DES NARINES ET DE LEUR MEMBRANE
§ Piemarques générales sur ces cavités.
Je renvoie à FOstéologie (tom. i. pag. io5), pour les détails particuliers sur la portion solide des cavités nasales. Rappelons seulement ici quelques considérations générales sur ces cavités.
Les narines ont une forme très-irrégulière. Divisées en deux moitiés égales par une cloison en partie osseuse et en partie cartilagineuse , cloison que forme en arrière la lame ethmoïdalejointeauvomer, et en devant le cartilage nasal, elles présentent une étendue différente suivant leurs diamètres. L’antéropostérieur paraît le plus considérable lorsqu’on l’examine inférieurement; il se rétrécit en haut. Le perdendiculaire, très-long dans le milieu, diminue en avant et en arrière. Le transversal , beaucoup plus étroit que tous les autres , offre, de bas en haut,
DES KARÏNES
ïine largeur toujours décroissante et réduite enfin à quelques lignes ^ niveau de’ la lame criblée de Fethmoïde; ce qui tient à Fobliquité de la paroi externe des narines.
La direction des cavités nasales est légèrement oblique en arrière et en bas; ce qui dépend principalement de leur paroi inférieure , et un peu de Finclinaison cpie présente le corps du sphénoïde.
En haut , les cavités nasales offrent une espèce de voûte formée dans le milieu par la lame criblée de Fethmoïde , en devant par les os du nez, en arrière par le sphénoïde , sur lequel se voit l’ouverture des sinus qui appartiennent à cet os et qui sont creusés dans son corps. En bas, la portion horizontale des os maxillaires et palatins forme les memes cavités/ En dedans, la cloison les sépare. En dehors, on trouve plusieurs anfractuosités dépendant de Fethmoïde et du cornet inférieur. Ce sont, de haut en bas , la lame plane, et derrière elle le cornet supérieur, le méat supérieur, le cornet moyen; la lame oblique appartenant à Fethmoïde, le méat moyen et le cornet inférieur, enfin le méat inférieur. On. observe dans le méat supérieur l’ouverture des cellules ethmoïdales postérieures; dans le moyen, celle des cellules ethmoïdales antérieures, qui communiquent dans les sinus frontaux, et celle du sinus maxillaire; dans l’inférieur, celle du canal nasal.
§ II. Membrane pituitaire.
Une membrane muqueuse recouvre toutes ces parties. C’est elle qui constitue essentiellement For-
gane de Todorat. Etendue sur toutes les éminences des narines, elle s’enfonce dans leurs cavités les plus profondes. Elle naît, en devant, de la peau; et se continue, en arrière, avec la surface inucpieuse du pharynx.
a. Conformation de la pituitaire.
Pour la bien concevoir, il faut la supposer partir d’un point, et la suivre dans son trajet. Prenons-la à la paroi inférieure des cavités nasales. Elle remonte de cet endroit sur la cloison juscpi’à la voûte supérieure, et ne forme aucun repli dans ce trajet, dans lequel on la détache avec facilité de dessus les os comme de dessus les cartila2:es.
Parvenue à la voûte, elle se réfléchit dans le milieu sur la lame criblée, la tapisse et en ferme tous les trous, en sorte que les nerfs olfactifs viennent se terminer à sa surface extérieure. En devant, elle revêt, dans la meme réflexion, la surface postérieure des os du nez , passe sur les deux ou trois petits trous qui s’y trouvent, et y reçoit les vaisseaux cpii les traversent. En arrière, elle se prolonge sur le corps du sphénoïde, s’enfonce dans les sinus de cet os, et les revêt en entier. A l’entrée de ces sinus, elle forme un repli qui rétrécit singulièrement cette entrée dans certains sujets, mais qui , dans d’autres , la laisse plus libre.
