DU PALAIS
§ P‘'. Conformation et Organisation.
Le palais compose la paroi supérieure de la bouche*, sa forme est à peu près parabolique, un peu plus étendue en longueur qu’en largeur. La conca-
ET DE SES DÉPENDANCES. 6ll
vite qu’il présente dépend surtout de la saillie du rebord alvéolaire. Horizontal dans l’attitude directe de la tête, il s’incline un peu en arrière dans les cas les plus ordinaires, parce que la face se dirige presque toujours un peu en haut. Sa structure osseuse le rend absolument immobile par lui-même, ce qui est nécessaire pour offrir à la langue un point d’appui fixe dans les mouvernens de déglutition et d’articulation des sons. Le palais est composé essentiellement de deux parties, l’une osseuse et l’autre membraneuse.
Portion osseuse. C’est cette portion qui détermine sa forme. Il faut y distinguer le rebord dentaire et alvéolaire, et la voûte palatine proprement dite. Le rebord dentaire forme une saillie parabolique qui est la limite du palais. On y voit l’ouverture des alvéoles. Il appartient en entier aux os maxillaires supérieurs, et surmonte la rangée des dents ejui protège la voûte palatine. Celle-ci , formée par la portion horizontale des maxillaires et des palatins, inégale dans toute son étendue, a d’autant moins d’épaisseur et plus de largeur qu’on l’examine plus en arrière.
Membrane muqueuse. Elle a une structure différente sur le rebord dentaire et sur la voûte. Celle du rebord dentaire doit être examinée en devant et en arrière de ce rebord, et forme ce qu’on nomme les genewes. On ne peut bien en concevoir la structure si on ne remonte tout de suite à l’état du fœtus. Les auteurs n’ont point indiqué exactement cette structure. Chez le fœtus, et avant l’éruption des dents, on trouve le double rebord alvéolaire garni d’un tissu particulier, dense, fibreux, blanchâtre,
DE LA BOUCHE
Gi2
très-épais et très-résistant. Ce tissu recouvre les alvéoles et les bouche exactement, ainsi que les germes dentaires qu’elles renferment. Il représente une espèce de couche parabolique , étendue sur chaque rebord, en ayant à peu près la largeur, et ne se prolongeant presque point, ni du côté de la région faciale des os maxillaires , ni du côté de la région palatine ; en sorte qu’à cet âge le rebord alvéolaire est uniquement tapissé par la membrane delà bouche en devant et en arrière : il n’y a point de gencives dans ces deux sens; il n’en existe que sur les alvéoles. Mais lorsque les dents sortent, elles percent ce tissu qui s’oppose à elles, et le forcent de se déjeter antérieurement et postérieurement; en sorte que dès ce moment il forme devait et derrière les dents les deux bourrelets saillans que nous voyons chez l’adulte, et que nous y nommons les geiîcii^es. Quelquefois j’ai vu ce tissu se déjeter uniquement en arrière à l’époque de l’éruption , et alors un nouveau semble se former antérieurement : il parait meme se porter toujours plus dans le premier que dans le second sens. Dans tous les cas, c’est sa perforation par la dent, et non son déplacement, qui excite cette vive douleur qu’éprouvent alors les enfans; de là aussi les accidens qui surviennent à cette époque. Partout où nous voyons des tumeurs ondes excroissances soulever, distendre et rompre meme le tissu muqueux , nous n’observons point ces phénomènes terribles qui accompagnent souvent l’éruption. Je suis persuadé que la nature particulière, l’organisation propre, le mode de vitalité distinct de ce tissu ^ y concourt beaucoup, et que si
FT DE SES dépend AKCES 6l3
la seule surface muqueuse de la bouche tapissait les alvéoles, les enfans n’éprouveraient jamais ces accidens. Cependant, au delà de l’éruption, ce tissu est très-peu sensible : c’est lui qui forme les espèces de cloisons triangulaires qui séparent les dents à leur racine ; or, on sait que les dentistes coupent sans presque aucune douleur ces cloisons. Ce tissu, quoique dur et résistant, est très-susceptible de s’engorger, et meme de devenir fongueux; il présente surtout ce phénomène dans le scorbut. C’est en vertu de son organisation propre que cette portion de surface muqueuse de la bouche reçoit presque exclusivement l’influence de cette maladie, le reste demeurant intact. L’usage du mercure paraît aussi se porter sur elle. Elle adhère intimement à la surlace muqueuse, au point de ne pouvoir en être séparée : mais on ne saurait douter qu’elle n’en soit distincte; la simple inspection le prouve, chez le fœtus surtout. Elle fortifie les alvéoles, en augmente un peu l’épaisseur, et concourt à fixer les dents en les entourant. On ne trouve dans son tissu aucune glande. Peu de fluide paraît être rejeté en cet endroit par la surface muqueuse. On y rencontre des vaisseaux sanguins. Le sang se porte dans les capillaires en plus grande cjuantité dans certains cas, et alors ce tissu saigne avec une extrême facilité.
Sur la voûte palatine, on ne trouve c[ue la membrane muqueuse , plus dense et moins rouge qu’ailleurs. Elle y offre une saillie moyenne plus marquée chez le fœtus que chez l’adulte, et cpii est la trace de la ligne médiane. En cet endroit, elle a plus d’épaisseur en devant et près le rebord alvéolaire.
