DES JOUES
§ P’’. Conformation et Organisation^
Les joues J situées sur les côtés de la face, irrégulières dans leur forme, variables en grandeur suivant les individus , ne forment point un organe particulier et distinct , mais résultent de la réunion de plusieurs tissus qui se trouvent appliqués les uns sur les autres. En dehors, elles n’ont point de limites précises. Celles qu’on leur assigne ordinairement dans ce sens sont en haut la pommette, en bas la base de la mâchoire inférieure, en avant la commissure des lèvres, en arrière la saillie du masseter. Du côté de la bouche, au contraire, elles sont bornées exactement en haut et en bas par le repli de la membrane muqueuse , qui les abandonne pour se porter sur les os maxillaires , en arrière par les piliers du voile du palais , en devant par la partie interne de la commissure.
L’épaisseur des joues , très-variable , comme l’on sait, dépend presque entièrement delà graisse qui y est accumulée, et qui , plus ou moins abondante, sépare, par un plus ou moins grand intervalle, la bouche de l’extérieur de la face.
DE LA BOUCHE
L^’organisation des jones nous oftre une couche dermoïde , une musculaire et une muqueuse.
Couche dermoide. Elle est plus fine dans sa structure que la plupart des autres parties de la peau. Peu recouverte de poils, dont elle est meme totalement dépourvue dans son milieu, elle est remarquable en cet endroit par son système capillaire, qui est plus prononcé que dans les autres parties de la face, et où dans l’état de santé et dans la jeunesse, il y a habituellement une assez grande quan. tité de sang. Ce fluide est susceptible d’étre aug-^ mente ou diminué accidentellement, en sorte que par là le système capillaire facial devient un moyen involontaire d’expression pour les affections de Famé, soit que, comme dans les passions gaies, comme encore dans la colère, la fureur, etc., son engorgement momentané produise la rougeur vive par laquelle les joues se distinguent alors des autres régions de la face , qui cependant acquièrent aussi un peu cette couleur, soit que, comme dans les affections tristes, il survienne une [pâleur plus ou moins subite. On sait que le système capillaire facial joue un grand rôle dans les maladies, soit en se pénétrant de plus de sang, soit en se vidant de ce fluide. Il est remarquable par l’extrême facilité avec laquelle les injections le pénètrent sur le cadavre : pour peu que nos injections grossières aient bien réussi chez les enfàns, il noircit entièrement. Pourquoi ce système se remplit-il spécialement de sang dans les affections du poumon , comme on le voit dans la phthisie, dans la péripneumonie, etc., tandis que , dans les mal^^.Ues du cœur , ce sont plutôt les
capillaires des lèvres, du bout *du nez , qui se colorent? Je l’ignore. Ce système capillaire est uniquement cutané ; au-dessous les couches suivantes ne reçoivent pas plus de sang.
Couche musculaire. Au-dessous des tégumens, on trouve une couche musculaire externe, si l’on peut donner ce nom au grand zygomatique, seul muscle superficiel absolument propre à la joue, et «
au masseter , qui concourt un peu à la former en arrière. Beaucoup de graisse est subjacente au grand z3^gomatique. Cette graisse est d’autant plus abondante et plus molle qu’on approche davantage du buccinateur. Sa couleur est jaunâtre auprès de ce muscle. Un tissu cellulaire fort lâche la contient. Elle favorise beaucoup les moiivemens du buccinateur et des autres* muscles voisins, et concourt à augmenter l’étendue du diamètre transversal de la face. Ce tissu cellulaire s’infiltre de sérosité moins souvent que celui des membres, quoique cela lui arrive quelquefois. L’extrême rapidité avec laquelle la graisse y est absorbée et exhalée, suivant les circonstances, est digne de remarque. L’absorption est l’effet assez prompt de beaucoup de maladies, et une exhalation nouvelle la répare en peu de temps dans la convalescence : aussi c’est toujours sur la face c[ue les maladies portent leur influence principale. Très-souvent l’on ne peut guère juger par l’état de celle-ci de l’embonpoint général de l’individu; parce qu’en augmentant ou en diminuant dans cette partie, elle reste la meme dans les autres, ou réciproquement. Cette grande quantité de graisse et de tissu cellulaire, qui se prolonge aussi un peu sur le
DE LA BOUCHE
grand zygomatique lui-inéme, fait que, moins adhérente aux muscles sübjaceiis, la peau se ride moins par sa contraction , que celle des paupières par la contraction du palpébral.
Au-dessous de cette graisse , on trouve la couche musculaire profonde, formée en entier par le muscle buccinateur, qui, recouvert d'abord par la branche maxillaire, puis par la graisse, devient d’autant plus superficiel qu’on approche davantage de la commissure à laquelle il se termine.
Couche muqueuse. Plus mince que dans les autres parties de la bouche, elle est remarquable par la multitude de glandes placées entre elle et la buccinateur : on les nomme glandes buccales. On voit aussi sur cette membrane, près de la troisième dent •molaire supérieure, l’orifice du conduit salivaire parotidien , orifice marqué ordinairement par une saillie distincte, un peu blanchâtre , mais qui quelquefois est peu apparente. Cette membrane ne se ride point autant par le mouvement des joues que par celui des lèvres, parce qu’elle adhère moins fortement au muscle buccinateur qu’aux labiaux.
ARTICLE CINQUIÈME