Elle se porte ensuite sur la région externe, tapisse en même temps la lame plane et le cornet supérieur, et se réfléchit au-dessous de ce dernier pour s’enfoncer dans le méat supérieur. Le repli cpi’elic
DES TSARINES
forme dans cet endroit est assez lâche , descend un peu plus bas que le bord du cornet , et rétrécit par conséquent l’entrée du méat. Ce repli se prolonge aussi plus en arrière que le cornet, qu’il remplace jusqu’au corps du sphénoïde; en sorte que les deux feuillets qu’il forme se correspondent, sans aucun intermède osseux, dans cette partie postérieure. Ils s’y trouvent appliqués sur le trou sphéno-palatin qu’ils bouchent, et par lequel la pituitaire reçoit des vaisseaux et des nerfs. Un prolongement du périoste de la fosse sphéno-maxillaire passe par ce trou, et vient se confondre avec la lame fibreuse de la pituitaire. Parvenue dans le méat supérieur, cette dernière le revêt et s’enfonce dans les cellules ethmoïdales postérieures, quelle tapisse également. Sortie de ce méat, elle s’étend sur la surface convexe du cornet moyen , se réfléchit sur son bord libre en formant un repli également assez lâche, mais qui n’augmente pas sensiblement l’étendue du cornet en arrière, où il se termine par une pointe qui se confond avec le reste de la pituitaire. Cette membrane se porte de là dans le méat moyen. En le tapissant , elle se prolonge, par une ouverture souvent très-étroite, dans le sinus maxillaire, qu’elle revêt en entier Le repli qu’elle forme autour de cette ouverture concourt singulièrement à la rétrécir. Cette ouverture est plus près de la partie antérieure que de la postérieure du méat. Ordinairement on ne la voit point .en enlevant le cornet moyen ; il faut détruire encore une espèce de lame osseuse placée antérieurement, et que revêt aussi la pituitaire. Cette lame, cachée par le cornet moyen, cache elle-même l’ouverture,
ET DE LEURS DÉPEND AISX ES. 57 ï
qui se trouve au bas d’ime espèce d’enfoncement quelle concourt à former. La large ouverture qu’on voit sur l’os maxillaire isolé est boucliée en partie par les os voisins; mais elle reste encore très-sensible sur une îéte articulée et sèche. La pituitaire la bouche en passant sur elle, en sorte qu’en cet endroit il n’y a point d’intermédiaire osseux entre le nez et les sinus, et que deux feuillets de la pituitaire y sont seulement appliqués l’un contre l’autre : l’externe appartient au sinus, l’interne aux narines. C’est au-devant de cette portion d’ouverture bouchée par la pituitaire c|u’est le trou dont nous avons parlé. Au-dessus , on eh voit un autre plus ou moins évasé, et par lecpiel la pituitaire s’engage d’abord dans les cellules ethmoïdales antérieures, puis dans les sinus frontaux : elle ne forme aucun repii autour de cette ouverture. Sortie du méat moyen , cette membrane va revêtir le cornet inférieur, sur lequel elle est plus lâche que sur le précédent , ^et au bas duquel elle forme, surtout en arrière, un repli qui descend plus que lui, et c[iii l’élargit par conséquent. Ce repli est très-disposé à s’engorger. Il se perd en arrière sur la pituitaire, et finit la saillie du cornet. Il est beaucoup plus écarté en cet endroit du repli appartenant au cornet moyen, que celui-ci ne l’est du repli du cornet supérieur; ce qui donne beaucoup plus de largeur en arrière au méat moyen qu’au supérieur. Du cornet inférieur, la pituitaire se réfléchit dans le méat inférieur, et le revêt, en se continuant par le canal nasal avec la conjonctive- Quelquefois un repli très-marqué et circulaire rétrécit singulièrement en cet endroit rorifice du canal
DES NAEWES
nasal membraneux : d’autres fois ce repli est moins marqué; j’ai vu varier beaucoup sa disposition.
Du méat inférieur ^ la pituitaire se réfléchit sur la paroi inférieure des cavités nasales ^ d’où nous l’avons supposée partir.
Eu devant, cette membrane tapisse le nez. En arrière, elle sort par les ouvertures nasales postérieures, pour aller se continuer avec la membrane pharyngienne, en passant supérieurement sous le corps du sphénoïde, inférieurement sur le voile du palais. En dedans de ces ouvertures, les deux membranes pitiiitmres se réunissent* sur le bord postérieur de la cloison. En dehors, elles forment, avant • de quitter l’ouverture nasale, un repli perpendiculaire libre, plus ou moins saillant. C’est derrière ce repli , et à l’union de la voûte du pharynx avec la paroi externe des cavités nasales, que la pituitaire tapisse la portion cartilagineuse de la trompe d’Eustache, en formant au-dessus d’elie un enfoncement ou cul-de-sac assez profond.
b. Organisation de la Pituitaire.