DE LA BOUCHE
Quelques saillies transversales se remarquent aussi souvent. Des glandes muqueuses très- prononcées se trouvent entre l’os et cette membrane muqueuse, qui se prolonge sur le tissu des gencives et le recouvre pour se porter ensuite du côté des lèvres. Ces glandes sont d’autant plus nombreuses qu’on les examine plus près du voile. Cette membrane se continue en arrière avec celle de ce repli. Elle présente sur le palais une adhérence remarquable avec le périoste; elle s’unit intimement avec lui, et forme par là une espèce de membrane fibro-muqueuse. C’est cette adhérence qui la rend immobile, incapable de glisser sur la surface à laquelle elle appartient; disposition avantageuse pour servir de point d’appui dans la pression exercée par la langue sur les alimens, lors de la déglutition. L’union de ces deux membranes se fait par des prolongeinens détachés de l’une et de l’autre, et entre lesquels restent des intervalles pour recevoir les glandes muqueuses, qui sont très-apparentes, comme je l’ai dit. Dans ces intervalles rampent aussi des vaisseaux et des nerfs très-marqués.
ARTICLE SIXIÈME
La langue, organe essentiel au goût, ne lui appartient pas en totalité; sa partie supérieure seule y concourt. Deux parties doivent être examinées dans cet organe : Fune, située au-dessous de lui, solide et ré.sistante, est destinée à lui donner un point
d’appui fixe, et à fournir des attaches à plusieurs des muscles qui la meuvent : cette partie solide est l’os hyoïde, qu’on ne peut évidemment isoler delà langue dans la description. L’autre partie, molle et presque entièrement musculaire, forme la langue proprement dite.
§ De r Os Hyoïde,
L’os hyoïde, situé entre la base de la langue et le larynx, offre un forme parabolique, une direction horizontale telle, que ses deux extrémités sont en arrière et sa convexité en avant. On le divise en corps et en branches.
Corps. Epais , transversalement aplati, et recourbé sur lui-méme, il présente en devant une surface oblique , divisée plus ou moins régulièrement par une saillie cruciale , et donnant successivement attache de devant en arrière aux muscles^digastriques, stylo-hyoïdiens, mylo-hyoidiens , génio-hyoïdiens et hyo-glosses. En arrière , on y voit une surface concave, un peu iimlinée en bas, séparée de l’épiglotte par un tissu jaunâtre et assez dense, et donnant attache, vers sa partie inférieure, â la membrane thyro-hyoïdienne qui embrasse la glande épiglottique. Des deux bords qui terminent ces surfaces , l’un, supérieur, épais, est le point principal d’attache des fibres de Fhyo-glosse qui se prolonge un peu sur les surfaces elles-mêmes ; l’autre, inférieur, plus mince, n’offre dans le milieu aucune insertion muscidaire; mais en dehors il fournit celle des sternohyoïdiens, omoplat- hyoïdiens et thyro- hyoïdiens.
DE LA EOÜCHE
Le corps de l’os hyoïde se termine de chaque côté par une facette qui s’unit avec une semblable qu’offre chaque extrémité, au moyen d’un cartilage intermédiaire. Ce cartilage ne disparaît que très-tard , et le plus souvent il reste toujours.
Branches. Les branches , ou encore les grandes cornes de l’os hyoïde, sont beaucoup plus longues que lé corps. Aplaties en sens inverse , plus larges en devant qu’en arrière , un peu recourbées en dedans , elles donnent attache en haut à l’hyo - glosse et au constricteur moyen du pharynx ; en bas , à la membrane thyro - hyoïdienne , en dehors à une partie du thyro - hyoïdien et à. l’anneau fibreux du di gastrique , quand cet anneau existe. En dedans, la membrane pharyngienne recouvre ses branches.
De leurs deux extrémités , l’une antérieure , plus large, se continue avec le corps, et se trouve surmontée d’une éminence à peu près pyramidale , courte , inclinée en arrière et en haut , communément nommee petite corne de l’hyoïde. Recouverte en avant par l’hyo- glosse, cette éminence donne attache vers sa base à quelques fibres du géniogîosse , et se trouve en cet endroit unie à la portion cartilagineuse qui joint la branche avec le corps de l’os hyoïde , ce qui lui donne une espèce de mobilité. A son sommet, cette éminence est embrassée parle ligament stylo-hyoïdien, qui s’y termine.' L’extrémité postérieure de l’os hyoïde est libre, et offre un tubercule arrondi auquel se fixe le ligament thyro-hyoïdien.
L’os hyoïde contient beaucoup de tissu spongieux dans son corps, et moins dans ses branches; une
üT DE SES dépendances; 617
lame mince de tissu compacte recouvre ce tissu. Cet os se développe par cinq points : un pour le corps, un pour chaque branche, et un pour chacune des éminences qu’on nomme petites cornes. D’abord séparés par une portion cartilagineuse assez large, ces points osseux primitifs se rapprochent peu à peu de chaque côté , et il ne reste plus enfin entre eux que cette lame cartilagineuse mince, qui subsiste le plus communément pendant toute la vie , et qui permet aux trois parties latérales de l’hyoïde une certaine mobilité des unes sur les autres.
