant la vie , et qui est l’effet d’une transsudatiori cadavérique. 3°. En arrière, elle offre, pour l’entrée du nerf optique, une ouverture qui n’est point placée dans la direction de son axe, mais qui est plus près du côté interne. Cette ouverture est arrondie et quelquefois représentée par plusieurs petits trous, que traverse la substance médullaire du nerf optique en se divisait pour se réunir en-
44^ l’oeil
suite et former" le tubercule d’où naît la rétine. Dans son contour, la continuité de la sclérotique avec l’enveloppe fibreuse que la dure-mère fournit au nerf est manifeste. 4°* En avant, la sclérotique présente une ouverture à peu près circulaire , un peu plus large cependant suivant le diamètre transversal que suivant le perpendiculaire, et dont le rebord, coupé obliquement aux dépens de la surface interne, reçoit la cornée, qui y est comme enchâssée. ^
On trouve sur divers points de la surface de cette membrane de petits trous pour des passages vasculaires et nerveux. Parmi ces trous , les uns la percent directement, d’autres sont les orifices de petits canaux qui traversent obliquement son épaisseur d’arrière en avant.
La sclérotique appartient au système fibreux; elle est à lame unique. Son tissu dense et épais, surtout en arrière, fortifié en devant, où il est plus mince, par l’épanouissement tendineux des muscles de l’œil, offre partout un entre- croisement irrégulier de fibres tellement serrées les unes contre les autres , qu’on a la plus grande peine à les distinguer. Les vaisseaux sanguins y sont peu nombreux : ils ne s’y ramifient que très-peu en capillaires; caractère de structure propre aux surfaces fibreuses, et distinctif des muqueuses, séreuses, etc. Aucun nerf ne paraît s’y distribuer. Des exhalans et des absorbans y existent comme dans les autres tissus semblables.
La sclérotique jouit d’une certaine extensibilité de
tissu, prouvée par le volume que l’œil acquiert
dans l’hydrophthalmie. Sa contractilité s’exerce lorsqu’après la ponction du globe de Fœil, cet organe diminue de volume, ou lorsqu’il s’atrophie et se réduit à une masse très-petite. Elle a pour usage unique de former l’enveloppe solide de l’œil , et de le garantir des lésions extérieures. Sa résistance est cependant moindre que celle de la cornée. Je m’en suis assuré par une expérience bien simple et que voici : lorsque l’on comprime fortement le globe de l’œil en deux sens opposés, c’est toujours la sclérotique et noncornée ni le cercle de réunion de ces deux membranes, qui est le siège de la rupture. J’ai même reinarqué que la sclérotique ne résiste pas également dans tous ses points; car, dans la même expérience, ce n’est jamais en arrière ni dans la portion de son étendue qui avoisine la cornée qu’elle se rompt ; c’est toujours dans l’espace moyen , entre l’attache qu’elle fournit aux muscles et son tiers postérieur. Cette membrane , très-épaisse en arrière par elle-même, s’amincit successivement davantage antérieurement; et ce n’est que la portion tendineuse des muscles qui lui donne tout-à-fait en devant la solidité que son tissu ne présente plus.
b. Blernhrane cornée.
Elle occupe le cinquième antérieur de l’œil. Sa forme est à peu près circulaire. Convexe en devant et saillante, elle forme le segment d’une sphère très-
petite sur^ajoutée à celle de la sclérotique. En de-
vaut elle répond à la conjonctive , qui , très-mince dans cet endroit; lui adhère fortement; lui donne
448 DE l’œil
l’aspect lisse qu’on lui observe, et semble en constituer unelame (i). Mais une macération un peu continuée, surtout dans l’œil du bœuf, les isole d’abord , et ensuite montre la différence de leur texture; car la lame de la conjonctive devient beaucoup ]3lus molle, et tend plus promptement à l’état de putrilage que les lames de la cornée. En arrière, elle a avec la membrane de l’humeur aqueuse le rapport que j’indiquerai. Sa circonférence, réunie à la sclérotique par la coupe oblique dont nous avons parlé, lui adhère si fortement que les anciens anatomistes l’ont confondue avec elle, en la distinguant seulement par le nom de cornée transparenie. Mais outre que la séparation de l’une et de l’autre s’opère au moyen d’une longue macération, la structure, les propriétés, les affections de la cornée diffèrent tellement de celles de la sclérotique, que l’on ne peut nullement croire à l’identité de ces deux membranes.
La cornée, bien moins épaisse que la sclérotique, non fibreuse comme elle, est formée de lames superposées les unes aux autres en nombre indéterminé (2) , faciles sur le cadavre à séparer par lescal-
(i) La face antérieure de la cornée n’est par recouverte par la conjonctive, comme le dit ici Bicliat , mais par une espèce d’enduit muqueux particulier, distinct de la conjonctive , et recouvert lui-même par une sorte d’épiderme ou d’épitliélium dont la nature est encore peu connue. V oyez les ouvrages des oplitLalniologistes modernes, et en particulier de P. E. Waltlier. d’A. Schmitli.
(?) On en compte distinctement dix.
{NotG ajoutée)
pel^et que]c|nefois isolées accideDtellement pendant la vie par nu état morbifique particulieiq comme lorsque du sang, du pus, etc., s’épanchent eiitr’elles. Ces lames, dures et résistantes, ne paraissent parcourues par aucun nerf. Les vaisseaux sanguins n’y existent point non plus; mais elles sont parsemées d’exhalans et d’absorbans. Les premiers déposent entre ces lamesuin fluide qui leur est propre et qui leur est intermédiaire. ^
Ce fluide peut augmenter et produire par là une sorte de gonflement observé depuis long-temps par les auteurs. Dans l’état naturel, il ne s’extravase point , et les absorbans le reprennent toujours; mais au moment de la mort, il suinte à l’extérieur, et forme au-devant de la cornée cette couche obscure qu’on remarque presque toujours lorsqu’on détruisant peu à peu la tonicité de toutes les parties les maladies leur ont donné une perméabilité que la vie ne permettait point. On n’observe pas ce phénomène dans les morts subites et violentes , tandis qu’on le remarque constamment dans la mort qui suit les maladies chroniques et aiguës ; souvent meme il est sensible quelque temps avant qu’elle ne survienne , au point que ce nuage sur la cornée a paru à plusieurs auteurs un signe pathognomonique de la mort prochaine. La cornée ne donne point passage, comme on l’avait cru, à l’humeur aqueuse pendant l’état de vie; mais après la mort, cette transsudation a lieu d’une manière sensible : l’aplatissement de l’œil et son moindre volume en sont les effets constans.
Les propriétés de tissu ne sont guère prononcées
II
45o DE l/oEIL
dans la cornée. Elie a peu d’extensibilité, et ne concourt presque pas à l’ampliation de l’oeil dans Thydrophthalmie. La contractilité de tissu y est moindre que dans la sclérotique; car lors de l’atrophie de l’œil, on la voit se rider inégalement en divers sens, tandis que la première se resserre uniformément sans offrir aucune inégalité semblable.
On ne trouve point de sensibilité animale dans cette membrane : aucune douleur ne suit sa section dans l’opération de la cataracte. Mais cette sensibilité peut s’y développer accidentellement, comme dans l’inflammation, où le sang pénètre les exhalans jusqu’alors imperméables pour lui. Elle n’a point de contractilité animale. Ses propriétés organiques n’y sont prouvées que par la nutrition. Cette vitalité obscure, ainsi que sa texture solide, transparente et laminée, ont paru rapprocher la cornée des ongles ; et les anatomistes les ont souvent confondus ensemble sous -ce point de vue. Mais les ongles n’ont point, comme la cornée , un fluide propre qui les sépare en lames distinctes. Leurs propriétés vitales sont encore moins sensibles. Ils ne sont point, comme la cornée, susceptibles d’inflammation; et leurs affections organiques n’ont pas les memes caractères. On ne voit point de dépôts se former entre leurs lames rapprochées, point de tumeur ou d’excroissance naître àùeur surface , comme il s’en forme sur la cornée. En un mot, sous quelque point de vue qu’on examine les choses, on ne peut rapporter à un même système les ongles et cette membrane. Je ne connais, dans l’économie, aucun tissu qui ressemble au sien : elle a une existence propre sous ce rapport.
r/r DE SES DÉPENDANCFS.
§ IL Membranes intérieures de V OEiL
Lorsqu’après avoir examiné la première enveloppe de l’œil, formée par la cornée et par la sclérotique, on divise celle-ci avec précaution par une section circulaire faite dans son milieu, et qu’on enlève en devant et en arrière ses lambeaux demi-sphériques, on trouve une seconde enveloppe plus mince, d’une couleur différente, formée par la choroïde en arrière, en devant par le corps ciliaire et par l’iris.
a. Membrane choroïde.