I^a pituitaire, analogue aux autres membranes muqueuses par le fluide cju’elîe fournit, par le corion qui la constitue , en diffère pour l’épaisseur , qui est beaucoup plus grande chez elle. Sa couleur varie dans divers points de son étendue : tantôt elle est blanche , tantôt elle parait rouge. Mais la rou- ♦geur est son attribut le plus constant dans les cavités nasales ; il la distingue de presque toutes les autres, où cette couleur est moins habituelle et
moins intense. Sous le rapport de cette couleur, elle tient le premier rang dans le système muqueux, avec la membrane de Festomac, avec celle des intestins grêles, etc. Son épaisseur, peu marquée dans le nez , augmente beaucoup dans les cavités nasales, et diminue de nouveau dans les sinus.
Un feuillet fibreux, qui n’est que le périoste ou
le péricliondre des cavités nasales, se joint au feuil-
let muqueux pour former la membrane pituitaire, qu’il faut ranger par conséquent dans la classe des fibro-muqueuses, au moins si l’on a égard à sa disposition la plus générale. Cette composition , que les anatomistes ont négligée , se voit très-facilement sur les cornets et surtout sur la cloison. On peut facilement briser cette cloison , et l’enlever par parties, sans intéresser la portion fibreuse qui lui ap- ])artient, parce que cette portion adhère beaucoup plus fortement au feuillet muqueux qu’à l’os; ce qui est l’inverse des autres portions du périoste, qui sont très-unies à l’os et très-peu aux parties voisines.
La pituitaire étant ainsi enlevée, on a une membrane très-épaisse, blanchâtre, solide, dense et résistante du côté des os, spongieuse, molle et rouge du côté des cavités. Malgré cette diflérence dans l’apparence extérieure et dans la nature des deux feuillets de la pituitaire, il est presque impossible de les séparer , tant leur union est grande.
Le feuillet muqueux , épais, spongieux et mou, est formé d’un corion très-prononcé qui lui donne cette épaisseur. L’état spongieux et comme fongueux s’observe surtout sur les cornets, et particulièrement à leur bord libre.
DES NARINES
La phipart des anatomistes ont admis des glandes dans la membrane pituitaire, ne pouvant expliquer autrement la sécrétion qui s’y opère. Je les admets aussi avec eux, principalement fondé sur l’analogie , puisque partout où un fluide semblable à celui de cette membrane est séparé , ce sont des glandes qui le fournissent. Mais presque jamais ces organes ne peuvent être découverts ici, tant leur petitesse est grande. Quelquefois cependant, la couche fibreuse étant enlevée, on voit dans le tissu de la pituitaire de petites granulations, mais tellement serrées les unes contre les autres , qu’il est difficile de bien les distinguer. On dirait que , dans cette membrane, les glandes muqueuses, qui ailleurs
sont plus ou moins écartées , se réunissent au point de former une véritable couche glanduleuse, identifiée avec son tissu qu’elle épaissit sensiblement. On ne saurait révoquer en doute l’existence d’une membrane semblable , mais plus marquée , au voile du palais , à la voûte palatine , etc. D’ailleurs , on trouve de petites ouvertures très-sensibles sur toute la surface libre de la pituitaire. Irrégulièrement disposées, elles ont un aspect semblable à celui de piqûres d’épingles, et sont probablement les orifices des follicules glanduleux contenus dans l’épaisseur de la membrane.
Il n’y a point de papilles bien sensibles sur la pituitaire , dans quelque endroit qu’on l’examine. Elle diffère sous ce rapport d’ûne grande partie des membranes muqueuses. Son tissu fongueux n’est inégal à sa surface libre qu’à cause des petites ouvertures dont j’ai parlé.
Le système capillaire de cette membrane est trèsprononcé et très -superficiel ; ce qui , aux moindres secousses, l’expose aux iiéinorrhagies par rupture. Souvent il s’engorge par plus de sang : cet engorgement précède les hémorrhagies actives par exhalation. En effet, de nombreux exhalans s’ouvrent à la surface de la pituitaire, et versent très-souvent du sang sans aucune solution de continuité antécédente, soit que ces hémorrhagies aient un caractère actif, soit que ce caractère soit purement passif. En général, excepté dans les sinus, le système capillaire de la pituitaire , d’oti naissent ces exhalans , contient habituellement une assez grande quantité de sang.
c. Variétés cV organisation de la Pituitaire dans ses
diverses parties.