L’os hyoïde, indépendamment des muscles nombreux qui s’y attachent et qui le fixent, est retenu encore par divers liens ligamenteux. En bas, la membrane thyro -hyoïdienne et le ligament de meme nom l’attachent au larvnx, dont ils associent les mouvemens aux siens ; en sorte que cet os est tellement disposé , qu’intermédiaire par sa position à cette cavité et à la langue, il est un centre commun nécessaire aux mouvemens de totalité de tous deux. Il n’a point de fonctions qui lui soient propres , si je puis parler ainsi ; ce n’est point à lui que sont relatifs les mouvemens qu’il exécute ; il ne se meut que pour faire mouvoir le larynx ou la langue. Outre ces ligamens inférieurs que nous avons décrits en traitant du larynx , il en a un supérieur qui le fixe à la base du crâne. 11 ne tient à la langue que par les fibres musculaires de cet organe, et par un tissu cellulaire particulier dont je vais parler bientôt.
Ligament stylo -hyoïdien. Ce ligament, que nous n’avons point encore décrit , part de f apophyse
DE LA BOUCHE
styloïde, descend obliquement en avant et en dedans , et vient se fixer aux petites cornes de l’hyoïde. Il est plus ou moins apparent suivant les individus, et se trouve fréquemment parsemé de granulations osseuses plus ou moins considérables. Il joue un rôle important dans les mouvemens du larynx, qu’il empêche de trop se déprimer. En effet, cette cavité ne peut descendre sans' entraîner l’os hyoïde : or, celuici ne pourrait être retenu par la langue , qui est mobile comme lui ; mais ce ligament, qui se fixe à la base du crâne , ne lui permet de céder que jusqu’à un certain point. On sait que le larynx est susceptible de descendre plus ou moins suivant les divers individus, et que ces variétés de mouvemens coïncident même avec les variétés de la voix. Or, il est probable que la longueur différente de ce ligament est une des oauses essentielles qui influent sur ces différences de mouvemens.
§ IL De la Langue.
La langue occupe la partie inférieure de la bouche, bornée en devant par la mâchoire', en arrière par l’épiglotte, qui lui est continue, en haut par la cavité de la bouche, qui la sépare de la voûte palatine, en bas par l’os hyoïde et par le pharynx. Sa grandeur est extrêmement variable. Susceptible de s’allonger et de se resserrer beaucoup suivant Faction diverse de ses muscles, elle est plus étendue tantôt en longueur, tantôt en largeur, tantôt en épaisseur. Sa forme, toujours symétrique, plus ou moins arrondie en devant , où elle se termine en pointe mousse ,
ET DË SES DÉPENDÂHCES* erg
large et comme tronquée en arrière , varie également suivant les mêmes circonstances.
a. Conformation générale de la Langue.
Considérée en haut, la langue présente une surface libre recouverte par la membrane muqueuse de la bouche.’ Un sillon léger et superficiel, trace sensible de la ligne médiane qui partage tous les organes de la vie animale, la sépare en deux parties. Sur ce sillon se trouve, en arrière et près la base, un enfoncement de forme variable, toujours véi’itable cul-desac, où aboutissent divers follicules muqueux, et que l’on nomme le trou borgne. Ce trou manque dans plusieurs sujets ; dans d’autres on le voit à peine. Toujours il n’est qu’une disposition de forme extérieure dans la langue, et il ne remplit aucun usage. De chacjue côté de la ligne moyenne linguale part en arrière un sillon oblique et peu profond, qui forme sur cette li^ne un angle avec le sillon opposé, puis se prolonge plus ou moins loin en avant, de manière à représenter avec lui un V dont l’écartement serait en devant. Ces deux sillons, variables dans leur forme et leur disposition, dépendent de la saillie que forment les glandes muqueuses qui occupent la base de la langue, et qui s’élèvent plus que les papilles placées au-devant. Le reste de la surface linguale supérieure offre un grand nombre d’inégalités, dont nous indiquèrons la disposition en pariant de la structure de i’organe.
Inférieurement, la langue est fixée dans son milieu avec la mâchoire par les muscles génio-glosses,
DE LA BOUCHE
et avec l’os hyoïde par les hyo-glosses. Ses côtés sont libres et recouverts par la membrane muqueuse, qui se réfléchit sur eux après avoir abandonné le bord alvéolaire , et forme, comme je l’ai dit, au-devant des génio-glosses , un repli plus ou moins allongé que Ton nomme le frein. Toute cette partie de la membrane est lisse et sans inégalités; elle est presque entièrement étrangère au goût.
Les bords qui séparent les deux surfaces linguales sont plus épais en arrière, très-minces en devant. On y voit très-sensiblement, et sans enlever la surface muqueuse, la limite qui sépare l’organisation de la portion supérieure d’avec celle de la portion inférieure de cette surface. De petites saillies parallèles les unes aux autres et séparées par de petits sillons s’élèvent de la portion inférieure, qui est lisse et sans inégalités , montent perpendiculairement sur le bord , et vont , arrivées à la face supérieure, se continuer avec les papilles. Ces saillies, qui coupent ainsi les bords latéraux de la langue , sont plus ou moins apparentes suivant les sujets : toujours elles m’ont paru plus marquées en arrière qu’en avant, où elles disparaissent presque en totalité.