Elle tapisse l’intérieur de la sclérotique, lui est partout parallèle, et se prolonge depuis l’ouverture du nerf optique jusqu’au cercle ciliaire. En dehors, t« elle tient à la sclérotiq ue , comme je l’ai dit plus haut, et se trouve recouverte chez l’homme par un enduit i brunâtre qu’il est facile d’enlever, et qui se dépose |ten partie, après la mort, sur cette membrane. Cet enduit est étranger à la couleur d’un brun foncé que présente la surface externe de cette membrane, !€t qui reste lorsqu’on l’a essuyée exactement. En [dedans, la choroïde répond partout à la rétine, qui i|€st simplement étendue sur elle et ne lui adhère ilinullement. Le même enduit brunâtre s’observe de ince côté, et en plus grande quantité 5 il peut même iiétre aisément enlevé. La rétine n’en reçoit aucune :;lteinte, comme il arrive à la sclérotique. Cet enduit t -est moins abondant chez l’homme que chez plusieurs J autres animaux , que chez le bœuf en particulier.
452 DE LOEÏL
La choroïde offre deux ouvertures. L’une ^ postérieure^ très-étroite, répond à celle de la sclérotique et donne passage au nerf optique. On voit la membrane naître ici par un rebord quelquefois saillant vers l’endroit où la pie-mère abandonne le nerf. Plusieurs anatomistes ont meme cru que celle-ci , continuée dans l’œil autour de la rétine et changeant seulement d’aspect , formait la choroïde; mais on ne peut admettre cette continuité quand on remarque que le rebord par lequel la choroïde commence n’adhère ni au nerf ni à la pie-mère, et qu’il conserve sa forme annulaire lorsqu’on a enlevé le premier avec précaution. D’ailleurs, la ténuité de cette dernière, sa nature celluleuse et vasculaire, son aspect rougeâtre, etc., ne s’allient point à la consistance delà choroïde, à*la nature c[u’elle paraît avoir, et à sa couleur brunâtre résultant du fluide qu’elle fournit, tandis que la pie-mère n’en sépare aucun. Enfin , si on en juge par analogie d’affections, on voit que jamais la choroïde n’est infiltrée dans une foule de cas où beaucoup de sérosité s’amasse sur le cerveau au-dessous de l’arachnoïde, et remplit les aréoles cellulaires de la pie-mère, comme dans certaines fièvres ataxiques, dans les apoplexies séreuses , etc.
L’ouverture antérieure de la choroïde est trèsévasée. Bornée par le cercle et les procès ciliaires, auxquels elle adhère assez fortement, elle se termine en paraissant se continuer avec l’iris, comme je le dirai.
Pour voir la structure de la choroïde, il faut la soumettre pendant cjnelque temps à la macération.
ET DE SES DÉPENDANCES. /j53
Privée alors de son enduit, et en partie de sa couleur ordinaire quelle doit un peu à cet enduit, mais qui lui est aussi inhérente, comme je Fai dit, elle devient transparente presque comme une membrane séreuse. Sa ténuité et son peu d’épaisseur, lorsqu’elle est ainsi réduite à elle-même, ne permettent point de distinguer les deux lames dont plusieurs ont parlé , et dont l’existence isolée a déjà été rejetée par tous les vrais anatomistes. On n’y trouve qu’un seul feuillet qui se rompt par le moindre effort.
La choroïde n’offre dans toute son étendue aucune apparence fibreuse, mais seulement, près de son ouverture antérieure, quelques stries radiées qui commencent les procès ciliaires. Partout ailleurs, examinée à l’opposite du jour, elle paraît uniquement parsemée d’un grand nombre de ramifications vasculaires disposées souvent par petits faisceaux, et dont j’indiquerai l’arrangement dans l’angéiologie (i).
Soumise à Faction du calorique et des réactifs, la choroïde se racornit sensiblement comme les autres substances animales. Je conserve deux pièces où elle est ossifiée.
(i) Les ramification, ‘1 artérielles se distribuent principalement à la surface interne de la choroïde , les ramifications veineuses à la surface externe. Postérieurement ces ramifications forment deux plans superposés cpi’on peut séparer Fun de l’autre. Rujscli croyait avoir reconnu une disposition semblable en avant , ce qui l’avait conduit à admettre dans cette membrane l’existence de deux lames , dont l’interne a été appelée par son fils membrane rufschienne. ( Note ajoutée, )
454 DJ-: l’okil
La nature de cette membrane est entièrement inconnue. Sa ténuité et sa transparence après la macération pourraient la faire regarder comme ceL luleuse; mais son défaut absolu d’extensibilité dans l’état cadavérique , la multitude des vaisseaux qui la parcourent, enfin l’humeur noirâtre qui la revêt, sont autant de caractères que le tissu cellulaire ne présente nulle part.
Cette humeur, plus abondante du côté qui recouvre la rétine que de celui de la sclérotique , occupe évidemment toute l’épaisseur de la choroïde et la traverse sur le cadavre; mais elle paraît bornée à sa surface interne sur le vivant. Sa quantité va toujours en croissant à mesuré qu’on s’approche de l’iris, derrière lequel elle augmente beaucoup. Sa couleur devient aussi plus foncée , et prend en devant une teinte noirâtre, de brune qu’elle était; elle noircit même tout -à- fait. Aucune glande, apparente au moins, ne la fournit : elle est donc le produit d’une exhalation particulière. On peut la soumettre aux divers agenschimiques, soit sur lachoroïde elle-même, soit sur le papier, auquel elle donne une teinte solide que l’air n’altère point, comme je m’en suis souvent assuré : j’ai du papier teint ainsi depuis six mois, et qui est comme le premier jour. Cette humeur n’éprouve aucun changement dans le racornissement de la choroïde par l’action du calorique, ni par celle des acides très-concentrés, etc. : seulement sa couleur devient alors beaucoup plus foncée et comme noire, ce qui est évidemment un simple effet du rapprochement des parties colorées. J’ai observé également ce fait sur la peau des Nègres, dans
ET DE SES DÉPE]NDAIS’'CES. 4^5
la meme expérience, comme je Fai dit clans YAna^ tomie générale. Fixée sur le papier et soumise aux acides sulfurique, nitricpie, muriatique, etc..., à Fammoniaque, à Falcool, à la dissolution de potasse caustic|ue, elle est de meme absolument inaltérable. C’est à cette couleur particulière que Fon rapporte les usages de la choroïde , destinée probablement à absorber les rayons lumineux qui ne doivent point servir à la vision (i).
b. Cejxle ciliaire.
L’ouverture antérieure de la choroïde est bornée en dehors par le cercle ciliaire, anneau grisâtre, d’une épaisseur sensible chezFhomme, peu marqué au contraire dansFœil du bœuf, qui ne peut sous ce point de vue , ainsi que sous bien d’autres , suppléer, comme cela arrive souvent, à l’étude de l’œil humain.
Ce corps , situé sous le bord antérieur de la sclérotique, à l’endroit où elle se réunit à la cornée, concourt avec Firis à séparer l’œil en deux cavités inégales. Il adhère faiblement à la sclérotique, et peut facilement en être détaché sans aucune solution de continuité, quoique plusieurs auteurs aient prétendu le contraire , fondés sans doute
(i) D’après les expériences de M. MicLele Mondini, il paraît cpie la couleur noire de l’enduit de la clioroïde est due à deFoxide de fer , puisqu’en calcinant une clioroïde d’adulte dans un creuset de platine , on en extrait des particules de ce métal attirables à Faimant. {Note ajoutée.)
456 DE î/oEIL
sur l’inspection de l’œil du bœuf, ïl offre, à l’endroit de cette union, une couleur grisâtre. Sa largeur est à peu près de deux lignes; sa nature est pulpeuse, molle. Son tissu a l’apparence de celui des glandes muqueuses; mais il est plus spongieux. On ignore entièrement son organisation intime : elle n’a aucune espèce d’analogie avec l’organisation ligamenteuse, quoique plusieurs anatomistes aient appelé ligament ciliaire l’organe qui nous occupe (i). En devant, l’iris est comme enchâssé dans le cercle ciliaire, qui fait un peu de saillie au-devant de lui, quand la sclérotique et la cornée ont été enlevées de manière à laisser la choroïde et cette membrane intactes et formant seules les enveloppes de l’œil. En arrière, ce meme cercle donne attache à la choroïde , qui se confond avec lui d une manière insensible. En dedans, il est recouvert par les procès ciliaires.
c. Procès ciliaires.
Pour voir exactement ceux-ci, il faut, après avoir ouvert l’œil circulairement au milieu de la sclérotique, et avoir enlevé les humeurs vitrée et cristalline , détruire par la macération ou par une abster-
(i) Quelques anatomistes considèrent le cercle ciliaire comme un véritable ganglion : et en effet , d’une part , il reçoit les dernières ramifications des nerfs ciliaires ; d’une autre part, il envoie al iris une multitude d autres filets nerveux qui ne paraissent pas etre la suite des premiers. La couleur et la texture de ce cercle semblent encore confirnaer cette opinion. {^Note ojoutée.)
sioîi légère rendait choroïtiien. On aperçoit alors, derrière Firis et sur le devant de la choroïde, un grand nombre de replis nlembraneux , formant un anneau circulaire par leur réunion, allongés, disposés en forme de rayons, rétrécis à leurs deux extrémités, plus larges dans le milieu, et étendus depuis la choroïde jusc[ue sur le contour de la pupille. Ces replis radiés commencent assez loin sur la face interne de la première par des stries peu sensibles , recouvertes du iiuide choroïdien , qui est plus abondant encore dans leurs intervalles que sur ellesmêmes. Ces stries sont appliquées, dans Fétat ordinaire, sur le corps vitré et sur le canal de Petit qui environne le cristallin; elles y déposent, lorscju’on sépare la choroïde des humeurs de Fœil, une partie de ce fluide noirâtre, sous la forme de rayons impossibles à enlever, tant leur union à la membrane hyaloïde est marc|uée. Ces rayons correspondent aux intervalles des stries, intervalles que remplissait surtout le fluide noirâtre. Entre ses rayons sont des espaces non colorés et répondant, dans Fétat naturel, aux stries mêmes, c|ui, n’étant presque pas enduits du fluide, ne peuvent teindre Fhyaloïde. Quand, après avoir enlevé toute la partie postérieure des trois membranes de Fœil, on regarde à travers le corps vitré resté en place, on voit un disque radié, noir et blanc, et dont les rayons blancs sont formés par les stries, tandis c|ue les noirs le sont parle fluide déposé dans leurs intervalles. Les stries sont logées dans des especes de cannelures c[u’offre Fhyaloïde sur sa face antérieure.