Outre la structure générale que je viens d’indiquer, la pituitaire offre des différences remarquables dans ses diverses parties. On ne peut guère penser que cette membrane soit la même dans sa région supérieure ou ethmoidale, et dans sa région inférieure, puisque c’est spécialement enhautqu’elle est sensible à l’impression des odeurs. Mais l’inspection anatomique ne démontre aucune différence dans ces deux endroits. Je remarque seulement que , sous le rapport de la sensation , ü y a une disposition différente entre la langue , organe du goût , et les cavités nasales , siège de l’odorat. A la langue, les papilles antérieures sont très-différentes de celles de la base, ce cpii correspond à la plus grande susceptibilité de la pointe pour les saveurs.
DES NAJIINES
Dans les cavités nasales , aucune disposition anatomique ne répond à la différence très- marquée de susceptibilité entre la région supérieure et 1 inférieure;
’ A l’ouverture antérieure , la différence de structure est très-réelle. La pituitaire est moins constamment rouge dans le nez que dans les cavités nasales ^ ainsi que je l’ai dit. Elle ne présente pas d’apparence fougueuse. Sa ténuité est beaucoup plus grande, et cependant sa densité plus marquée; souvent des poils en naissent.
A l’ouverture postérieure , la pituitaire n’offre rien qui la distingue du/ reste de son étendue.
Dans les sinus, elle perd beaucoup de sa couleur rouge : son système capillaire semble n’y contenir presque point de sang dans l’état naturel; tandis que dans le coryza il s’en charge d’une quantité telle, que la surface des sinus ressemble à celle de l’intérieur des cavités nasales. Son épaisseur augmente
aussi dans ce cas ; mais dans l’état ordinaire elle est si peu marquée , surtout dans les sinus sphénoïdaux et dans les cellules ethmoïdales, cpi’on la prendrait, dans ces endroits, pour une portion de l’arachnoïde. Cette membrane est aussi, dans les sinus, plus lisse, et moins fongueuse sur sa surface libre. Lorsqu’on la soulève, on ne trouve point, sur la face adhérente, le tissu fibreux et dense dépendant du périoste, que nous avons indiqué sur cette face dans les cavités nasales; ou du moins, si ce tissu existe, il n’est pas sensible. Du reste, l’adhérence de la pituitaire aux os est très-peu marquée dans les sinus. Le maxillaire ou tout autre étant à découvert en de-
hors , cette membrane se détache avec une extrême facilité ; on dirait qu elle n’est qu’appliquée sur leurs parois : cependant , en l’enlevant p on voit quelques proion gemens se rompre.
La membrane des sinus paraît jouir d’une sensibilité animale moindre que celle des narines : aussi concourt-elle moins à l’odorat. Ces cavités sont des réservoirs que l’air remplit, et où, chargé des particules odorantes, il sert à prolonger les sensations , qui fuiraient trop vite si l’air de l’inspiration et de l’expiration en était Funique agent à son passage par les narines.
d. Pî'opriétés de la Pituitaire»
La pituitaire jouit d’une vive sensibilité animale ; propriété qu’il faut ici, comme en bien d’autres parties , considérer sous deux rapports. En effet , elle a d’abord un mode particulier , mode qui est lié à la distribution du nerf olfactif, et en vertu duquel cette membrane est le siège de l’odorat. Mais outre ce mode particulier de sentir , la pituitaire jouit encore du sentiment général commun à toutes les parties douées de sensibilité animale. Cette distinction devient manifeste dans la paralysie de l’odorat , où la sensibilité animale propre est seule détruite, et où, tandis que les odeurs ne font aucfjne impression les corps étrangers introduits dans les narines chatouillent péniblement par leur contact mécanique.
La pituitaire ne jouit d’aucune contractilité animale. Elle n’a non plus aucune espèce de contractilité organique sensd^le. Comment se fait-il donc
DES NABINES
que le mucus amassé dans les sinus se vide si facilement dans les cavités nasales? Certainement dans une foule d’attitudes, dans la station, par exemple, ])our le sinus maxillaire , ce mucus est obligé de remonter contre sa gravité; et cependant les parois membraneuses des sinus n’abandonnen4: point leurs surfaces osseuses respectives pour comprimer ces fluides. Le mouvement du mucus dans les sinus me paraît un phénomène très-difficile à concevoir, et se rapproche de celui €j[ue nous offrent certains animaux où des fluides circulent, sans agens d’impulsion, dans des vaisseaux osseux.