La pointe ou le sommet de la langue est libre et arrondi. Sa largeur varie suivant les divers individus , et surtout suivant les mouvemens de l'organe.
La base de la langue tient à l’épiglotte par trois replis de la membrane de la bouche, dont un moyen et deux latéraux, nommés improprement ligajnens de V épiglotte, et dont nous avons parlé ailleurs (tom. iq pag. 390). Très-épaisse au niveau du trou borgne , cette base s’amincit ensuite peu à peu en
ÊT DB SES DÉPENDATfCES. Gai
s’approchant de l’os hyoïde , et présente enfin , lorsqu’elle vient s’appuyer sur lui , un amincissement tel, qu’en aucun endroit la langue n’en offre un semblable. Cette disposition tient surtout aux muscles de cet organe, qui n’envoient à sa base qu’un très-petit nombre de fibres appartenant àl’hyo-glosse et qui vont s’attacher à l’hyoïde. Entre ces fibres et la surface muqueuse qui se réfléchit sur l’épiglotte, on trouve un tissu cellulaire dense, jamais graisseux, disposé en forme de membrane, et qui est intermédiaire à la langue , à laquelle il tient d’une part, et à l’hyoïde, sur la concavité duquel il se iixe d’autre part. Ce tissu cellulaire dense, qui mériterait autant le nom de ligament que plusieurs autres liens auxquels divers anatomistes ont donné ce nom, n’a réellement rien de fibreux. Il occupe souvent un espace d’un pouce. Les fibres du génioglosse et de la base de la langue, qui ne vont pas jusqu’à l’hyoïde , s’y fixent en devant, et il sert ainsi à les attacher en arrière à cet os, comme je l’ai dit. Yoici donc le rapport de la base de la langue avec ce dernier : il y a pour moyen d’union , en bas les fibres du génio-glosse, qui vont jusqu’à son corps, au milieu ce tissu cellulaire membraneux, en haut la surface inuqueuse qui se réfléchit de cette base sur l’épiglotte. Ces trois couches étant minces, donnent à cet endroit de la langue la disposition indiquée plus haut.
b. Organisation de la Langue.
La langue est en partie musculaire et en partie
DE LA BOUCHE
62ÎA
membraneuse. Sous le premier rapport, elle exécute divers mouvemens; sous le second seulement, elle sert aux sensations de saveur.
Portion musculaire. Les muscles de la langue sont extrinsèques ou intrinsèques. Les premiers sont les stylo-glosses, nés de Tapophyse styloïde , et terminés sur les bords de la langue ; les hyo-glosses, étendus verticalement entre les branches de l’hyoïde et ces memes bords ; les génio-glosses, qui , de l’apophyse géni , vont par des fibres divergentes se terminer sur tout le milieu de la surface inférieure.
” Le muscle intrinsèque de la langue offre d’abord deux plans parallèles occupant chaque côté de sa surface inférieure, et que les anatomistes ont nommés seuls muscles linguaux ; ensuite un amas de fibres charnues, irrégulièrement disposées, et entrecroisées en toute sorte de directions, à la manière des muscles organiques. Ce muscle forme essentiellement le corps de la langue, et se remarque surtout au niveau du trou borgne, endroit auquel il donne beaucoup d’épaisseur. J’ai parlé dans la Mjologie (tom. Il, pag. 4f^) de la disposition de ces divers plans charnus (i).
(l) MM. Gerdy , Baur et Blandin ont démontré que ces fibres charnues n’ont point une disposition aussi irrégulière qu’il le semble au premier coup d’œil. Dirigées transversalement , elles sont moins nombreuses à la base de la langue que vers sa pointe, où leur resserrement transversal est aussi beaucoup plus prononcé. Quelquefois elles forment des couches croisées ou traversées par des plans longitudinaux et perpcndiculSries. Le plus grand nombre de ces fibres transversales se porte des cô-
ET DE SES DÉPEPfDANCES. 6^3
Membrane muqueuse. Après avoir tapissé les gencives de la mâchoire inférieure, la membrane générale de la bouche abandonne le bord alvéolaire , et se réfléchit sur la glande sublinguale, qu elle recouvre immédiatement, et qui la sépare du stylo-hyoïdien ; puis elle remonte sur les côtés du génio-glosse , et parvient ainsi à la surface inférieure de la langue, qu’elle tapisse de côté et en devant, et d’où elle se porte ensuite sur la surface supérieure. Dans le pre« mier sens, elle n’a rien de particulier , et son organisation est la meme que celle de la membrane du reste de la bouche (voy. précédemment, pag. 58q); mais dans le second , elle mérite un examen spécial. J’ai indiqué la limite du changement de son organisation , qui présente ici les caractères siiivans :
l’épiderme, quoique mince, y est cependant assez marqué, et se détache assez facilement dans plû-
tes de la langue à la Cioison fibro-cartilagineuse , sur laquelle elles s’implantent , et n’a ainsi de longueur que la moitié de la largeur de la langue ; quelques-unes passent au-dessus de la cloi— soin et s’étendent ainsi à toute la largeur de la langue en s’implantant sur ses bords par leurs deux extrémités. — Les muscles linguaux, proprement dits, sont formés par un plan de fibres longitudinales un peu obliques. Elles naissent dedifférens points du tissu de la langue et suiiout en arrière de la membrane fibrocartilagineuse qui unit la langue aux corps de l’os byoïde. Elles croisent la direction du plan transversal en se portant en devant, et se rassemblent en un faisceau situé entre le génio-glosse etl’hyoglosse , et qui se por’e vers la pointe de la langue en se rapprochant de celui ducolé opposé. Enfin, on trouve des fibres verticales qui s’étendent de la membrane linguale supérieure à l’inférieure et paraissent fournies par les muscles génio-glosses.
