DE L OESOPHAGE
§ Ier. Disposition. Organisation extérieure ,
L’ œsophage, conduit musculeux et membraneux cylindroïde , établit une communication directe entre les cavités par lesquelles les alimens s’introduisent et celles où se passent les premiers phénomènes essentiels de la digestion. Il commence au cou, vers la quatrième ou cinquième vertèbre cervicale , et finit à l’ouverture diaphragmatique, par laquelle il s’introduit dans l’abdomen.
Sa direction, verticale si on la considère en totalité , est extrêmement remarquable par les variations quelle présente. A son origine, et immédiatement au-dessous du pharynx, il répond parfaitement à la ligne médiane, et présente la meme symétrie que l’organe auquel il succède ; mais dès qu’il a dépassé la partie inférieure du larynx, il se dévie sensiblement à gauche. Cette déviation augmente jusqu’à la partie inférieure du cou, où on peut le découvrir avec assez de facilité à coté de la trachée-artère, comme on le fait dans l’opération de l’œsophagotomie.
En entrant dans la poitrine, l’œsophage se rapproche un peu de la ligne médiane, mais demeure encore dévié à gauche jusqu’à l’origine des vaisseaux pulmonaires et à la division des bronches. Dans cet endroit, il se replace sur la ligne médiane et y de-
meure jusqu’à la partie inférieure de la poitrine, pour s’écarter de nouveau à gauche au moment où il sort de cette cavité.
Les rapports de l’œsophage sont très-nombreux en raison de sa grande étendue; on doit les observer au cou et à la poitrine.
En devant, l’œsophage correspond dans son origine au larynx, qui le recouvre en entier. Dévié à gauche , il est recouvert par une portion de la glande thyroïde, puis en partie parla trachée-artère, par les vaisseaux thyroïdiens gauches inférieurs, et par le muscle ster no-tliyroïdien du même côté. A la poitrine, où il est entièrement renfermé dans l’écartement postérieur des deux plèvres, il répond en partie à la trachée-artère, puis en entier à la bronche gauche dont il croise la direction, puis à la partie postérieure du péricarde et à la base du cœur.
En arrière, l’œsophage répond partout à la colonne vertébrale ; il recouvre un peu le muscle long du cou après sa première déviation. Dans la poitrine, il croise la veine azygos à sa courbure , et répond enfin au canal thoracique, et tout-à-fait en bas à l’artère aorte.
Sur les côtés, l’œsophage avoisine en haut les veines jugulaires et les artères carotides. Après sa déviation, il répond à droite à la trachée-artère, à gauche au nerf récurrent et à la carotide primitive. Dans la poitrine, il avoisine les poumons et répond ensuite à gauche à l’artère aorte, qu’il croise en bas en passant au-devant d’elle.
La largeur de l’œsophage est un peu plus grande à son origine que dans le reste de son étendue : elle
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augmente beaucoup au moment où ii se continue avec l’estomac. Au reste, ce conduit, observé presque toujours dans l’état de vacuité, est susceptible d’une extrême dilatation dans le passage des alimens, et nous ne pouvons fixer exactement le calibre quai peut acquérir.
Considéré à sa surface externe , l’oesophage nous offre un aspect lisse dans presque toute son étendue; rougeâtre près de son origine, il prend une couleur beaucoup plus blanche ensuite , circonstance remarquable, sur laquelle nous reviendrons en parlant de son organisation intime. Des stries longitudinales nombreuses, parallèles, indiquent la disposition des fibres musculaires qui entrent dans sa composition.
La surface interne, membraneuse, offre une blancheur qui contraste sensiblement avec la rougeur légère du pharynx et la rougeur très-marquée de l’estomac; preuve évidente que la membrane muqueuse du conduit alimentaire, sans changer de nature essentielle, prend des caractères variables suivant les organes auxquels elle appartient successivement. Des plis longitudinaux se remarquent constamment sur cette meme surface: nous verrons bientôt à quoi ils tiennent.
U extrémité supérieure de l’oesophage se continue avec le pharynx : un rétrécissement assez sensible indique le point de cette réunion. U inférieure, d’abord rétrécie , puis tout à coup très-évasée en forme d’entonnoir , se continue avec l’orifice cardiaque de l’estomac.
§ II. Organisation intime de V Œsophage,
L’œsophage est composé de deux couches , l’une externe musculeuse , l’autre interne membraneuse.