La sensibilité organique de la pituitaire est trèsmarquée : c’est elle, ainsi que la contractilité organique insensible, qui préside à la sécrétion du mucus. Ce fluide épais, visqueux et blanchâtre, portant le type général des fluides muqueux, mais ayant cependant un caractère particulier , paraît se séparer en plus grande quantité sur la pituitaire des narines que sur celle des sinus, où cependant on en trouve habituellement. Exposé au contact d’un air humide, il se putréfie moins facilement que la plupart des autres fluides animaux. L’air sec le dessèche , et le réduit à l’état d’une croûte jaunâtre, plus ou moins consistante. Cette action de l’air , poussée moins loin que la dessiccation, l’épaissit, et augmente de beaucoup sa viscosité. Ce phénomène y est remarquable après un séjour un peu prolongé dans les narines. L’eau ne le dissout qu’avec une extrême difficulté ; le plus souvent il y est indissoluble, lors même qu’elle est très-chaude. L’action
d’un feu modéré le dessèche comme celle de l’air ; à
ET DE LEURS DEPENDANCES» Syg
un feu plus ardent , il brûle en se boursouflant un peu, et il reste un résidu noirâtre; les acides agissent diversement sur lui, l’aicaii fixe le décompose. Je renvoie, du reste, sur ce point aux ouvrages des chiinistes modernes qui se sont spécialement occupés de ce mucus.
Les propriétés , soit animales , soit organiques de la pituitaire , sont fréquemment mises en jeu sym*^ pathiqiiement. Mises en action directement, eliesi exercent de puissantes influences sympathiques sur les autres parties. L’éternuraent et la toux dépendant des irritations de la pituitaire en sont une preuve. Dans les syncopes , peu de parties sont plus favorables pour réveiller, par l’excitation partielle qu’on dirige sur elles, l’action générale des autres organes qui était engourdie : une odeur forte fait pleurer; une odeur nauséabonde excite Faction de l’estomac, et détermine le vomissement, etc., etc.
ARTICLE TROISIÈME
DÉVELOPPEMENT DES ORGANES DE l’oDORAT.
Tl est peu de parties aussi différentes dans le premier âge de ce qu’elles seront par la suite, que les organes de l’odorat.
§ L’’. État de ces organes dans le premier âge.
Nous avons vu combien il y avait de variétés dans le nez des adultes; au contraire, le nez du fœtus et de l’enfant a presque partout la meme forme, les
DES KAIIINES
mêmes caractères et la meme étendue; en sorte qu il serait impossible de juger par comparaison ce que sera le nez dans la suite par ce qu’il est chez l’enfant. A cet âge, il est toujours remarquable par son aplatissement , qui lui donne , jusqu’à un certain point, le caractère de ce qu’on nomme chez l’adulte nez épaté. Cet aplatissement donne lieu à plus de saillie dans ses parties latérales. L’uniformité du nez et sa différence de forme d’avec ce qu’il sera par la suite coïncident et avec l’uniformité générale de la face à cet âge, et avec la différence qui la distingue de la face de l’adulte; en sorte que jamais on ne peut, dans un homme fait, reconnaître les traits qui nous ont frappés dans cet homme lorsqu’il était dans la première enfance.
A la base , la rainure qui sépare le fibro-cartilage des ailes d’avec le fibro-cartiiage des ouvertures, est plus profonde, parce que la saillie qui répond au premier est beaucoup plus marquée. Le second est encore très-peu prononcé, et comme membraneux. Leur réunion forme antérieurement une saillie plus volumineuse et plus arrondie , ce qui dépend aussi du tissu cellulaire. Les ouvertures antérieures sont fort étroites en proportion du volume des parties molles, soit parce que la peau est plus épaisse, soit parce que le tissu cellulaire plus dense est aussi j)lus abondant proportionnellement que par la suite. Ce rétrécissement, qui fait que moins d’air est admis, coïncide avec celui des narines, que cet air doit traverser.
