‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier BichatChapitre 12 sur 56 · NERFS DE LA PROTUBÉRANCE CEREBRALE · texte numérisé non relu

NERFS DE LA PROTUBÉRANCE CEREBRALE

Ces nerfs naissent cle cette protubérance elle-même ou de ses prolongemens, mais principalement de ceux-ci. Ce sont: i° les moteurs oculaires communs ; 2° les pathétiques; 3° les trijumeaux; 4° les moteurs oculaires externes; 5° les faciaux; 6° les auditifs (i).

§ Ier. Nerfs moteurs oculaires communs.

Ces nerfs tiennent le milieu, pour le volume, entre les optiques et les pathétiques. Ils naissent delà partie interne des prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale, entre cette éminence et les éminences mamillaires qui sont en devant. On distingue difficilement à l’extérieur les filets par lesquels se fait cette origine, et on les suit plus difficilement encore dans la substance médullaire. On les enlève sans peine en cet endroit , en emportant la pie-mère : aussi faut-il bien faire attention, dans leur dissection, à cette circonstance, qui tient à ce que, très-mous à leur origine même, ils abandonnent avec facilité la substance cérébrale. Cette mollesse cesse presque tout de suite; le nerf ne la présente que pendant deux ou trois lignes; son névrilème, qui naît pres-

(ï) V i oyez la note de la page i63.

NERFS DE LA VIE ANIMALE

que aussitôt, augmente considérablement sa résistance, et il ne peut plus se rompre au-delà qu’avec difficulté.

A l’endroit où il commence à être apparent à la surface inférieure du cerveau, les artères cérébrale postérieure et cérébelleuse supérieure, qui sont là très-rapprochées l’une de l’autre, l’embrassent de telle manière que les anatomistes anciens ont voulu expliquer, par sa compression entre ces deux vaisseaux distendus par le sang, la cause immédiate du sommeil ; mais les progrès de la physiologie moderne me dispensent de réfuter cette opinion. Delà, ce nerf, arrondi et assez résistant, se porte obliquement en avant et en dehors, libre, très-apparent sous le cerveau quand on soulève celui-ci, et enveloppé d’un prolongement de l’arachnoïde. La pie-mère l’a abandonné à son origine mème(i), où est né le névrilème; il est seulement accompagné de quelques stries rougeâtres.

Arrivé au niveau de la pointe que forme en devant la tente du cervelet, il s’introduit dans un canal membraneux qui l’environne jusqu’à la fente sphénoïdale. Ce canal formé en dehors parla portion de dure-mère qui borne latéralement le sinus caver-

( i ) Cette origine a lieu par deux filets , l’un situe en dedans ,

! sur la surface triangulaire formée par la pulpe grisâtre qu’on remarque à la partie interne des pédoncules du cerveau ; l’autre i placé très en dehors,, s’enfonce au-delà de la rainure où l’on voit fia tache noire de Sœmmering, et qui sépare les deux faisceaux du pédoncule, le pyramidal antérieur et celui de l’infundibulum ou latéral moyen. ( Note ajoutée. )

18a appareil cond. du sent, et du mouv.

neux, est tapissé dans son commencement, qui est complètement fibreux, par le prolongement indiqué de l’arachnoïde, lequel se réfléchit de dessus le nerf quil a accompagné, en forme de canal , à quelques lignes de distance, et forme ainsi un cul-de-sac bouchant la cavité arachnoïdienne générale, et soutenant même le mercure sans se rompre. Au-delà de cette réflexion, le canal qui reçoit le nerf n’est plus formé qu’en dehors parla dure-mère. En dedans, un tissu cellulaire mince, d’une nature particulière, totalement étranger à cette membrane, le sépare de l’artère carotide. Quand on a incisé ce trajet, on distingue facilement, parle poli de la surface du nerf, l’endroit où l’arachnoïde le couvre, de celui où il en est privé.

Parvenu ainsi, dans une direction légèrement oblique en dehors, jusqu’au niveau de la fente sphénoïdale, il se divise en deux branches avant d’y pénétrer. Dans la plus grande partie de son trajet sous 1$ dure-mère, il se trouve plus en dedans que le nerf pathétique et que la branche ophthalmique, et plus élevé qu’eux. Mais lorsqu’il est parvenu sous l’apophyse clinoïde antérieure, et qu’il s’est divisé, sa branche supérieure est recouverte par ces deux nerfs, qui la croisent obliquement et qui lui deviennent internes.

Des deux branches du nerf moteur oculaire commun, l’une est supérieure et l’autre inférieure. Toutes deux pénètrent dans l’orbite parla partie la plus large de la fente sphénoïdale. L’inférieure est constamment placée, dans ce passage, entre les deux portions du muscle droit externe. Tantôt la supé-

NEUFS DE IA VIE ANIMALE. l83

rieure est située de meme; tantôt elle est plus en dedans que ce muscle , et n’a avec lui aucun rapport.

Branche supérieure. Lorsque les deux branches sont entrées dans l’orbite, la supérieure se dirige au-dessus du nerf optique , va aussitôt se porter à la surface inférieure du muscle droit supérieur, et se divise en plusieurs rameaux divergens qui vont se perdre dans l’épaisseur de ce muscle. Un d’eux, plus long que les autres, se contourne en dedans pour aller se rendre à l’élévateur de la paupière, dans lequel il se perd par plusieurs filets.

Branche inférieure. La branche inférieure ,

beaucoup plus volumineuse que la précédente , se porte aussitôt au-dessous du nerf optique. Là, elle se divise en trois rameaux : i° X interne , qui est le plus considérable , va obliquement gagner l’origine du muscle droit interne , et s’y perdre par plusieurs filets ; 2° le moyen , beaucoup plus court, se perd, aussitôt après son origine , dans l’extrémité postérieure du muscle droit inférieur; 3° l 'externe, qui est le plus long et le plus mince des trois, fournit presque sur-le-champ un rameau qui remonte sur la partie externe du nerf optique, pour se terminer à la partie postérieure-inférieure du ganglion ophthalmique; ensuite il longe le bord externe du droit inférieur , auquel il est uni par un tissu cellulaire, sans lui fournir aucune branche, et va enfin se terminer au petit oblique , près de son insertion au globe de l’œil. Quelquefois la distribution de cette branche a lieu de la manière suivante : elle fournit d’abord le rameau du droit interne , puis celui du

1 8/f APPAREIL GOND. DU SENT. ET DU MOUV.

ganglion ; enfin elle se divise en deux pour le droit inférieur et pour le petit oblique.

