DE L’OREILLE
ET
L’oreille est le second des deux sens exclusivement du ressort de la vie animale. Elle se compose d’une suite de cavités où les sons successivement reçus et réfléchis vont en dernière analyse frapper une membrane mince qui tapisse sa partie la plus reculée, ou plutôt ébranler le nerf auditif qui se termine à cette partie. On ne peut point présenter ici , comme à l’œil , des considérations générales sur l’ensemble de l’organe, qui ne forme pas un tout isolé, mais qui se prolonge en divers endroits , tient à jâlusieurs autres organes, fait corps avec eux, ne présente point, à cause de cela, de conformation générale à proprement parler, et doit tout de suite par conséquent être examiné dans ses diverses portions. Or, en examinant l’oreille sous ce point de vue, on voit qu’elle offre trois divisions bien distinctes : savoir, Y oreille externe^ cpii comprend le pavillon et le conduit auditif ; ï oreille moyenne^ formée par la cavité du tympan et par ses nombreuses dépendances; 3° enfin Voreille interne ^ qui comprend l’ensemble* des cavités communément désignées sous le nom de labyrinthe.
DE l’oreille et DE SES DÉPENDANCES. 49^
ARTICLE PREMIER
DE l’oreille EXTERNE.
Il y a en dehors de l’oreille un appareil organique étranger à la perception des sons , mais nécessaire pour les rassembler et les réfléchir vers un canal qui les transmet à la membrane du tympan, d’où ils passent dans le labyrinthe. Cette partie extérieure de l’oreille, diversement recourbée, e^t ce qu’on nomme \e pavillon.
§ I^'*’. Du Pavillon de V Oreille.
Il occupe les parties latérales de la tête, derrière la joue, au-des§ous des tempes, au-devant de la région mastoïdienne ; il forme en partie la limite extérieure du crâne et de la face.
a. Conformation du Pavillon.
Sa forme est irrégulière : il est plus large en haut qu’en bas , recourbé en divers sens opposés, exactement isolé en arrière, en haut et en bas , continu en devant avec les parties voisines. On y voit deux surfaces et une circonférence.
La surface externe présente plusieurs saillies et enfoncemens remarquables. En la considérant de haut en bas, on y trouve, i® iPhélix , éminence â peu près demi - circulaire qui commence dans le milieu de la conque^ au-dçgsus du conduit auditif,
494 DE l/oREîLLÈ
se prolonge d’abord oblicpiement en avant , puis directement en hauty se recourbe ensuite en arrière pour finir dans ce sens et en bas ^ par une extrémité bifurquée qui se continue en avant avec Fantbélix, en arrière et en bas avec le lobule. 2®. Au-dessous se voit un enfoncement de meme forme qui commence dans la conque , se continue jusqu’à la première branche de la bifurcation inferieure et se nomme la vainure de l hélix ^ celle-ci la forme spécialement en se recourbant/ du côté de la face que nous décrivons. 3 ,l^anthélix ^ seconde éminence du pavillon, commence antérieurement dans la rainure de l’bélix , pan deux portions, dont la supérieure est large, obtuse et oblique , l’inférieure étroite , plus saillante et horizontale. Toutes deux se reunissent bientôt en une seule, d abord très-epaisse, qui se recourbe en arriéré et en bas , pour se terminer en s’amincissant au-dessus de lanti-tragus. 4^* Entre ces deux portions supérieures, on voit un enfoncement digital et superficiel, nommé par les auteurs fosse naviculaire^ Deux éminences se remarquent au-dessous de ces replis : Ô^ l’une, antérieure, ou le tragus , plus volumineuse, continue en haut et en bas au pavillon, libî e et saillante en arrière, cache immédiatement le conduit auditif et le garantit; 6^ l’autre, postérieure, plus petite, placée vis-a-vis de celle-ci , et au-dessous de l’extrémité inférieure de Fantbélix, se nomme antUragus , et en est séparée par une échancrure legere. . Au milieu de toutes ces diverses eminences, on voit une cavité profonde, bornée en devant par le commencement de l’hélix et par le tragus, en arrière par 1 anthélix et i anti-tragns ; c’est
::;e qu’on nomme la conque. Une éminence transver- -ale, peu saillante, cpii commence l’hélix, sépare :etîe cavité en deux parties, dont l’une, supérieure, olus étroite et allongée transversalement, se conrinue avec la rainure de l’hélix; l’autre, inférieure, oins large , comme triangulaire , ayant la base du iriangle en devant et le sommet en arrière , semble commencer, dans le premier sens, le conduit auditif. 3^. Au bas de la conque et de l’anti-tragus est une surface lisse non concave qui correspond au lobule.
La surface interne du pavillon offre des éminences et cavités correspondant en sens inverse à celles de la surface externe, et c[u’il est inutile à cause dé cela de décrire. Je remarquerai seulement que le tragus et Fanti-tragus n’ont rien qui leur réponde dans ce sens. La convexité qui y est produite parla concavité de la fosse naviculaire ne se voit que lorsque les tégumens ont été enlevés. Libre dans une grande partie de son étendue, cette surface interne tient à [a région temporale par les ligamens et les muscles qui environnent le conduit auditif, et par le repli de la peau. Il s’en détache un prolongement fibrocartilagineux en forme de demi-conduit , prolongement qui commence le conduit auditif et va se fixer aux parois osseuses de celui-ci.
La circonférence du pavillon , formée uniquement dans sa moitié supérieure par l’hélix, continue en devant avec la joue, offre en bas une éminence molle, arrondie, qu’on nomme le lobule.
DE l’oreille
b. Organisation du Pavillon.
L’organisation du pavillon offre clifférens tissus combinés les uns avec les autres , et que nous allons successivement examiner : ce sont les tissus dermoïde, tibro - cartilagineux, musculaire, ligamenteux , etc.
Couche ^ dermoïde. On y observe un peu plus de ténuité que dans les autres parties de la peau, surtout à l’endroit des replis. On voit aussi que le fluide sébacé y est fourni en beaucoup plus grande quantité qu ailleurs, et forme souvent des amas assez volumineux. Ceîte disposition de la peau, qiion regarde comme dépendant d’une plus grande quantité de follicules sébacés, est cause probablement de la fréquence des écoiilemens purulens derrière 1 oreille, surtout chez les enfans, écoiileinens que précédé une légère inflammation , et qui ne s accompagnent d’aucune érosion , d’aucune perte de substance , comme cela arrive dans l’ulcère suite de 1 érysipèle, ce quime porte à les regarder comme une vraie exhalation. C’est la peau seule qui forme le lobule, lequel est complété d’ailleurs par un amas de graisse très-fine renfermée dans un tissu cellulaire à cellules très -serrées; ce qui donne à cette graisse beaucoup de consistance. La plupart des peuples sont dans l’usage de percer cette partie de l’oreille pour y suspendre des bijoux. On sait qu’il n’en résulte aucun inconvénient, qu’il n’y a même presque jamais ce suintement purulent et habituel si fréquent clans les ouvertures téguinenteuses entretenues par
ET DE SES DÉPEîfDANCES. 4gy
un corps étranger. La surface interne du tragus est le seul endroit où la peau de Foreille donne naissance à quelques poils.
Fibro-cartilage. On le trouve au - dessous de la peau. Il constitue essentiellement le pavillon de 1 oreille. Sa forme est à peu près la même que celle qu on observe lorsque la peau le recouvre. Seulement on voit qu’il est interrompu : F entre le tra^-us et la portion correspondante de riiélixq3ar un intervalle qii occupe un ligament j 2 entre l’anti- tragus et les extrémités réunies de l’hélix et de l’anthélix qui forment en cet endroit une espèce d’appendice isolé qui se prolonge assez bas. L’intervalle que borne cet appendice est rempli par un autre ligament assez fort en dehors ^ et dégénérant en dedans en une toile aponévrotique.Enbas^ lefibro-cartilage de l’oreille n’a rien qui corresponde au lobule. C’est lui, du reste, qui détermine unic|uement les formes et la disposition du pavillon. Il envoie , comme je viens de le dire , un prolongement remarquable au conduit du temporal , prolongement qui concourt avec lui à former le conduit auditif. Nous allons bientôt parler de ce prolongement. La nature de cette partie de 1 oreille , qui 1 assimile aux fibro-* cai tilages du nez , de la trachee, etc., a l’avantasj’e^ par son élasticité, d’abord d’entretenir Toreille constamment ouverte , puis de favoriser la réflexion des rayons sonores.
Ligamens. Le pavillon est uni aux parties îatéralesde la tête par trois ligamens, dontl’un, supérieur, naitde l’aponévrose épicranienne, l’autre, antérieur de la racine de 1 arcade zygomatique, le troisième, If* 32
49^ DE l’oreille
postérieur, de la base de l’apophyse mastoïde. Tous vont se terminer à la convexité de la conque, et n’offrent qu’une structure celluleuse, peu dense , entremêlée de quelques fibres charnues qui concourent à former les trois muscles aurticulaires dont nous avons parlé ailleurs, ^et qui sont destinés aux mouvemens de totalité de l’oreille.
Muscles. Quelques petits muscles placés en divers points du pavillon paraissent avoir pour fonctions de déterminer ses mouvemens partiels et de favoriser la réflexion des sons en rapprochant ou en éloignant les unes des autres ses éminences diverses. Ces muscles sont les suivans.
Muscle du tragus. Il est situé en dehors sur le tragus , et a une forme triangulaire. Plus large à la base de cette éminence, où il prend naissance, il se rétrécit en avançant près de son sommet, sur lequel il se termine.
Muscle de V anti-tragus . Plus marqué et toujours apparent, il occupe l’intervalle qui sépare l’antitragus de l’anthélix, commence à la première de ces éminences, et se termine à la seconde par des fibres obliques. Le ligament dont nous avons parlé le recouvre en dehors. En dedans, il est contigu à la peau.
Grand muscle de V hélix. Long et grêle, situé audessus du tragus, il recouvre l’origine de l’hélix, dans l’espace de quelques lignes, et n’a de rapport qu’avec lui et avec la peau.
P etit muscle de V hélix. Encore plus mince et peu constant, il se trouve sur la saillie transversale qui sépare en deux la cavité de la conque.
ET DE SES DEPENDA]?fCES. 499
Muscle tjxmsversal. Enfin nn cinquième, nommé transversal de l’oreille^ situé seul derrière le pavillon, naît en dehors de la convexité de la conque, et va se perdre sur la saillie postérieure qui forme la rainure de Thélix. Il est aussi très-peu apparent.
De tous ces musles celui du tragus et celui de fantitragus sont les plus constans et les plus manifestes.
c. Mouvemens du Pavillon.
' Ces mouvemens sont généraux oii partiels.
J’ai fait connaître les mouvemens généraux dans l’histoire des muscles. Par eux le pavillon est élevé et porté en devant ou en arrière dans sa totalité , qui peut aussi se mouvoir dans des sens moyens à ceux-là. Les auriculaires sont les agens de ces mouvemens, qui ne se communiquent que faiblement à la portion fibro-cartilagineuse du conduit auditif, quoiqu’elle fasse corps avec le pavillon.