Le milieu du nez offre rarement ces saillies et ces enfoncemens qui se manifesteront dans la suite. Sa
partie supérieure ^ remarquable par son aplatissement, Test aussi par renfoncement constant qui le sépare du coronal; ce qui tient beaucoup au défaut de développement des sinus. I^a voûte que forment les os du nez est extrêmement évasée transversalement, et son bord inférieur forme une saillie qui dépasse sensiblement le niveau du cartilage nasal. Cet évasement transversal de la voiite correspond à la largeur générale du nez, et la cause en partie.
Les muscles du nez sont peu développés, aussi bien que tous ceux de la face.
L’ouverture postérieure des cavités nasales est remarquable chez le fœtus par son peu d’étendue et par sa direction. On est frappé, au premier coup d’œil, du peu de hauteur quelle présente , et de sa disproportion manifeste avec le voile du palais , qui la dépasse de près d’un tiers en arrière, lorsqu’il se relève pour s’appliquer sur la voûte du pharynx. D’un autre côté, rinclinaison des apophyses ptérygoïdes en avant détermine une grande obliquité, dans ce sens , de ces mêmes ouvertures.
Les cavités nasales elles-mêmes sont remarquables, en général , chez le fœtus , par leur peu de développement. On a vu, dans (tom. i®*’, pag. 1 14) la démonstration de cette vérité pour les parties osseuses : j’ai observé que le diamètre perpendiculaire est alors le plus petit de tous, par le défaut de sinus; que c’est uniquement par comparaison avec celui-ci que le diamètre longitudinal paraît avoir beaucoup de longueur, quoiqu’il soit réellement plus court proportionnellement à cause delà direction oblique des apophyses ptérygoïdes;
ÏJES IVARINES
enfin J que le diamètre transverse offre à peu près la meme étendue ^ relativement à l’âge, qu il doit avoir dans la suite, parce que c’est moins en largeur qu’en hauteur' que les sinus maxillaires se développent. A ces premières notions générales nous allons ajouter quelques détails particuliers.
Dans la cloison, la lame ethmoïdale, encore cartilagineuse , est confondue avec le milieu du cartilage nasal, et parait former avec lui un corps continu. Le voilier est déjà très-prononcé , et présente le structure osseuse.
Dans le côté externe, les cornets ont une disposition particulière , dépendantAlu peu de hauteur générale des cavités. On ne leur trouve point la largeur considérable qu’ils ont chez l’adulte , mais la longueur prédomine sensiblement chez eux; ce qui répond aussi à l’étendue du diamètre longitudinal. Cet excès de longueur proportionnelle est frappant en ouvrant les narines. Les cellules ethmoïdaies n’existent pas encore, l’os étant presque tout cartilagineux; mais on en trouve déjà les traces et les premiers rudimens. Les sinus maxillaires, sphénoïdaux et frontaux ne sont pas encore prononcés.
Quant à la membrane pituitaire, elle a moins de densité, parce que le système fibreux, qui concourt principalement à la lui donner, est peu marqué dans le jeune âge. Sa délicatesse, sa ténuité, l’abondance de son système vasculaire , la distinguent alors. En général, toutes les parties supérieures du corps ont beaucoup de vaisseaux chez l’enfant : aussi cette membrane est-elle chez lui le siège de fréquentes hémorrhagies. Les affections catarrhales y sont prédominantes.
ET DE LEÜHS DEPEND AIV^CES. 583
La région supérieure des fosses nasales, formée par la lame criblée de Fethmoïde, est assez prononcée chez le fœtus, mais beaucoup moins que le plancher ou la partie inférieure de ces cavités. Cependant Fétat des nerfs olfactifs forme un contraste frappant avec cette disposition générale. Ces nerfs ont un volume souvent proportionnellement plus grand que les optiques, ou toujours au moins égal; ce qui ne se trouve nullement en rapport avec Fétat des organes auxquels ils vont se rendre, et des fonctions auxquelles ils concourent. Pourquoi ces nerfs ne suivent-ils pas, comme les artères delà partie, la proportion du développement? pourcpioi Folfactif n’est-il pas plus petit que l’optique, comme les narines sont moins développées que Fœil? Je l’ignore, mais j’observe seulement que partout le système nerveux de la vie animale nous offre la même disposition. Il est indépendant, par son volume, de l’accroissement des parties où il se rend; tandis que les artères sont constamment, parlé leur, dans la dépendance des organes qu’elles arrosent.