La structure de ce nerf n’a rien de particulier. Névrilématique dans le crâne comme dans l’orbite, et distinct en cela des deux nerfs précédens , il présente cependant une résistance moins grande dans la première que dans la seconde de ces cavités. Le rameau qui va au ganglion est de même nature que les autres.

§ II. Nerfs pathétiques.

Ces nerfs, les plus petits de ceux qui naissent de la protubérance, sont remarquables par le trajet considérable qu’ils font dans le crâne; ils ne donnent de rameaux qu’à l’endroit de leur terminaison.

Ils naissent immédiatement au-dessous des tubercules quadrijumeaux, sur les parties latérales de la valvule de Yieussens. Deux racines leur donnent origine , et elles se réunissent aussitôt en une seule extrêmement mince (1). Cette origine , molle et sans névriième, se rompt avec une extrême facilité ; mais

( i) Le nombre et la disposition des racines des nerfs pathétiques sont très-variables. Quelquefois il 11’y en a qu’une , d’autres fois on en compte jusqu’à quatre. Souvent même l’origine de l’un de ces nerfs diffère de celle du nerf opposé. Il reçoit des fibres du processus cerebelli ad testes et du faisceau d eVinfimdibulum : ces dernières traversent la feuille grise du plancher du quatrième ventricule au niveau des tubercules nates. Ces deux nerfs forment en se croisant , à leur origine , une commissure quelquefois peu apparente , mais admise par la plupart des anatomistes.

( Note ajoutée. )

NERFS DE IA VIE ANIMALE

bientôt ces nerfs en prennent un et sont alors plus résistans. Iis se contournent sur les prolongemens antérieurs de la protubérance cérébrale, entre le cerveau et le cervelet, et au-dessus de l’arachnoïde, qu’il faut inciser pour les voir, et viennent ensuite se porter antérieurement le long du rebord libre de la tente du cervelet jusqu’à l’apophyse clinoïde postérieure.

Là, iis s’engagent dans un canal fibreux de la dure-mère, enveloppés par l’arachnoïde qui les y accompagne un peu et se réfléchit ensuite sur le canal pour revenir dans le crâne. Au-delà de cette réflexion, ces nerfs , appliqués en dehors contre la dure-mère, ne sont, en dedans, séparés du sinus caverneux que par un tissu dense particulier, à fi b res trèsuninces, et jamais graisseux. C’est le même que celui qui recouvre le nerf précédent, auquel il sert aussi à unir celui-ci , qui de là se dirige horizontalement en avant jusqu’au-dessous de l’apophyse clinoïde antérieure , placé entre le nerf moteur commun qui est au-dessus , et la branche ophthalmique qui est au-dessous. Auprès de la fente sphénoïdale , il croise la direction du premier en remontant obliquement au-dessus pour se porter plus en dedans que lui et que la branche ophthalmique. Il entre ainsi dans l’orbite par la partie large de la • fente, en traversant un trou complètement fibreux, pratiqué dans le prolongement de la dure-mère qui s’enfonce dans cette fente. Arrivé dans cette cavité, il passe au-dessus des deux muscles élévateurs , et va, subjacent au périoste, gagner le milieu du grand oblique , dans lequel il se termine par plusieurs ra-

ï86 APPAREIL com DU SE1VT. ET DU TMOUV. meaux , que l’on peut suivre assez loin dans l’épaisseur du muscle.

§ III. Nerfs trijumeaux.

Ces nerfs , remarquables par leur volume , ne font qu’un court trajet dans le crâne , et ont au dehors une distribution très-compliquée (i).

Ils naissent de la partie externe et inférieure des prolongemens postérieurs de la protubérance cérébrale , près de l’endroit où ces prolongemens se réunissent à cette éminence. Leur origine se fait par un très-grand nombre de filets distincts, mais réunis et parallèles , qui forment un cordon aplati. Ces filets, solides et denses dans leur structure , à cause

(i) Ce volume considérable et cette distribution si compliquée des nerfs trijumeaux ou de la cinquième paire semblent indiquer qu’ils président «à des fonctions aussi importantes que multipliées ; et en effet , ainsi que nous l’avons dit précédemment , l’intégrité de la cinquième paire de nerfs paraît être une condition indispensable pour que les sens puissent recevoir l’impression de la lumière, des sons, des odeurs et des saveurs ; la section des nerfs optique, auditif, olfactif ne détruit pas complètement la faculté de voir , d’entendre, d’odorer, si la cinquième paire est intacte ; au contraire la section de la cinquième paire , sans lésion des nerfs sensitifs, abolit cette faculté. Aussi, d’après cette considération que la cinquième paire de nerfs avive seule les organes des sens dans les animaux invertébrés, M. Richerand pense que, dans les vertébrés chez lesquels les sens ont chacun un système nerveux propre, les nerfs de la cinquième paire ou trijumeaux sont des nerfs de renforcement nécessaires au jeu de ces organes.

( Note ajoutée. )

1YERFS DE EA VIE ANIMALE. 1 87

du névrilème qui enveloppe chacun d’eux, tiennent fort peu à la substance médullaire dont ils partent, et s’en détachent par le moindre effort. Cette substance médullaire forme, à l’endroit de l’origine, une espèce de saillie ou de mamelon , qu’on ne voit pas d’abord parce qu’il se trouve caché au milieu des filets nerveux. Quand on enlève avec précaution la pie-mère, en allant du prolongement postérieur à ces filets sur lesquels elle se continue , ils se détachent de dessus cette saillie et la laissent à découvert. En les enlevant ainsi avec précaution , on voit qu’ils naissent sur toute sa surface, à sa base et à son sommet. Par cette disposition, ils occupent moins de place que s’ils naissaient sur une surface plane : aussi l’espace qu’occupe cette origine est -il petit malgré leur grand nombre. Ainsi des fibres charnues naissant tout autour d’une apophyse ou d’un tendon, tiennent-elles moins de place sur une surface osseuse. Je ne crois pas qu’on ait encore indiqué cette disposition. Quoi qu’il en soit , ce tubercule médullaire, de meme nature que le prolongement dont il naît, est seulement un peu plus mou : il diffère essentiellement des filets nerveux , auxquels le névrilème donne beaucoup de consistance (r).