Ce dernier n’a , dans ses diverses parties, que des ^mouvemens très-obscurs. Ses éminences peuvent i‘seulement se rapprocher ou s’écarter un peu les jiiines des autres : encore ce phénomène est-il à peine [apparent sur le plus grand nombre de sujets: ce : qui dépend de ce que, les portions cartilagineuses j«ur lesquelles ces petits muscles sont couchés n’ofjfrant point d’articulations mobiles, il faut que la
ircontraction musculaire surmonte l’élasticité du
:jnbro-cartilage, qui est partout continu et très-résis- [jcant en comparaison de ces petites puissances. D’un j.imtre côté, quoique la société exerce habituellement :<] ’organe de Fouïe plus qu’il ne l’est chez les ani-
5oO DE l’oreille
maux, cependant elle met rarement l’homme dans le cas de ramasser une grande quantité de sons , comme la plupart des animaux, qui sont sans cesse aux aguets, soit pour attraper leur proie, soit pour se soustraire à ceux qui les attaquent pour en faire la leur. Or, tous les petits mouvemens du pavillon paraissent spécialement destinés à lui donner la forme la plus avantageuse pour recevoir les sons, et surtout pour les réfléchir vers le conduit auditif. Je ne vois guère que la conque qui soit propre à cette réflexion , tout le reste du pavillon est presque nul pour elle. Aussi remarquez que les petits muscles de l’oreille ont spécialement rapport à cette cavité; celui du tragus , de Fanti-tragus , le grand muscle de l’hélix, sont situés sur ses bords, qu’ils peuvent un peu rétrécir. Le petit muscle de l’hélix et le transverse occupent son milieu, l’un en dehors, l’autre en dedans : ils peuvent agir sur son milieu comme les précédèns sur son contour. Les mouvemens partiels de la portion fibro-cartilagineuse du conduit auditif sont nuis, quoique ses in cisures représentent des espèces d’articulations mobiles : le défaut d’agens musculaires est cause de ce phénomène.
§ IL Conduit auditif externe.
a. Conformation du conduit àuditif externe.
Le conduit auditif forme la seconde partie de l’oreille externe. Placé entre l’apophyse mastoïde et la cavité glénoïdale, il s’étend depuis la convexité de la conque juscpi’à la meinbraue du tympan. Sa forme
ET DE SES DÉPENDANCES. 5oi
est ovale dans sa coupe perpendiculaire. Sa longueur, différente suivant Fâge et les individus, est à peu près de dix à douze lignes chez Fadulte. Toujours elle est un peu plus grande inférieurement, vu l’obliquité des parties latérales de la tête, auxquelles il appartient, et surtout de la membrane du tympan. Il est assez évasé à ses deux extrémités, et se rétrécit un peu dans le milieu. Dirigé d’abord un peu obliquement en avant et en haut , il se recourbe ensuite légèrement en arrière et en bas, de manière que sa totalité offre une convexité assez prononcée supérieurement, et une concavité inférieure. Chez Fadulte et chez le vieillard, son orifice externe est le plus souvent garni de poils qui empêchent l’introduction des corpuscules voltigeans dans Fair.
b. Organisation du conduit auditif.
L’organisation du conduit auditif, assez analogue à celle du nez , nous présente une portion solide ou osseuse, une portion fibro-cartilagineuse, une portion fibreuse qui complète celle-ci, et de plus une membrane commune de nature dermoïde.
Portion osseuse. Formée en haut et en arrière par le corps même du temporal , à l’endroit où la base de l’apophyse mastoide se réunit à la racine de la zygomatique , cette portion résulte , en avant et en bas, d’une lame qui lui est propre , assez épaisse , prolongée surtout inférieurement, et concourant d’un autre côté à compléter la cavité glénoïde.
Fibro-cartilage. W est, comme je Fai dit, un prolongement du fibro - cartilage du pavilloiîo II cotp-
5o2 r>E l’oreille
licence par une lame assez large, recourbée sur ellemême cL’uue manière irrégulière, et qui se continue avec l’éminence tragus et avec le bas du pavillon. Cette lame se rétrécit bientôt et se contourne pour former une portion de conduit que complète le tissu fibreux dont nous allons parler, et qui, le plus souvent , se termine à la portion osseuse sans s’y attacher immédiatement, mais en y tenant seulement par un prolongement fibreux plus ou moins serré. Considérée dans sa forme générale , et lorsque la membrane qui la complète en haut a été fendue longitudinalement de manière à ce quelle puisse être étendue , cette portion du conduit auditif offre une lame triangulaire qui , en se recourbant , forme principalement l’excavation de la partie correspondante du conduit. Cette lame offre, près du tragus, une fente assez sensible, que remplit une substance fibreuse. Plus loin, elle est encore divisée en deux portions par une seconde fente non moins remarquable, qui ne se prolonge pas dans toute son étendue et qui présente beaucoup de variétés dans sa disposition. Ces deux fentes , auxquelles s’en ajoute quelquefois une troisième , qui cependant est assez rare , se nomment incisures. Quelcpies fibres charnues s’aperçoivent à leur niveau chez certains sujets. Santorini a spécialement décrit ces fibres charnues, qui ne sont rien moins cpie constantes et que je n’ai jamais vues.
Le fibro - cartilage du conduit est , en général , libre du côté qui répond à la portion osseuse, dont il est séparé , comme je l’ai dit , par un tissu fibreux. Quelquefois cependant il y est comme engrené en
ET DE SES DÉEENDAI^CES. 5o3
bas; mais toujours il est étranger à sa partie supérieure.
Portion fibreuse. Elle existe seule avec la membrane dermoïde en haut et en arrière , où elle réunit les deux bords du fibro-cartilage , occupe leur intervalle, et complète le conduit dans cet endroit. Elle consiste en un faisceau fibreux plus ou moins apparent, quelquefois à peine sensible, qui s’attache à ces deux bords, et qu’il faut distinguer de la membrane dermoïde qui tapisse tout le conduit. Un autre faisceau fibreux achève aussi ce conduit entre le fibrocartiiage et l’os temporal. Ce faisceau parait formé de quelques fibres ligamenteuses qui partent de l’os pour se rendre au fibro-cartilage ; mais ces fibres sont peu multipliées. Au-dessous d’elles, on ne trouve qu’un tissu cellulaire peu dense, parsemé de beaucoup de vaisseaux sanguins, et appliqué surla portion de tégumens qui tapisse l’intérieur du conduit auditif jusqu’à la membrane du tympan. Ees fibres des incisures sont encore de même nature que celle-ci.
Membrane dermoïde. La peau , après avoir tapissé le pavillon de l’oreille , s’enfonce dans le conduit auditif, qu’elle revêt en totalité jusqu’au tympan. Sa disposition extérieure et sa structure méritent une attention particulière, parce que d’une part elle présente beaucoup de différences de tissu d’avec la peau des autres parties, et qu’on ne peut point d’une autre part la rapprocher, par ses caractères, des membranes muqueuses qui tapissent ailleurs les ouvertures naturelles. Considérée dans ce conduit, la peau offre d’abord la même couleur que celle qu’on lui trouve sur le pavillon ; puis sa blancheur diminue
5o4 DE l’oreiele
un peu à mesure qu’on approche de la membrane du tympan. Recouverte ordinairement d’un duvet très-prononcé, elle l’est souvent aussi par des poils d’une longueur variable, qui viennent faire au dehors plus ou moins de saillie. Plusieurs petits pores se remarquent à sa surface libre , et appartiennent aux glandes cérumineuses. Sa surface adhérente se comporte différemment dans les diverses parties du conduit. Elle adhère faiblement à la portion fibrocartilagineuse. Quand on l’en détache , on la trouve blanche et sans aucune apparence de glandes. Il n’en est pas de même en haut et en arrière, dans l’écartement des bords de cette portion, endroit où elle répond à la portion fibreuse , qui , étant peu apparente, s’enlève facilement et la laisse voir offrant des aréoles analogues à celles de la peau des autres parties , mais plus prononcées , et garnies de petits corps rougeâtres , d’une forme ovale en général : ce sont les glandes cérumineuses.
Parvenue à la portion osseuse du conduit , cette couche dermoïde devient beaucoup plus adhérente , excepté à la partie supérieure de fouverture , où elle est séparée de l’os par un tissu cellulaire assez abondant qui permet de la détacher sans peine. En bas et dans le milieu du conduit, elle est intimement unie à l’os sans aucun intermède cellulaire, et se confond tellement avec le périoste qu’on ne peut Een distinguer. L’adhérence devient un peu moindre vers la fin du conduit ; elle est presque nulle sur la membrane du tympan , dont la couche extérieure quelle compose se détache au moindre effort. Elle forme, en se repliant sur cette membrane, un cul-de-
ET DE SES J3ÉPEND ANGES. 5o5
sac qui ferme entièrement le conduit auditif, et qui, en supposant que le tympan fut ouvert , ne permettrait de dedans au dehors aucune communication.
Cette couche dermoïde , assez épaisse à l’entrée du conduit et sur la portion cartilagineuse , devient progressivement plus ténue sur la portion osseuse. Enfin , sur la membrane du tympan , elle se réduit à une lame mince, transparente, qui augmente peu l’épaisseur de cette membrane. Le tissu dermoïde a-t-il cessé d’exister alors, et l’épiderme seul formet-il cette lame ? On serait tenté de le croire ; mais il est difficile de s’en assurer exactement.
Glandes cérumineuses. Elles n’existent, au moins sensiblement, comme nous avons dit, qu’en haut et en arrière, dans l’endroit où le fibro- cartilage laisse entre ses bords un intervalle qu’occupe la portion fibreuse. Elles sont logées dans les aréoles de la couche dermoïde , aréoles qui , par leur disposition, forment un réseau fort compliqué. Chacune s’ouvre par un excréteur particulier dans le conduit auditif. Les orifices de ces excréteurs forment cette multitude de petites ouvertures ou porosités qu’on y observe.
Le cérumen fourni par ces glandes est un fluide jaunâtre, épais et consistant , susceptible d’acquérir une assez grande dureté par son accumulation et son séjour dans le conduit auditif. Il tache le papier à la manière des huiles. Le calorique le ramollit, le boursoufle et le réduit en un charbon peu volumineux , après en avoir dégagé une fumée épaisse et fétide , fort différente pour l’odeur de celle de la corne. L’eau le dissout en partie, et en forme une espèce
5o6 DE LOIIEILLE
d’émulsion jaunâtre. L’air l’altère fort peu, car il se conserve pendant plusieurs années sans putréfaction. L’alcool a peu d’action sur lui.
ARTICLE DEUXIÈME
DE l’oreille moyenne.
§ L‘’. De la Cai^ité du Tympan en généi^al.
La cavité du tympan avec ses dépendances compose l’oreille moyenne. Elle succède au conduit auditif, dont la sépare la membrane de son nom, et se trouve située à la base du rocher, dans l’endroit où les trois portions de l’os temporal se réunissent. Elle répond en haut à la portion écailleuse , en bas à la cavité glénoïde, en devant à la région gutturale de la tête, en dedans au labyrinthe, en dehors au conduit auditif.
Sa forme irrégulière est presque impossible à déterminer. Sa largeur, peu marquée, est susceptible de quelques variations, à cause des mouvemens en dedans ou en dehors de la membrane du tympan. Habituellement humectée de muscosités, cette cavité en est quelquefois remplie dans les catarrhes de sa membrane propre. L’air s’y introduit aussi par le conduit d’Eustache, et paraît y être continuellement en stagnation. Cependant, en ouvrant dans l’eau la membrane du tympan , j’ai vu que le plus souvent aucune bulle ne s’échappe sur le cadavre.