En s’avançant vers la grande circonférence de Fi-
458 DE LOEIL
ris , ces stries se rapprochent les unes des autres. Quand elles y sont parvenues , elles s’unissent, semblent abandonner la choroïde, se replient sur ellesmêmes, et forment les procès ciliaires ^ dont elles peuvent être véritablement considérées comme des racines.
Les Procès ciliaires représentent, quand les humeurs sont enlevées , un anneau formé d’une multitude de replis adossés, que l’on peut renverser en arrière, en devant, ou tenir droits. Dans l’état ordinaire , ces replis sont toujours inclinés en devant; ce qui rétrécit sensiblement l’iris vu dans sa partie postérieure : aussi cette membrane paraît-elle plus grande lorsqu’avec le pointe d’un scalpel on renverse les replis ciliaires dans le sens opposé à celui où ils sont couchés. Entre leur face antérieure et l’iris , il n’y a point d’enduit noirâtre; celui-ci passe immédiatement de la circonférence de l’anneau qu’ils représentent , sur cette membrane : en sorte qu’il semble y avoir continuité; mais il est facile de s’assurer du contraire. Les replis ciliaires s’étant encore recourbés sur euxmiêmes, viennent se continuer avec la grande circonférence de l’iris par son extrémité antérieure. Ils régnent peu sur cette membrane, qui est très-unie en arrière, et non rayonnée comme sur le bœuf. On peut même l’enlever sur un œil dont la cornée a été préliminairement amputée, et les replis ciliaires restent alors en place; elle s’en détache avec beaucoup de facilité, ce qui m’a fait douter depuis long-temps qu’il y eût une véritable continuité.
Les procès ciliaires correspondent en dedans au
ET E»E SES DÉPENDA^IfCES. 4^9
cercle du meme nom : ils sont meme intimement unis à lui; mais ils n'en ont nullement la nature, au moins à en juger par l’apparence extérieure; car l’organisation intime de tous deux nous échappe également (i).
d. Membrane iris.
L’iris, cloison membraneuse destinée principalement à mesurer par ses mouvemens la quantité de rayons lumineux qui doivent servir à la vision, occupe le contour de l'ouverture antérieure de la sclérotique, à l’endroit où celle-ci se réunit à la cornée, et divise par conséquent l’intérieur de l’œil comme ces deux membranes en partagent la surface extérieure. Sa forme est circulaire et aplatie, sa direction verticale dans l’état ordinaire : elle est sujette cependant à varier. L’humeur aqueuse l’empéche d’obéir à l’impulsion que riiurneur vitrée lui communique en devant. Si la première vient à s’écouler, comme dans la cataracte, ou sur le cadavre où l’on
(i) Les procès ciliaires reçoivent de nombreuses ramifications (les artères ciliaires courtes ; leurs veines s’ouvrent dans les Q)asa ’Vorticosa de la choroïde : ils contiennent à eux seids presque autant de vaisseaux que toutes les antres parties du globe de l’œil ensemble. M. Pvibes les croit destinés à la uroduction des humeurs
de cet organe, opinion bien différente de celle de Haller qui ne leur attribue d’autre fonction que de maintenir le cristallin en place ; et à celle de quelques autres anatomistes qui les regardent comme destines aux mouvemens de l’iris et à la protraction du cristallin. {Note ajoutée.)
46o DE l’oeil
perce la cornée , aussitôt il devient convexe et s’accommode à la forme que présentent en arrière le cristallin et le corps vitré. Son ouverture moyenne permet une communication libre entre les deux cavités de l’œil qu’il sépare. Sa grandeur est variable suivant celle de l’œil auquel il appartient.
En devant, il correspond à l’humeur aqueuse, dont la membrane vient se perdre sur lui, et n’y est que difficilement suivie. C’est sur cette surface qu’on observe les différentes couleurs d’après lesquelles l’iris a reçu son nom.
Ces couleurs dépendent essentiellement de l’en-
cet enduit est nécessaire pour qu’on les voie. Quand on l’a enlevé , l’iris paraît transj)arent dans toute son étendue. Du reste, on ignore absolument la nature de ces couleurs et leur cause immédiate. Elles varient selon les individus. On peut, sous leur rapport, distinguer deux portions dans cette surface de l’iris, l’une interne, plus rapprochée de la pupille, l’autre externe, voisine de la grande circonférence. Les couleurs sont tantôt semblables*, tantôt différentes dans l’une et dans l’autre portions, mais plus prononcées en général dans l’interne, qui est la moins large des deux pour l’ordinaire, et qui quelquefois paraît plus saillante. Au reste, leur disposition est fort irrégulière; elles offrent quelquefois des plaques plus ou moins larges, ce qui donne à toute la surface de l’iris un aspect jaspé. On les voit d’une manière plus sensible quand l’humeur aqueuse existe; car elle augmente leur intensité par la réfraction qu’elle fait subir aux rayons lumineux. La cornée
1£T DE SES DÉPENDANCES. 4^ t
étant enlevée et rhiimeur aqueuse écoulée, elles perdent en grande partie leur vivacité.
Les anatomistes ont indiqué sur la meme surface une multitude de stries radiées, qui, commençant à la grande circonférence, vont en convergeant se terminer auprès de la pupille. On voit effectivement ces stries sur le vivant, mais elles sont beaucoup moins sensibles et ont une disposition moins régulière cpi’on ne Fa cru. Assez prononcées quelquefois auprès de la pupille, elles ne s’aperçoivent prescpie plus en dehors. Sur le cadavre, on ne les retrouve presque plus , ce qui tient probablement à l’affaisseinent où sont toutes les parties.
Postérieurement, l’iris est recouvert de l’enduit noirâtre , qui y est beaucoup plus épais et plus prononcé c|ue sur la choroïde elle-même. Lorscpi’on a enlevé cet enduit par la macération , on voit en dehors les stries radiées c|ue terminent les procès ciliaires et qui paraissent dépendre des replis de la membrane. Mais ces stries sont beaucoup moins apparentes chez l’homme que dans le bœuf et autres animaux, où, très-prononcées pendant un certain trajet, et effacées ensuite, elles ont donné lieu â plusieurs anatomistes de diviser la surface postérieure de l’iris en deux anneaux, dont l’externe est strié, et l’interne lisse. Majs, comme nous venons de le dire, on ne peut admettre une pareille distinction dans l’iris de l’œil humain.
La grande circonférence de cette membrane est enchâssée pour ainsi dire entre le cercle ciliaire, qui forme au-devant d’elle une saillie assez remarquable chez l’homme ; et les procès ciliaires, qui se trou-
4^2 DE l’oeil
vent en m rierc. On peut facilement, comme je l’ai dit, la détacher de ces deux parties sans solution de continuité; ce qui me fait croire qu’elle n’est point un prolongement des procès ciliaires, mais un corps tout-à-fait distinct.
La petite circonférence, ou l’ouverture de l’iris, se nomme la pupille. Sa forme est circulaire chez l’homme. Sa grandeur varie, non-seulement suivant le volume de l’œil, mais surtout suivant la dilatation ou le resserrement dont il est susceptible. C’est par ces variations qu’est déterminé le nombre des rayons lumineux qui doivent servir à la vision.