(1) Le nerf trijumeau tire son origine de l’extrémité supérieure de la moelle épinière, entre l’éminence olivaire et le corps restiforme, par trois cordons ou racines dont un remonte directement de la partie externe des pyramides antérieures à la base du bulbe rachidien ; le second, plus gros, pénètre profondément dans l’épaisseur de la protubérance, paraît se continuer avec les fibres du faisceau olivaire de la moelle et forme avec le précé-

1 88 APPAREIL COND. DtJ SENT. ET DÜ MOUV.

Ces filets sont, chez presque tous les sujets, divisés en deux portions que séparent des lames celluleuses, et dont l’une, antérieure et interne , est composée de cinq à six filets , tandis que l’autre , qui en réunit le plus grand nombre, est en arrière et en dehors : le bulbe médullaire répond à celle-ci. Quelquefois cette séparation n’a pas lieu au premier coup d’œil ; mais toujours les filets antérieurs , au nombre de cinq à six , sont remarquables , i° parce qu’ils sont étrangers au bulbe ; a0 parce qu ils sont plus gros , plus mous et souvent même plus blancs ; 3° par la disposition que je vais bientôt indiquer dans leur trajet , où iis semblent former un nerf distinct du trijumeau. Quoi qu’il en soit, ils se placent sous les autres , et forment avec eux un cordon unique.

Ce cordon unique que composent tous les filets du nerf, lesquels varient de soixante-dix à quatrevingt , prend aussitôt une direction oblique en avant et en dehors, jusqu’à l’extrémité du bord supérieur du rocher. Là, il s’engage dans un canal que lui forme la dure-mère et que nous avons décrit, et parvient ainsi dans la fossé temporale interne. L’arachnoïde , après l’avoir accompagné pendant un trajet assez long, se réfléchit et revient dans le crâne. • Le nerf s’élargit et s’aplatit beaucoup en passant sur le bord supérieur du rocher. Ses filets y sont encore parallèles; mais, parvenus dans la fosse tem-

dent le renflement on mamelon d’où les filets semblent sortir ; le troisième , latéral , se perd dans l’épaisseur du pédoncule du cervelet, en se portant vers le corps rhomboïdal. ( Note ajoutée.)

NERFS DE LA VIE ANIMALE. î$9

porale interne, ils s’écartent les uns des autres en divergeant sensiblement, et forment par là un ruban aplati, au lieu d’un cordon arrondi; des espaces plus sensibles les séparent; mais ils ne s’entrelacent que très-peu, ne s’unissent presque point les uns aux autres, comme cela arrive dans le trajet des nerfs ; chacun paraît rester distinct, et peut être suivi depuis l’origine jusqu’au renflement médullaire. Ce renflement (i) est d’une nature toute différente des filets : grisâtre , tandis qu’eux sont blancs, il offre une concavité de leur côté pour les recevoir, et une convexité pour donner naissance aux trois divisions du nerf qui nous occupe (2). Sœmmeringl’a très-bien décrit. Il adhère intimement à la dure-mère ; en sorte qu’on ne peut guère l’en séparer sans soîùtion de continuité. Lui donne-t-il des filets? je ne le crois pas. Il n’a point le tissu dense et pulpeux des ganglions; on y voit des aréoles et un entrecroisement défibrés qui le rapprochent des plexus. Il est intermédiaire , pour ainsi dire, aux uns et aux autres, en se rapprochant plus des derniers. Les filets nerveux qui viennent s’y rendre s’y con-

(1) On lui a donné le nom de plexus gangliforme , de ganglion sémilunaive , elc. ( Note ajoutée. )

(2) Suivant M. Meckel, les faisceaux correspondans aux pre-

mier et troisième cordons indiqués précédemment (vqyezla note de la pag. 187) ne prennent aucune part à la formation du renflement gangliforme , et occupent seulement un sillon creusé sur sa face inférieure. Ainsi isolés du ganglion, qui 11e corresponderait qu’au cordon moyen , ils présenteraient une disposition analogue à celle des nerfs rachidiens. ( Note ajoutée. )

fondent et s’y entrelacent tellement qu’il est impossible de les y suivre. Il semble rompre toute espèce de continuité entre ces filets et ceux des trois divisions maxillaire inférieure, maxillaire supérieure et ophthalmique. Ces divisions y trouvent réellement une origine nouvelle, comme les ganglions vertébraux empêchent les filets venant de la moelle de se continuer directement avec ceux qui composent les nerfs spinaux. Cependant, quand la disposition plexiforme est très-marquée, en examinant attentivement les premiers filets, on peut suivre la continuité de quelques-uns dans les trois divisions du nerf.

Lorsqu’on renverse de dedans en dehors le faisceau aplati des filets du nerf et le renflement auquel ils se terminent , on voit , comme l’a fait observer Prochaska, qu’entre eux et le rocher les filets antérieurs dont nous avons parlé restent totalement distincts?. Leur volume, leur blancheur, leur isolement, les font reconnaître ; ils ne s’unissent point au renflement, vont gagner le trou maxillaire inférieur, se joignent à la branche du même nom, et se comportent avec elle comme je le dirai; ils sont étrangers au maxillaire supérieur et à l’ophthalmique. Ce sont donc spécialement les filets de la première origine qui forment et le faisceau aplati et le renflement tenant de la forme des plexus et des ganglions.

Quoi qu’il en soit, les trois branches des nerfs trijumeaux partent, ainsi qu’il suit, delà convexité de ce renflement.

La première, qui se sépare eu devant, fcst Y oph-

NERFS DE LA VIE ANIMALE, igi

thalmique : c est la moins considérable. Ecartée des deux autres dès son origine, elle se dirige obliquement en avant et en haut vers la paroi externe du sinus caverneux.

La seconde, plus grosse, naît au-dessous, et s’ap" pelle maxillaire supérieure. Elle prend une direction horizontale en avant, et après un trajet sensible s’engage dans le trou du meme nom.

Enfin, la troisième, tout-à-fait postérieure et plus volumineuse encore, prend une direction presque perpendiculaire en bas, et s’engage aussitôt dans le trou ovale du splién'bïde. C’est la maxillaire inférieure.

