‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier Bichat (volume 2)Chapitre 42 sur 61 · GIENNE DE LA BOUCHE · texte numérisé non relu

GIENNE DE LA BOUCHE

La bouche est bornée postérieurement par le voile du palais , organe presque analogue aux lèvres pour la structure , de forme à peu près quadrilatère , et étendu depuis la voûte palatine jusqu’audessus de l’ouverture pharyngienne de la bouche , qui le sépare de la base de la langue.

§ . Du V oile du Palais, '

a. Conformation,

Ce voile offre deux surfaces, l’une antérieure, l’autre postérieure; quatre bords, deux latéraux, l’un supérieur, l’autre inférieur. En devant , on voit, sur la ligne médiane , une saillie longitudinale dépendant du releveur de la luette. En arrière, sa surface n’en présente aucune sensible, et n’a rien de remarquable. En haut, il est fixé au bord de la voûte palatine, et présente beaucoup d’épaisseur. En bas, il est libre et flottant dans l’ouverture du pharynx. Une saillie moyenne, que l’on nomme la luette , divise ce bord libre sur la ligne médiane. Elle est à peu près conique, plus ou moins allongée, suivant les contractions de son releveur, et quelquefois d’Lin volume très-considérable dans ses engorgemens. Sur ses cotés, le bord inférieur

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du voile du palais forme deux espèces d’échancrures qui dépendent surtout de sa présence. Les bords latéraux de ce voile se continuent avec la langue et avec le pharynx par deux replis membraneux et musculeux que l’on nomme ses piliers. Tous deux sont réunis à leur origine; mais ils s’écartent en descendant J en sorte que l’antérieur, obliquement dirigé, vient se terminer sur les côtés de la base de la langue, et que le postérieur, presque perpendiculaire, va se perdre sur les côtés du pharynx. Un espace triangulaire résulte de leur éloignement, et contient la glande amygdale.

b. Organisation du Voile du Palais.

Couche muqueuse. Une double surface muqueuse enveloppe le voile du palais. Elle est formée en devant par la membrane palatine, en arrière par la pituitaire. Toutes deux se réunissent sur son bord inférieur et sur la luette; mais chacune conserve encore son caractère propre. La portion palatine offre une rougeur moins marquée : ce qui dépend du moindre développement de son système capillaire, ou plutôt de la moindre quantité de sang qui y stagne habituellement; car, dans certaines angines, cette rougeur devient très-grande. Des glandes multipliées sont subjacentes à cette portion, et forment réellement une couche particulière entre elle et les muscles. Cette couche est remarquable par son épaisseur, qui est plus grande que celle de la couche glanduleuse de la surface interne des joues, avec laquelle elle se continue, et qui concourt beau-

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coup à donner de l’épaisseur au voile du palaisJ Cette épaisseur est double au moins de celle de la surface muqueuse : elle égale celle de la couche musculaire. Quand on la met à découvert, les grains glanduleux deviennent très-apparens; de petits intervalles cellulaires les séparent; ils sont jaunâtres; leurs orifices excréteurs sont peu sensibles; et, à cet égard, je remarque que ce peu d’apparence contraste avec l’apparence des excréteurs de la pituitaire, dont les glandes sont à peine sensibles.

La portion pituitaire de la membrane muqueuse du voile du palais est plus rouge : le système capillaire y est très-prononcé ; elle est plus sujette aux hémorrhagies; on y voit beaucoup moins de glandes muqueuses qu’en devant. Dans plusieurs angines, où le devant du voile du palais était très-enflammé, j’ai trouvé sa partie postérieure intacte : l’inflammation se bornait au bord inférieur. On doit remarquer que la disposition des glandes muqueuses sur le voile du palais se trouve en rapport avec la déglutition. C’est, en effet, la portion palatine que les alimens touchent toujours lorsqu’ils soulèvent le voile pour traverser l’isthme du gosier. Une plus grande quantité de fluide muqueux était donc nécessaire dans ce sens pour favoriser leur passage. La luette est entourée de ces glandes. La surlace muqueuse du voile du palais est une des parties de la bouche qui jouissent de la sensibilité la plus marquée. Cette propriété est encore plus apparente à la luette , destinée pour ainsi dire à reconnaître la nature des alimens avant que la déglutition s’en opère, et à exciter, par ses rapports sympathiques, un

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soulèvement des organes gastriques, quand cesalimens ne sont point suffisamment imprégnés de salive.

Couche jnusculaire. Au-dessous de l’enveloppe muqueuse, on trouve la couche musculaire , formée dans le milieu par le releveur de la luette, sur les côtés par les deux péristaphylins internes, qui s’épanouissent dans le voile. Dans l’épaisseur du pilier antérieur se trouve le glosso-staphylin ; le pharyngostaphylin occupe le pilier postérieur ; tous les deux, en s’épanouissant dans le voile, augmentent la couche musculaire.

Couche fibreuse. Les péristaphylins internes immédiatement subjacens à la portion pituitaire de la couche muqueuse , sont séparés de la portion palatine par une couche fibreuse, résultant de l’épanouissement aponévrotique que les deux péristaphylins externes forment après leur réflexion. Cette couche fibreuse, peu dense, mais à fibres distinctes , se fixe au bord de la voûte palatine , et forme la portion fixe du voile du palais , dans iecjueî elle est remarquable jusqu’à la moitié de son étendue de haut en bas.C’estpar conséquent dans le premier sens que le voile du palais a la structure la plus solide.