Quoique l’iris offre en devant et en arrière une disposition fort différente , on ne peut cependant y distinguer deux feuillets, au moins dans l’homme; car leur existence isolée est plus sensible et plus facile à prouver dans l’œil de certains animaux. Quelques auteurs y avaient admis des fibres charnues, parce quils ne croyaient pouvoir expliquer autrement la contractilité dont jouit cette membrane; mais il nen existe évidemment aucune
(i) On regarde gënéralément aujourd’liiii l’iris comme formé par deux lames unies intimement près de la pupille, mais qu’il est facile d’isoler vers sa grande circonférence. L’existence de fibres musculaires, que la plupart des auteurs persistent à nier, est néanmoins admise et semble avoir été démontrée par d’babiles observateurs. M. Maunoir, cliirurgien de Genève, croit avoir reconnu , à 1’aide.d’une forte loupe, que ces fibres forment deux plans, l’un externe et plus large, radié, correspondant à I anneau coloré externe, l’autre interne, à fibres circulaires, correspondant à l’anneau coloré interne : le premier serait dilatateur et le second constricteur de la pupille. Les observations de
L’iris jouit de propriétés très-marquées. Le calorique le racornit prompteinent. Son extensibilité de tissu est prouvée par les dilatations morbifiques de FœiL II ne parait point jouir de la sensibilité ni de la contractilité animales. Lorsqu’on le blesse dans l’opération de la cataracte , ou qu’on l’ouvre pour former une pupille artificielle, aucune douleur n’en résulte. Ses mouvemens sont excités surtout par la présence ou l’absence de la lumière. Lorsqu’on approche subitement un flambeau de l’oeil jusque là fermé , ou qu’on passe d’un endroit très-clair dans l’obscurité, son état change singulièrement. Mais ici le mode de mouvement est particulier : c’est en se dilatant que l’iris diminue la largeur de la pu- : pille. Dans les ténèbres, et toutes les fois que la lumière est très-faible, il se contracte, et il en résulte l’agrandissement de cette meme ouverture; <en sorte qu’ici le stimulant produit l’allongement des fibres , et son absence leur contraction , ce qui iest absolument l’inverse des muscles. J’ai fait remarquer ailleurs ce mode particulier de mouvement dont jouissent certains organes des animaux, et qui lime paraît encore très-peu connu.
L’iris a des rapports sympathiques assez multi-
iM. Baiier, de sir Everard Home, de M. H. Cloquet parais— bent s’accorder avec celles de M. Mamioir. — L’iris reçoit les flernières ramillcatioiis des nerfs ciliaires , qui gagnent en rayon— jiant sa petite circonférence ; ses artères proviennent des ciliaires ij ongues ; ses veines s’ouvrent dans les veines ciliaires longues et
iilans les 'vasa vortico^a. (Note ajoutée, )
464 t/oeîL
pliés. Nous ignorons presque Finfiuence qu il a siii les autres organes; mais nous connaissons plusieurj des influences qu’il reçoit. Dans la cécité par affection de la rétine , sa contraction et la dilatation d( la pupille sont habituelles, ce qui n’arrive poin dans plusieurs autres cécités : d’où l’on peut con dure qu’il se meut plutôt sympathiquement à l’oc casion de l’impression faite sur la rétine par le: rayons lumineux qu’en vertu de l’impression qui en reçoit lui-méme primitivement. Gela prouve auss que le raccourcissement est vraiment l’état passif d< cette membrane, son état actif consistant dans i’al longement de ses fibres ; phénomène opposé à cem des muscles. L’hydrocéphale, l’apoplexie, les affec tions comateuses et ataxiques , la présence des ver: dans les intestins, les en gorgemens abdominaux, etc. donnent aussi lieu sympathiquement à une plu: grande dilatation de la pupille.
Le mouvement de l’iris cesse à l’instant de la mort et ne peut plus être mis en action d’aucune manièr( quelques instans après, comme l’irritabilité muscu laire. Sur le cadavre , l’ouverture de la pupille s( trouve dans des dimensions très- variables et qu dépendent de l’état de l’iris à l’instant de la mort.
e. Membrane rétine.
La rétine forme la troisième enveloppe membra neuse de l’œil. Sa forme est la même que celle d( la choroïde, dont elle suit la disposition. Elle es\ étendue depuis le nerf optique jusqu’au cristallin
Son origine a lieu au contour du nerf optique , immédiatement après l’entrée de celui-ci dans l’oeil. N’en est-elle que l’épanouissement , comme le pensent presque tous les anatomistes? On ne sera pas porté aie croire si l’on observe que le nerf optique finit tout à coup après avoir traversé la choroïde , et offre un point blanchâtre assez large que circonscrit de tous côtés la rétine dont la couleur n’est nullement celle du nerf, quia progressivement diminué. D’ailleurs , le nerf forme , dans sa terminaison , un petit bourrelet saillant au-delà de la rétine. Tout ceci s’aperçoit facilement lorsqu’après avoir ouvert circulairement l’œil, on enlève avec précaution le corps vitré. Au reste , ceci n’est que relatif à la conformation ; car pour l’organisation intime , je suis très-persuadé que la rétine est de meme nature que la substance médullaire du nerf.
Dans son trajet, la rétine embrasse le corps vitré jusqu’aux procès ciliaires, correspond en dehors à I la choroïde, sur laquelle elle est appliquée sans au- ! Clin moyen d’union et sans en recevoir jamais de J coloration , et recouvre en dedans le corps vitré i également sans lui adhérer. Parvenue aux procès ci- I liaires, elle paraît s’y terminer par une portion cir- \ culaire un peu plus épaisse ; mais cette disposition I n’est qu’apparente. Une lame mince en part, se ré- I fléchit sur les procès ciliaires , les tapisse en s’enfonçant dans leurs intervalles , et s’avance ainsi i jusqu’au cristallin. Pour la yoirdans cet endroit, il I faut enlever avec précaution la choroïde et les procès 1 ciliaires, en laissant la rétine appliquée sur le corps i vitré. La ténuité de cette portion antérieure la dérobe IT. 3q
/j66 I>E l’oeil
alors à la vue; mais en plongeant le corps vitré dans l’eau , on la voit s’en détacher sans peine. Les intervalles des procès ciliaires sont donc le seul endroit où la rétine reçoive la teinte choroïdienne.
Cette membrane , cpioique de même nature que la substance médullaire des nerfs , de l’optique en particulier , présente cependant quelques différences. Sa couleur grisâtre contraste avec la blancheur de la substance nerveuse. Sa densité est beaucoup moindre que celle de cette même substance ; elle offre une matière pulpeuse sans aucune apparence de fibres. J’ai remarcpié quelle ne se racornit presque point par le feu ni par les acides concentrés ; phénomène qui la distingue essentiellement des organes solides et fibreux, et qui montre son analogie avec la substance médullaire des nerfs et du cerveau , qui offrent le même résultat. En effet, c’est le névrilème qui est le siège du racornissement considérable que présentent les nerfs : or, cette enveloppe particulière est absolument étrangère à la rétine, qui offre la substance médullaire à nu.
L’artère centrale fournit plusieurs rameaux à cette membrane avant de pénétrer dans le corps vitré. Elle est le seul moyen d’union entre elle et les autres parties de l’œil.
Sœmmering a découvert sur la rétine , en dehors et à deux lignes du nerf optique , une tache jaune plus foncée dans son milieu que dans son contour, large d’un peu plus d’une ligne. Elle se trouve dans la direction de l’axe de l’œil. Plusieurs plis vagues se voient aux environs. Ces plis paraissent être un effet de l’affaissement de rhumeur vitrée , dont le
corps devenu plus petit par la transsudation cadavérique J ne distend plus autant c[ue pendant la vie la rétine , qui se développe exactement lorsqu’on plonge l’œil dans l’eau. Ces plis sont donc des choses accidentelles et étrangères à la conformation de la membrane; mais on en voit un parmi eux qui appartient spécialement à cette conformation, et qui ne se détruit jamais , quelque distension que celle-ci éprouve. Il est près de Finsertion du nerf optique, et se prolonge à deux lignes au plus en dehors. L’immersion dans l’eau ayant détruit les plis accidentels, laisse voir un enfoncement irrégulier au niveau de la tache jaune. Dans le milieu de cet enfoncement, on découvre le trou central de la rétine , ouverture très-étroite qui correspond au milieu de cette tache jaune et qui disparaît aussitôt que l’on retire l œd de 1 eau. Toiîs ces objets paraissent constans dans la rétine de l’homme; on ne les trouve point dans celle de beaucoup d’animaux. Pour les bien voir , il faut examiner par derrière la rétine plongée dans l’eau et mise à découvert par la soustraction de la partie postérieure de la sclérotique et de la choroïde. On les voit aussi par-devant, en enlevant l’humeur vitrée , ou meme au travers de cette humeur , lorsque toute la partie antérieure des membranes de l’œil a été emportée.
La rétine jouit d’une sensibilité animale très-marquée : c’est en vertu de cette propriété quelle est la partie de l’œil essentielle à la vision. Elle n’a point de contractilité animale. Les propriétés organiques n’y sont prouvées que par sa nutrition.
46 8 DE l’oeil
§ III. IJes Humeurs de V OE il.
Il y en a trois principales, savoir, les humeurs vitrée , cristalline et aqueuse. Chacune a un petit appareil membraneux qui est destiné et à la fournir et à la contenir. Ce petit appareil doit être examiné conjointement avec elle ; en sorte que ces trois humeurs offrent chacune Fidée d’un composé d’un organe solide et d’un fluide qu’il sépare : c’est ainsi que je les présenterai.
a. Corps vitré.
Le corps vitré occupe les trois quarts postérieurs de l’œil. Embrassé en arrière et sur les côtés par la rétine , il avoisine en devant le cristallin et les procès ciliai res. Sa forme est convexe en arrière, convexe encore sur la cii’conférence de sa partie antérieure, mais concave au milieu pour recevoir le cristallin. Contigu seulement aux organes voisins, il ne leur est fixé que par la branche moyenne envoyée au cristallin par l’artère centrale de la rétine. Ce corps , outre l’humeur qui en constitue la plus grande partie et qui offre une médiocre consistance, semble être environné d’un fluide particulier, intermédiaire à lui et a la rétine , et qui s’écoule toujours au moment où on ouvre l’œil. Mais ce fluide est -il naturellement séparé, ou n’est-il plutôt qu’une transsudation cadavérique de l’humeur vitrée elle-même ? On sera porté à admettre cette dernière opinion , si l’on observe que le corps vitré ; isolé de l’œil et
BT JT^B SES DÉPENDANCES. 4^9
abandonné à lui-même, fournit continuellement un lluide semblable, et diminue en raison delà perte de ce fluide.