A. Branche ophthalmique (nerf oph thalmique).

La branche ophthalmique, la moins volumineuse des trois qui partent du renflement des trijumeaux, conserve d’abord un peu la direction du tronc qui lui a donné naissance. Placée dès son origine audessous de la dure-mère, elle s’avance, couverte par cette membrane, dans l’endroit où elle forme la paroi externe du sinus caverneux; et, comme les nerfs moteur commun et pathétique, elle est séparée en dedans de ce sinus par des lames distinctes d’un tissu cellulaire particulier. Dans ce trajet on remarque quelle conserve une disposition plexiforme très-apparente à l’œil. Elle n’est point lisse et blanchâtre, mais inégale et grisâtre. On dirait que c’est le renflement commun qui se prolonge sous forme arrondie, sans changer de structure; ce n’est que dans ses rameaux que cette branche prend l’as-

192 APPAREIL COND. DÜ SENT. ET DÜ MOUV.

pect des autres nerfs. Inférieure d’abord au moteur commun et au pathétique, mais toujours parallèle au dernier, elle remonte bientôt obliquement avec lui au-dessus du moteur commun, et se divise, avant d’entrer dans l’orbite ou en y entrant, en trois rameaux , lesquels pénètrent séparément le repli fibreux qui se prolonge de la dure-mère dans la fente sphénoïdale pour s’y continuer avec le périoste. L’un de ses rameaux est très-petit, externe, et. se nomme lacrymal; l’autre, très-gros et supérieur, s’appelle frontal; le troisième, moyen pour la grosseur , est le rameau nasal.

i° Rameau lacrymal ( nerf lacrymal ). Il se sépare de la branche ophthalmique , en dehors et au moment où celle-ci change de direction pour remonter sur le moteur oculaire commun. Il s’engage dans un conduit particulier que la dure-mère lui forme, cpii présente une direction oblique en dehors et en avant, et auquel il est fort adhérent. Sorti de ce conduit, cpii n’a que quelques lignes de longueur, il se porte le long de la paroi externe de l’orbite, entre le périoste et l’abducteur, jusqu’à la glande lacrymale et à la paupière supérieure.

Dans ce trajet, il fournit deux filets, l’un, postérieur ou sphéno - maxillaire, va s’anastomoser avec un filet de la branche maxillaire supérieure; l’autre y antérieur ou malaire , s’échappe par un conduit pratiqué dans l’os malaire, pour s’anastomoser sur la joue avec un filet du nerf facial; souvent, avant de sortir de l’orbite, celui-ci traverse la glande lacrymale.

Arrivé à cette glande, le rameau lacrymal se place

KERFS DE LA VIE ANIMALE* Iq3

à sa surface interne et y donne trois ou quatre filets qui s’y distribuent. Un ou deux s’en échappent quelquefois pour s’unir à celui qui perce l’os malaire; d’autres vont à la conjonctive; plusieurs restent dans la glande.

Le rameau lui-même, ayant traversé cette glande, se porte en. dedans, derrière l’aponévrose où s’épanouit le tendon de l’élévateur de la paupière supérieure , et se perd par un grand nombre de fiiainens sur cette paupière.

2°. Rameau frontal (nerf frontal ). Il se sépare après le lacrymal de la branche ophthalmique. Son volume et son trajet pourraient le faire considérer comme la continuation de cette branche. Il s’introduit dans l’orbite entre sa paroi supérieure et l’extrémité correspondante du muscle droit supérieur de l’œil. Dirigé de là obliquement en avant et en dehors selon l’axe de l’orbite, il se porte au-dessus du releveur de la paupière , ce qui permet de le distinguer aussitôt qu’on a enlevé la voûte orbitaire. Simple dans son origine, il se divise constamment en deux rameaux secondaires , l’un interne, l’autre externe. Rien n’est moins constant que l’endroit de cette division : tantôt c’est au moment, même de l’entrée du rameau principal dans l’orbite, tantôt près de la base de cette cavité, au moment où il en i sort. Il en est de même pour le volume de ces deux s rameaux secondaires comparés l’un à l’autre : tantôt ! le volume est égal dans tous deux, tantôt l’un pré- ! domine de beaucoup sur l’autre, et alors pour l’or- ; dinaire c’est l’interne qui est le plus petit. Ces m. i3

ig4 appareil cond. du sent, et du mouv. considérations s’appliqueront à beaucoup d’autres parties du système nerveux.

a. Rameau frontal interne . Il se porte en dedans et s’approche de la poulie du grandoblique. Un filet s’en détache bientôt et va inférieurement s’anastomoser avec un semblable du rameau nasal dont nous parlerons bientôt. Plusieurs autres , qui en naissent ensuite, au niveau de la poulie cartilagineuse, vont se rendre à la. paupière supérieure, où ils se portent tous de dedans en dehors, et où plusieurs vont souvent s’anastomoser avec ceux du rameau lacrymal, en faisant une arcade devant l’oeil. J’ai quelquefois vainement cherché ces anastomoses, qu’on trouve d’autres fois très-facilement. Les muscles sourcilier et frontal en reçoivent aussi. Le rameau sort ensuite de l’orbite entre la poulie du grand oblique et le trou orbitaire supérieur; et, se réfléchissant en haut, va se perdre dans les musclés frontal et sourcilier, en se trouvant sur un plan un peu postérieur à celui des filets du rameau externe. Plusieurs de ces filets se perdent au-delà du frontal, dans le tissu cellulaire sous-cutané.

b. Rameau frontal externe. Il suit la direction primitive du rameau principal, dont il est vraiment la continuation, sort de l’orbite par le trou orbitaire supérieur, tantôt simple, tantôt déjà divisé en deux filets. Aussitôt après, il fournit un filet qui se porte transversalement en dehors, et qui, subdivisé dans la paupière supérieure, s’anastomose avec ceux du nerf facial, remonte sur le front et passe derrière le sourcilier. Souvent ce filet indiqué par les auteurs manque. Presque toujours, à l’endroit de la