La couche musculeuse forme sa portion solide ; elle a une épaisseur considérable , plus marquée même qu’au pharynx. Cette épaisseur établit une différence sensible entre les deux premières portions du tube alimentaire et celle que l’abdomen renferme. A l’estomac et aux intestins , nous trouverons en effet la portion musculeuse très-mince, et méritant le nom de membrane , qü’on lui donne. Au contraire , nous ne pouvons point dire la membrane musculeuse du -pharynx et de V œsophage sans choquer toutes les idées reçues sur l’acception du terme membrane , qui ne s’applique point avec exactitude à des parties douées d’un certain degré d’épaisseur.
Deux ordres de fibres forment cette première couche ; les unes sont transversales , les autres longitudinales. Les premières sont très-marquées: elles existent même seules à l’origine de l’œsophage, immédiatement au-dessous du pharynx; mais bientôt les secondes paraissent, et sont ensuite les seules qu’on remarque à l’extérieur du conduit dans tout le reste de son etendue. En les écartant , on retrouve audessous d’elles les fibres transversales ; mais elles sont peu multipliées. Ceci prouve que les fibres longitudinales ne commencent point avec l’œsophage, et que cet organe } partout susceptible de
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se rétrécir , ne peut pas s’accourcir également par tous ses points.
La disposition et la couleur de ces fibres ne sont pas non plus partout les mêmes. Vers l’origine, les fibres transversales , seules existantes, sont encore disposées par petits faisceaux distincts , séparés les uns des autres par des couches celluleuses minces, à la manière des muscles de la vie extérieure , dont elles se rapprochent aussi par leur couleur trèsrouge. Dans tout le reste du conduit , au contraire , les fibres, soit longitudinales, soit transversales, sont serrées les unes contre les autres sans intermèdes celluleux sensibles , et paraissent former un corps continu. Leur rougeur diminue beaucoup, souvent même elles paraissent absolument blanchâtres. Ces deux dernières différences méritent singulièrement d’être observées. INous voyons, en effet, ici les fibres offrir d’abord les caractères propres aux muscles de la vie extérieure dans l’endroit où l’œsophage est encore soumis , au moins en partie, à la volonté, puis les caractères des muscles orga-
niques là où finfluence de la volonté a cessé entièrement.
La distinction que nous faisons a été sentie ou du. moins entrevue par les anciens; car, quoiqu’ils reconnussent des fibres musculaires dans toute l’étendue de l’œsophage, ils distinguaient sons le nom spécial de muscle œsophagien l’appareil de fibres transversales qui environne le conduit immédiatement au-dessous du pharynx.
Les fibres longitudinales , nombreuses et rapprochées dans la plus grande partie de l’œsophage ?
s’épanouissent et divergent sensiblement à son extrémité inférieure , évasée et élargie. On voit trèsfacilement leur disposition en distendant à la fois par l’air l’estomac et l’œsophage. Leur divergence laisse entre elles plusieurs espaces purement membraneux. Elles se continuent sur l’estomac , dont elles concourent à former la tunique musculeuse, en se portant principalement vers la petite courbure , comme nous le verrons de nouveau dans l’article suivant. Les fibres transversales cessent entièrement au niveau de l’estomac , et ne se continuent
point sur lui.
La membrane muqueuse de l’œsophage , fine et ténue, offre, comme nous l’avons dit, un aspect blanchâtre qui la distingue soit du pharynx, soit de l’estomac. Cette blancheur augmente vers l’extrémité inférieure évasée , c’est - à - dire , près de l’endroit où elle doit cesser.
A sa surface intérieure, la membrane présente, dans l’état de vacuité du conduit, des plis longitudinaux plus ou moins multipliés. Ces plis tiennent à la contractilité inégale des deux couches qui constituent l’œsophage, la musculeuse forçant la membraneuse de suivre les mouvemens quelle lui communique. Dès lors la direction de ces plis est nécessairement perpendiculaire à celle des fibres qui les causent, c’est-à-dire cpie les plis longitudinaux sont dus à la contraction des fibres transversales , et que les fibres longitudinales doivent déterminer des plis transverses. Pourquoi donc ne rencontre-t-on jamais ces plis transverses sur le cadavre ? C’est que l’œsophage , fixé en haut par le
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pharynx, en bas par l’estomac, ne se contracte suivant sa longueur que momentanément , et dans l’instant seul où les alimens le traversent. Hors de ce temps , ses fibres longitudinales , assujetties à leurs deux extrémités , ne peuvent point obéir à cette contractilité par défaut d’extension qu’on observe ailleurs dans les organes creux. Au contraire , les fibres transversales , distendues seulement pendant le passage des substances alimentaires , sont dans toute autre circonstance privées de toute espèce d’antagonistes; elles reviennent donc sur ellesmêmes, en sorte que l’œsophage est habituellement rétréci lorsque ses fonctions ne s’exercent pas. Si on pouvait observer l’œsophage pendant la déglutition , sans doute on trouverait sur sa surface interne les plis transverses dont nous avons parlé.