On observe, dans la cavité qui nous occupe, un grand nombre d’objets différens : en dehors, la membran î du tympan; en dedans, le trou ovale, le
trou rond , le promontoire et la pyramide; en avant, le canal du muscle interne du marteau , le conduit d’Eustache et la lame osseuse qui les sépare; en arrière, les cellules mastoïdienne; en haut, plusieurs ouvertures vasculaires; en bas, la fente glénoïdale ; dans Fintérieur meme, les osselets, etc. Déplus, une membrane de nature muqueuse, se déployant sur toutes ces parties qu’elle tapisse, sert à unir les osselets entr’eux et aux parties voisines.
Nous allons successivement examiner ces différens objets.
§ II. Des Objets situés à la paroi externe du
Tympan.
Le tympan est presque tout formé en dehors par la membrane cjui le sépare du conduit auditif et qui porte le meme nom que lui.
Membrane du tympan. Cette membrane , distincte de celle du conduit et de celle de la cavité du tympan, reçoit de l’une et de l’autre deux prolongemens qui la font paraître composée de trois feuillets; mais le moyen seul lui est propre. Pour voir sa disposition avec exactitude, il faut enlever la lame osseuse c[nWbrme la paroi inférieure du conduit auditif, laquelle est plus saillante en dehors que la paroi supérieure. On soulève ensuite la membrane qui revêt le conduit, et qui se détache facilement dans toute son étendue, particulièrement dans l’endroit où elle se réfléchit sur celle du tympan. Celle-ci, restée à nu par ce moyen , présente une direction très-oblique en bas et en dedans , en sorte
5o8 DE l’oreille
que, paraissant continue et parallèle à la paroi supérieure du conduit. , elle forme avec l’inférieure un angle rentrant très-aigu. Il résulte de cette direction que ce conduit a plus de longueur en bas qu’en haut, la membrane étant envisagée comme sa terminaison. La largeur de cette membrane* est un peu plus grande que ne l’exige l’ouverture à laquelle elle appartient : de là la facilité de son relâchement et de sa tension alternative, qui offrent, au lieu de deux surfaces planes, aine convexité d’un côté et une concavité de l’autre. Le plus souvent la concavité regarde le conduit auditif où cette membrane est libre, la convexité répondant à la cavité du tympan, où elle adhère au marteau , qui l’entraîne dans ses
La membrane du tympan adhère dans tout son contour à la portion osseuse du conduit. Les deux lames qu’elle reçoit en dehors et en dedans viennent se prolonger sur elle en se réfléchissant et sans contracter aucune adhérence.
Les anatomistes ont beaucoup disputé sur l’ouverture de cette membrane. Les uns ont admis un intervalle entr’elle et l’os, dans une partie de sa circonférence; d’autres ont nié cette disposition. Ce qu’il y a de certain , c’est que, quand on soulève le repli en forme de cul-de-sac que la membrane du conduit forme sur celle du tympan, on ne voit aucune ouverture sur ce repli : l’expérience est aisée à faire. En supposant donc que la membrane elle-même fût ouverte , ce repli fermerait absolument l’ouverture, comme je l’ai dit, et ne permettrait aucune communication entre le conduit et
le tympan. Il en est de même pour le repli de la membrane de cette cavité qui se réfléchit aussi sur celleci, laquelle, du reste, ne présente aucune ouverture sensible à l’oeil.
La membrane du tympan est remarquable par sa sécheresse, qui la distingue de toutes les autres, et qui paraît nécessaire pour l’entretenir dans une espèce de rigidité propre à favoriser ses vibrations. Absolument transparente quand elle a été bien isolée des deux couches qui la revêtent, elle n’offre aucune trace de vaisseaux sanguins dans l’état naturel ; mais lorsque l’inflammation s’est emparée soit de la membrane du conduit, soit de celle de la cavité du tympan, ces vaisseaux y deviennent apparens, et cette membrane offre dans toute son étendue un aspect rougeâtre très-prononcé, qui lui appartient comme à ces couches, ainsi que je m’en suis assuré. Quelquefois cependant, comme je l’ai vu aussi, dans l’inflammation de la membrane de la cavité du tympan , celle-ci reste intacte , ainsi que le repli que lui forme celle du conduit. C’est dans ces cas qu’il est facile de distinguer le feuillet formé par la première; tandis que, dans l’état ordinaire, ce feuillet paraît se confondre avec cette membrane elle-même. Le feuillet formé par la membrane du conduit se distingue toujours aisément par la facilité avec laquelle on le soulève. .
Exposée à l’air , la membrane du tympan se dessèche plus complètement encore qu’elle ne l’est dans l’état naturel, et paraît s’amincir un peu en conservant sa transparence. Aucune autre altération ne s’y observe par la suite du temps ; et j amais la putréfac-
5 1 O DE l’oREIIXE
tion fie s’en empare , comme je m’en suis souvent assuré dans les cadavres complètement pourris. Le calorique , appliqué soit à iiu , soit par le moyen de Feau bouillante, la racornit promptement, et la resserre de manière quelle devient plane , au lieu de présenter ce relâchement qui lui permettait de devenir convexe et concave alternativement ; souvent meme elle se détache dans sa circonférence. L’acide sulfurique concentré la dissout entièrement; l’acide nitrique la jaunit et ensuite la réduit en pulpe.
§ III. Des Objets situés à la paroi interne du
Tjmpan.
Les plus remarquables de ces objets sont deux ouvertures que l’on nomme trou os^ale et trou rond y et le pi'omontoire ^ qui les sépare.
Trou Oi^ale. Il correspond à la partie supérieure et interne du tympan. Son plus grand diamètre est dirigé horizontalement; le plus petit l’est de haut en bas. Il communique dans le vestibule, et se trouve bouché en grande partie par la base de l’étrier , laquelle n’étant pas assez large pour l’oblitérer entièrement, est suppléée par une membrane fine qui répond à sa circonférence et sert en meme temps de moyen mobile d’union. Le trou ovale est borné en haut par une saillie osseuse arrondie , et allongée un peu obliquement en arrière et en bas. Cette saillie est formée par l’aqueduc de Fallope.
Promontoire, En bas, il est borné par une autre éminence tuberculeuse assez large , de forme trèsvariable, remarquable surtout en devant, et qui est
ET DE SES DÉPENDAIYCES. 5ll
formée par la saillie que font clans le tympan le côté externe du vestibule et un peu le limaçon. Au-devant et au-dessus du promontoire , on voitfextrémité de cette lame osseuse mince qui sépare le conduit d’Eustache d’avec le muscle interne du marteau, muscle dont on trouve l’extrémité tendineuse au meme endroit. Derrière le promontoire est une excavation oblique plus ou moins remarc[uable, excavation c|ui n’a rien d’ailleurs de particulier.
Trou rond. Inférieur au trou ovale , et plus petit que lui , il se trouve sur le derrière et au - dessous du promontoire, cjui , par sa saillie , forme à ce trou une espèce de cavité ou plutôt de canal antécédent assez sensible , de forme irrégulière , et qui a une direction un peu oblicpue en arrière et en dehors. Au fond de ce canal antécédent est le trou rond , qui n’a pas exactement la forme indiquée par son nom , mais qui est plutôt un peu triangulaire, comme l’a remarcjué Scarpa. Ce trou est fermé par une membrane particulière, qui l’empêche, comme je le dirai, de communiquer dans le limaçon. Cette membrane n’est point parallèle , mais oblic|ue à la direction de
celle du tympan.
§ lY. Des Objets situés aux parois supérieure et
inférieure du lympan.
En haut , le tympan n’offre à remarquer qu’un certain nombre de petites ouvertures qui donnent’ passage à des vaisseaux sanguins parlant des artères de la dure-mère et allant se rendre dans son intérieur. On a cru que, dans les plaies de tête , ces petits
5 1 2 DE l’oREÏLLE
trous transmettaient, du cerveau dans le tympan, le sang qui sort quelquefois de celui-ci; mais outre qu’ils ne sont libres que sur le squelette , la rupture de ceux de la membrane muqueuse de cette cavité , rupture déterminée par la secousse générale, suffit pour expliquer ce fait.
En bas et un peu en devant , on trouve la fente glénoïdale, par laquelle entrent le muscle antérieur du marteau et quelques vaisseaux sanguins, et par laquelle sortent l’apophyse grêle du marteau et le nerf du tympan , dont la membrane bouche cette fente en passant sur elle.
§ V. Des objets situés à la paroi antérieure du < Tjrnpan,
Conduit dé Eustache. Il occupe la partie externe de la voûte du pharynx. Dirigé très-obliquement en dedans, depuis la paroi antérieure de la cavité du tympan jusqu’à la paroi supérieure et postérieure des cavités nasales, il a une longueur plus considérable que celle du conduit auditif, et qu’on peut estimer à deux pouces à peu près. Assez étroit et arrondi à son origine dans le tympan , il devient progressivement plus large , plus aplati, et présente enfin une extrémité libre, très-évasée, très-renflée, dont les parois, appliquées l’une contre l’autre, offrent une ouverture en forme de fente. Ces parois peirant s’écarter un peu par l’action des péristaphylins , de l’externe surtout , qui s’insère sur la partie membraneuse et mobile du conduit.
Il y a deux parties dans ce conduit : une osseuse.
ET DE SES DEPENDANCES. 5l3
qui est postérieure , une cartilagineuse et membraneuse , qui est antérieure. La première est une dépendance du temporal ; la seconde , qui se voit surtout au-dessus du pharynx, est entourée dans sa surface externe par les péristapbylins et par du tissu cellulaire, et embrassée vers son |xtrémité par la surface muqueuse pharyngienne.
La portion osseuse forme le tiers postérieur du conduit. Elle est plus large à ses extrémités qu’à son milieu. Très-mince en haut, elle y est formée par une lame osseuse qui la sépare du conduit du muscle interne du marteau. En bas, elle est plus épaisse, et résulte d’une autre lame qui concourt à la formation delà cavité glénoïdale. En dehors, son épaisseur augmente encore ; la portion écailleuse concourt à la former en cet endroit. En dedans , elle est trèsmince , et séparée de la partie horizontale du canal carotidien par une lame presque transparente. J’ai vu cette lame fine percée dans deux individus.
Les deux tiers extérieurs du conduit d’Eustache sont formés par la portion cartilagineuse et membraneuse. Le cartilage, placé en dedans , aplati dans la plus grande partie de son étendue , de figure triangulaire, forme d’abord toute la paroi interne du conduit , et de plus , en se recourbant , la partie supérieure de la paroi externe ; en sorte qu’il parait résulter de deux lames unies angulairement suivant leur longueur , et dont l’externe , très-étroite, est supléée, dans l’espace qu’elle n’occupe pas, par la portion membraneuse, tandis que l’interne forme la totalité du conduit de son coté : disposition avantageuse, en ce quelle donne à ce conduit sa princi-
it^ 33
5 I 4 DE l’oreille
pale résistance du côté du pharynx, où il peut être exposé à diverses pressions dans le passage des ali-* mens , dans l’élévation du voile du palais , etc. Au reste, très-souvent la lame externe n’existe presque pas, et qn ne trouve en dehors que la portion mem- ^braneuse5l, qui, dans tous les cas, occupe la plus grande partie de la paroi externe.
