‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier Bichat (volume 2)Chapitre 41 sur 61 · XX · texte numérisé non relu

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DE LA EODCHE

§ Des Lè{>res.

a. Conformation.

Deux voiles mobiles terminent la bouche en devant : ce sont les lèvres , organes destinés non-seulement à former la face , mais encore à concourir utilement, par leurs mouvemens, soit à la préhension des alimens , soit à la prononciation des sons , soit enfin à l’expression générale de la face. Placées audevant de Fune et l’autre mâchoires , elles ont une épaisseur fort variable suivant les peuples et les individus. Très-volumineuses chez les nègres ^ surtout près de leur bord libre , elles forment deux plans obliques qui , se réunissant à l’ouverture de la bouche, se trouvent là presque au niveau avec le sommet du nez. Chez les blancs , elles sont beaucoup plus minces et leur direction est plus droite ; mais il est impossible de fixer toutes les nuances de conformation qu’elles présentent dans les divers sujets. Le peintre s’attache spécialement à les remarquer, parce qu elles influent beaucoup sur les traits de la physipnomie.

La lèvre supérieure , un peu plus saillante que Fautre pour l’ordinaire, soit par sa structure propre, soit par la conformation des os maxillaires plus saillans eux-mémes , offre en devant et au milieu une rainure qui répond à la ligne médiane. Cette rainure ou dépression, assez large et variable en étendue, dépend de l’adhérence plus forte que la peau contracte dans cet endroit avec les muscles auxquels

ET DE SES DJiPENDArfCES. SqS

un tissu cellulaire dense l’unit. En arrière , cette lèvre est recouverte par la membrane muqueuse, qui y forme au milieu le repli triangulaire dont nous avons parlé.

La lèvre inférieure présente, en devant et snr la ligne médiane, une légère saillie disposée verticalement comme la dépression de l’autre. Un enfoncement transversal assez étendu la sépare d’avec le menton. En arrière , cette lèvre est recouverte par la membrane muqueuse , qui lui forme aussi un frein triangulaire comme je l’ai dit , et qui est beaucoup plus court que l’autre. On voit, par l’endroit où la membrane la quitte pour se porter sur la mâchoire , que cette lèvre , plus courte que la précédente, monte bien moins haut que celle-ci ne descend bas : cependant la différence n’est pas si sensible qu’entre les deux paupières.

Les lèvres se réunissent de chaque côté par deux angles aigus que l’on nomme commissin^es. Une dépression légère marque ce point de réunion. Aucun tissu fibreux ne fortifie ces commissures , qui sont entièrement musculeuses , de là la facilité de leur élargissement ; tandis qu’aux commissures palpébrales une substance cartilagineuse d’un côté , un tissu fibreux de l’autre , empêchent toute dilatation , au moins subite , comme celle qui arrive à la bouche. Les usages respectifs des deux ouvertures indiquent la raison de cette différence. C’est sans doute à cause d’elle qu’il existe aux lèvres des muscles dilatateurs , tandis qu’aux paupières on n’en trouve point.

Le rebord libre des lèvres , qui est le point de

BE LA. BOUCHE

continuité entre la peau et la membrane muqueuse ^ est plus ou moins épais , plus ou moins saillant et renversé en dehors : d’où il résulte que tantôt cette membrane y est for tapparente dans l’occlusion la plus complète, tantôt elle ne présente qu’une ligne rouge dans la meme circonstance. Plusieurs rides dirigées selon Pépaisseur de la lèvre paraissent ici sur cette membrane; elles sont l’effet naturel du resserrement dont l’ouverture de la bouche est le siège fréquent. L’épiderme est très-prononcé sur cette partie membraneuse , et souvent l’action du froid ou toute autre cause le fait soulever par desquammation : aucune des origines du système muqueux ne présente ce fait d’une manière aussi marquée. C’est toujours le rebord libre de la lèvre inférieure qui fait le plus de saillie en dehors , ce qui tient à la dépression transversale très-marquée qu’on trouve entre cette lèvre et le menton.

b. Organisation des Lèvres.

Couche dermoïde. La structure des lèvres présente plusieurs couches distinctes. La première, dermoïde , remarquable par sa ténuité , l’est aussi par les poils qui la recouvrent en plus ou moins grande quantité , et qui y forment la barbe. Ces poils multipliés, surtout à la lèvre supérieure qu’ils recouvrent en entier, y composent deux rangées obliques réunies à angle au-dessous du nez , et prolongées jusqu’aux commissures. Peu nombreux à la lèvre inférieure , ils en occupent principalement la partie moyeune. J’ai fait remarquer , dans \ Anatomie gé-

nérale , que la barbe est , dans l’espèce humaine , l’attribut caractéristique du mâle ; et que , sous ce rapport , elle mérite plus que toutes les autres parties du système pileux l’attention des physiologistes.