{Hôte ajoutée.)
6^4 de la bouche
sieurs circonstances, etc. a®. Au-dessous on trouve, selon les auteurs , un corps muqueux ou réticulaire assez prononcé ; mais quelque soin que Ton prenne, on ne découvre réellement autre chose qu’un entre -croisement vasculaire ramifié dans les intervalles des papilles , et donnant à la langue la couleur rouge qu’on lui observe. 3°. Le corion , trèsmince dans la partie inférieure et sur les bords de la langue, présente sur cette surface supérieure une épaisseur qui se trouve dans peu de divisions du système muqueux : son adhérence avec le tissu charnu est extrême; ils sont vraiment identifiés Fun à l’autre. Je crois même qu’aucune membrane muqueuse ne présente ce phénomène d’une manière aussi marquée : car toutes s’enlèvent plus ou moins facilement de dessus leur tissu musculaire subjacent. 4^- A la surface de ce corion se voient des éminences multipliées qui sont de forme et de nature diverses.
On distingue trois sortes d’éminences. Les unes occupent la base de la langue, se prolongent plus sur les côtés cju’en devant, et sont bornées par les deux sillons dont j’ai parlé, et cpii représentent un Y. Elles font une saillie plus ou moins considérable; ce qui fait paraître la surface de la langue extrêmement inégale à leur niveau. Leur forme est très-irrégulière. Arrondies en général, elles sont sphériques, ovales, etc., avec ou sans appendice; leur presejue totalité fait saillie sur la surface muqueuse, le tissu charnu de la langue n’étant pas creusé pour les recevoir. On reconnaît facilement que ce sont des glandes muqueuses de même nature que celles du
ET DE SES DÉPEND ANr.ES. 6^5
voile du palais , de la voûte palatine , des lèvres , de l’intérieur des joues j etc. Ces glandes s’ouvrent sur la langue par des conduits excréteurs très-sensibles. Quelques-unes ont autour d’elles un petit repli circulaire de la surface muqueuse , lequel leur forme une espèce de cul-de-sac antécédent ^ au fond duquel s’ouvre l’excréteur. On voit presque partout, avec le secours de la loupe , l’orifice de celui-ci , qu’il s’ouvre ou non dans un cul-de-sac. Les latérales et postérieures de ces glandes touchent en bas l’amygdale , et , chez plusieurs sujets , continuent leur saillie avec la sienne.
Les deux autres espèces d’éminences sont irré^uhèrement entremêlées dans les deux tiers antérieurs de la langue : on les nomme les papilles. Les unes, tuberculeuses à leur sommet , soutenues par une partie plus étroite , blanchâtres dans toute leur étendue , sont plus volumineuses et plus rarement disséminées. Les secondes, plus petites , sont coniques, très-pointues à leur sommet, et extrêmement multipliées. Celles-ci forment vraiment sur les deux tiers antérieurs de la langue une espèce de plan terminé en arrière par l’espèce de V qui forme la limite des glandes muqueuses. Dans ce plan, les papilles sont rangées avec plus de régularité en arrière qu’en avant. Pressées les unes contre les autres, elles laissent souvent entr’eiles, d’espace en espace, divers intervalles en s’écartant. Ces intervalles ne paraissent pas tenir à l’organisation ; ils se forment accidentellement, et disparaissent ensuite: ce sont les crevasses qu’on voit sur la langue dans certaines maladies. Leur fond est rouge parce que la membrane If. l\o
DE EA EOÜCIÎE
muqueuse y est à nu ; les papilles eh s’écartant en forment les bords, qui sont blanchâtres. Dans Fétat de santé, on voit souvent de petites fentes analogues, mais moins sensibles. Ces fentes sont irrégulières , plus fréquentes en avant qu’en arrière ; c|uelquefois elles représentent des espèces de circonvolutions. Dans le plan que forment les papilles coniques, se trouvent disséminées celles à tubercules ; elles sont isolées par des espaces plus ou moins grands. Leur forme arrondie à leur sommet, leur volume un peu plus grand, servent à les distinguer. Sont-elles de nature différente des précédentes , ou n’y a-t-il entre elles que des différences de forme ? Je l’ignore.