Le cartilage du conduit d’Eustache naît du contour de la portion osseuse , en s’engrenant dans ses inégalités, et non en y tenant par une simple membrane fibreuse, comme le cartilage du conduit auditif est fixé le plus souvent à la lame osseuse correspondante. De cette origine, il se dirige obliquement en devant sur l’apophyse épineuse du sphénoïde , en dehors du trou déchiré antérieur , auquel il correspond un peu en s’identifiant avec le cartilage qui l’oblitère presque entièrement, ce qui concourt singulièrement à augmenter sa fixité. Parvenu sur le milieu de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde, il s’y élargit , y adhère par une substance fibreuse, et s’y termine. C’est lui seul qui donne une certaine solidité au conduit dans ses deux tiers antérieurs, et cjui, par l’écartement léger de ses deux lames, permet un certain degré d’ouverture habituelle.
La portion membraneuse, dont beaucoup d’anatomistes n’ont pas parlé, forme presque seule la moitié externe du conduit qui nous occupe; elle est au-dessous de la petite lame qui, comme nous l’avons dit, commence en haut cette moitié. Elle dépend essentiellement delà membrane muqueuse du conduit, qui est seulement fortifiée par diverses
ET DE SES DEPEI^r DANCES.
fibres naissant de l’apopliyse épineuse sphénoïdale , de la base et de l’aile de Fapopbyse ptérygoïde, et formant en dehors de cette membrane un plan qui s’unit intimement à elle et qui en compose une membrane fibro-muqueuse, jusqu’à la portion osseuse où il s’arrête. Cette dernière portion est tapissée seulement par la membrane muqueuse et par un périoste extrêmement mince, et totalement distinct de ce plan fibreux , quoique de même nature. C’est aussi de cette partie membraneuse que naissent spécialement les fibres charnues du péristaphylin externe , l’interne se fixant au cartilage.
L’intérieur du conduit d’Eustache est entièrement revêtu par la membrane muqueuse du pharynx, qui, après en avoir tapissé l’extérieur vers son extrémité renflée, s’enfonce par son ouverture, en formant un repli sensible et très-saillant, surtout en dedans , puis se prolonge jusque dans la cavité du tympan. Elle offre, dans ce conduit, un aspect blanchâtre qu’elle n’avait point au pharynx. Sa ténuité y est I aussi bien plus grande.
Conduit du muscle interne du Marteau. Au-desî sus du conduit d’Eustache est une lame osseuse, J mince, qui le sépare de celui du muscle interne du : marteau, qui est convexe en bas, concave en haut, et qui , terminée d’une part dans le tympan , com- 4 mence d’autre part dans l’angle rentrant des pori tions écailleuse et pierreuse du temporal. Le coni'duit du muscle interne du marteau est arrondi, ij obliquement situé comme celui d’Eustache, et reivêtu d’un périoste fin sur lequel glisse le muscle.
DE l’oreille
§ VI. Des Objets situés à la -paroi postérieure
du Tympan,
La paroi postérieure et supérieure du tympan présente un canal très-court, raboteux, non tapissé d’une couche de substance compacte, comme le sont la plupart de ceux qu’on remarque dans l’intérieur des os, placé au-dessus de la courte branche de l’enclume, oblicjuement dirigé en arrière et en bas , et qu’aucune membrane ne ferme.
Cellules mastoïdiennes. Ce canal mène dans un amas de cellules qui remplissent l’apophyse raastoïde, qui n’offrent d’abord que le volume ordinaire des diploïc[ues , avec lesquelles elles se confondent, mais qui augmentent de largeur au centre de l’apophyse, et en présentent une considérable dans certains sujets. Souvent on en trouve une plus étendue que toutes les autres adjacentes; d’autres fois, ce qui est plus rare , une seule occupe toute l’apophyse. Bien n’est plus variable que leur disposition, leur nombre et leur grandeur : mais ce qui est constant, c’est quelles communiquent toutes ensemble, ainsi qu’avec les cellules diploïques du temporal; ce qui permettrait à l’air du tympan de pénétrer dans le diploé, si la substance médullaire ne remplissait celui-ci, et si la membrane de la cavité du tympan en se réfléchissant dans ces cellules, où elle est trèsmince, n’empêchait leur communication avec cette substance médullaire. On peut, en déchirant les replis de cette membrane , qui est peu sensible au premier coup d’œil, faire passer le mercure des
ET DE SES DÉPENDANCES. Bl’J
cellules mastoïdiennes dans le diploé de l’os, et réciproquement.
Pyramide, Près et au-dessus de l’ouverture des cellules mastoïdiennes se voit une petite saillie osseuse, plus ou moins proéminente dans le tympan. Cette saillie est creusée d’un canal qui s’enfonce un peu dans l’os au-delà de sa base et contient la portion charnue d’un petit muscle dont le tendon sort par l’ouverture de ce canal et va se fixer à Fétrier. Près la base de cette saillie osseuse est un trou qui transmet le nerf du tympan dans cette cavité qu’il traverse pour sortir par la fente glénoïdale,
§ VIL Osselets de V Ouïe,
La cavité du tympan renferme un petit appareil particulier à mouvemens, composé de quatre osselets et de quelques muscles qui leur apparlieunent. Ces osselets sont le marteau, l’enclume, l’os lenticulaire et l’étrier. Les deux premiers occupent le côté externe de la cavité; les deux derniers, continus et articulés avec eux, se trouvent du côté interne.
Du Marteau, H est placé sur la partie interne et supérieure de la membrane du tympan, et dirigé presque perpendiculairement en bas, de manière à former un des rayons de cette membrane. On lui distingue trois parties, iine supérieure, volumineuse, arrondie, que l’on nomme la te'te,- une moyenne, plus étroite, qui présente une éminence mince et allongée, et qu’on nomme le col; enfin, une inférieure , très-étroite, qui forme le manche, i La tête, lisse dans toute son étendue, correspond en dehors
5 1 8 DE l’oreille
à la portion osseuse du temporal, en arrière s’articule avec l’enclume, en dedans et en avant est entièrement libre. 2°. Le col, plus étroit, répond en dehors à la partie supérieure de la membrane. En arrière et en dedans il est libre. En avant, il donne naissance à une apophyse grêle, très-allongée, reconnue long-temps avant Raw, qui lui a donné son nom. Cette apophyse s’engage dans la scissure glénoidale et passe par là au dehors , où elle donne attache au muscle antérieur du marteau. Sa ténuité extrême permet difficilement de la conserver , surtout chez l’adulte , où les portions osseuses entre lesquelles elle est logée ont une épaisseur considérable. 3°. Le manche, beaucoup plus étroit que le col, se dirige plus en dedans, et forme avec lui un angle obtus assez prononcé, qui offre une petite éminence pour l’attache du muscle interne. Adhérent en dehors à la membrane, il est libre dans tout le reste de son étendue. Son extrémité se recourbe un peu en avant.
De V Enclume, Elle est placée à côté du marteau et plus en arrière que lui, et répond un peu à la membrane, mais spécialement à la portion osseuse du tympan, vers les cellules mastoïdiennes. Elle offre un corps et deux branches à direction différente.
Le corps ^ dirigé en avant et en haut, est divisé très-sensffilementen deux tubercules inégaux, dont le supérieur est ]e plus allongé. L’enfoncement qui les sépare reçoit la tête du marteau, qui s’articule ainsi avec le corps de l’enclume. 2*^. La supérieure des deux branches, courte, épaisse, conoïde et aplatie, est terminée en pointe, se dirige horizonta-
ET DE SES p:ÉPETOANCES. 5i9
lement en arrière, et s’appuie sur une des premières cellules mastoïdiennes. 3^. La branche inférieure, plus longue, plus grêle, dirigée presque perpendiculairement en bas, est parallèle au manche du marteau, et très-sensiblement écartée de la membrane du tympan. Vers son extrémité, elle se recourbe en dedans, et offre, sur cette extrémité même, une cavité légère qui reçoit Fos lenticulaire par lequel l’enclume s’articule avec l’étrier.
De VÉti'iej'. Il est plus rapproché du labyrinthe que les précédens, horizontalement dirigé dans le milieu du tympan, qu’il traverse. Son nom indique une comparaison assez exacte. On y distingue une tête, deux branches et une base. i®. La tête, trèspetite, située en dehors, légèrement excavée à son sommet , reçoit Fos lenticulaire par lequel celui-ci communique avec la longue branche de l’enclume. Elle est soutenue par un col court et arrondi, a®. Les deux branches partent de ce col en s’écartant d’abord, et en se recourbant ensuite de manière à laisser entre elles un espace parabolique. La postérieure est un peu plus courbe et plus longue, l’antérieure plus droite et plus courte. Toutes deux offrent, sur le côté par lequel elles se regardent, une rainure prononcée, donnant attache aune membrane qui ferme leur intervalle. Du côté opposé , elles sont libres dans l’intérieur du tympan. V, La base, allongée d’avant en arrière, plus étroite de haut en bas, continue aux deux branches par ses extrémités, correspond en dedans, par une surface convexe, au trou ovale qu’elle ferme incomplètement, et dont l’oblitération est suppléée par la membrane
520 DE l’oreille
du tympan; en dehors, à l’intervalle des branches, par une surface concave.
De VOs lenticulaire. C’est le plus petit de ceux de l’oreille. Arrondi, interposé entre la longue branche de l’enclume et la tête de l’étrier, il s’articule avec tous deux, et s’en trouve toujours distinct, quoique son extrême ténuité permette souvent de le confondre avec l’un ou l’autre, surtout dans l’état sec.
Les osselets de l’oreille, presque tous formés de tissu compacte , ne présentent c[u’une portion à peine sensible de tissu spongieux, qui existe dans le marteau, l’enclume et l’étrier. Leur densité est trèsgrande et leur résistance très-marquée, comparativement à leur volume. Leur périoste, très-mince, se confond avec la membrane muqueuse.
Les anatomistes ont admis plusieurs ligamens destinés aux osselets de l’oreille; mais il est facile de voir qu’ils sont entièrement membraneux. Ce ne sont réellement que des replis de la membrane du tympan, replis c[ui d’un os se portent à l’autre. Nous décrirons ces replis en traitant de cette membrane.
§ VIII. Des Muscles des Osselets de V oreille.
Deux muscles appartiennent au marteau; l’un interne, l’autre antérieur. L’étrier en a un.
Muscle interne du Marteau. Il naît en partie de la portion cartilagineuse du conduit d’Eustache, et en partie de la surface raboteuse que présente inférieurement le rocher, au-delà de l’orifice du canal
ET DE SES DÉPENDAKCES. Sai
carotidien. De là, il se porte en arrière et en dehors dans le canal osseux particulier que la lame dont nous avons parlé sépare du conduit d’Eustache. Parvenu dans le tympan, il se termine par un tendon qui se réfléchit sur l’extrémité de la lame précédente, et vient s’implanter à l’angle que forme le manche du marteau avec le col de cet os, angle où se trouve parfois une petite apophyse qui le reçoit.
Muscle antérieur du Marteau. Il naît de i’apophjEse épineuse du sphénoïde et du conduit d’Eustache, se dirige de là en arrière et en dehors vers la fente glénoïdale, et vient, par un tendon court, s’implanter à l’apophyse grêle qui naît du col du marteau.
Muscle de V Étrier. C’est le plus petit de tous. Sa portion charnue est renfermée entièrement dans la cavité de la pyramide, éminence osseuse qui occupe la partie postérieure et supérieure du tympan. Son tendon, très-court, sort par le sommet de cette éminence, et vient s’attacher horizontalement en arrière du col de l’étrier, au-dessous de son articulation avec l’enclume.