Couche musculaire. Au-dessous de la couche dermoïde on trouve la musculaire, réunie à la première par un tissu cellulaire dans lequel peu de graisse s’amasse. Formée en grande partie par le muscle orbiculaire , elle l’est encore en haut par les releveurs communs, les releveurs propres, les petits zygomatiques et les abaisseurs des ailes du nez: en bas par les deux abaisseurs de la lèvre inférieure. Aux commissures cette couche, plus épaisse, se compose spécialement des huccinateurs, des triangulaires, des canins et des grands zygomatiques.

Couche muqueuse. Subjacente à la musculaire, celle-ci en est séparée par une multitude de glandes muqueuses très- volumineuses, arrondies, et saillantes le plus souvent au travers de la membrane, sur laquelle s’ouvrent les orifices de leurs conduits excréteurs. Cette portion de membrane de la bouche est remarquable par sa rougeur, moindre cependant que celle de la pituitaire , par le petit nombre de papilles qu’on y voit, par l’épiderrne qui y reste encore très-distinct, par le peu d’épaisseur de son corion , etc. Le défaut ou la petite quantité de graisse du tissu cellulaire sous-cutané des lèvres détermine l’iiniformité d épaisseur qu’on trouve presque toujours aux lèvres, lesquelles ne changent presque pas, quel que soit l’embonpoint ou la maigreur du sujet.

DE LA LOUCHE

§ IL De V Omerture faciale de la Bouche.

L’ouverture faciale de la bouche résulte de l’intervalle qui sépare les deux lèvres. Sa direction est transversale. Elle varie en grandeur dans ses mouvemens, en sorte qu’il peut y avoir une différence de plus du double depuis son état ordinaire jusqu’à sa plus grande dilatation. Latéralement , elle s’agrandit des deux côtés; dans le sens perpendiculaire, ce n’est que par l’abaissement de* la mâchoire inférieure. La mastication et la production des sons sont les causes principales de son élargissement. Elle peut se rétrécir au point de n’offrir qu’une petite saillie ovalaire dont les bords sont alors ridés et déjetés en devant. Aucune ouverture extérieure n’est susceptible d’un plus grand nombre de mouvemens : aussi aucune n’a un aussi grand nombre de muscles qui viennent s’y rendre , de ceux surtout qui peuvent se dilater.

Indépendamment de ces variétés, qui tiennent aux mouvemens, il en est d’autres qui dépendent de la conformation. L’ouverture de la bouche est naturellement plus ou moins rétrécie. La différence peut être, dans les divers individus, de plus d’un tiers. L’écartement transversal ou perpendiculaire quelle est susceptible d’acquérir est subordonné à cette disposition primitive.

Nous attachons beaucoup de prix à une petite bouche , comme à un petit pied, tandis qu’une large ouverture des paupières , propre à faire ressortir les yeux , nous flatte. Mais ici il y a plus un goût de

ET DE SES DÉPETOANCES. Sgg

convention et d’usage qu’un goût fondé sur le beau absolu. Ce qui le prouve, c’est qu’il varie chez les divers peuples, et que, dans les ouvertures ou dans les parties extérieures saillantes, telle disposition plaît aux uns qui est choquante pour les autres. Le beau absolu est loin de tous les extrêmes; d’ailleurs, comme je l’ai dit en parlant du nez, ce n’est point dans une partie isolée qu’il réside, c’est dans l’ensemble , c’est dans la justesse des proportions : il est telle figure où une petite bouche serait déplacée. La mode a étendu son empire de nos costumes à notre habitude extérieure elle-même. Nous nous sommes créé, sous ce rapport, un beau relatif. Qui ne sait qu’indépendamment du goût personnel , telle coupe de physionomie plaît généralement à une époque, et ne pique plus à une autre : c’est comme la teinte des cheveux. Or, parmi ces variétés sans nombre du beau relatif, variétés qui portent sur le néz, la bouche, les yeux, les mains, les pieds, les oreilles, etc. , dans les divers peuples et dans les dh vers âges , le beau absolu reste invariable ; il nous frappe partout où nous le trouvons. Chez tous les peuples, dans tous les âges, quelle que soit l’influence de l’opinion dominante sur le beau relatif, l’Apollon, la Yénus, etc., seront toujours indépendans de cette opinion.

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DE LA BOUCHE

ARTICLE TROISIÈME

DU VOILE DU PALAIS, ET DE l’oUVERTURE PHA

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