Les auteurs représentent communément les papilles comme des terminaisons nerveuses. Je crois bien qu’ellesjoiient un rôle essentiel dans la perception des saveurs, puisque cette perception est bien plus parfaite à la pointe où elles sont plus nombreuses, qu’à la base où les glandes muqueuses existent presque seules; mais je ne crois pas qu’on puisse jamais montrer les nerfs les formant par leur épanouissement. Cette opinion est un reste de cette anatomie des parties insensibles à laquelle on a fait jouer un si grand rôle , et que je voudrais proscrire entièrement , parce que là où les sens ne nous guident pas^ là se trouve presque toujours l’erreur quand nous voulons prononcer. Contentons-nous d’observer ce cpii nous frappe , sans vouloir deviner ce qui nous échappe. Or, en suivant cette marche, nous voyons cette partie de la langue douée d’une sensibilité animale propre, et qui est nécessaire pour la perception des saveurs. Cette sensibilité étant per.
ET DE SES DEPENDANCES. GliJ
due , comme il arrive quelquefois , la sensibilité animale générale reste, et les excitans mécaniques, chimiques , irritent également la langue : c’est comme pour l’odorat.
Cette surface papillaire de la langue est spécialement le siège de cet enduit blanchâtre plus' ou moins visqueux qui revêt la langue dans les embarras gastriques. En examinant alors attentivement cet organe, on voit que cet enduit est, en général, beaucoup moindre à la base, où il n’y a que des glandes muqueuses’; ce qui, au premier coup d’œil, paraît difficile à concevoir. Chaque papille est entourée de cet enduit ; elle est blanchâtre ; quand on le racle , elle se nettoie , mais bientôt il se reproduit. Il fait à leur égard les fonctions d’un épiderme extrêmement épais , qui amortit leur sensibilité , et détermine par là la perte du goût , c[u’il faut bien distinguer de la perte de l’appétit. C’est l’estomac qui appète les alimens , qui nous fait éprouver le besoin de les prendre; c’est la langue qui nous donne le sentiment agréable de leur présence. Quoique dis- '’linctes l’une et l’autre , la perte de l’appétit et celle itdu goût coïncident presque toujours : c’est un effet l‘de ce rapport immédiat qui unit l’estomac à la lanjigue, et qui fait que, le premier étant affecté, l’autre '^s’en ressent aussitôt ; c’est une sympathie d’un genre liparticulier , que je compare à celle des mamelles (avec la matrice , des testicules avec le larynx, etc. ilL’enduit blanchâtre dont se couvre la langue est un tphénomène rarement essentiel , mais presque tou- Ijours sympathique et dépendant de l’état de l’estojrnac. Qu est-ce qui forme cet enduit? Sont-ce les
6^8 DE LA. BOUdfïE
glandes tniiqueuses de la base de la langue ? Mais pourquoi alors ne se trouve-t-il pas spécialement à leur niveau ? pourquoi les papilles en sont-elles toujours particulièrement entourées? Est-ce que ces papilles elles-mêmes le fournissent ^ ou bien vient-il des vaisseaux exhalans , naissant du réseau capillaire qui serpente entr’eiles ? Bien certainement les matières saburrales ne s’élèvent pas de l’estomac pour venir le former; car l’œsophage en est exempt. Dans les fièvres adynamiques, au lieu de cet enduit , c’est une croûte noirâtre que la langue présente. Eh bien, c’est surtout au niveau des papilles c[ue cette croûte existe ; l’œsophage ni l’estomac ne la présentent point; elle est moins sensible sur la base, vers l’épiglotte, dans un grand nombre de sujets. Si les fonctions les plus faciles à observer dans leur trouble morbifique offrent tant d’obstacles , que ne sont pas celles dont nous ne voyons jamais les organes en activité!
ARTICLE SEPTIÈME
DÉVELOPPEME^:T DE LA BOÜCHE.
§ État de la Bouche dans le premier âge.
Chez le fœtus, la bouche est, en général, plus développée proportionnellement que les cavités nasales, mais bien moins que les yeux et les oreilles. Ce développement parait surtout être relatif à celui de la langue. Il n’est pas le même dans tous les sens. Le diamètre transverse de la bouche est alors
Fr DE bES DÉPENDANCES. 629
fort étendu proportionnellement à Fantéro-postérieiir, qui est fort court : on en trouve la raison dans Fétat des os qui forment en haut et en bas cette cavité. En effet, la voiite palatine, assez large transversalement, est peu étendue d’avant en arrière, vu la direction oblique des apophyses ptéry-, goides , direction causée elle-même par le défaut de développement des sinus maxillaires. D’un autre côté, la mâchoire inférieure, qui ne répond à ce diamètre que par sa base, offre à la même époque ses deux angles très-obtus et beaucoup plus antérieurs que dans les âges suivans, ce qui concourt à diminuer le diamètre antéro-postérieur de la bouche, et par conséquent à faire paraître plus large le transversal, qui est réellement proportionné à ce qu’il sera par la suite. L’absence des dents diminue beaucoup le diamètre vertical , quand les mâchoires sont rapprochées; ce qui concourt spécialement à cette expression particulière et caractéristique de la face du fœtus, extrêmement rétrécie en bas^ tandis que les orbites lui donnent beaucoup d’étendue en haut. Cette expression ne permet point d’établir de pronostic sur ce que sera la face de l’adulte, d’après ce qu’elle est en sortant du sein de la mère.