§ IX. Des Moiwemens qui ont lieu dans le
Tympan. .
Les mouvemens des osselets de l’ouïe, ceux du marteau spécialement, ne se séparent point de ceux de la membrane du tympan.
Cette membrane se tend et se relâche. Sa tension paraît surtout avoir lieu lorsque nous prêtons l’oreille avec attention , et que nous voulons tirer le
52 3r DE l’OREILLE
plus de parti possible des sons dirigés dans le conduit auditif; ce qui arrive'quand cessons sont faibles et incapables de produire une vive sensation. Sous ce rapport, cette tension est à l’oreille ce que Fagrandissement de la pupille, par la dilatation active de l’iris, est à Fceil. Elle coïncide avec le redressement du pavillon et les mouvemens de ses petits muscles. L’agent de cette tension est spécialement le muscle interne du marteau, qui tire en dedans cet os et en meme temps la membrane. L’effet de ce mouvement ne peut que très-peu influencer l’enclume, le lenticulaire et l’étrier, malgré la continuité générale des osselets.
Le relâchement de la membrane du tympan alieu quand les sons ont une force suffisante, c|uand on n’a pas besoin d’en ramasser un grand nombre. Il est au plus haut degré lorsqu’ils sont trop forts , qu’ils pourraient heurter péniblement l’oreille. Le muscle antérieur du marteau est l’agent de ce relâchement , en tirant en devant ce petit os , dont le mouvement ne peut non plus alors se communiquer que très - peu aux autres , et se trouve d’ailleurs toujours peu marqué, par l’enclavement de l’apophyse grêle. On ne saurait guère douter que là tension ou le relâchement de la membrane du tympan n’aient rapport , comme je viens de le dire , à la force ou à la faiblesse des sons, qu’ils ne s’y accommodent. Se prêtent-ils aussi aux gradations harmoniques ? C’est ce qu’il me paraît bien difficile de déterminer.
Dans la propagation des sons , les osselets , successivement articulés, paraissent être un des moyens de communication par lesquels ceux-ci passent de la
membrane du tympan clans le vestibule. Mais leurs moiivemens sont presque nuis dans ce cas ; ils n’éprouvent qu’un ébranlement , une vibration. Le muscle de i’étrier , par les mouvemens qu’il imprime à cet os , et par conséquent à la membrane qui bouclie le trou ovale , parait avoir le meme usage que les muscles du marteau , savoir, d’accommoder la tension bu le relâchement de cette membrane à la force ou à la faiblesse des sons.
§ X. Membrane muqueuse du Tympan,
Cette membrane, inexactement appelée par tous les anatomistes périoste du tympan , est de nature essentiellement muqueuse. Elle s’introduit par le conduit d’Eustache , quelle tapisse dans toute son étendue. Parvenue dans le tympan , elle en revêt toute la cavité , en se comportant de la manière suivante : i®. En dedans, elle passe sur le promontoire, sur le trou ovale, où elle fixe la base de l’étrier et dont elle complète l’oblitération, et sur le trou rond, dont elle intercepte ainsi la communication avec le limaçon, En dehors , elle s’applique contre la membrane du tympan , dont elle forme le feuillet interne , de telle manière cependant que le manche du marteau se trouve intermédiaire, et par là même fixé à cette membrane du tympan qu’il doit faire mouvoir : il n’a pas d’autre moyen d’adhérence avec elle. 3*^. En arrière , elle assujettit l’enclume à la portion osseuse adjacente, embrasse la pyramide sans s’introduire dedans, et se perd autour du tendon, qui en sort, ainsi qu’ autour du nerf du tympan, qui
5^4 DE l’oreille
s’échappe près de cet endroit pour traverser cette cavité. Puis s’introduisant dans les cellules mastoïdiennes, elle les tapisse exactement en formant des culs-de-sac au niveau de leurs communications avec le diploé, et en empêchant ainsi que la moelle ne pénètre dans ces cellules. l\. En devant , après avoir tapissé le conduit d’Eustache, elle se réfléchit sur la lame qui le borne en haut , embrasse à sa sortie le tendon du muscle antérieur du marteau, et se perd sur lui. 5®. En haut , elle bouche les orifices vasculaires qui se trouvent en cet endroit. 6^. En bas , elle passe sur la scissure glénoïdale , la bouche , embrasse l’apophyse grêle du marteau et le nerf du tympan, sur lesquels on la distingue difficilement. 7^. Au milieu du tympan, elle se déploie sur les osselets, sur lesquels elle se prolonge des parties voisines, en formant d’abord dans les espaces qui les en séparent, puis entr’eux, différons replis que les auteurs ont faussement pris pour des ligamens, et en les assujettissant ainsi par son passage de l’un sur l’autre. J’ai douté quelque temps qu’il y eut sur ces osselets autre chose c|ue le périoste ; mais si on examine le tympan devenu le siège d’un catarrhe, ou encore chez les enfans , chez lesquels cette membrane est très-vasculeuse , on voit que son apparence et sa texture sont les mêmes sur les osselets qu’ailleur^.
La xiiembrane de la cavité du tympan parait etre un peu fibreuse à l’extérieur, comme, au reste, toutes les membranes analogues qui tapissent les os immédiatement ; mais du côté de la cavité , elle est bien évidemment de nature muqueuse : sous ce
rapport, elle est fibro-muqueuse. Chez l’adulte, elle paraît fine, résistante, peu vasculaire, blanchâtre, et très - analogue à la membrane des sinus ; mais quand elle est enflammée , ce que j’ai déjà eu souvent occasion d’observer sur les cadavres , elle devient d’un beau rouge , et représente exactement les surfaces muqueuses. Il s’y sépare habituellement une certaine quantité de mucosités que le conduit d’Eustache transmet dans le pharynx. Plus abondamment fournies que de coutume , ces mucosités offrent un catarrhe dont le produit est souvent tellement abondant qu’il remplit la totalité du tympan. Si la membrane extérieure vient alors à se rompre, l’écoulement se fait par l’oreille : phénomène qu’on croyait jusqu’ici être le produit d’un dépôt dans le tympan, comme si un foyer purulent , tel que ceux que nous voyons à l’extérieur , pouvait se faire sans tissu cellulaire. D’ailleurs, j’ai trouvé toujours la membrane muqueuse intacte quand le tympan était rempli de ces humeurs mucjueuses blanchâtres qu’on prend pour du pus , et cjui, comme je le ferai voir plus bas, sont très -susceptibles de se séparer en abondance chez les enfans.
On ne voit point de glandes sous la membrane de la cavité du tympan , point de villosités dessus ; ces objets seraient trop petits pour être aperçus , en supposant qu’ils existassent. Dans certains cas de catarrhe chronique , j’ai vu son épaisseur sensiblement augmentée. La sensibilité animale de cette membrane est très-vive. Celle du tympan étant percée , un corps porté dans la cavité occasione les plus vives douleurs. C’est là un caractère étranger aux
526 DE l’oreille
surfaces fibreuses , auxquelles cette membrane appartiendrait si elle n’était qu’un simple périoste.
L’usage quelle remplit est évidemment de garantir du contact de l’air contenu dans le tympan les parties adjacentes 7 ce qui la rapproche encore des surfaces muqueuses J qui se rencontrent toujours exclusivement là où des corps étrangers au nôtre existent au milieu de nos organes.”
ARTICLE TROISIÈME
DE l’oreille mXERXE OU LAEYRIÎVTHE.
Toute la partie de l’oreille qui se trouve au-delà du tympan et plus en dedans que lui consiste dans un assemblage de cavités diversement configurées, dont l’ensemble se nomme le labyrinthe^ et qui peuvent se rapporter à trois portions principales , l’une, antérieure, qui compose le limaçon ;X dcaXxQ ^ postérieure, formée par les canaux demi-circulaires ; moyenne ou le vestibule J qui communique avec les précédentes, et qui est comme le centre des cavités diverses c|ui composent le labyrinthe. Le vestibule et le limaçon embrassent exactement, l’un en devant, l’autre en arrière, le conduit auditif interne , qui leur transmet les nerfs destinés à l’ouïe , en sorte que le tronc commun de ces nerfs est entouré des organes immédiats de ce sens, avant de pénétrer ces mêmes organes. Je ne décrirai point ici ce conduit, ni ceux plus grêles qui transmettent les divisions du nerf auditif : je renvoie cet article à celui où je traiterai de ce nerf.
ET DE SES DliPENDANCES.
§ 1^1'. Du Vestibule.
Lorsqu’on a enlevé Fétrier^ et mis à découvert le trou ovale, on parvient par celui-ci dans le vestibule. Cette cavité est bornée en dehors par le tympan, dans lequel sa partie inférieure fait une saillie assez considérable qui, avec celle du limaçon, constitue le promontoù'e ; en dedans, par le conduit auditif interne; en avant, par le limaçon; en arrière, par les canaux demi - circulaires; en haut et en bas, par le tissu compacte du rocher. Elle a une forme très-irrégulière et qu’il est même impossible de déterminer. Tapissée, dans toute son étendue, par une membrane commune à tout le labyrinthe, et distincte de celle de la cavité du tympan , elle offre diverses ouvertures qui la rendent remarquable et qui établissent les communications dont nous avons parlé. Ces ouvertures sont : en dehors, le trou
ovale c[ue bouche la base de Fétrier, laquelle, tapissée du côté du tympan parla membrane de cette cavité qui complette l’oblitération , l’est de ce côté par celle du vestibule, en sorte que cette base est disposée ici comme le manche du marteau l’est entre la membrane du tympan et le repli muqueux venant de cette cavité; en haut, les deux ouvertures an- Itérieures des canaux vertical supérieur et horizon- Ital; 3*^ en arrière, les deux ouvertures propres des icanaux vertical postérieur et horizontal, et Fouvertture commune des deux canaux verticaux; en avant et en bas, l’orifice de la ranipe externe du liîmaçon. A chacune de ces ouvertures correspond
5^8 DE l’oreille
ordinairement, dans le vestibule, un petit enfoncement qui la précède. Celui qui est avant Forifice commun des deux canaux verticaux représente une espèce de sillon plus ou moins prononcé. Celui qui correspond à l’orifice propre du canal vertical supérieur est aussi très-marqué , mais arrondi, et comme demi-elliptique. Il est séparé.d’une autre excavation qui coA’espond près de l’orifice interne du trou ovale et qui est de forme sphérique, par une crête osseuse plus ou moins saillante, terminée au-devant et au-dessous du trou ovale par une petite saillie inégale c[u’on nomme \'^ pyramide. Ces deux dernières cavités, ainsi que la crête moyenne qui les sépare, sont très- apparens en ouvrant le vestibule. Plusieurs autres petits trous remarquables spécialement du côté du conduit auditif interne , donnent passage à des vaisseaux sanguins et surtout à des nerfs qui viennent de l’auditif. Je parlerai ailleurs de ces petits trous.