La membrane muqueuse correspond en dehors à la couche musculeuse, dont un tissu cellulaire peu abondant la sépare. Plusieurs anatomistes ont dit avoir trouvé dans ce tissu des glandes muqueuses qu’ils ont nommées œsophagiennes : Bichat ni moi nous n’avons jamais pu nous assurer de leur existence.
L’œsophage reçoit un grand nombre de vaisseaux. Ses artères lui viennent, en haut, principalement des thyroïdiennes inférieures ; dans la poitrine, l’aorte les lui fournit immédiatement. En bas, et au moment de son embouchure avec l’estomac , il reçoit de nombreux rameaux des diaphragmatiques inférieures , et surtout de la coronaire stomachique.
Les nerfs de l’œsophage viennent en partie du cerveau, en partie des ganglions. Outre les rameaux
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isolés que les nerfs vagues lui fournissent dès son origine, il en reçoit un grand nombre des plexus pulmonaires formés dans la poitrine par ces memes nerfs, qui viennent enfin se contourner tous deux en bas sur lui pour se terminer à l’estomac. D’un autre côté, des rameaux nombreux, fournis soit par les ganglions thoraciques, soit par les nerfs cardiaques, forment sur l’œsophage un plexus considérable qui l’enveloppe et l’accompagne jusqu’à sa terminaison inférieure.
L’œsophage n’offre aucune différence sensible suivant les âges. On le trouve aussi développé proportionnellement chez l’enfant que chez l’adulte : ce qui tient évidemment à la nature des fonctions qu’il doit remplir.
§ III. Fonctions de V OEsophage .
L’œsophage est destiné à transmettre dans l’estomac les alimens qu’il a reçus du pharynx. Ses mouvemens sont tous dirigés vers cette fin dans l’état naturel. Par la contraction de ses fibres longitudinales, il se racourcit et se retire en quelque sorte sur les substances, de manière à favoriser leur progression. Par le mouvement de ses fibres circulaires, il se resserre et diminue le calibre de sa cavité : ce qui empêche les alimens de séjourner long-temps à la même place dans son intérieur. Le premier de ces mouvemens est toujours de totalité, c’est-à-dire que toutes les fibres longitudinales doivent se contracter à la fois pour diminuer la longueur du conduit. Le second, au contraire, est toujours pro-
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gressif; et si les fibres transversales se contractaient toutes en même temps, la déglutition serait évidemment impossible. Les anneaux que forment ces dernières fibres doivent se resserrer successivement pour que les substances soient forcées de passer ainsi du lieu étroit quelles occupent dans le lieu plus large qui est au-delà.
De cette différence dans la manière dont s’exécute le mouvement des deux ordres de fibres œsophagiennes, et dans les effets qui en résultent, nous pouvons déduire une conséquence intéressante par rapport aux deux phénomènes de la déglutition et du vomissement. Dans fun et l’autre, le mode de contraction des fibres longitudinales est toujours le même, on du moins il importe peu que cette contraction commence près du pharynx ou de l’estomac, puisque toutes les fibres aoissent à la fois, et que toujours le même effet en résultera je veux dire, le racourcissement général de l’œsophage. Au contraire, il importe beaucoup que les fibres transversales commencent à se contracter dans un point plus tôt que dans un autre, puisque c’est de l’ordre progressif de leur mouvement que dépend le trajet des substances alimentaires en haut ou en bas. Si les fibres supérieures agissent les premières, les ali mens seront poussés vers l’estomac* la déglutition s’opérera : si la contraction commence auprès de l’estomac, les aîimens remonteront vers le pharynx; le vomissement aura lieu. Ainsi , ce n’est jamais à l’action des fibres longitudinales qu’on doit rapporter les phénomènes immédiats de la déglutition ou du vomissement; c’e ^toujours à l’aç-r
tion des fibres transversales, qui favorisent l’une ou
l’autre suivantl’orçlre dans lequel elles se contractent.
ARTICLE TROISIÈME