^iDeux parties composent le corps qui nous occupe : la membrane hjaloïde et Vhumeur vitrée que cette membrane contient. Réunies, ces deux parties offrent une égale transparence , et Fœil ne peut les distinguer dans leur état naturel. Mais plusieurs expériences prouvent évidemment F^stence isolée de chacune. J®. Si on enlève le corps vitré avec une pince ou avec la pointe d’un scalpel , il demeure suspendu à l’instrument et s’allonge jusqu’à un certain point sans se rompre. 2°. Si on fait une légère incision à sa lame externe, le fluide contenu dans ses vésicules forme aussitôt une hernie sensible, le reste de la surface demeurant uni et liss*e. 3^. J’ai remarqué que ce corps étant plongé dans une dissolution de potasse simple ou de pierre à cautère, la membrane acquiert une légère opacité grisâtre, et flotte dans la dissolution, tandis c{ue l’humeur, qui s’est en partie écoulée, n’est point altérée dans sa portion restante. Les acides produisent un effet analogue ; mais ils donnent à la membrane une teinte plus blanche, et agissent à peu près de même sur l’humeur, en sorte que la totalité du corps devient opaque, et qu’on distingue moins bien la membrane.
Membrane hjaloïde. Elle forme , d’après ce qui vient d’éîre dit, l’enveloppe extérieure du corps vitré, et de plus , envoie au-dedans de lui des prolongemens qui le divisent en cellules, dont il est difficile de déterminer la forme et la grandeur. On» ne voit pas cette disposition celluleuse, à caiLse de
l\^0 DE l’oeil
la transparence générale ; mais j’ai observé que, quand on comprime légèrement entre les doigts le corps vitré en deux sens opposés , on sent plusieurs lobules inégaux séparés par des intervalles, et roulant les uns sur les autres. La congélation de ce corps y montre aussi, comme on sait, plusieurs glaçons naturellement distincts , et offrant des formes diverses. Soumis à i ebulliti(m, après qu’on a préliminairement divisé sa lam^Rterne , le corps vitré se couvre de bosselures que l’œil aperçoit facilement et qui correspondent à chacune de ses portions. Tous ces phénotnènes démontrent assez et l’existence de l’hyaloïde et sa disposition cellulaire dans toute l’étendue du corps vitré.
Lorsque cette membrane est parvenue au contour du cristallin , elle s§ divise en deux lames , dont l’une se porte au-devant de la capsule de ce corps , et l’autre derrière elle. L’espace triangulaire résultant de leur écartement est complété par le contour de cette capsule , et forme le canal cù'culaire de Petit , qui ne contient aucun fluide , et dont les deux lames , appliquées rime contre l’autre , sont rendues sensibles avec assez de facilité par l’insufflation. Sur la lame antérieure se trouvent les stries qui reçoivent les procès ciliaires.
La structure de l’hyaloïde est peu connue. Cette membrane n’offre aucun caractère qui la rapproche des autres. Elle est parcourue par quelques vaisseaux sanguins, branches de l’artère centrale de la rétine. Les exhalans sont les seuls moyens par lesquels elle peut entretenir l’humeur qu’elle renferme , et qu’évidemment aucune glande ne fournit. L’absorption
ET DE SES DÉPENDANCES. [\^l
rapporte ensuite dans la circulation cette humeur , qui est ainsi liabitueilement renouvelée.
L’hyaloïde est susceptible d’une certaine extensibilité de tissu, comme le prouvent certaines hydrophthalmies dues uniquement à Faugmentation de volume du corps vitré. Elle se racornit jusqu’à un certain point par Faction de Feau bouillante , par celle du calorique immédiatement appliqué , par celle des acides concentrés , etc. Mais ce racornissement n’est point comparable à celui dont les autres membranes de l’œil sont susceptibles. En effet , si l’on soumet , pour terme de comparaison , la sclérotique et la choroïde aux agens dont nous venons de parler, on les voit se resserrer sur ellesmêmes avec une extrême rapidité, et diminuer considérablement de volume : au contraire , le corps vitré diminue peu dans les mêmes circonstances. Les propriétés animales de Fhyaloïde sont ignorées; elle jouit des organiques, qui sont nécessaires à son exhalation et à son absorption alternatives , et à sa nutrition.
Humeur vitrée. On la sépare de la membrane hyaloïde , soit en donnant lieu à son écoulement spontané par plusieurs incisions faites' au corps vitré , soit , comme je le fais ordinairement , en comprimant doucement ce corps entier dans un linge : le fluide sort , et des stries membraneuses restent enduisant le lins^e.
Cette humeur présente à peu près la consistance de la gomme délayée dans une petite quantité d’eau. Elle est miscible à ce fluide, parfaitement incolore et transparente. Soumise à Faction du calorique sui
l’œil
un fer chaud sans incandescence, et dans la mem-
brane hyaloïde, ce qui forme ie corps vitré en totalité, elle se boursoufle légèrement, et il s en dégage beaucoup de gaz qui commence à s’échapper par sa surface qui est en contact avec le fer chaud* L’endroit meme du contact devient opaque, et se coagule un peu, de manière à offrir une fausse membrane mince, blanchâtre, qui s’enlève facilement ensuite, et au-dessus de laquelle l’humeur a conservé sa fluidité et sa transparence. Lorsqu’on enlève cette fausse membrane, et qu’on replace le corps vitré sur le fer chaud, une nouvelle couche se forme, et ainsi
de suite successivement jusqu’à ce que, s évaporée presque entièrement, cette humeur ne laisse qu’ur. résidu membraneux presque nul.
L’eau bouillante trouble très-légèrement l’humeur vitrée, mais sans la coaguler aucunement, comme elle le fait pour le cristallin : aussi, lorsque l’œil entier, plongé dans l’eau bouillante, s’est fortement racorni sur lui -même, phénomène qui est dû surtout à la scléro tienne, si on y fait en arrière une piqûre, l’humeur vitrée, restée fluide comme aupara-
vant, s’échappe avec impétuosité, et s’élance à une grande distance , pressée par l’enveloppe extérieure, qui n’a pu , vu le peu de compressibilité de cette humeur, obéir entièrement à sa tendance au racornissement, à lacpielle elle cède alors. Parmi les expériences qui peuvent servir à démontrer la susceptibilité des membranes fibreuses pour le racornissement, celle-ci me paraît une des plus curieuses. Je l’emploie souvent dans cette vue.
L’humeurvitrée exposée àfair se putréfie aubout
ET DE SES DlépETf DANCES. 47 3
de peu de jours; elle se dissipe progressivement, et il reste un résidu membraneux opaque. Les acides et Falcoollui donnent, comme l’eau bouillante, une légère blancheur, mais sans coagulation. Les alcalis ne l’altèrent point, tandis qu’ils ont une certaine action sur l’hyaloide, comme nous l’avons dit plus haut.
Voilà ce que j’ai observé dans mes expériences sur le corps vitré, qui n’était encore que très-peu connu, sur lequel on n’avait que quelques essais incomplets, et qui mérite encore de fixer d’une manière particulière l’attention des chimistes, pour suppléer à ce que je n’ai point fait.
b. Du Cristallin et de sa Membrane.
Le cristallin, corps transparent, de forme lenticulaire, est situé entre le tiers antérieur et les deux tiers postérieurs de l’œil. Enchâssé en arrière dans le corps vitré par la moitié de son épaisseur, il correspond à ce corps par une surface convexe qui s’en sépare facilement. En devant, il fait une saillie considérable derrière la pupille, et offre également une convexité qui représente la portion d’une sphère beaucoup plus petite que celle du corps vitré. L’humeur aqueuse le baigne dans cet endroit. Sa circonférence est fixée au corps vitré d’une manière plus solide que sa partie postérieure; les procès ciliaires la recouvrent un peu en devant. Le cristallin, un peu plus rapproché de l’angle interne de l’œil quede l’ano^le externe, a un axe différent de celui de l’œil entier. Deux parties distinctes en composent l’en-
474 l’oeil
semble : une capsule membraneuse ^ et une humeur
contenue dans cette capsule.
Membrane cristalline. Sa forme est indiquée par celle du corps entier quelle concourt à former. Elle est composée de deux portions : l’une propre qui la forme essentiellement; l’autre qui dépend de l’hyaloïde et qui lui est ajoutée. La première enveloppe le cristallin de toutes parts , en lui formant un sac sans ouverture, qui n’envoie aucun prolongement dans son intérieur. En devant, cette capsule propre est recouverte par une lame que l’hyaloïde lui envoie, et avec laquelle elle se confond dans le milieu, de manière à ne pouvoir presque jamais en être séparée, tandis quelle s’en isole facilement quand on se rapproche de la circonférence. En arrière , une seconde lame de l’hyaloïde recouvre cette capsule, et s’en sépare aisément dans toute son étendue. Il résulte de là que la capsule cristalline propre n’est distincte de celle de l’hyaloïde qu’en arrière et dans son contour, où elle complète le canal de Petit , qui est formé en partie par les deux feuillets écartés de cette meme capsule byaloïdienne. En incisant et en soulevant le feuillet antérieur, on reconnaît sans peine le canal dont nous parlons.