Aqueduc du Vesdbule. Outre ces diverses ouvertures, il en est une presque imperceptible sur plusieurs sujets, un peu plus apparente sur d’autres, qui commence un conduit que l’on nomme \ aqueduc du vestibule. Cet orifice est près de celui qui est commun aux deux canaux verticaux. De là, l’aqueduc se dirige en haut d’abord, puis en arrière et en bas, pour venir s’ouvrir, en s’élargissant, à l’orifice que nous avons indiqué sur la face postérieure du rocher. Cet aqueduc est extrêmement étroit: à peine peut-on y introduire une soie de cochon. Tl se termine dans un petit écartement des lames de la duremère, écartement que tapisse un prolongement de
El DE SES DJÉPEB DANCES. 629
la membrane du labyrinthe, qui le revêt aussi. G’est Cotuniii quil’a découvert. On a souvent une extrême difficulté il en faire la préparation. Plusieurs fois je n’ai pu en suivre le trajet, quelques précautions que j’aie prises.
§ IL Canaux demi-circulaùxs .
Derrière le vestibule, on trouve les canaux demicirculaires , dont le nom indique la forme. Placés dans l’épaisseur du rocher, iis répondent en arrière et en basaux cellules mastoïdiennes. Leur direction est différente. Dans la position naturelle, l’im, supérieur et vertical, forme une courbe qui coupe transversalement l’épaisseur du rocher; l’autre, postérieur, vertical aussi, mais inférieur au précédent , représente une courbe dirigée suivant la longueur du rocher; le troisième, horizontal, le pins court de tous, et placé entre les deux autres, forme une courbe dirigée aussi suivant la longueur du rocher. Leur position respective laisse entre eux un espace pyramidal dont la base est en dehors et le sommet en dedans et en arrière. Cet espace qui, chez le fœtus, offre, comme je le dirai, dans sa plus grande partie, un vide que remplit un prolongement de la dure-mère, est entièrement occupé chez l’adulte par le tissu spongieux de l’os.
Le canal vertical supérieur commence par une ouverture assez large qui se voit à la partie supé- E rieure et antérieure du vestibule, et qui est voisine * d’une décolles du canal horizontal. Le canal vertical I postérieur coînmeiice augsi par ujiie ouverture isoil, 34
53 O DE l’oreilee
lée*, qui est large, et qui répond à la partie postérieure et inférieure du vestibule. Tous deux se rapprochent, après un certain trajet, en suivant dans leur courbe la direction que j’ai indiquée, puis se réunissent en arrière et en dedans, et se confondent, après s’étre rétrécis d’une manière sensible comparativement à leur origine, en un seul conduit qui, long de quelques lignes, s’ouvre dans le vestibule par un seul orifice. J’ai vu dans deux sujets ce conduit commun, dont la capacité ordinaire n’est pas plus grande que celle de l’un des deux dont il résulte, être complètement oblitéré et changé en une tige osseuse, solide dans sa totalité. J’ignore si quelques vices dans l’ouïe en étaient résultés pendant la vie.
Le canal horizontal commence en devant par une ouverture assez large voisine de celle du vertical supérieur, et se termine en arrière par une autre plus rétrécie, surtout dans certains sujets, et placée entre l’ouverture propre du vertical postérieur, et l’ouverture commune des deux verticaux. D’où l’on voit que , comme divers anatomistes l’ont remarqué, les deux orifices de chaque canal demicirculaire sont inégaux , ce qui dépend de ce que chaque canal n’est point uniforme dans sa capacité.
Ces canaux , tapissés par la membrane commune du labyrinthe , sont formés uniquement de tissu compacte dans tous les âges. C’est ce qui permet de les distinguer facilement au dehors du rocher chez le fœtus. En effet, à cette époque , leur volume^ égal à celui qu’ils auront dans la suite , se trouve disproportionné avec le volume total du rocher
sur lequel ils font beaucoup de saillie. La blancheur et la solidité qu’ils présentent ^ comparées à la rougeur et au peu de résistance du tissu osseux environnant 5 encore spongieux à cette époque, les font reconnaître, et on les prépare sans aucune difficulté, tandis cpie , dans la suite , l’enveloppe osseuse qui les entoure devenant plus épaisse et entièrement compacte , leur préparation est très-difficile. On ne trouve aucune espèce de lames osseuses à leurs orifices : aussi du mercure versé dans le vestibule passe avec facilité par leur conduit, qu’il traverse pour revenir dans ce vestibule. Leur paroi interne est sans inégalités.
§ IIÎ. Du Limaçon.
Le limaçon y cavité osseuse dontla figure en spirale lui a fait donner son nom, forme la partie antérieure du labyrinthe. Situé plus en dedans que le vestibule, au-devant du conduit auditif interne, il est obliqueiment dirigé en bas et en dehors. C’est un canal enitièrement compacte dans ses parois extérieures, bontinu en dehors et en arrière avec les autres parijties du labyrinthe, environné dans tout son contour psseux du tissu du rocher, dans lequel il est comme jolongé. Il est disposé en sens inverse de l’un et l’autre coté, par rapport aux deux spirales c|ii’ü re- ^orésente. Ce canal commence à la partie inférieure ît interne du vestibule , par une ouverture évasée ;|ui se trouve au-dessous et au devant du trou ovale, ) t c|ui répond à la saillie du promontoire. Dirigé enuite en avant et en bas , ü se recourbe bientôt en
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haut, et fait sur lui-même une spirale de deux tours et demi , pour se terminer sur un noyau osseux conique qui forme le centre et Taxe de sa cavité tout entière. Ce noyau osseux, dont la direction presque horizontale coupe obliquement Taxe du rocher , correspond par sa base , qui est un peu excavée , au fond du conduit auditif interne. Divers petits trous s’y observent pour des passages nerveux ; nous reviendrons su^^ ces ouvertures. Son sommet se termine dans le milieu du limaçon, par une espèce de cavité évasée que l’on nomme X entonnoir.
La cavité du limaçon est divisée suivant sa longueur , par une lame moitié osseuse et moitié membraneuse, qui commence à la base de cette cavité, qu’elle partage dans son trajet en deux parties isolées , l’une supérieure , qui communique dans le vestibule , l’autre inférieure , qui aboutit au trou rond, et qui communiquerait dans la cavité du tympan si ce trou n’était fermé par une membrane. Cette lame , après avoir suivi la spirale du limaçon , dont elle forme deux cavités nommées rampes , qu’on distingue en celle du vestibule plus étroite et plus longue , et en celle du tympan plus large et plus courte , se termine au sommet du noyau osseux , en offrant une ouverture qui permet une communication libre entre ces deux rampes. Celles - ci vont toujours en se rétrécissant depuis leur origine jusqu’à leur point commun de communication. Elles ont une forme difficile à bien déterminer : la coupe perpendiculaire de chacune offre à peu près un segment de demi-cercle.
La structure générale du limaçon présente un
tissu compacte dans toute l’étendue de ses parois , plongé comme les canaux demi-circulaires dans un tissu très-spongieux, rougeâtre et facile à enlever chez le fœtus , mais plus dense et compacte aussi chez l’adulte. Des deux parties distinctes , l’une osseuse et l’autre membraneuse , qui forment la lame servant à le diviser intérieurement en deux rampes , la première se continue dans tout son rebord concave avec le contour du noyau osseux qui 5 comme nous l’avons dit ^ forme l’axe de cette cavité ; la seconde monte en se fixant au milieu de la paroi opposée, paroi qui, en se contournant en spirale, forme le limaçon. Vers le sommet, endroit où se trouve l’ouverture de communication entre les deux rampes , cette portion membraneuse existe seule. Elleest, dans l’état naturel, sèche, cassante, blanchâtre, d’une apparence que je ne puis mieux comparer qùà celle de la membrane du tympan, dont elle ne paraît différer que par sa ténuité ; elle est du reste entièrement ignorée comme celle-ci dans sa nature. La sécheresse particulière qui la caractérise paraît , comme dans la membrane du tympan, très-propre aux vibrations nécessaires à la perception des sons.
Il suit de ce que nous venons de dire , que pour avoir une idée exacte du limaçon , il faut concevoir une lame osseuse se contournant deux fois sur ellemême en spirale autour d’un noyau également osseux , confondue par une de ses faces avec le tissu compacte du rocher, et libre par l’autre face dans le premier tour c|u’ellefait et qui est le plus grand, libre ensuite par ses deux faces dans le second tour qui est le plus petit , formant dans ces deux tours une
534 l’oreuxe
cavité spirale , qu’une lame moitié osseuse et moitié membraneuse sépare en deux rampes , lesquelles communiquent vers l’entonnoir et sont isolées en bas , de telle manière que si , la membrane du trou rond étant brisée , on versait du mercure dans cette ouverture , il traverserait la rampe du tympan , reviendrait par l’entonnoir dans celle du vestibule , et retomberait dans cette cavité.
Aqueduc du limaçon. C’est un conduit extrêmement étroit qui commence dans la rampe du tympan près le trou rond, monte ensuite en s’élargissant, et va s’ouvrir par un orifice assez évasé sur le bord postérieur du rocher. Il m’a paru , comme celui du vestibule, souvent très-peu apparent et très-difficile à préparer.
§ IV. De la Membrane du Labyrinthe , et du fluide
quelle sépare.
, Toutes les cavités dont nous venons de parler sont tapissées d’ùne membrane extrêmement fine et délicate, de:- nature différente de celle qui revêt l’intérieur du tympan. Pour bien voir cette membrane, il faut commencer à la prendre dans le vestibule, et choisir un fœtus , parce que les vaisseaux trèsnombreux qui la parcourent alors lui donnent en plusieurs points une apparence rougeâtre qui la rend très- sensible. Or, la meilleure manière d’ouvrir le vestibule est de fendre perpendiculairement le rocher avec un ciseau bien tranchan t, entre le trou auditif interne de cette excavation particulière et profonde dont je parlerai bientôt, et qui reste à cet
âge sous le canal vertical supérieur , quand on a enlevé le prolongement de la dure-mère qui vient SJ fixer. Alors le vestibule se trouve partagé par son milieu; le fluide qu’il contient s’échappe, et l’on voit la membrane qui le revêt. Cette membrane s’enfonce dans les canaux demi-circulaires qu’elle tapisse, se prolonge dans la rampe vestibuiaire du limaçon , puis par l’ouverture de l’entonnoir dans la rampe du tympan , où elle vient se terminer en culde-sac au trou rond. Un prolongement en part vers cet endroit, tapisse i’aqiiediic du limaçon, et se termine aussi en cul-de-sac dans un petit écartement de la dure-mère. Un prolongement semblable revêt i’aquediic du vestibule et se comporte de même vers son extrémité.
Outre cette membrane, on rencontre, dans les canaux demi-circulaires, des prolongemens grisâtres ou blanchâtres qui , très-manifestes dans certains sujets, m’ont paru à peine sensibles dans d’autres. Ces prolongemens se terminent à l’extrémité de ces canaux par des renflemens particuliers, qui, dans la préparation que j’indique, marquent quelquefois leur orifice quand on examine le vestibule. Ces renflemens reçoivent des nerfs de l’auditif. Scarpa en a fait , ainsi que des prolongemens contenus dans les canaux dembcirculaires , l’objet spécial de ses recherches. Je renvoie à son ouvrage sur ce point, sur lequel je reviendrai cependant plus en détail en traitant du nerf auditif.