NERFS DE LA VIE ANIMALE. jq5

sortie , j’en ai trouvé un autre qui se dirige du côté de la racine du nez, et paraît aller s’unir à un des filets du rameau interne. Quoi qu’il en soit, le rameau externe sort le plus souvent par un seul trou, alors même qu’il s’est déjà divisé dans l’orbite: il se partage dans ce trou en deux ramifications lorsqu’il y arrive simple. Pour bien voir le trajet des filets quelles donnent, il faut détacher exactement d’arrière en avant la peau, les muscles et le périoste du crâne au moyen du manche du scalpel : lorsqu’on les a isolées jusqu’à l’oeil, on dissèque très-bien à leur face interne tous ces filets, que l’on distingue en profonds et en superficiels. Les premiers se perdent dans les muscles sourcilier et frontal et dans les tégumens. Les seconds, dont le trajet est plus étendu, se prolongent jusque vers l’occiput; ils communiquent avec ceux du côté opposé, quoique cependant ces anastomoses soient moins fréquentes que celles qui ont lieu avec les nerfs facial et occipitaux, et dont les filets les plus externes sont le siège. Ce sont ces filets qui se trouvent surtout superficiels; mais avant de le devenir, ils rampent sous la face interne du muscle frontal, qu’ils percent ensuite ainsi que son aponévrose. Quelques auteurs disent avoir suivi des ramuscules jusqu’au bulbe des poils; j’en doute avec Haller. C’est la pression de ces nerfs, ainsi que celle des occipitaux et des rameaux du facial, qui occasionent l’engourdissement que nous sentons à la tète par l’effet d’un chapeau trop

ûf PAlf

étroit.

3 . Ran„eau uciscili nerr nasal). I! appartient autan! aux narines qu’à l’appareil locomoteur des yeux

196 appareil cond. du sent, et du mouv.

et tient le milieu , pour le volume, entre le lacrymal et le frontal. Il entre clans l’orbite en traversant l’extrémité postérieure du muscle droit externe, conjointement avec le moteur oculaire commun qui est situé un peu plus en dehors que lui, et avec le moteur externe qui se trouve plus bas et dans une direction opposée. Ce rameau remonte obliquement au-dessus du nerf optique pour gagner la paroi interne de l’orbite, recouvert dans ce trajet par le muscle droit supérieur qu’il sépare du nerf optique, puis placé au-dessous du grand oblique, dans beaucoup de tissu cellulaire graisseux, où il se divise en deux rameaux secondaires.

En entrant dans cette cavité, ou meme auparavant , le rameau nasal fournit un filet court qui côtoie en dehors le nerf optique pour aller se rendre au ganglion ophthalmique; quelquefois il donne deux filets qui ont la même destination. Un ou deux filets ciliaires , et quelquefois plus, sont immédiatement fournis par lui au-dessus du nerf optique, après qu’il a communiqué avec le ganglion. Ces filets, quoique indépenclans de ceux de ce ganglion, seront cependant décrits avec eux, parce qu’ils ont le même trajet.

Parvenu au milieu de la paroi interne de l’orbite et vis-à-vis le trou orbitaire interne et antérieur, le rameau nasal se divise en deux rameaux secondaires d’un volume égal : l’un appartient aux narines, l’autre est extérieur.

a. Rameau nasal interne. Il a un trajet très-étendu ettrès-remarquable.Scarpa l’a décrit avec beaucoup d’exactitude. Il s’introduit par le trou orbitaire in-

NERFS DE LA. VIE ANIMALE, I97

terne et antérieur, conjointement avec un rameau artériel, dans un petit canal qui se porte en dedans et en haut, et qui aboutit dans le crâne , sur la partie interne de la gouttière ethmoïdale correspondante. Là, ce rameau s’engage dans un sillon osseux, où il est recouvert parla dure-mère, et qui le conduit sur le côté de l’apophyse crista-galli. Il s’introduit dans la petite fente qu’on y voit, et parvient à la partie antérieure et supérieure des narines. Aussitôt il devient dIus gros , et se divise en deux ramifications, l’une interne, l’autre externe. i°. U interne descend sur la partie antérieure de la cloison, entre la pituitaire et le périoste, et après un court trajet se subdivise en deux filets, dont l’un, très-mince, descend sur la face interne de l’os du nez, et se termine en se ramifiant dans les tégumens du lobe; souvent il s’introduit dès son origine dans un conduit osseux pratiqué sur l’éminence nasale du coronal, d’autres fois dans un sillon osseux auquel il adhère fortement; l’autre, un peu moins ténu, descend sur la membrane pituitaire, au niveau du rebord de la cloison, et se termine près de sa base en se subdivisant. 20. La ramification externe appartient à la paroi externe des narines. Elle donne d’abord un filet qui s’introduit dans un canal ou sillon osseux pratiqué sur l’os du nez ou sur l’apophyse nasale ; puis il se retrouve . à nu derrière la membrane pituitaire, à la partie inférieure du nez; là, il traverse un des petits trous de cette portion osseuse, ou passe sous le bord inférieur de l’os du nez, et va se perdre aux tégumens extérieurs. D’autres filets, fournis par la même ramification, au nombre de deux ou trois, descen-

dent sur la pituitaire , dans l’endroit où elle recouvre la partie externe et antérieure des narines , et se terminent sur elle près de l’extrémité antérieure du coi net inferieur. Quelquefois un d’eux se trouve renfermé pendant quelque temps dans un conduit osseux. Il ne paraît pas qu’aucun de ces rameaux se porte dans le sinus frontal ou dans les cellules ethmoïdales, malgré ce qu’en ont dit quelques auteurs.

1). Rameaunasal externe. Il forme la continuation du rameau principal et se prolonge le long de la paioi interne de 1 orbite. Parvenu près de la poulie du grand oblique et au-dessous d’elle, il s’anastomose avec un filet du rameau frontal interne, puis sort de 1 orbite, et se divise en plusieurs filets, dont les externes se distribuent : i°à la paupière supérieure, ou ils rencontrent des filets du rameau frontal; 2 à 1 inférieure, où ils s’unissent à des filets sous-orbitaires, et même à quelques-uns du facial; 3° sur le sac lacrymal. Les filets internes se répandent: 1 sur le dos du nez, où quelquefois on les voit s anastomoser avecles filets sous-cutanés du rameau interne, qui se sont portés de l’intérieur à l’extérieur,

de la manière indiquée; 2°dans le pyramidal ; 3° à la peau.

B. Branche maxillaire supérieure ( nerf maxillaire

supérieur ).