La capsule cristalline a beaucoup plus d’épaisseur et de densité que l’iiyaloïde ; on peut s’en convaincre en l’examinant en arrière, où elle peut s’isoler. Enlevée en entier de dessus le cristallin lui-même , elle conserve une certaine solidité, et résiste assez pour pouvoir être comparée à la cornée, dont elle paraît avoir la structure, comme l’observe Haller.
ïî:T Dlî SES DÉPENDANCES. 475
Cette analogie me semble confirmée par l’observation des cataractes membraneuses, comparables aux taies dont la cornée est si souvent le siège. Exposée à l’action du calorique immédiat et à celle ’de Feau bouillante, la capsule cristalline se racornit, devient opaque et légèrement blancliâtre; le même effet résulte de Faction des acides : les alcalis ne l’altèrent point; le contact de l’air lui donne une teinte jaunâtre.
Entre la capsule et le cristallin proprement dit , on trouve un fluide particulier, nommé humeur de Morgagni. Ce fluide s’écoule aussitôt que l’on ouvre la capsule, et son défaut de consistance le distingue suffisamment du cristallin, qui en est environné. Rarement il augmente contre nature. Transparent dans l’état ordinaire, il acquiert c[uelquefois une blancheur et une consistance lactescentes qui forment en grande partie ce qu’on nomme les cataractes lai^ teuses. L’exhalation est la seule manière dont il : puisse être fourni. Se fait-elle par, une membrane \ séreuse propre, tapissant l’intérieur de la capsule ? i On l’ignore absolument, aussi bien que la nature de ce même fluide. Haller pense qu’il est souvent peu abondant dans l’état de vie ; qu’il augmente sf|)rès la mort; qu’il paraît être fourni principalement par ï la transsudation du cristallin lui-même, et avoir pour r| usage d’empêcher l’adhérence de celui-ci avec sa j capsule.
I CristcdJin. Ce corps , en tièrement isolé de sa mem- •i brane, offre une transparence parfaite. Deux coui ches fort différentes le constituent. L’une, extérieure, assez épaisse, n’est nullement lamelleuse, mais
47^ DE l’oeil
molle , collante et facile à enlever. L’autre, profonde, plus solide , forme le noyau de la première et se divise en un grand nombre de lames juxta-posées les unes aux autres. Le plus simple examen suffit pour reconnaître cette distinction, que j’ai rendue beaucoup plus sensible dans plusieurs des expériences suivantes, Si l’on expose le cristallin à l’action du calorique sur un fer chaud sans incandescence, la couche superficielle brûle avec un boursouflement léger, tandis que le noyau ne se boursoufle point , mais se change en une masse blanche opaque, sensiblement lamelleuse et friable, qui donne une odeur assez analogue à celle de la corne brûlée. 2®. Par feau bouillante, la couche extérieure acquiert une blancheur de lait, une consistance un peu plus marquée et comme pâteuse. On la détache facilement. Quand elle a été enlevée, on trouve le centre beaucoup pjus solide, ayant une couleur de nacre de perle, reluisant et resplendissant, inaltérable par de nouvelles immersions dans la meme eau bouillante. 3^. L’alcool produit les memes effets, mais d’une manière beaucoup moins sensible. 4^- f^^s acides étendus d’eau ont sur le cristallin la même action queii’eau bouillante : il n’en est pas de même des acides concentrés. 5®. L’acide sulfurique concentré lui donne une apparence comme gélatineuse, une couleur brune obscure, et le réduit tout entier à cet état pulpeux et charbonné commun à toutes les substances animales traitées par lui. 6®. L’acide nitrique concentré le jaunit et le durcit : mais, tandis que l’extérieur devient d’un jaune opaque et foncé, le centre conserve, avec sa couleur jaune , cet éclat
ET DE SES DEPÈÿfDAI^CES. 47 ^
remarquable, cette teinte resplendissante qui le distinguent dans la blancheur. 7®. L’acide muriatique concentré lui donne beaucoup de dureté; mais il ne prend point alors la couleur blanche observée par l’effet des premiers réactifs. 8®. Par la macération long-temps continuée, le cristallin se putréfie et se change en une masse pulpeuse. 9®. Exposé à l’air, il se dessèche, devient solide, friable meme dans sa couche extérieure; il jaunit un peu, mais conserve sa transparence et sa forme primitive. Il se conserve très-long-temps dans cet état de dessiccation; on le prendrait quelquefois alors pour une de ces pierres arrondies et jaunâtres qui servent à nos bijoux : on dirait meme que plus il est gardé , plus il devient inaltérable. 10®. Mis en contact avec un sel neutre en poudre bien sec, avec l’alun spécialement, il prend une dureté plus grande encore qu’à l’air, jaunit aussi un peu, et ensuite se conserve sans subir aucune altération. 11®. Si, dans cet état de dessiccation, on l’expose à la flamme d’une bougie, il brûle en pétillant, et en exhalant une odeur qui a quelque analogie avec celle de la corne soumise à la combustion.
Voilà les faits principaux qui peuvent servir à éclaircir la composition du cristallin. La plupartme sont propres; d’autres avaient été établis avant moi. On a demandé depuis long-temps si le cristallin était organisé. Beaucoup de recherches ont été faites pour s’en assurer, et il résulte de toutes qu’aucun vaisseau sanguin ne se répand dans la substance cristalline propre, mais seulement que sa capsule en reçoit un ou deux dépendant de l’açtère centrale
478 DE LOEIL
de la rétine.’ Aucun nerf ne pénètre le cristallin ni sa membrane. A ces premières données, peu favorables à l’organisation du cristallin , il faut comparer le résultat des expériences précédentes. Dans ces expériences, si l’on fait abstraction de l’action destructive qu’exercent sur le cristallin, comme sur toute substance animale, le calorique immédiatement appliqué, l’acide sulfurique très-concentré et la macération dans l’eau , si on modère Faction de ces réactifs, tous nous montrent dans lè cristallin deux parties entièrement distinctes et extrêmement remarquables dans leur disposition. L’une, qui forme la couche extérieure, épaisse de deux ou trois lignes, offre une substance molle, mucilagineuse, facile à enlever et s’attachant aux doigts , sans aucune régularité dans l’arrangement deses molécules, parfaitement transparente et incolore dans l’état naturel, mais susceptible de perdre sa fluidité et sa transparence par tous les réactifs, et d’acquérir une couleur blanche opaque, pour passer ensuite à un état de friabilité pulvérulente par la dessiccation. Ces phénomènes éloignent évidemment toute idée d’organisation de la première couche, et ne nous permettent d’y voir qu’un fluide un peu condensé, environnant l’extérieur du cristallin, intermédiaire à lui et à la capsule, dont les sépare seulement l’humeur de Morgagni, qui est plus fluide que lui, mais qui peut lui être identique quant à sa nature essentielle.
Mais quand on a enlevé ce fluide, on trouve un corps plus solide , offrant essentiellement la forme lenticulaire que présente le cristallin entier, d’une
ET DE SES DÉPENDxlNCES.
transparence parfaite dans l’état naturel , ce qui empêche de le distinguer de la couche extérieure , mais beaucoup moins altérable c|u’elle, et conservant au milieu de toutes les épreuves qu’on lui fait subir sans le détruire, avec les acides , le feu, l’eau bouillante , cette demi-transparence qui appartient à la nacre de perle. Ce corps , examiné dans l’état naturel, résiste au doigt qui le comprime, et ne cède que difficilement en s’étendant plutôt qu’il ne se divise. Solidifié par l’eau bouillante et par les acides, il présente au scalpel qui l’entame une multitude de lames distinctes, concentriques, c|ui le composent entièrement, qui s’enlèvent sans peine, et qui sont absolument semblables sous ce point de vue aux couches multipliées des racines bulbeuses. Ces lames, ultérieurement divisées, offrentdans leur tissu ides fibres très-distinctes, disposées parallèlement «entre elles, et dans la direction des lames ellesmêmes. Quelques-unes de ces fibres se détachent kl’une lame pour aller à la lame subjacente, et sont Centre ehes deux le seul moyen d’union qu’on ob- ^ serve : aucun intermède celluleux ne concourt à mette union , quoique quelques anatomistes l’aient supposé. La disposition îamelleuse et fibreuse dont nous parlons se remarque jusqu’au centre du cris- ; tallin. Quelques auteurs ont compté un nombre prodigieux de lames. Peut-être ce nombre est-il plutôt le résultat d’un isolement artificiel que d’une f disposition naturelle. Mais si le nombre des lames r-est indéterminé, leur existence est certaine, et leur 1 distinction naturelle se montre évidemment quand ! on coupe suiYant son épaisseur cette portion du
48 0 DE LOEIL
cristallin soumis à la dessiccation. On voit alors leur juxta-position d’une manière sensible. Quant à leur texture fibreuse , elle se manifeste dans toutes les circonstances avec une évidence égale.
c. De r Humeur aqueuse et de sa Membrane,
L’humeur aqueuse occupe toute la partie de l’œil qui s’étend depuis la cornée jusqu’au cristallin. Cet intervalle est séparé par l’iris en deux espaces inégaux, dont l’ouverture permet une. libre communication entre l’une et l’autre. L’espace postérieur, fort étroit , n’existe proprement que vers le contour du cristallin qui le borne en arrière , tandis que l’iris en avant, et en dehors les procès ciliaires qui sont appliqués immédiatement sur le corps vitré, Je circonscrivent. Cet espace est triangulaire, ce qui dépend de la forme convexe du cristallin et de la forme plane et perpendiculaire de l’iris. Deux choses sont à considérer dans riiumeur aqueuse, sa capsule et l’humeur elle-même.