Quelle est la nature de la membrane du labyrinthe? Elle est absolument ignorée. Très-sensiblement vasculeuse chez l’enfant, elle le devient beaucoup
536 DE l’orîîille
moins chez l’aduite , où souvent on a bien delà peine à l’apercevoir , tant sa ténuité est grande , et son adhérence aux os marquée. Elle remplace à l’égard de ceux-ci le périoste : aussi les anatomistes lui ontils donné ce nom. Mais sa nature diffère essentiellement de celle du périoste fibreux. Elle en est distincte surtout par l’usage de séparer un fluide du sang qui y aborde. En effet, partout où elle existe, on trouve un fluide transparent , légèrement visqueux, qui remplit le vestibule, les canaux demicirculaires , les rampes du limaçon et les aqueducs , et que j’y ai rencontré à des doses très-variables. Quelquefois il coule sensiblement en ouvrant les canaux; d’autres fois il n’offre qu’une humidité humectant leurs parois et celles des autres parties du labyrinthe. La nature de ce fluide est ignorée : il est en cjuantité trop petite pour qu’on puisse l’analyser. Malgré les conjectures des physiologistes, je crois que nous ne sommes guère avancés sur ses usages particuliers.
ARTICLE QUATRIÈME
DEVELOPPEMENT DE l’oREILLE.
L’oreille est, comme l’œil, très-développée chez le fœtus et l’enfant. Plusieurs de ses parties sont même bien plus prononcées que celles de ce dernier organe. Quelques-unes ont dès les premiers mois un volume prescjue égal à celui c|u’elles doivent toujours conserver. Ce développement précoce donne au rocher un aspect particulier, une forme toute
ET m SEâ BJ^pInBANCES. 537
différente de celle qu’il aura par la suite. En effet , ses portions qui sont étrangères à l’ouïe ne croissent point proportionnellement à celles qui composent cet organe : de là des saillies j desenfoncemens, des cavités, qui, très-marqués sur le rocher du fœtus, disparaissent dans celui de l’adulte. Nous allons successivement examiner comment chaque partie de l’oreille se développe, par quel mécanisme chacune se met au niveau des autres, et comment l’ensemble de l’organe atteint Fétat où il restera toujours. Cet objet mérite d’autant plus d’importance qu’il est presque tout neuf.
§ Ph Déi^eloppement de l’ Oirllle externe.
Le pavillon, chez le fœtus, présente à l’extérieur les memes objets c[ue chez l’adulte; mais son volume n’est pomt proportionné à celui des autres parties de l’oreille; c’est de toutes celle dont le développement est le moins précoce. Sa structure molle, peu consistante, est analogue à celle de tous les cartilages membraneux du fœtus.
Le conduit auditif ne diffère point de celui de l’adulte pour la longueur, qui est proportionnellement aussi considérable. Il n’a pas la meme largeur dans toute son étendue. Evasé en dehors, il se rétrécit beaucoup dans son milieu. En dedans, son évasement augmente de nouveau; il devient même plus considérable qu’il n’était dans le premier sens. Il est mesuré, dans ce dernier, par la largeur du cercle de la membrane du tympan, autour duquel le conduit se termine. Cette disposition est le principe de celle
538 DE l’oREIXLE
qui a lieu par la suite , et que nous avons indiquée ; mais elle est beaucoup plus marquée à cet âge.
La structure du conduit auditif offre des différencesremarquables. La portion fibro-cartilagineuse est dans le même état et dans la même proportion : seulement les incisures sont un peu plus larges et plus marquées. La membrane interne qui , comme nous Favons vu^ forme seule en haut et en arrière le conduit, avec quelques portions fibreuses, occupe un espace plus étendu, en sorte que les deux rebords supérieurs du fibro-cartiîage sont plus écartés Fiin de Fautre.
Quant à la portion osseuse, elle manque absolument, soit parce qu’en haut le corps du temporal est peu développé, soit parce qu’en bas la partie postérieure et non-articulaire de la cavité glénoïdale n’existe point encore. Il en résulte qu’en haut le conduit est formé, dans une plus grande longueur que dans la suite, par la membrane interne, qui reste à nu à cause du défaut de la portion osseuse qui doit , dans les âges suivans , être appliquée sur elle. En bas , outre cette membrane interne , il y a une portion membraneuse particulière, très-épaisse, formée de fibres parallèles les unes aux autres, très-distinctes et tres-apparentes, qui naît du contour du tympan, et va se terminer en dehors au fibro-cartilage du conduit, avec lequel elle est unie. C’est cette membrane fibreuse propre qui remplace la portion osseuse de ce conduit, formée par le rebord postérieur de la cavité glénoïdale ; c’est elle qui, destinée par conséquent à s’ossifier dans la suite, donne au conduit auditif du fœtus la même longueur proportionnelle
ET DE SES DléPEÎTDAlJrCES, SSg
qu’il doit avoir chez l’adulte. Les auteurs n’ont point, je crois, décrit cette membrane particulière.
Le contour de la membrane du tympan est formé, chez le fœtus, par un cercle osseux dans lequel cette membrane se trouve comme enchâssée. Ce cercle a une direction très-oblique en bas et en dedans; il parait meme presque horizontal : d’où il résulte que la membrane du tympan est presque parallèle à la paroi supérieure du conduit auditif, avec laquelle elle se continue et quelle concourt à former; tandis que la paroi inférieure, membraneuse et fibro-cartilagineuse , forme avec la membrane du tympan un angle rentrant très-aigu qui répond à l’extrémité du conduit.
Le cercle du tympan est formé, dans les trois quarts de son étendue , par une portion osseuse distincte et entièrement isolée. En haut, ce cercle est complété par la racine de Fapophyse zygomatique. Son contour avoisine en devant la portion articulaire de la cavité glénoïdale déjà marquée, quoique peu profonde. En bas il est séparé, par une lame osseuse très-étroite, de l’ouverture inférieure du canal carotidien; en arrière, il répond à la région mastoïdienne du temporal, encore très-peu prononcée, et en même temps il a quelque rapport avec le bord inférieur correspondant de l’os occipital. Il est isolé des parties voisines dans toute cette étendue, excepté vers l’apophyse zygomatique, par une rainure très - marquée , qui, dans l’état sec, communique avec l’intérieur du tympan , mais qui , sur le cada~ vre, est bouchée par le repli de la membrane muqueuse de cette cavité. Aussi est-il facile de soûle-
54 O DK l/oRKILLE
ver ce cercle , en déchirant ce repli, de manière à voir Fintérieur du tympan, et sans intéresser aucune partie osseuse voisine. C’est surtout avant le cinquième ou sixième mois que le fœtus offre un isolement absolu de ce cercle osseux, qui, plus tard, se confond plus ou moins exactement, par les progrès de l’ossification , avec les parties correspondantes du temporal.
La membrane interne du conduit auditif, ou plutôt la portion des tégumens qui s’y prolonge, est remarquable chez le fœtus par sa ténuité. On y trouve un duvet plus prononcé qu’aüleurs , et qui paraît être le rudiment des poils dont cette partie sera garnie dans la suite. De plus, on remarque dans toute l’étendue de ce conduit un enduit blanchâtre qui recouvre constamment les tégumens, et qui semble ii’être qu’une espèce particulière de cérumen, toute différente de celle qui doit être séparée par la suite. Cet enduit est uniformément répandu sur tout le conduit, qu’il tapisse en forme d’une membrane blanchâtre, organique au premier coup d’œil, mais sans organisation réelle. Moins épais sur les parois mêmes du conduit, cet enduit l’est beaucoup sur la membrane du tympan , à laquelle il ôte sa transparence, et dont il est facile de l’enlever sous une forme assez analogue aux fausses membranes que l’on trouve appliquées sur les surfaces séreuses. Privée de cet enduit, la membrane du tympan paraît rougeâtre, ce qui n’est du qu’à sa transpa rence, qui permet de voir au travers d’elle l’intérieur du tympan , dont la surface muqueuse est alors rouge.
§ IL Développement de V Oreille mo jeune.
L’extrême ténuité de la membrane du tympan , à la meme époque, permet difficilement de distinguer les trois feuillets qui la forment. On ne peut même qu’avec peine soulever le feuillet externe , qui dépend des tégumens du conduit , et qu’il ne faut point confondre avec cet enduit particulier, blanchâtre et encore inconnu, dont je parlais tout à l’heure. Au reste, différente par sa ténuité, cette membrane est presque la même que dans les âges suivans par sa largeur ; ce qui est relatif à la capacité de la cavité du tympan : en effet, cette capacité est presque égale à celle qui s’observera chez l’adulte. C’est dans cette cavité et dans les parties qu’elle renferme, que nous commençons à observer la disproportion sensible de l’oreille interne avec l’état général des autres organes dans le premier âge.
Le volume des osselets est absolument le même que chez l’adulte le plus avancé en âge. La solidité de leur structure est la même aussi; leurs muscles sont également prononcés.
Le conduit d’Eustache, déjà considérable et assez évasé, l’est cependant bien moins à proportion que la cavité dont il est l’orifice antérieur et interne. Son cartilage est surtout bien inférieur en développement à ce qu’il sera dans les âges qui suivront. Ses deux parois, moins exactement appliquées l’une contre l’autre, laissent son canal un peu plus ouvert habituellement. Ce conduit a la même direction horizontale qu il doit offrir dans la suite, et il se ter-
54î^ BE l’oreille
mine de même à la base de Fapophyse ptérygoïde correspondante : or, cette apophyse ayant alors non-seulement beaucoup moins de longueur, mais aussi une direction beaucoup plus oblique en devant que dans Fâge adulte, le conduit d’Eustache forme alors avec elle un angle très-obtus , au lieu de Fangîe presque droit qu’il doit former lorsque le développement de la face sera achevé.
Il n’y a point encore de cellules mastoïdiennes chez le fœtus. L’apophyse mastoide elle -même manque presque absolument. Vers l’endroit où elle naît, un tissu spongieux, rougeâtre, peu épais, borne le tympan en arrière. Cependant l’ouverture qui de cette cavité conduit dans les cellules est déjà extrêmement large , et toute la différence, c’est quelle aboutit dans un cul-de-sac qui reçoit la courte branche de l’enclume.
En dedans, le trou ovale est aussi large que chez l’adulte. On le concevrait facilement par la seule inspection de Fétrier, dont la base, aussi étendue que dans la suite, ne peut être disproportionnée à l’ouverture qu’elle sert à fermer.
La disposition du trou rond chez le fœtus a été observée scrupuleusement parScarpa, quia remarqué que dans les premiers mois cette ouverture est dirigée presque antérieurement; qu’à des époques plus avancées de la grossesse elle se dirige successivement plus en bas et en arrière ; qu’enfîn au temps de la naissance elle est obliquement tournée en arrière , et qu’elle s’incline de plus en plus jusqu’à une certaine époque où elle redevient plus antérieure ou plutôt latérale, et où elle regarde de nouveau la
ET Î)E SES DlETEïifDANCES. 545
membrane du tympan. La première direction tient à ce que le promontoire n étant pas encore trèsdéveloppé dans les premiers mois, laisse le trou rond à découvert. A mesure que son développement a lieu , vers le quatrième ou cinquième mois, il cache ce trou et le dirige en arrière. Lorsqu ensuite, au-delà de la naissance, l’apophyse mastoïde vient à se développer, elle occasione une nouvelle direction dans le tympan , qui change en partie celle du trou rond.