Cette branche, plus volumineuse quel’ophthalmique, mais plus petite que la maxillaire inférieure, se dirige en avant et un peu en dehors, au sortir

NERFS DE LA VIE ANIMALE. IQ9

du renflement commun des nerfs trijumeaux, dont elle occupe la partie moyenne. Large d’abord, elle se rétrécit ensuite? et offre une forme triangulaire entre son origine et le trou maxillaire supérieur, espace qui est très-court; elle y conserve, comme rophthaîmique , une couleur un peu grisâtre, et une disposition plexiforme très-apparente, qu’elle perd à son entrée dans la fosse ptérygo-maxiilaire. Engagée dans le trou rond du sphénoïde, elle pénètre ainsi dans la fosse ptérygo-maxiilaire qu’elle traverse horizontalement, plongée dans beaucoup de tissu cellulaire, et où son trajet est à peu près double du précédent. Introduite enfin dans le canal sous orbitaire, elle le parcourt en entier, et va, en s’épanouissant au-delà de son orifice antérieur, se terminer à la face.

On doit donc considérer la branche maxillaire supérieure : i° dans son passage par le trou rond du sphénoïde; 20 dans la fosse ptérygo-maxiilaire; 3° dans le canal sous-orbitaire; 4° à la face.

i°. Rameau orbitaire . La branche maxillaire, en passant par le trou rond, donne un rameau assez considérable qui se porte en avant et en haut et entre dans l’orbite par la fente sphéno- maxillaire. Parvenu dans cette cavité, il se divise en deux filets, dont l’un, malaire , anastomosé d’abord avec le lacrymal, s’introduit ensuite dans le conduit de l’os malaire pour se rendre à la face, s’y distribuer au palpébral, à la peau, et s’y unir au nerf facial; l’autre, temporal, traverse la portion orbitaire du meme os malaire pour se rendre dans la fosse temporale et s’anastomoser avec les branches du maxillaire

inférieur, remonter ensuite en dehors et en arrière, traverser l’aponévrose du muscle temporal , devenircutané , communiquer avec les filets superficiels du facial , et se perdre enfin aux tégumens des tempes.

20. Parvenu dans la fosse ptérygo-maxillaire , la branche maxillaire supérieure fournit un ou deux rameaux qui se portent en bas et en dedans , environnés de beaucoup de graisse molle. Quand il n’y en a qu’un, il est assez gros ; quand il s’y en trouve deux, ils sont plus minces d’abord, mais ensuite ils paraissent se continuer avec un renflement nommé ganglion sphéno -palatin. Meckel l’adécritle premier; l’art lui doit beaucoup pour la description des différentes branches qui émanent de ce renflement, qu’il ne faut point assimiler aux ganglions qui sont les centres des nerfs de la vie organique; il n’en a point la structure ; souvent même on n’en trouve nulle apparence. Alors , s’il n’y a qu’un rameau , il se divise immédiatement, en se renflant un peu, en ceux qui doivent se rendre aux parties voisines ; s’il s’en trouve deux , ils s’unissent simplement pour se diviser ensuite. Quand le renflement nerveux existe, il ne provient que de cette union, et ne ressemble nullement aux ganglions : voilà pourquoi je décris ici ses fdets, tandis que j’ai renvoyé aux nerfs de la vie organique ceux du ganglion ophthalmique.

Quoi qu’il en soit , c’est de ce rameau renflé ou de cette union des deux rameaux placés sur le trou sphéno-palatin , que partent plusieurs autres , distingués en internes, postérieurs et inférieurs.

a. Rameaux internes (nerfs sphéno-palatins). Ils s’introduisent en nombre variable par le trou du

NERFS DE LA VIE ANIMALE

même nom dans les cavités nasales, près l’extrémité postérieure du cornet moyen. 11 faut les distinguer en ceux qui appartiennent à la paroi externe et en ceux qui se voient sur la cloison des narines.

Parmi les premiers , i° deux ou trois se portent d’abord entre le périoste et la pituitaire , à la face concave du cornet supérieur, et vont se perdre dans le méat correspondant, près de l’ouverture postérieure des cellules ethmoïdales ; quelques filets paraissent s’introduire sur les bords de ces cellules; mais on les perd bientôt. 20. D’autres rameaux fort courts vont au cornet moyen ; le plus supérieur de ceux-ci, après un certain trajet sur sa surface convexe, le traverse par un petit trou, et se perd bientôt sur sa surface concave dans la pituitaire; les autres finissent sur son extrémité postérieure. 3°. Enfin il en est d’autres fort petits qui , bientôt réunis en un seul , se recourbent au-devant du sinus sphénoïdal pour gagner un peu la partie postérieure de la cloison , dans l’endroit où on ne peut plus suivre les olfactifs.

Un seul rameau se voit, à proprement parler, sur la cloison ; mais il est plus considérable que tous les précédons : c’est celui que Cotunni a découvert, et que depuis on a nommé nas o -palatin. Né du renflement ou de l’adossement nerveux de la fosse ptérygo-maxillaire , il s’introduit avec les autres par le trou sphéno-palatin , se recourbe ensuite de dehors en dedans au-devant du sinus sphénoïdal, en traversant la paroi supérieure des fosses nasales, pour se porter sur les côtés de la cloison , entre la membrane pituitaire et le périoste, en sorte qu’en

202 APPAREIL COND. Dü SENT. ET Dü M0UV.

enlevant ces deux membranes, qui tiennent ensemble, il leur reste toujours adhérent, et non à la cloison. Parvenu sur celle-ci, il se dirige très-obliquement en devant et en bas, jusqu’à sa partie antérieure et inférieure , près des conduits incisifs de Sténon. Là, il s’introduit dans un conduit qui lui est propre, pour se porter à la voûte palatine. Ce conduit n’est point l’incisif : il y en a deux, un pour chaque rameau. Scarpa en a donné la première description: ils sont contigus aux incisifs , dont une lame mince les sépare; l’un est antérieur, l’autre postérieur. Ils commencent en bas de la cloison , et descendent dans la suture même des deux apophyses palatines ; en sorte que , si l’on écarte cette suture , on les voit divisés , chacun suivant leur longueur , en deux sillons : ils se terminent à la voûte palatine, derrière les deux incisives moyennes. Souvent l’un ou l’autre communiquent dans leur trajet avec les conduits incisifs, mars ils s’ouvrent ensuite à la voûte palatine d’une manière isolée. Cependant j’ai vu deux cas oû , dans tout leur trajet, ils n’étaient séparés de ces conduits que par une lame membraneuse et non osseuse, et oû, par conséquent, ces nerfs se trouvaient vraiment dans ceux-ci; au reste, ils n’y étaient que secondairement, le prolongement de la pituitaire occupant spécialement leur cavité. Chaque rameau naso-palatin s’introduit dans un de ces petits conduits, le droit dans l’intérieur, le gauche dans le postérieur. Tous deux arrivent ainsi à la voûte palatine, où ils s’anastomosent ensemble ; puis ils se divisent en un grand nombre de filamens qui se perdent surtout dans la petite caroncule membra-