La membrane muqueuse de la bouche est beaucoup plus mince et plus fine epie par la suite. Ses vaisseaux sont multipliés. Sans doute elle fournit moins de fluide; cependant celui qu’on y trouve au moment de la naissance prouve qu’il s’en accumulait une certaine quantité avant cette époque.
Le fœtus a les lèvres fort longues proportionnel-
DE LA BOUCHE
lement aux mâchoires , qui sont peu fornjées encore, et surtout fort peu étendues en hauteur, parce qu’aucune dent n’a poussé. On ies trouve toujours fermées et appliquées Fune contre l’autre avant la naissance. Le rebord libre des lèvres est violet, comme toutes les parties au travers desquelles on peut voir alors la couleur du sang du fœtus. L’ouverture faciale est à peu près proportionnée à ce qu’elle doit être dans la suite.
Le voile du palais et la luette , fort développés chez le fœtus, correspondent aune ouverture nasale fort rétrécie par le défaut de développement des sinus. Au lieu d’être perpendiculaire, cette ouverture,'comme je l’ai dit plus haut, aune direction oblique en avant et en bas , direction qui est due à celle des apophyses ptérygoïdes sensiblement inclinées alors. Cette obliquité, jointe au défaut de largeur dans l’ouverture et à l’étendue du voile du palais, explique très-bien la facilité du mouvement d’élévation de celui-ci chez l’enfant nouveau-né. En effet, lorsque, par la suite, l’ouverture devient trèsévasée et en même temps verticale, il faut que le voile du palais, vertical aussi en sens opposé lorsqu’il est abaissé , change deux fois de direction avant de s’appliquer contre elle, c’est-à-dire, qu’il devienne d’abord horizontal dans la moitié du trajet qu’il parcourt , pour prendre ensuite dans l’autre moitié la même direction que l’ouverture. Mais quand celle-ci est étroite et en même temps trèsoblique et presque horizontale, le voile du palais n’a guère que la moitié du trajet à faire pour l’oblitérer entièrement. De là plus de facilité dans la suc-
et de ses dépeicdawces. 63 ï
cion, à Fâge où elle est le seul moyen de préhension des alimens.
Les piliers du voile du palais sont très*développés ainsi que lui-méme. Tout cela est en rapport soit avec la base de la langue, dont le volume est déjà considérable, soit avec la voûte palatine, beaucoup plus large alors qu’elle n’est longue. La base de la langue ne répond pas au voile du palais comme chez l’adulte; elle se trouve en partie au-delà de lui et dans le pharynx par conséquent. La raison en est que le bord postérieur de la voûte est , comme je Fai dit, plus en devant, à cause de la direction oblique des apophyses ptérygoïdes : d’où il résulte que la langue , déjà volumineuse , disproportionnée par conséquent aux os, est forcée de se porter en arrière. Les amygdales sont alors assez prononcées, mais leur forme n’est pas la même. Elles font plus de saillie en dedans parce qu’elles sont plus arrondies; on n’y voit point aussi sensiblement ce réseau formé par Fentre-croisement des brides qui communiquent d’une cellule à l’autre. Ces cellules ellesmêmes, affaissées les unes sur les autres, sont trèspeu appareîîtes, malgré la plus exacte dissection. Quoique ces glandes soient plus développées que les glandes muqueuses du reste de la bouche, et qu’elles soient en général très-sensibles, elles n’ont cependant pas un usage très- marqué pendant les premiers temps qui suivent la naissance, époque à laquelle l’aliment, fluide et toujours nécessairement le même, nécessite moins de sécrétion pour lubrifier les passages à l’instant de la déglutition.
La voûte palatine, plus large proportionnelle-
DE LÆ BOUCHE
ment que longue, est quelquefois accidentellement séparée sur la ligne médiane, ce c|ui augmente encore sa largeur; mais cette séparation qu’accompagne presque toujours le bec-de-lièvre disparaît peu à peu par la suite. J’ai observé plus haut que le tissu qui, après l’éruption dentaire, doit former les gencives, offre alors deux couches étendues sur chaque arcade alvéolaire, devant et derrière laquelle il doit se déjeter à la pousse des dents. Ce tissu, de nature particulière, blanchâtre, dur et résistant, est d’autant plus épais que l’on se rapproche plus des premiers mois; il s’amincit à mesure qu’on s’avance vers l’épocpie de l’éruption.
Les joues ainsi que les lèvres ont, chez le fœtus, plus de longueur que l’espace qu’elles occupent n’a d’étendue. Cela tient à l’absence des dents. De là en partie la saillie qu’elies forment en dehors chez l’enfant, saillie qui détermine un peu l’expression particulière quelle a à cette âge. Mais cette saillie est bien plutôt due à la grande cjuantité de graisse qu’elle renferme. On y trouve une partie de cette graisse accumulée en forme de boule très-arrondie, placée au milieu de la joue, isofée de toute la graisse environnante, et se trouvant comme enkystée. Cette portion globuleuse n’est presque que de la graisse seule sans tissu cellulaire; elle est ferme et solide. Son existence est constante. J’en ai parlé dans \ Anatomie générale.