J’ai répété avec soin les recherches de Scarpa sur des fœtus de divers âges comparés à des adultes. Le résultat de mes observations, faites avec Buisson, a confirmé en partie celles de cet illustre anatomiste; mais elles nous ont montré beaucoup de variétés par rapport à la disposition du trou rond. L’on peut, je crois, difficilement déterminer d’une manière générale la direction qui appartient à chac|ue âge. Ce qui est certain, c’est que le promontoire forme toujours plus de saillie proportionnellement chez le fœtus c|ue chez l’adulte; et que c’est à la disposition de ce promontoire que tient surtout la direction du trou rond. S’il commence principalement à se développer dans sa portion antérieure, 1 laisse ce trou plus libre et plus dirigé contre la membrane du tympan. Si la saillie qu’il forme appartient surtout à sa portion postérieure dans le premier temps de son développement, il se prolonge au-devant du trou rond, et le force de s’incliner en arrière. Or, son développement n’est point uniforme et constant; c’est tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, qu’il fait surtout saillie. La disposition
544 l’oreille
des cellules mastoïdiennes mérite la même observation.
J’ai mis plusieurs tympans d’enfans morts*nés ài côté de ceux d’adultes : la différence de direction m’a paru nulle souvent, tandis que dans d’autres cas elle était analogue à ce que dit Scarpa.
La membrane qui tapisse la cavité du tympan est parsemée chez le fœtus de beaucoup de vaisseaux sanguins; de là son apparence rougeâtre. Cette couleur et la mollesse de son tissu la rapprochent de la pituitaire plus que de la membrane buccale, et l’on peut dire quelle tient alors le milieu entre l’une et l’autre pour la structure. En ouvrant un grand nombre de fœtus, pour examiner le développement de l’oreille, j’ai été frappé de la grande quantité de mucus qui remplit le tympan à cet âge, comparativement aux âges suivans. Souvent ce mucus est si abondant qu’il cache entièrement les osselets : on dirait que c’est un dépôt qui remplit la cavité du tympan; mais en injectant avec force un filet d’eau par une petite seringue, on nettoie cette cavité, dont les objets deviennent appareils. Dans presque tous les fœtus morts-nés, cette disposition se rencontre; elle coïncide avec la rougeur plus grande qu’a la membrane à cet âge, rougeur qui indique la plus grande quantité de sang abordant à cette membrane pour fournir le mucus.
§ III. Développement de V Oreille interne.
Deux choses rendent le labyrinthe fort remarquable che:5 le fœtus; sou développement précoce ;
et la solidité de sa structure déjà toute compacte. C’est de son développement que dépend le volume très-marqué du rocher, tandis que le reste du temporal est encore peu avancé. Sa structure compacte permet de l’isoler facilement, comme je l’ai dit plus haut, d’avec les parties voisines encore toutes spongieuses.
Le vestibule, première cavité du labyrinthe, est très-volumineux et presque aussi large c|ue chez l’adulte. C’est de lui et du limaçon que dépend la saillie, plus grande proportionnellement, que fait le promontoire dans le premier âge. En effet, cette éminence n’est cj^ue l’extérieur du vestibule et d’une des rampes du limaçon. Les progrès de l’ossification ne font qu’augmenter l’épaisseur des parois de cette cavité , sans guère ajouter à son étendue.
Il en est de meme pour les canaux demi-circulaii ’es. Leur volume et leur structure toute compacte donnent à la partie postérieure du rocher une épaisseur et une saillie particulière. Environnés de tous côtés d’un tissu spongieux et rougeâtre, ils sont faciles à distinguer , meme en dehors, par la couleur blanche qui les caractérise. C’est surtout le vertical supérieur cpii est apparent, meme sans préparation, en raison de la tubérosité qu’il forme, et qui répond alors au bord supérieur du rocher. Ses parois, assez ép'Uisses dans la plus grande partie de leur étendue, deviennent minces et transparentes à sa convexité, de manière à laisser voir le trajet de la
cavité c[ui lui appartient. Au-dessous de lui, on trouve un enfoncement très-profond auquel les au- 1 leurs n’ont point fait attention, et dont ce conduit
546 DE l’oreïlle
est comme la voûte. Cet enfoncement, situé sur le bord supérieur (lu rocher, se dirige en arrière, et se termine par un cul-de-sac dans lequel un repli de la dure-mère s’engage et va se terminer en se fixant au crâne par une extrémité rougeâtre et dense. Cette cavité diminue avec l’âge , et dégénère en une dépression inégale.
Les autres canaux demi-circulaires, cachés plus profondément dans l’épaisseur du rocher, ne se présentent pas d’hne manière aussi sensible, et offrent seulement une masse blanchâtre et compacte, plus ou moins apparente à l’extérieur, et environnée d’un peu de tissu spongieux et rougeâtre.
Le limaçon , très-prononcé , l’est moins cependant que les canaux demi-circulaires, proportionnelle» ment au reste du labyrinthe.
Le conduit auditif interne est presque égal en largeur à celui de l’adulte. Son évasement est surtout remarquable dans son fond, et plus que dans son orifice extérieur; sa longueur est beaucoup moindre, quoique cependant elle soit déjà très-prononcée.
§ IV. Changemens des trois parties de V Oreille dans les âges qui suivent la naissance.
Au-delà de la naissance, l’oreille éprouve beaucoup de changemens. Ses parties essentielles et fondamentales, telles que les osselets, le vestibule, les canaux demi-circulaires, le limaçon, etc., restent bien à peu près les mêmes; mais autour de ces par-
ties d’autres se prononcent davantage, en sorte que les rapports changent en partie.
Le pavillon. n’éprouve aucun changement bien marqué.
Dans le conduit auditif, la portion osseuse se forme en haut par le développement du bas de la portion écailleuse et de la racine de l’apophyse zygomatique, qui se déjettent plus en dehors, ce qui dépend beaucoup de l’amplitude que donnent à l’os en cet endroit les cellules mastoïdiennes. En bas, la membrane provisoire qui est enchâssée dans la partie externe du cercle osseux, et qui tient à la portion fibro-cartilagineuse, se change en os, ce qui donne naissance à la lame osseuse inférieure du conduit auditif. Souvent cette lame reste pendant les premières aimées percée dans son milieu d’un trou qui dépend de sa non-ossification en cet endroit ; mais ce trou s’efface bientôt. La portion fibro-cartilagineuse du conduit auditif éprouve peu de changement; elle croit seulement en largeur et en épais* seur. L’enduit blanchâtre qui recouvrait la portion de tégumens tapissant le conduit disparaît; je n’en ai plus retrouvé de trace au-delà de la première année. C’est sur la membrane du tympan qu’on le voit en dernier lieu; c’était aussi sur celle-ci qu’il était le plus apparent chez le fœtus. Le cercle osseux de la membrane du tympan , d’abord isolé par une fente d’avec le rocher, auquel l’unissait seulement un repli membraneux, et ne faisant réellement corps qu’avec la portion écailleuse, se soude peu à peu avec le premier, et finit par s’identifier avec lui.
548 DE l’oreille
Dans le tympan , la membrane de ce nom devient un peu moins oblique; elle s’épaissit aussi, mais reste transparente. Elle s’écarte peu à peu de la paroi interne de cette cavité, surtout en arrière, à cause du développement des cellules mastoïdiennes , qui se prononcent peu à peu , à mesure que l’apophyse qui les contient vient à croître; mais ce n’est que dans un âge très-avancé quelles acquièrent leur plus grande amplitude. Plus elles s’élargissent et plus l’apophyse grossit, plus leur ouverture de communication avec le tympan, ouverture qui n’était chez le fœtus qu’un véritable cul-de-sac, devient grande; ce qui écarte de plus en plus en arrière la membrane du tympan de la paroi interne de cette cavité. En devant, le conduit d’Eustache, qui croît aussi, et qui devient plus large dans sa portion osseuse , concourt à produire le meme effet, mais d’une manière beaucoup moins sensible. La portion cartilagineuse de ce conduit croît aussi peu à peu, mais ce n’est qu’au terme de l’accroissement général qu’il a pris le volume qu’il doit toujours conserver. Le trou ovale change peu; à peine s’agrandit*il. Il y a, comme je l’ai dit, plusieurs variétés dans le trou rond. En général, la paroi interne du tympan reste à peu près la meme sous tous les rapports, surtout sous celui de la largeur, parce quelle répond au labyrinthe, qui est presque aussi développé chez l’enfant que chez l’adulte. Quant aux osselets, leur volume reste le meme : seulement ils prennent plus de densité , et leurs muscles plus de force. D’où l’on voit que les principaux changemens opérés dans le tympan par l’accroissement portent plus sur sa ca-
vite qui s’élargit, que sur les parties qui entrent dans la composition de cette cavité elle-même; car l’élargissement n’est point l’effet d’un accroissement général, mais bien de l’écartement de la membrane du tympan. Comment l’appareil des osselets, qui ne s’allonge point et qui traverse cependant la largeur de la cavité de meme nom, ' s’accommode-t-il à cet écartement? Cela tient à ce que l’enclume, qui, chez le fœtus, est presque perpendiculaire, s’incline un peu du côté de la paroi interne du tympan , surtout par sa courte branche , qui par là reste est en rapport avec l’os lenticulaire et l’étrier, lesquels n’éprouvent aucun changement de position.
La membrane muqueuse du tympan devient de moins en moins humide par les progrès de l’âge. Jamais, au-delà de la deuxième année , je n’y ai trouvé ces mucosités blanchâtres et abondantes qui en remplissent presque toujours le sac chez le fœtus. Cette m.embrane perd aussi sa disposition vasculaire ; elle devient plus blanche, plus serrée, moins spongieuse.
Le labyrinthe change peu intérieurement au-delà de la naissance. Le limaçon se prononce seulement un peu davantage, et la membrane commune de» vient moins vasculaire. Mais à l’extérieur, le rocher se développe, et sa conformation externe devient toute différente. Les canaux demi-circulaires, les deux verticaux surtout, jusque là apparens au dehors, sont cachés par le tissu compacte qui se développe autour d’eux et avec lequel le leur se confond pour ainsi dire. Chez, le fœtus, ces canaux restent distincts, comme je l’ai dit, du tissu rou-
55o DE l’oreille et PE SES DÉPENDANCES.
geâtre environnant, par leur blancheur et leur résistance. Tout est confondu chez l’adulte; on dirait qu’ils ont été creusés dans le rocher précédemment existant; au lieu qu’on dirait dans le fœtus qu’ils existaient d’abord, et que le tissu spongieux a été entassé autour d’eux. La grande excavation située sous le canal vertical supérieur disparaît peu à peu : cependant il en reste toujours, chez l’adulte, une trace plus ou moins sensible , qui représente une sorte d’inégalité sur le bord supérieur du rocher.
Au-delà de l’âge adulte, l’ouïe n’éprouve plus de changemens ultérieurs bien notables : les cellules mastoïdiennes vont seulement en se développant toujours davantage, ce qui augmente la résonnance des sons dans le tympan, résonnance qui leur donne plus de force, laquelle est nécessaire à cet âge pour suppléer à ce qui- manque du coté de la sensibilité.
DES NARINES
ET
L’organe de l’oclorat est composé, comme celui de Fouie , d’abord d’un appareil extérieur qui sert à recevoir et à transmettre les substances propres à produire la sensation , ensuite de l’organe immédiat de cette sensation. L’appareil extérieur est formé par le l’organe immédiat est Xd. jjüuitaire , qui tapisse
les narines. Voilà le sujet de deux articles. Un troisième sera consacré au développement de ces deux parties.
ARTICLE PREMIER