NEUFS DE LA VIE ANIMALE

neuse qu’on remarque derrière les dents incisives.

b. Rameaux inferieurs (nerfs palatins). Ils naissent ou du renflement, ou immédiatement du rameau ou des rameaux indiqués , lorsque ce renflement n’existe pas. Ils sont au nombre de trois , un grand et deux petits.

Le grand rameau palatin, antérieur aux autres, s’introduit peu après son origine dans le conduit qui lui appartient, et qui se trouve entre fos maxillaire, le palatin et le sphénoïde-, il le parcourt en entier. J’ai plusieurs fois remarqué qu’au lieu d’y former un faisceau unique , ses filets divers s’y trouvent complètement isolés par un tissu lâche , qui permet de voir sans dissection cet isolement.

Avant d’y entrer, il fournit une première ramification nasale , qui s’introduit au niveau de féminence sphénoïdale de l’os palatin, et qui se trouve d’abord entre les cornets moyen et inférieur. Delà, elle se porte par un filet sur le cornet moyen , en contourne le rebord libre, va se perdre à sa surface concave par un autre filet plus long, se dirige ensuite vers le cornet inférieur, et se distribue à sa surface convexe jusqu’à son extrémité, pour se perdre en se subdivisant dans la pituitaire.

Un peu avant que le rameau palatin ne sorte du* conduit osseux, et près de la voûte palatine, il donne une seconde ramification nasale qui traverse une petite ouverture de la portion verticale de l’os palatin, pour pénétrer dans les narines, se porter horizontalement sur le rebord du cornet inférieur où elle se subdivise, et se perdre enfin près de l’apo-

204 appareil cond. du sent, et du mouv. pliyse nasale de los maxillaire. Un canal osseux la renferme le plus souvent dans son trajet.

Au même endroit à peu près, le grand nerf palatin donne en arrière une autre ramification gutturale qui , renfermée aussitôt dans un des conduits accessoires de l’os palatin , descend jusqu’à la région palatine, où elle sort par une ouverture isolée pour se diviser sur le voile du palais.

Le grand rameau palatin lui-même sort enfin de son canal, au niveau de l’ouverture pharyngienne de la bouche, se recourbe en devant sous la voûte palatine, et s’y divise en plusieurs filets principaux, dont les uns, extérieurs, côtoient la partie interne du rebord alvéolaire supérieur, et se perdent dans la portion des gencives qui la revêt, au voisinage des dents correspondantes; les autres, internes, se répandent sur le milieu de la voûte, et paraissent en grande partie se distribuer aux glandes muqueuses de cette région ; il est même facile d’en suivre jusqu’à ces glandes. Quelques-uns vont-ils s’anastomoser avec des filets du rameau naso-palatin ? on ne peut point le voir.

Pour bien mettre ce rameau à découvert, il faut scier longitudinalement les fosses nasales , enlever la pituitaire au niveau du conduit palatin postérieur et la lame osseuse qui l’en sépare : on le voit trèsbien alors. L’apophyse palatine étant ensuite brisée, la membrane palatine reste, et on aperçoit sur sa surface supérieure les terminaisons de ce rameau. On a coupé, en enlevant la pituitaire, les ramifications des cornets, mais cela n’empêche pas de les suivre.

NERFS DE LA VIE ANIMALE. 2C)5

Le rameau palatin moyen, né plus en arrière que le précédent, descend dans la fossette qui se trouve au-dessous du trou sphéno-palatin , et s’introduit dans un conduit propre, d’où il sort derrière le crochet de l’apophyse ptérygoïde. Il se divise alors en deux ramifications, dont l’une fournit des filets à l’amygdale voisine, et se perd par quatre ou cinq autres dans la substance musculaire du voile ; l’autre, divisée en deux ou trois filets, se termine dans ce même voile.

Le petit rameau palatin, postérieur au précédent, descend entre le muscle ptérygoïdien externe etle sinus maxillaire. Bientôt il entre dans un canal d’où il sort entre la tubérosité maxillaire et l’apophyse pyramidale de l’os palatin. Deux filets le terminent: l’un se perd à la luette, l’autre à l’amygdale et aux glandes palatines.

c. Rameau postérieur ou ptérygoïdien ( nerf vidien). Il est fourni en arrière par le renflement sphéno-palatin. Il se porte tout de suite horizontalement en arrière, et s’en^a^e dans le conduit osseux creusé à la base de l’apophyse ptérygoïde. Avant de s’y introduire, il donne à la membrane du sinus sphénoïdal deux filamens extrêmement minces, qui ne manquent dans aucun sujet; mais souvent ils peuvent à peine s’apercevoir, tant est grande leur ténuité. Pendant son trajet dans le canal , il en part des filets qui vont se rendre à la partie postérieure et supérieure de la cloison, à la membrane de la voûte dupharynx, près de l’orifice du canal d’Eustaclie, à cet orifice lui-même, etc. Parvenu à la partie postérieure du canal, le rameau ptérygoïdien en sort, traverse la

206 appàeeil cond. du sent, et du mouv.

substance cartilagineuse qui remplit le trou déchiré antérieur, et se divise en deux filets, Fun crânien

l’autre carotidien.

Le filet crânien rentre dans le crâne, entre le rocher et le bord voisin du sphénoïde, se porte à la surface supérieure du rocher, sur laquelle il se dirige en arrière et en dehors, renfermé dans la gouttière qu’on y observe, et recouvert parla dure-mère, qui lui forme une espèce de gaine à laquelle il adhère fortement. Il s’introduit ainsi dans la partie supérieure de l’aqueduc de Falîope, et s’y anastomose avec le nerf facial. Une petite artère l’accompagne (i).