La langue a un volume considérable proportionnellement aux os qui l’entourent. Ce développement précoce est en rapport avec celui des organes gastriques, avec celui de l’estomac spécialement.
On dirait qu’il y a la même proportion , sous ce rapport, entre ces deux parties, qu’entre le cerveau et l’œil ou l’oreille. L’association de leurs fonctions explique ce fait. On peut remarquer ce développement de la langue suivant ses deux diamètres trans- »
verse et longitudinal : celui-ci est le plus étendu, en sorte que la langue dépasserait les mâchoires si sa base ne se reportait pas en partie au-delà de l’isthme du gosier. L’épaisseur de cet organe est alors très-grande. Les papilles antérieures sont déjà développées en raison exacte de l’âge. Les muqueuses le sont moins; et au lieu des saillies inégales et irrégulières qu’elles offriront dans la suite, on trouve à leur place des lignes oblic[uement dirigées de dehors en dedans et en arrière, jusqu’aux environs du trou borgne, où elles se réunissent sur la ligne médiane en formant plusieurs V embrassés les uns par les autres avec assez de régularité. Par la suite , il n’en reste qu’un qui indique, comme je l’ai dit, la limite des glandes muqueuses avec les papilles. Quelcjuefois le frein de la langue est trop court, ce qui gêne ou empêche la succion , et on est obligé d’en couper une partie. Mais ce vice de conformation est beaucoup plus rare que beaucoup de gens ne le pensent, et l’opération de sa section est rarement indiquée.
On voit, d’après ce qui vient d’être dit, que dans la bouche du fœtus toutes les parties molles sont plus développées proportionnellement que les os; c’est même le défaut de développement de ceux-ci qui fait ressortir celui des premières. Je remarque que ce développement porte surtout sur les lèvres,
634 DE LA BOUCHE
les joues, le voile du palais et la langue. La face ne commence à prendre l’expression quelle doit toujours conserver que quand l’équilibre est établi entre les os et les parties molles.
Au moment de la naissance, la bouche entre en mouvement comme les autres parties; mais ce mouvement, quoique dans la classe de ceux de la vie animale, n’a besoin d’aucune espèce d’éducation, comme ceux des muscles locomoteurs, par exemple, qui sont long-temps incertains et vacillans. Destinés à la succion , par laquelle l’enfant doit se nourrir tout de suite, ces mouvemens ont, dès cet instant, toute la perfection qu’ils doivent avoir ; et l’enfant, conduit par un véritable instinct, tette aussi bien la première fois qu’ après un long exercicè. Ainsi les muscles inspirateurs exercent-ils tout de suite avec autant de précision leurs mouvemens quils les exerceront toujours.
§ II. État de la Bouche dans les âges suivans,
La bouche conserve jusqu’à l’éruption des dents les principaux caractères qui la distinguent chez le fœtus. Ces caractères s’effacent ensuite peu à peu. L’accroissement de cette cavité porte principalement sur le diamètre longitudinal, qui augmente beaucoup par le développement de la voûte palatine, dû principalement à celui des sinus et des mâchoires. Le diamètre transversal augmente moins relativement. Les dents sorties de leurs alvéoles donnent plus d’étendue au diamètre vertical, ce qui
fait cesser la disproportion de longueur des joues. En un raot le développement de la bouche consiste principalement dans le rapport qui s’établit entre les parties molles qui, plus prononcées antécédemnient, croissent alors moins vite proportionnellement, et les os qui, plus rétrécis jusque-là, augmentent plus précipitamment de volume.
La bouche de l’adulte nous offre l’état que j’ai indiqué dans la description , laquelle porte toujours sur cet âge.
Chez le vieillard, le rapport des parties molles et des os de la bouche change en partie par la chute des dents, ce qui rétrécit un peu le diamètre vertical, et donne lieu aux rides et à la flaccidité des joues, dont la longueur excédente n’est point comme chez l’enfant compensée par l’abondance de la graisse. Cependant comme, d’un autre côté, les sinus restent très-développés, et qu’ils semblent même s’agrandir à mesure qu’on avance en âge, la face s’éloigne moins de l’expression de celle de l’adulte; jamais elle n’a d’analogie avec celle du fœtus. Après la chute des dents, cette substance dure, blanchâtre et résistante, qui recouvrait les alvéoles avant l’éruption, qui à cette époque s’était déjetée devant et surtout derrière elles pour former les gencives, se rapproche de nouveau. Chacun des trous dont elle était percée pour les dents, s’efface par l’effet de la contractilité du tissu : c’est comme quand les artères s’oblitèrent parce que le sang n’y coule plus. Cette oblitération des ouvertures dentaires ramène sur les alvéoles les deux portions antérieure et postérieure de cette substance. Celles-ci
636 JDE Lk BOUCHE ET DE SES DÉPENDANCES.
se réunissent sur les alvéoles, dont les parois se rapprochent d’ailleurs peu à peu et disparaissent à la fin ; elles y forment de nouveau un rebord plus ou moins épais, qui les boucherait entièrement si elles restaient ouvertes, et qui, augmentant de densité par l’effet de la mastication , finit par remplacer les dents. Sous le rapport de cette substance, les rebords alvéolaires du vieillard sont donc à peu près disposés comme ceux du fœtus.