Membrane de Vhumeur aqueuse. Elle tapisse d’abord la surface postérieure de la cornée, puis, parvenue à la grande circonférence de l’iîâs , se réfléchit sur cette cloison , qu’elle recouvre en devant , et sur laquelle elle paraît finir insensiblement : du moins on ne peut la suivre jusqu’à la pupille. Il n’est pas probable qu’elle dépasse cette ouverture pour recouvrir l’iris en arrière : l’humeur noirâtre que l’on trouve sur cette dernière partie y indique même évidemment une disposition toute différente. Diyerses expérietmes rendent sensible la mezn^
brane de lUiumeur aqueuse. Lorsque Ton a soumis la cornée à Fébullitionj et qu’elle a pris une épaisseur considérable en se racornissant , on peut quelquefois la détacher en entier, et Ton voit derrière elle la membrane mince et transparente dont il s’agit occuper seule l’ouverture de la sclérotique. Mais ce procédé est difficile à exécuter; un moyen plus simple est celui-ci : examinez en arrière la cornée qui a bouilli après avoir ouvert l’œil, vous verrez souvent que Fébuliition a détaché en partie cette membrane d’avec la cornée , sur laquelle elle forme une vésicule semblable à celle que les vésicatoires déterminent sur la peau. Ce moyen de voir la membrane est en même temps le meilleur pour reconnaître la sérosité qui lubrifie les lames de la cornée, et on pourrait en profiter pour analyser cette sérosité accumulée ici avec assez d’abondance. Je ne crois pas qu’aucun procédé puisse rendre cette membrane sensible sur Firis. Elle n’est nullement connue quant à sa nature et à ses propriétés. Sans doute elle fournit l’humeur aqueuse par exhalation^ mais on ne lui trouve point la disposition des membranes séreuses, avec lesquelles elle n’a de commun que la transparence et la ténuité.
Humeur aqueuse. Transparente dans l’état naturel, elle varie pour la quantité, que l’on estime ordinairement à quatre ou cinq grains. Quoique susceptible d’être entièrement évaporée par le feu,, elle a cependant une légère viscosité. Les acides et l’alcool ne la coagulent point; elle se trouble un peu par les acides nitrique , nilro-muriatique , et muriatique oxygéné. Abandonnée à elie-rnême, elle se
482 DE l’oeil
putréfie promptement, et donne une odaur fétide. Elle augmente beaucoup dans Fhydrophthalmie , diminue et disparaît dans l’atrophie de l’œil. Exhalée continuellement par sa membrane, elle est réparée en vingt-quatre ou trente-six heures, lorsque l’opération de la cataracte a donné lieu à son écoulement. D’autres preuves de son exhalation se tirent des injections avec l’huile de térébenthine, qui s’est quelquefois mêlée à elle, de son mélange avec le mercure dans les frictions faites sur la peau avec les préparations de ce métal, etc.
ARTICLE QUATRIÈME
DÉVELOPPEMEI^T DE l’oEIL.
§ État de VOEU dans le premier âge.
Chez le fœtus , les yeux son extrêmement développés en proportion des autres organes. Toutes leurs parties sont très- prononcées et faciles à reconnaître*. Cet état de développement précoce mérite une attention particulière, d’autant plus qu’il se retrouve au même degré dans les organes de l’ouïe et dans le cerveau. Si l’on compare cet état avec celui que présentent à la même époque les organes de l’odorat, resserrés sur eux -mêmes et incapables d’exercer leurs fonctions ; si l’on observe aussi que ceux du goût , c[uoique plus développés que ceux de l’odorat , le sont moins cependant que ces deux premiers, on trouvera bientôt la raison de cette différence dans la diversité des fonctions auxquelles
ces sens sont destinés. La vue et Fouïe, organes des sensations purement inteilectuelles , et unic[uement du ressort de la vie animale , devaient se trouver, dans leur développement, en rapport exact avec le cerveau , centre essentiel de l’intelligence et de cette vie animale. En effet, c’est aux fonctions cérébrales que les leurs sont exclusivement liées ; elles sont indépendantes de la vie organique: tandis que les sens de l’odorat et du goût , cjuoique sous l’influence du cerveau , tiennent aussi aux fonctions intérieures , et peuvent ne point être dans un rapport aussi exact de développement avec cet organe. C’est un phénomène qui m’a toujours frappé , que cette uniformité entre le cerveau, l’œil et l’oreille, sous le rapport de leur accroissement dans le premier âge : il y a entr’eux une proportion rigoureuse.
Déi^eloppement des Paupièî'es. Toutes les parties dépendant de l’œil offrent le même développement prématuré. Les cavités orbitaires, très - étendues , donnent à la partie de la lace qu’elles occupent une expression toute particulière, et une forme différente de celle qu’elle aura lorsque les fosses nasales et les sinus devenus plus A^astes augmenteront inférieurement la hauteur et la largeur de celle-ci.
Les paupières sont entièrement fermées chez le fœtus. Cette occlusion naturelle , à une époque où les sensations de la vue lui sont inutiles, ressemble parfaitement à celle du sommeil ordinaire, et reconnaît les mêmes causes. En effet , il n’y a point ici contraction du muscle orbicuîaire ; il n’y a qu’abaissement de la paupière supérieure , dû uniquement au défaut d’action de son releveur , qui est dans
DE l’oeil
l’inertie comme la plupart des autres muscles. L’organisation des paupières du fœtus offre aussi quelques différences : la peau en est plus mince et plus ténue , le muscle orbiculaire plus pâle , et la conjonctive palpébrale moins foncée en couleur.
Développement des Membranes de /"O^z/.Quant à l’œil lui-méme, ses différences doivent être examinées dans ses membranes et dans ses humeurs.
La sclérotique, comme toutes les parties du système fibreux , a fort peu d’épaisseur chez le fœtus : aussi sa couleur est moins prononcée, et sa demitransparence permet de distinguer un peu au travers la couleur de la choroïde. C’est surtout en arrière que la sclérotique offre un aspect bleuâtre dû à la cause dont nous parlons : en devant cet aspect est moins sensible , la membrane y étant fortifiée parles tendons des muscles droits, qui la rendent plus opaque.
La cornée, un peu plus saillante que chez l’adulte, doit cet état à la plus grande quantité d’humeur aqueuse qui lui est siibjacente. Son épaisseur est â peu près la même que dans la suite. Elle est beaucoup moins perméable, ce qui fait que l’œil paraît moins affaissé chez le fœtus au moment de la mort. On n’y observe presque jamais non plus cette couleur terne , et cet enduit particulier qui paraît constamment sur l’œil de l’adulte à la suite d’une maladie un peu longue, et que nous avons rapporté à la transsudation du fluide propre de la cornée. Ce n’est point là, au reste, un phénomène particulier à l’œil: ce reste de tonicité , cpii empêche encore quelque temps après la mort la perméabilité des organes, se
ET DE SES DliPENDANCES. 4^5
remarque aussi ailleurs chez le fœtus, et notamment à la vésicule du fiel ; car le duodénum paraît rarement, comme chez fadulte, coloré par la bile , dont cependant cette vésicule est également remplie. Le volume de l’œil et son brillant sont donc , chez le fœtus et meme chez l’enfant mort, presque les memes que pendant la vie. La peau n’éprouve point non plus cette flaccidité panticulière , cet affaissement caractéristique de la mort chez l’adulte : aussi l’expression de la face a-t-elle peu changé et semble-t-elle souvent ne différer que très-peu de celle du sommeil. De là encore, comme je l’ai remarqué plusieurs fois en faisant pratiquer aux élèves les opérations chirurgicales , la facilité plus grande de s’exercer à celle de la cataracte sur les petits cadavres , à cause de la saillie de la cornée.
La choroïde, déjà très - prononcée , se détache facilement de la sclérotique et de la rétine. Elle laisse sur la première une légère teinte rougeâtre. Sa surface extérieure paraît d’une couleur aussi foncée que dans les autres âges. En dedans, l’enduit qui la recouvre est noirâtre au lieu d’étre brun ; il a moins de fluidité et lui adhère plus fortement; Quand on 1 a enleve , la choroïde conserve une couleur rougeâtre tres-sensible et qui tient à son orga-«« nisation elle-même. Cette couleur est toute différente de celle de l’adulte, quand on a enlevé chez lui l’enduit noirâtre. Cet enduit est, comme par la suite, d’autant plus prononcé qu’on approche davantage des procès ciliaires , et d’autant plus rare qu’on l’examine plus du côté du nerf optique : aussi c’est
48(5 DK l’oeil
en arrière que la rougeur propre de la choroïde se remarque le mieux.