D’après Fétat des organes de l’odorat chez le fœtus, on voit que cette fonction est peu développée au moment de la naissance, et pendant long-temps peu exercée. L’expression de la face propre à l’enfance dépend surtout du défaut des sinus. C’est aussi principalement le développement de ces cavités qui doit être remarc[ué après la naissance. Elles ne sont pas toutes alors dans le même état : déjà l’on trouve quelques traces du sinus maxillaire et des cellules ethmoïdales, qu’on n’en rencontre aucune des sinus frontaux et sphénoïdaux. Le maxillaire n’augmente
DES NARINES
point d’nne manière sensible avant l’érEiption des dents. Son développement coïncide avec le leur; mais celüi de ce sinus se fait trèsdentement , tandis que celui des dents est rapide. De là la lenteur avec laquelle l’expression générale de la face change; tandis que ce changement serait très-prompt s’il suivait exactement l’éruption des dents.
Les sinus frontaux et les sphénoïdaux ne paraissent qu’après les maxillaires^ et lorsque les dents sont sorties. On n’en trouve aucun vestige jusqu’à une époque assez éloignée de la naissance.
En comparant la marche toujours lente et graduée du développement des sinus, avec le changement souvent brusque et rapide de la voix à l’épo- C[ue de la puberté; en remarquant surtout que ces sinus restent chez les eunuques comme chez les autres individus, tandis que leur voix devient trèsdifférente à l’époque de la castration , on se convaincra que l’absence de ces cavités a peu d’influence sur le timbre vocal particulier à l’enfance , que leur développement ne concourt que peu à celui que prend la voix de l’adulte, et quelles ne jouent, sous ce double rapport , qu’un rôle très-secondaire.
Tant c[ue les sinus n’existent pas, il n’y a aucun vestige de la portion membraneuse qui doit les tapisser. On conçoit assez bien comment la nutrition produit la formation de leur cavité, par l’absorption de la substance osseuse qui en occupait la place. Mais comment une membrane qui n’existait pas et dont il n’y avait aucun rudiment dans l’os se formet-elle en meme temps que la cavité se creuse ? C’est ce qu’il est impossible d’expliquer; car ce phéno-
mène se rallie peu à la plupart de ceux que nous montre la nutrition. Dans ceux-ci , nous voyons partout raccroissement d’un organe déjà existant ^ mais non la formation d’un organe nouveau.
§ II. État des organes de l’ Odorat dans les âges
suie ans.
L’àge adulte n’apporte aucun changement remarquable dans les cavités nasales. Les sinus vont toujours en s’agrandissant à mesure que l’on avance en âge. Chez le vieillard, leur amplitude est considérable. La pituitaire perd à cet âge sa rougeur et augmente en densité; elle devient moins sensible, soit que Faction du nerf olfactif diminue, soit que riiabitude ait usé sa sensibilité. Cependant je ferai ici une remarque qui me parait de quelque importance : c’est c[ue , tandis que les surdités et les cécités séniles sont très-fréquentes, la perte du goût et celle de l’odorat sont très-rares chez le vieillard. Pourquoi? Sans doute parce que ces deux sens sont spécialement liés à la vie organique, indépendamment de leur connexion avec l^.vie animale : or, la
première est, comme je l’ai montré ailleurs, presque la seule qui reste au vieillard. Quand ses rapports avec ce qui l’entoure sont déjà détruits, il digère encore, et trouve du plaisir à pourvoir aux besoins de cette fonction : elle est, ainsi que les autres fonctions organiques, une des dernières qui l’abandonnent. Or, les sens qui lui sont spécialement relatifs devaient suivre la meme loi.
DE LA BOUCHE
ET
Iæ soût commence les fonctions digestives , et il est en même temps un de nos moyens de communication avec les corps extérieurs. Son organe spécial est la langue ; mais il paraît que diverses parties de la bouche peuvent aussi y concourir un peu. Cette considération , les rapports nombreux de fonctions que la langue entretient avec les divers organes de cette cavité , la place quelle y occupe , tout m’engage, en exposant les agens du goût , à décrire la bouche en totalité , quoiqu’on bien des endroits elle soit étrangère à ce sens : car , comme je l’ai observé, la nature ne s’astreint à aucune division rigoureuse ; elle réunit différentes fonctions sur le même organe, et il faut presque toujours, en adoptant une classification quelconque , y rencontrer quelques exceptions. ^
ARTICLE PREMIER