§ IL Ouverture pharyngienne de la Bouche,

L’ouverture pharyngienne de la bouche a une forme à peu près quadrilatère. Bornée en haut par la voxite palatine durant la déglutition, elle l’est par le voile lorsque celui-ci est abaissé. Sur les côtés, les piliers de ce voile et la glande amygdale la terminent. En bas, la base de la langue lui correspond; mais

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comme cet organe peut se porter plus ou moins en arrière , souvent c’est son milieu qui se trouve audessous de l’ouverture. La grandeur de celle-ci n’est jamais comparable à celle de l’ouverture faciale, et aucun mouvement ne peut la porter au même degré de dilatation, surtout sur les côtés, où les apophyses ptérygoïdes forment deux barrières immobiles, qui contrastent avec la dilatabilité des commissures de l’ouverture faciale. L’étendue de haut en bas est plus sujette à varier, soit à cause du voile, soit à cause de la base de la langue. J’observe cependant que l’augmentation que peut acquérir dans ce sens l’ouverture pharyngienne est moindre qu’il ne le semble d’abord: car il est rare que le voile s’élève pendant que la base s’abaisse ; l’im et l’autre descendent ou montent presque toujours en même temps , en sorte que l’ouverture reste à peu près la même. Le vomissement est peut-être le cas où la dilatation est la plus grande. Il résulte de ce que je viens de dire, que les alimens, susceptibles d’être introduits sous une masse assez considérable par l’ouverture faciale, ne peuvent être que graduellement transmis par la pharyngienne. Le rétrécissement de cette ouverture se fait, de haut en bas , par l’élévation de la base de la langue ou par l’abaissement du voile du palais, et transversalement par la contraction verticale des piliers quand ils élèvent la base de la langue. Il y a cette différence entre le mode d’action qui augmente verticalement l’ouverture faciale, et celui qui agrandit la pharyngienne , qu’ici les bords supérieurs et inférieurs de l’ouverture concourent activement à cet agrandissement , tandis que dans l’autre c’est

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seulement la partie inférieure qui se meut pour le procurer, la partie supérieure restant immobile.

§ III. Des Glandes Amygdales.

Les amygdales occupent Fintervaile des deux piliers du voile du palais , bornées en haut par la réunion de ces piliers , en bas par la base de la langue , où elles paraissent continues avec les glandes muqueuses de cet organe , en devant par le giosso-staphylin , en arrière par le pharyngo-staphylin. Leur figure , très - variable , présente un corps plus étendu suivant son diamètre vertical que dans tout autre sens ; ce qui les a fait comparer à une amande. On trouve ces glandes divisées en plusieurs lobes , qui sont tantôt continus, tantôt séparés les uns des autres. Leur couleur est grisâtre, leur tissu pulpeux, mou et analogue à celui des glandes muqueuses de la langue. Leur disposition extérieure et intérieure mérite une attention particulière : en effet , aucune glande n’en présente de semblable (i). Les auteurs n’ont point exactement indiqué cette disposition. En examinant ces glandes du côté de l’ouverture pharyngienne de la bouche, on voit sur leur surface externe diverses petites ouvertures qui conduisent dans de petites cavités disposées en forme de cellules , et qui occupent l’épaisseur de la glande du côté interne. Ces cellules

(i) On ne considère plus aujourd’hui les amygdales comme des organes glanduleux recouverts par la membrane muqueuse buccale , mais comme un amas de replis ou de lacu nes de cette membrane elle-même. ( Nota ajouUc.)

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sont plus marquées supérieurement, etvarientpour la forme et pour la disposition. Tantôt elles sont entièrement isolées , tantôt et le plus souvent elles communiquent par diverses ouvertures , en sorte qu’en cet endroit la glande parait être comme aréolaire. La membrane de la bouche tapisse ces cellules ainsi que les prolongemens qui les séparent , lesquels appartiennent au tissu même de la glande. Elle s’y introduit par les orifices extérieurs dont nous parlions tout à l’heure. Ces cellules doivent être considérées comme des réservoirs où le fluide de l’amygdale séjourne quelque temps avant de s’écouler dans le pharynx. Dans leur fond s’ouvrent les conduits excréteurs, tandis que, d’un autre côté, elles communiquent avec la bouche par les orifices extérieurs. Pour les bien voir, il faut porter dans ces orifices une soude à panaris, et inciser dessus avec le scalpel. Quand on est arrivé dans l’une , on cherche un orifice qui mène dans la voisine, et ainsi successivement. Dans certains sujets, elles sont extrêmement apparentes ; dans d’autres , on les distingue moins bien , vu leur affaissement sur ellesmêmes; mais elles n’en existent pas moins. On peut habituellement en faire sortir le fluide par pression. Dans les angines tonsillairés , ce fluide s’épaississant souvent beaucoup reste dans ces cellules, y forme une fausse membrane , qui paraît à l’extérieur par les orifices dont j’ai parlé , et dont les prolongemens font paraître la glande plus ou moins blanche. Cette fausse membrane ne s’enlève qu’avec difficulté et successivement, parce que ses diverses parties , se tenant toutes dans ces cellules , n’en sortent qu’avec peine.

On ignore la nature du fluide fourni par l’amygdale. Il paraît être très-analogue et même identique aux fluides muqueux. 11 se sépare en plus grande quantité à l’instant du passage des alimens par l’isthme du gosier.

ARTICLE QUATRIÈME

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