Lorsqu’on enlève la sclérotique et la cornée , on ne trouve pas le cercle ciliaire aussi pronbncé que chez l’adulte. Il représente une ligne blanchâtre analogue à celle qui se voit chez le bœuf, mais qui adhère fort peu à la sclérotique. C’est au défaut de développement de ce cercle ciliaire qu’est due la saillie plus grande que forment eîî devant les procès de même nom, qui sont alors plus développés à proportion. On les voit d’une manière très-distincte, et autour d’eux on observe un léger enfoncement circulaire à la place que le cercle ciliaire plus développé occupera par la suite.
Les procès ciliaires, sur lesquels, comme nous l’avons dit plus haut, l’enduit noirâtre est très-abondant, offrent alors, aussi bien que la choroïde, une couleur rougeâtre dans leur tissu propre; mais cette couleur y est moins prononcée que dans la partie postérieure de cette membrane. H y a donc un rapport inverse entre l’intensité de cette rougeur et la quantité de l’enduit noirâtre. Celui-ci , peu abondant sur la choroïde, augmente sur les procès ciliaires et sur l’iris. La rougeur, au contraire, peu prononcée sur firis en arrière, augmente sur les procès ciliaires et augmente encore davantage sur la choroïde.
L’iris de l’enfant n’a rien de remarquable en devant. En arrière, l’enduit noirâtre et la couleur
rouge propre le distinguent de ce qu’il sera par la suite. Sa grande circonférence ne parait pas enchâssée dans le cercle ciliaire comme chez l’adulte , ce corps étant peu développé. La petite circonférence
ET DE SES DiPENDAl^CES. 4^7
qui correspond à la pupille n’a rien de particulier depuis le septième mois ; mais auparavant on la trouve garnie d’une membrane beaucoup plus mince que l’iris , d’une couleur grisâtre et dépourvue de vaisseaux sanguins. Cette membrane , que i’on nomme pupillaire , ferme entièrement l’ouverture , mais disparait au septième mois. On ignore de quelle manière^a lieu sa destruction : seulement on peut assurer qu’elle ne ressemble nullement à la rupture de l’hymen , car on ne trouve dans la suite aucune trace de la membrane pupillaire ancienne (i). Son existence plus prolongée peut-elle causer la cécité de naissance? On le croit communément. Haller n’ose pas le décider (2). L’iris jouit chez l’enfant
(1) La membrane pupillaire, découverte par TCacbendorf, en 1^38 , est beaucoup mieux connue, depuis les intéressantes recbercbes de M. Jules Cloquet, qu’elle ne l’était du temps de Bicliat. Il résulte des observations de cet anatomiste qu’elle est formée de deux feuillets adossés , contenant , dans leur intervalle des vaisseaux sanguins très— nombreux , provenant des artères ciliaires longues , dont les rameaux se prolongent au-delà de l’ouverture de l’iris pour former des arcades llexueuses , dans l’intervalle de ces deux lames ; que ces anses vasculaires ne s’anastomosent pas avec celles qui leur sont ‘diamétralement opposées, mais laissent entre elles , vers le centre de la pupille , un espace dans lequel la mendirane est dépourvue de vaisseaux , et , par cela même, plus faible que dans le reste de son étendue. La rupture de cette membrane , vers le septième mois de la conception , paraît être l’effet de la rétraction des anses vasculaires , qui se retirent vers la circonlérence de l’ouverture pupillaire , en s’éloignant les unes des autres.'
(2) Cette cause de cécité est généralement reconnue aujourd’hui. {Note ajoutée.)
488 DE l’oeil
crime dilatabilité plus prononcée que dans les autres âges. La pupille est, en général, plus rétrécie chez lui à proportion de la largeur de l’iris.
La rétine est beaucoup plus développée proportionnellement chez le fœtus que chez l’adulte; disposition inverse de la sclérotic[ue, qui , comme nous l’avons dit, abeaucoup plus de ténuité. Ses vaisseaux sont plus nombreux et plus apparens. On en conçoit facilement la raison. Le développement précoce de l’organe visuel, en totalité, ayant pour but le prompt exercice dont il doit être susceptible à la naissance, devait principalement porter sur la membrane qui sert le plus essentiellement à ces phénomènes. On ne peut point, à cette époc[ue, découvrir la lame mince qui part de la rétine pour tapisser postérieurement les procès ciliaires , tant sa ténuité est grande. Quant aux plis c|ue présente cette membrane, nous avons vu que chez l’adulte, après avoir enlevé la sciérotic|ue , on en découvre plusieurs qui, disposés en forme de rayons, partent de l’endroit où finit le nerfoptic[iie, et se prolongent jusque vers les procès ciliaires; que leur existence accidentelle dépend uniquement de l’état de laxité où se trouve la rétine, à cause de la transsudation qu’ont éprouvée les humeurs aqueuse et vitrée : aussi tous, excepté un seul qui est à. côté et en dehors du nerf, disparaissent quand on étend la membrane. Chez le fœtus , oii très-peu de transsudation arrive dans l’œil, où l’humeur vitrée né diminue point de volume par conséquent, et où le rapport reste le meme que pendant la vie, entre elle et la rétine, aucun de ces plis ne s’observe, excepté le seul qui est inhérent à l’or-
ganisation de cette membrane. Ce pli est assez sensible; la tache jaune et le trou le sont très-peu : le plus souvent je n ai pu les découvrir chez le fœtus.
Développement des humeurs de Vœil. L’humeur vitrée est très-volumineuse; sa transparence est parfaite chez le fœtus; sa capsule parait plus mince. On n’y voit point en devant des stries noirâtres aussi prononcées y et il est plus facile de les enlever que chez l’adulte; ce qui tient au défaut de fluidité de l’humeur choroïdieime, moins facilement déposée alors sur l’hyaloïde.
Le volume du cristallin est à peu près dans la même proportion qu’il doit être dans les âges suivans.
Quant à l’humeur aqueuse, elle est en plus grande quantité :» aussi la cornée fait-elle plus de saillie en devant; aussi la myopie est-elle plutôt l’attribut de l’enfance et de la jeunesse que des âges suivans, à cause de la convexité plus grande de cette partie.
Avant la naissance, la membrane pupillaire rompue a déjà laissé le passage libre pour les rayons lumineux; mais c’est seulement au moment où l’enfant voit le jour que les paupières s’ouvrent. La lumière, fluide nouveau pour î’œii, comme Fair est nouveau pour l’organe cutané et pour la membrane pituitaire, produit alors sur cet organe une vive excitation , qui concourt à l’excitation généralement déterminée dans tout le corps, excitation qui met en jeu diverses fonctions et active les autres. L’œil croît et se développe d’abord comme tous les autres organes; mais bientôt son accroissement, comme celui de l’oreille et du cerveau, se fait en proportion moindre,
490 de l’oeil
parce qu’il était primitivement plus avancé dans sa formation- Aussi remarque-t-on que c’est surtout le bas de la face sur lequel la croissance est sensible : cette partie s’allonge et s’élargit beaucoup, tandis que la moitié supérieure augmente moins dans un temps donné. L’époque à laquelle le corps cesse de croître en hauteur est aussi celle à laquelle l’oeil a acquis tout le volume qu’il doit avoir.
' § IL État de VOEU dans les âges suwans.
Chez l’adulte l’organe de la vision offre peu d’objets à remarquer, après la description que nous en avons faite. Il y a seulement quelques variétés de conformation chez certains individus. Les uns ont le cristallin plus saillant, ou les autres humeurs plus abondantes; ce qui donne à l’œil plus de convexité. D’autres ont l’œil sensiblement aplati, par une raison contraire. Tout ceci tient à la conformation primitive et à la constitution du sujet.
Chez le vieillard , la cornée devient rarement osseuse, et ne présente aucun changement sensible. L’iris perd en partie sa dilatabilité, et la pupille est habituellement plus large. La choroïde a moins d’enduit noirâtre. J’ai trouvé deux fois cette membrane ossifiée, mais c’était dans des yeux perdus depuis long-temps et où toutes les humeurs avaient disparu. Dans l’un de ces deux cas, le nerf optique avait diminué de moitié du côté malade. Son enveloppe fibreuse ayant resté la meme, il était comme flottant au dedans. Souvent la rétine se paralyse chez le
vieiliard, et il en résulte une amaurose naturelle, cause très-fréquente de la cécité sénile.
Les humeurs diminuent en quantité à cet âge, ce qui produit, dans un oeil auparavant bien conformé, la presbytie, et quelquefois une vision plus facile si l’œil avah été myope.
Les humeurs peuvent aussi s’altérer. Presque toujours le cristallin prend une couleur jaunâtre , qui, quand elle est un peu foncée, détermine la cataracte. D’autres fois l’humeur vitrée perd sa transparence et acquiert une teinte verdâtre, d’où résulte le glaucome, autre cause de cécité /sénile, moins fréquente cependant que celle résultant des altérations du cristallin.