(1) Le rameau crânien fournit, ainsi que l’a démontré Jacobson , des filets dont il importe de suivre le trajet. Avant de s’introduire dans l’hiatus de Fallope, il donne deux filets extrêmement ténus qui pénètrent dans la caisse du tympan par deux conduits dont les orifices presque imperceptibles sont l’un au-dessus de l’autre dans la gouttière de la face supérieure du roclier. Ces deux filets vont s’anastomoser entre eux sur le promontoire, et communiquer avec un filet du ganglion cervical supérieur et avec le nerf glosso-pbaryngien ; triple anastomose découverte par Jacobson et reconnue par Lobstein, anastomose qui ne manque jamais, qui existe chez tous les mammifères , et qui peut avoir pour résultat d’établir une connexion intime entre l’organe de la parole et celui de l’ouïe , beaucoup mieux que ne le ferait la corde du tympan , à laquelle cette fonction a été attribuée.

Parvenu dans l’aqueduc de Fallope, il s’applique contre le tronc du nerf facial sans s’anastomoser avec lui ; il l’accompagne jusqu’au niveau de la* base de la pyramide du tympan , au-dessous de laquelle il pénètre dans cette cavité par une petite ouverture spéciale, en se réfléchissant en haut et en dehors. Il traverse le tympan d’arrière en avant, placé d’abord sous l’enclume, puis

NERFS DE LA VIE ANIMALE. 20y

Le filet carotidien s’introduit dans le canal de ce nom, se porte sur l’artère carotide à laquelle il se joint, et s’anastomose autour d’elle avec le nerf moteur externe et avec un ou deux filets du ganglion cervical supérieur, de la manière que je le dirai en décrivant ce ganglion.

3°. Après avoir fourni les nerfs de la fosse ptéry gomaxillaire par le renflement indiqué, la branche maxillaire supérieure s’avance horizontalement jusqu’à la fente sphéno- maxillaire, et s’introduit dans le canal sous-orbitaire, dont elle prend le nom.

a. Rameaux dentaires postérieurs. Avant d’y entrer, elle fournit un ou deux rameaux assez considérables, qui descendent sur la tubérosité maxillaire et s’introduisent dans les conduits osseux qu’elle leur présente. Divisés bientôt en plusieurs filets , ces rameaux arrivent au bord alvéolaire , sortent de ces conduits par des ouvertures qui répondent aux alvéoles des trois ou quatre dernières molaires, et s’introduisent dans la cavité de chacune de ces dents par le trou que présente leur racine. Un filet assez marqué suit la paroi externe du sinus, et va com-

entre sa longue branche et la partie supérieure du manche du marteau; il descend en devant et sort par la scissure glénoïdale à côté du tendon du muscle antérieur du marteau. Alors il se dirige en bas , en dedans et en avant, ets’accolle au nerf lingual, avec lequel il reste uni jusqu’au niveau de la glande sous-maxillaire , où il l’abandonne pour gagner le ganglion du même nom. C’est à ce rameau nerveux que l’on donne le nom de corde du tympan, depuis son entrée dans le tympan jusqu’à sa jonction avec le nerf lingual. ( Note ajoutée. )

qo8 appareil gond, du sent, et du MOUV.

muniquer avec le nerf dentaire antérieur; un autre contourne la tubérosité maxillaire, et va se perdre aux gencives et au muscle buccinateur.

La branche sous-orbitaire, considérée dans son canîd, ne fournit aucun rameau; mais souvent elle paraît divisée de très-bonne heure en plusieurs faisceaux qui demeurent parallèles les uns aux autres. Parvenue près de Forifice externe, elle fournit le rameau dentaire antérieur.

b. Rameau dentaire antérieur . Celui-ci s’engage bientôt dans le conduit de meme nom , creusé dans la paroi antérieure du sinus maxillaire. Tl fournit d’abord un filet qui communique avec un des nerfs dentaires postérieurs; puis il se divise en plusieurs autres qui vont chacun parmi conduit particulier se porter aux dents incisives, aux canines et aux deux premières molaires. Dans leur trajet, ces filets dentaires donnent souvent, dit-on, de petits filamens qui vont à la membrane du sinus maxillaire; mais il m’a paru toujours très -difficile de les distinguer.

4°. Au sortir du canal sous-orbitaire, la branche maxillaire supérieure se trouve au-dessous du releveur propre de la lèvre supérieure, et s’épanouit en un nombre indéterminé de rameaux, qui peuvent se diviser en supérieurs, internes, externes et inférieurs.

a. Rameaux supérieurs ou palpébraux . Ils sont assez peu nombreux , vont à la paupière supérieure, au palpébral, aux tégumens des joues, aux muscles de la racine du nez , à la caroncule lacrymale et au sac lacrymal. On découvre des anastomoses entre leurs divisions et le filet antérieur du rameau nasal de la branche ophthalmique,le nerf facial, et même quel-

NEUFS I)Ë TA VIE ANIMALE, 20q

quefoïs les filets du rameau lacrymal qui ont passé par les trous maiaires.

b. Rameaux inférieurs ou labiaux. Ils sont plus considérables. On les voit bien en les disséquant de dedans en dehors , après avoir renversé la lèvre supérieure. Ils descendent en fournissant des divisions au releveur propre, au canin , au labial et à la peau de la lèvre. Plusieurs hlamens parviennent au bord libre de cette lèvre, et s’y terminent. Les glandes muqueuses répandues sur elles en reçoivent aussi.

c. Rameaux internes ou nasaux. Ils se répandent sur le nez, sur ses ailes, se prolongent à sa cloison, communiquent avec le rameau nasal interne, donnent à l’élévateur commun , au dilatateur des ailes, à l’extrémité de ses rameaux, à Fabaisseur, à la peau, au commencement de la surface muqueuse, etc.

d. Riameaux externes. Ils sont les moins nombreux: destinés au grand zygomatique, au canin et à la commissure, ils établissent diverses communications avec le facial.

On voit, d’après cela, que la branche maxillaire supérieure , à sa sortie, offre un centre d’où émanent en rayonnant une foule de filets qui se distribuent à presque toute la partie de la face que bornent en haut Fœiî , la bouche en bas, le nez en dedans, en dehors le masseter. L’étonnante multiplicité des ramifications ne permet pas de les préci-

ser avec rigueur.

iri.

210 appareil conb. pu SENT, et du mouv.

Page 1